Les Correspondances de Manosque 2018 Vingtième édition

mardi 04 décembre 2018

De la sieste littéraire au Live Magazine…

Les Correspondances de Manosque 2018 Vingtième édition

Chaque année, lecteurs.com est partenaire des Correspondances de Manosque, et nous avons demandé à deux lecteurs d'être nos reporters sur ce festival. Ils le font revivre ici. Suivez le guide, et qui sait, l'an prochain ce sera peut-être votre tour ?

Pour la troisième année consécutive, nous nous sommes plongés dans la vie littéraire au cœur de Manosque, la ville de Giono qu’investissent écrivains, passionnés de lecture, simples curieux et de très nombreux scolaires pendant cinq jours durant lesquels il est impossible de profiter complètement de l’énorme choix offert.

 

Mercredi 26 septembre

Pour nous mettre en forme, rien de mieux que la sieste littéraire du premier jour, en avant-programme puisque la vingtième édition n’est encore pas officiellement lancée. Colombe Boncenne et Arnaud Cathrine lisent leurs textes dans une ambiance sonore assurée par Maëva Le Berre, Bastien Lallemand et Charles Berberian. La musique est douce, parfois un peu entraînante, mélodieuse, les chansons agréables, bien écrites et on se laisse bercer…

 

Les écritoires sont partout. La place de l’Hôtel de Ville fait déjà le plein. C’est l’inauguration officielle avec les élus qui soutiennent ce que le Président du CNL (Centre National du Livre) qualifie de plus grand événement littéraire de l’année avec Le Banquet du Livre de Lagrasse (Aude).

Fondateur des Correspondances, Olivier Chaudenson en est toujours le directeur avec Evelyn Prawidlo. Il souligne la parité respectée pour les soixante écrivains invités. C’est la première fois. Il nous invite à vivre autrement et davantage que prévu, ce que nous allons essayer de faire…

Les Grands entretiens : impressionnant !

Ils sont jeunes, acteurs et d’un talent incroyable, capables de restituer un entretien entre un journaliste (Olivier Berhault) au ton à l’ancienne, ampoulé à souhait et Fanny Zeller qui campe une Simone De Beauvoir d’un réalisme époustouflant. Nous sommes scotchés par cette prestation qui permet, en plus, de faire davantage connaissance avec cette femme engagée, féministe qui ne mâche pas ses mots. Son débit est haché, plein de conviction, un vrai spectacle !

Clément Beauvoir campe ensuite Jean Giono, toujours avec le même journaliste pour ce second entretien, pas évident, sur les lieux même où l’écrivain est né, a grandi et écrit. Le temps d’adaptation passé, nous nous laissons emporter par le réalisme des acteurs. Jean Giono transpire, donne des avis tranchés sur tous les sujets abordés et lâche que « la télévision est médiocre pour des médiocres. » que la vie de famille est une vraie richesse et qu’il connaît le bonheur. Nous aussi et cette double prestation nous décide, comme beaucoup d’autres dans l’assistance à tenter notre chance le lendemain pour une autre version des Grands entretiens, pour nous régaler encore !




Jeudi 27 septembre

 

C’est notre première rencontre avec deux écrivains, place Marcel Pagnol, et c’est Joseph Confavreux qui l’anime. Après Quand le diable sortit de la salle de bain et un essai très instructif – Rouvrir le roman – Sophie Divry parle de son dernier livre : Trois fois la fin du monde (Noir sur Blanc). Ce sont trois tableaux de fin du monde, quand la catastrophe a pris le contrôle. Antoine Wauters, un auteur que nous découvrons, publie deux livres simultanément : Moi, Marthe et les autres et  Pense aux pierres sous tes pas (Verdier). La lecture d’un extrait fait envie. Là aussi, il est question de catastrophe et d’une question essentielle : Que peut-on léguer à nos enfants dans un monde si abîmé ?

   

Un petit saut place de l’Hôtel de Ville nous permet de découvrir une jeune Mexicaine, Aura Xilonen. Son roman, Gabacho (Liana Levi) relie son pays et les USA où Liborio tente de vivre. C’est passionnant, surtout grâce à la fougue de Miguel Bonnefoy, pensionnaire de la Villa Médicis qui fut en résidence à Manosque et dont nous avons beaucoup aimé Sucre noir (Rivages). Il affirme que ce qui se passe au Venezuela explique bien la dérive par rapport au Mexique et l’immigration qui augmente sans cesse. Gabacho - un livre à lire assurément - aura une suite.

Pas de guitare en cette fin d’après-midi pour Dominique A, Dominique Ané, qui parle de Ma vie en morceaux (Flammarion). De la chanson à la prose, cela n’a pas posé de problème à l’auteur de cette magnifique chanson, un vrai poème, intitulé Le courage des oiseaux, le pilier de chacun de ses concerts. Il a choisi vingt-six chansons qui sont vingt-six morceaux de vie. Pour lui, avoir beaucoup de succès serait un enfer à vivre et il n’est pas dans cet état d’esprit. Après Twenty-two bar, on a voulu faire de Dominique A un chanteur de variétés et il constate : « J’aurais été englouti. » Pour finir, il reconnaît que Manosque l’a bien aidé pour écrire car, chaque fois qu’il est venu, ses rencontres avec de nombreux écrivains lui ont ouvert la voie. Qu’il continue !

Pour la première édition, en 1999, Jacques Higelin, malgré un trac terrible, avait tenu la scène pendant quatre heures avec Lettres d'amour d'un soldat de vingt ans ! Ce soir, Mathieu Amalric est accompagné par Dominique Mahut aux percussions, discrètes et émouvantes. Il n’essaie pas d’imiter un artiste inégalable. Il s’est donné beaucoup de mal pour nous captiver avec cette lecture de lettres assez semblables, sauf un coup de colère qui réveille. C’est beau, vibrant d’amour pour cette Pipouche qui ne lui renvoie pas tout ce qu’il espère…



Vendredi 28 septembre

C’est le lancement du prix littéraire des adolescents du département qui réunit deux auteurs. Henri Meunier est auteur et illustrateur de BD. Avec Regis Lejonc, il publie Coeur de bois (Notari), l’histoire remarquablement illustrée d’Aurore qui choisit d’aller à la rencontre de celui qui lui a fait tant de mal quand elle était enfant. Elle se bat pour sortir des ténèbres. Quant à Olivier Adam, comme nous avons lu et beaucoup apprécié son dernier roman : La tête sous l'eau (Robert Laffont), nous étions contents d’entendre celui qui était aux côtés d’Olivier Chaudenson pour lancer les Correspondances de Manosque, en 1999. Son livre, pas seulement réservé à la jeunesse est écrit à hauteur de personnages jeunes.

 

Cette fois-ci, ils sont deux, deux auteurs qui viennent de publier deux romans très réussis : En guerre pour Francois Begaudeau et L'hiver du mécontentement pour Thomas B. Reverdy, (prix Interallié 2018). Le premier traite de la précarité sociale au travers des relations entre Louisa, une prolétaire et Romain, un petit bourgeois. Si leur histoire est « sexuello-sentimentale » comme le dit son auteur, il ne faut pas oublier Cristiano, archétype social des ouvriers laissés sur le carreau et plongés dans une ornière dont, souvent, ils ne sortent pas. Dans L’hiver du mécontentementThomas B. Reverdy a voulu dégager les racines d’un mal dont les autres livres ne parlent pas, cette mondialisation dont Mme Thatcher sut si bien favoriser l’émergence, dans son pays, au prix d’immenses sacrifices pour les plus démunis. Pourtant, Candice, son héroïne, grâce à Shakespeare, arrive à s’arracher de ce piège terrible.



Samedi 29 septembre

 

Très fier d’annoncer qu’un article lui serait consacré dans le journal L’Équipe du lendemain, Guy Boley captive encore son monde comme il l’avait fait en 2016 avec Fils du feu. Cette fois-ci, il poursuit son œuvre construite autour de sa famille, son père en particulier, dans Quand Dieu boxait en amateur (Grasset). Yann Nicol anime le débat avec Christophe Boltanski qui, lui, se consacre à sa mère, dans Le guetteur (Stock). Pour l’un c’est la forge, la boxe et le théâtre, pour l’autre, c’est une mère très secrète qui tente d’aider la résistance algérienne dans Paris où tout le monde suit tout le monde, espionne l’autre, d’où le titre de son livre.

 

Pas d’animateur sur la scène Place de l’Hôtel de Ville, devant une foule immense, mais deux écrivains, les amis publics, comme ils se définissent. Tout de suite, Alain Mabanckou (Les cigognes sont immortelles / Seuil) charrie son ami Dany Laferriere (Pays sans chapeau / Zulma, réédition) à propos de sa coiffure réduite pour pouvoir entrer plus facilement à l’Académie française où il siège depuis 2015. Tous les deux, c’est un véritable feu d’artifice ! Ils abordent les sujets les plus graves avec humour et autodérision, nous offrant un grand moment autour de la littérature et de la vie des écrivains.



Dimanche 30 septembre

 

Cette dernière journée commence très bien au Centre Jean Giono où nous sommes très bien accueillis. Ce rendez-vous est concocté pour la seconde fois par Dominique Sudre avec le lauréat tout récent du Prix Orange du livre, une excellente habitude à conserver, assurément ! Avec Cette nuit (Zulma), c’est un jeune écrivain qui est distingué pour un livre de vie, un livre d’amour entre deux êtres, amour qui a duré un demi-siècle. Joachim Schnerf, éditeur de livres étrangers chez Grasset, en est à son deuxième livre. Il déploie une sensibilité et une tendresse extraordinaires au travers d’une famille déjantée confrontée au deuil de Sarah qui sera absente pour la première fois pour Pessah, fête essentielle pour les juifs. Salomon, son mari, va-t-il vivre à nouveau ? Va-t-il aimer encore ? Souffrir toujours ? Pour le savoir, il faut lire ce livre…

Il ne fallait pas traîner dès la fin de l’entretien avec Joachim Schnerf pour se rendre Place de l’Hôtel de Ville où Maylis De Kerangal (Un monde à portée de main, Verticales) et Patrick Boucheron (Histoire mondiale de la France, Seuil) dialoguent, sans animateur. Par rapport à ce que nous avons vécu la veille, c’est beaucoup moins animé mais Patrick Boucheron révèle des connaissances approfondies en peinture, ce qui lui permet de bien mettre en valeur l’excellent dernier livre de Maylis De Kerangal.

 

Retrouver Serge Joncour est toujours un plaisir, même si l’animateur est parfois dérouté par les réponses d’un écrivain qui vient de publier un roman magnifique, passionnant de bout en bout : Chien-loup (Flammarion). L’auteur reconnaît que ce chien-loup existe et que l’animal l’a adopté, l’a choisi. Les lieux qu’il décrit existent et il lui a fallu deux années pour écrire cette double histoire se déroulant à un siècle de distance, au même endroit, dans ce Lot qu’il connaît bien. Les seules gouttes de la semaine tombent à la fin de la rencontre, obligeant Serge Joncour à se réfugier dans la librairie Au Poivre d’âne pour la séance de dédicaces indispensable.

 

 

Il a fallu s’arracher quelques minutes à Serge Joncour pour voir comment se passait, à une centaine de mètres de là, Place d’Herbès, l’entretien entre Pauline Delabroy-Allard et Joachim Schnerf. En fait, le hasard avait fait que, la veille, nous nous étions trouvés côte à côte avec Pauline Delabroy-Allard, en train d’attendre de pouvoir entrer dans le théâtre Jean le Bleu. Cette jeune auteure était, à ce moment-là, pour son premier roman, toujours en lice pour le Prix Goncourt avec Ça raconte Sarah (éditions de Minuit), un livre hors du commun sur l’amour entre deux femmes, amour fou, vraiment. Quant à Joachim Schnerf, nous l’avons trouvé très à l’aise face au public pour parler de Cette nuit.

 

Même les meilleures choses ont une fin ! En pénétrant dans le théâtre Jean le Bleu, ce dimanche en fin d’après-midi, un brin de nostalgie nous assaille mais ce que nous allons voir effacera vite les regrets nous donnant encore plus envie d’espérer être encore là, pour la 21e édition. Ils sont huit et viennent faire vivre, sur scène Le « Live Magazine » des Correspondances, une rubrique d’un magazine éphémère et c’est un vrai spectacle que nous offrent Maylis De Kerangal, Alice Zeniter, Clementine Melois, Valérie Cordy, Dany Laferriere, Arthur HMiguel Bonnefoy et Thomas Clerc. Artistes, écrivains, où est la différence ? Elles et ils nous régalent par leurs écrits et sont capables aussi de donner vie à leurs textes sur scène et c’est aussi cela un grand plaisir offert par les Correspondances de Manosque.

 

© Ghislaine DEGACHE et Jean-Paul Degache

 

 

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