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Christophe Boltanski

Christophe Boltanski

Christophe Boltanski est né le 10 juillet 1962 à Boulogne-Billancourt. Issu d’une famille d’intellectuels et d’artistes, il termine en 1987 sa formation au Centre de formation des journalistes. Christophe Boltanski travaille alors au Progrès égyptien avant d’être embauché par Libération. Au sein ...

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Christophe Boltanski est né le 10 juillet 1962 à Boulogne-Billancourt. Issu d’une famille d’intellectuels et d’artistes, il termine en 1987 sa formation au Centre de formation des journalistes. Christophe Boltanski travaille alors au Progrès égyptien avant d’être embauché par Libération. Au sein de ce journal, il d’abord correspondant de guerre, puis correspondant à Jérusalem et à Londres. En 2007, le journaliste intègre la rédaction du Nouvel Observateur pendant une dizaine d’années. Au début de l’année 2017, il rejoint la revue XXI, dont il est le rédacteur en chef.

Christophe Boltanski a publié plusieurs essais, mais c’est en 2015 que sa carrière prend un véritable tournant littéraire avec la sortie de son premier roman, La Cache. Couronné par le prix Femina et le prix des prix littéraires, ce roman décrit le parcours atypique de la famille de l’auteur et s’articule autour d’un lieu, un appartement situé rue de Grenelle.

Articles en lien avec Christophe Boltanski (2)

Avis sur cet auteur (31)

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    Couverture du livre « Le guetteur » de Christophe Boltanski aux éditions Stock

    Denis Arnoud sur Le guetteur de Christophe Boltanski

    Alors qu’elle vient de mourir, Christophe Boltanski essaie de reconstituer l’histoire de sa mère dont il s’était éloigné.



    Qui était donc ce personnage énigmatique, cette silhouette perdue dans le brouillard de ses gauloises ? Comment expliquer sa réclusion volontaire ? Pour cela il faut...
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    Alors qu’elle vient de mourir, Christophe Boltanski essaie de reconstituer l’histoire de sa mère dont il s’était éloigné.



    Qui était donc ce personnage énigmatique, cette silhouette perdue dans le brouillard de ses gauloises ? Comment expliquer sa réclusion volontaire ? Pour cela il faut reconstituer le puzzle de son histoire, un puzzle dont les pièces semblent s’être perdues dans l’Histoire.



    En vidant avec sa sœur l’appartement de sa mère récemment décédée, l’auteur trouve dans un désordre indescriptible, les carnets de sa mère : débuts de romans jamais terminés, listes diverses et variées. C’est tout ce qu’il gardera. Il a peut-être trouvé là le moyen de savoir qui était sa mère, de combler les nombreux vides, de percer les secrets de son existence. Cette quête naît d’un désir de compréhension et d’un grand sentiment de culpabilité.



    « Quelque chose de terrible s’était déroulé dans cet appartement. Je me sentais comme un intrus qui aurait brisé les scellés apposés sur la porte d’entrée. J’hésitais à poser les pieds par terre, à laisser des traces, à déplacer des objets. Je visitais les lieux d’un crime dont je m’étais rendu complice. Inutile d’effacer les traces de mon passage. Ce n’étaient pas des empreintes qui risquaient de m’incriminer mais leur absence. Coupable de non-assistance à personne en danger. Déclaré contumax. Pendant que je lui tournais le dos, ma mère avait failli finir en fait divers. Dans l’une des coupures de presse qu’elle archivait. Sa matière à roman noir. Sous la forme d’un entrefilet dans le Parisien : « Le cadavre gisait au milieu de ses poubelles… La victime vivait seule… » Coiffé d’une des manchettes à la Libé qu’elle affectionnait : « Momie dans le 13e », « Mangée par son chien », « Revanche canine à Chinatown. »



    Françoise était une mère effacée. Aimante à sa façon : de loin. Elle vivait dans son monde, supportant mal d’être dérangée. Une bonne partie de sa vie, elle l’a passé recluse dans son appartement, presque catatonique, ne sortant qu’aux heures où elle était sûre de ne croiser personne. Sa seule compagnie, son seul confident : Chips, son chien.



    Parmi ces carnets, l’auteur est intrigué par celui intitulé La nuit du guetteur. L’histoire d’un homme qui épie des femmes.



    Dans cet embryon de roman, c’est sa propre insécurité que révèle Françoise. Ce sentiment d’être constamment épiée qui la pousse à la réclusion. Cette paranoia a pour origine sa jeunesse militante. En pleine guerre d’Algérie, ce qu’on appelait pudiquement à l’époque, les événements, Françoise faisait partie d’un groupe d’activistes militant pour la libération de l’Algérie. Cette période étant frappée de tabou, l’enquête de l’auteur est difficile. Quel était vraiment le rôle de sa mère au sein du FLN. Il se heurte à la disparition des archives, à l’étrange amnésie des camarades de sa mère ou à leur mutisme pur et simple. La guerre d’Algérie pour eux n’est pas terminée, ils se sentent encore traqués.



    Ce roman est un devoir de mémoire, Un très bel hommage d’un fils à sa mère. Une femme qui n’a pas vraiment vécu sa vie, traumatisée qu’elle était par son passé de militante. L’auteur devient le guetteur de la vie de sa mère par-delà la mort. Un livre qui se lit comme un véritable polar mais un polar où l’émotion et l’amour filial plein de culpabilité sont présents à chaque page.



    « Ma mère était ce que je ne savais pas d’elle et que je chercherais indéfiniment toute ma vie. Elle se barricadait, elle élevait des remparts et guettait un ennemi invisible. Pour pouvoir l’appréhender, je devais la transformer en un roman policier, la réduire à des informations consignées dans son carnet, méthode familière que je pratiquais depuis des décennies, et la tenir à distance, parce que cette histoire me faisait peur. »

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    Couverture du livre « La cache » de Christophe Boltanski aux éditions Gallimard

    Jean-Paul Degache sur La cache de Christophe Boltanski

    Bien qu’ayant eu du mal à entrer dans Le guetteur, le dernier roman de Christophe Boltanski, j’ai tenu à lire le précédent, La cache, car j’avais ensuite été conquis par l’histoire de cette mère, héroïne très discrète pour l’indépendance de l’Algérie, morte dans un isolement assez...
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    Bien qu’ayant eu du mal à entrer dans Le guetteur, le dernier roman de Christophe Boltanski, j’ai tenu à lire le précédent, La cache, car j’avais ensuite été conquis par l’histoire de cette mère, héroïne très discrète pour l’indépendance de l’Algérie, morte dans un isolement assez terrible.

    La cache, c’est un appartement parisien, rue de Grenelle, que l’auteur fait découvrir au fil du livre, en agrémentant chaque partie d’un plan simplifié : « Ils habitaient un palais et vivaient comme des clochards ».
    Autant je comprends le parti-pris littéraire d’un récit décousu mélangeant époques et personnages, autant il m’a été difficile de m’y retrouver, les premières lignes de chaque chapitre n’annonçant pas de qui parle l’auteur.
    Plusieurs générations se mêlent, se croisent alors que ce roman familial commence dans une Fiat 500 où se tassent cinq personnes. C’est là que ça devient compliqué mais qu’importe, j’ai apprécié les descriptions minutieuses de chaque pièce que j’ai visitée au fur et à mesure que progressait le récit.
    Cette Mère-Grand, héroïne principale qui s’efface de temps à autre, écrivait des romans sous pseudonyme, avait subi la polio, terrible maladie dont elle n’acceptait pas les conséquences, luttant avec une vaillance admirable pour ne pas être traitée en infirme.
    Les Boltanski, famille juive est venue d’Odessa où l’auteur se rend en 2014 pour trouver des actes officiels. Dans notre pays, c’est : « L’histoire édifiante, maintes fois racontée d’une intégration réussie, d’une ascension sociale rapide, par la grâce de l’école républicaine. » Puisque tout cela se déroule au XXe siècle, les drames sont inévitables et, je dois le reconnaître, ce sont les pages que j’ai préférées.
    Le grand-père a fait deux ans de tranchées comme médecin auxiliaire avec les brancardiers, sur le front : « Des attaques dont l’absurdité saute aux yeux des hommes qui les mènent, avec la même violence que des obus. » Sa croix de guerre, il ne l’a jamais montrée mais, dans les années qui suivirent : « Son milieu dit hospitalier, immaculé, assermenté, nourrit un antisémitisme virulent. »
    De nouvelles années très sombres voient l’appartement mériter son nom de cache avec, à nouveau, des pages émouvantes sur une période à ne jamais oublier pour ne pas la revivre. J’ai fait cette visite. J’ai tenté de comprendre et de connaître un peu les membres de cette grande famille mais je retiens cette phrase de l’auteur qui explique cet hommage indispensable : « Je n’ai jamais été aussi libre et heureux que dans cette maison. »

    Cette grande fresque familiale qui brasse plusieurs époques très fortes amorce le roman suivant, évoqué plus haut et je regrette simplement qu’en plus des croquis des lieux, un arbre généalogique n’ait pas été ajouté. Cela m’aurait aid

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    Couverture du livre « Le guetteur » de Christophe Boltanski aux éditions Stock

    Jean-Paul Degache sur Le guetteur de Christophe Boltanski

    Difficile d’entrer vraiment dans ce roman dès les première pages et, pourtant, Christophe Boltanski a réussi à me captiver de plus en plus jusqu’à m’émouvoir vraiment au final. Si j’avais lu La cache (2015), son roman précédent, j’aurais peut-être plus rapidement adhéré à cette quête de...
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    Difficile d’entrer vraiment dans ce roman dès les première pages et, pourtant, Christophe Boltanski a réussi à me captiver de plus en plus jusqu’à m’émouvoir vraiment au final. Si j’avais lu La cache (2015), son roman précédent, j’aurais peut-être plus rapidement adhéré à cette quête de l’histoire familiale de l’auteur.

    Parti à la recherche de l’histoire de sa mère, Christophe Boltanski bâtit un véritable roman, démontrant un talent littéraire évident. Dès le début, je suis intrigué, je me pose des questions, je ne sais pas où je suis emmené car Le guetteur est, finalement, multiple.
    Nous sommes au début des années 1960, à Paris, et c’est la guerre d’Algérie. Des étudiants se retrouvent dans un café. Ils parlent politique. Soudain, nous voilà plongés dans un appartement, six mois après la mort de sa mère, appartement qu’il doit vider avec sa sœur.
    La défunte voulait écrire des polars mais : « Ce n’étaient que des débuts de manuscrits, des essais, des entames de chapitres, des attaques dépourvues de chute, des amorces ne débouchant sur rien. Des promesses de livres en puissance. Des livres qui n’existeraient jamais. »
    Ainsi, c’est parti avec alternance entre quête actuelle et passé qui remonte doucement à la surface malgré une volonté, décidément partagée jusqu’en haut lieu, de tout laisser sous le boisseau. J’ai souffert en découvrant le récit des dernières années de cette femme, Françoise L., morte d’un cancer du poumon mais qui fuma beaucoup jusqu’au bout !
    Malgré cela, au fil des pages, je comprends davantage cette femme qui côtoie Talus Taylor (1933 – 2015), le créateur de Barbapapa. L’auteur utilise au maximum les éléments qu’il glane, romance remarquablement les manques et constate : « Loin d’être une masse inerte, ma mère était la somme de forces contraires, comme un élastique immobile, mais tendu à la limite de la rupture. » Tout cela après un retour plus loin en arrière auprès de ses parents et grands-parents, détaillant son enfance et son adolescence.
    En pleine guerre d’Algérie, le livre prend toute son ampleur avec ces Français qui militent pour l’indépendance de ce pays, apportant leur aide au FLN : « Comme tous ses compagnons, elle craint le retour des temps meurtriers. Elle en voit partout les prémices : des généraux factieux, une police noyautée par l’extrême-droite, une organisation secrète qui pose des bombes et assassine. »
    Militante active, elle se met en danger, héberge un leader du FLN en France mais son fils n’en trouve pas les preuves. Quand le préfet de police, Maurice Papon, décide que pour un coup porté, il en donnera dix, on en arrive au massacre du 17 octobre 1961, rappelé avec une froideur terrible qui me rappelle L’itinéraire d’un salaud ordinaire de Didier Daeninckx.

    Sans en dire plus, je peux ajouter que j’ai pensé à Patrick Modiano à plusieurs reprises lorsque l’auteur nous promène dans Paris, rues et bâtiments décrits très précisément.

    Bon, il ne me reste plus qu’à lire La cache !

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    Couverture du livre « Le guetteur » de Christophe Boltanski aux éditions Stock

    Cigale Tenor sur Le guetteur de Christophe Boltanski

    Le dernier roman de Christophe Boltanski, Le Guetteur, est construit à deux voix qui n’en forment pourtant qu’une seule… J’ai eu beaucoup de mal à dissocier le narrateur à la première personne de l’auteur ; à la fin du troisième chapitre, je suis allée vérifier que le mot « roman » figurait bien...
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    Le dernier roman de Christophe Boltanski, Le Guetteur, est construit à deux voix qui n’en forment pourtant qu’une seule… J’ai eu beaucoup de mal à dissocier le narrateur à la première personne de l’auteur ; à la fin du troisième chapitre, je suis allée vérifier que le mot « roman » figurait bien sur la couverture. La citation de Baudelaire en épigraphe donne la clé : « […] avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois, je me la raconte à moi-même en pleurant ». Il n’en reste pas moins que dans deux entrevues (sur YouTube), Christophe Boltanski dit « ma mère » en parlant de cette autofiction.

    À la mort de leur mère, Françoise, le narrateur et sa sœur vident l’appartement qui va être vendu. Dans un incroyable bric-à-brac paradoxalement assez ordonné, ils trouvent une chemise en plastique bleu étiquetée «Dossier Polar» dans laquelle le fils découvrira cinq textes, tous des débuts de romans policiers, dont un, plus travaillé que les autres, est intitulé « La Nuit du guetteur ». Il trouve aussi beaucoup de cahiers dans lesquels sa mère notait son quotidien sous forme de notes et d’abréviations qui laissent supposer un certain déséquilibre mental, et il décide d’en sauver une dizaine. C’est à partir de ces documents divers et parfois antinomiques que le narrateur va devenir le guetteur de sa mère.

    Dans les chapitres impairs, le narrateur à la première personne des premières phrases su livre s’efface très rapidement pour devenir le maître d’œuvre des événements censés se dérouler devant lui. Il prétend regarder vivre une jeune femme qui « paraît vouloir imiter une chanteuse yé-yé […] dont elle partage le prénom » (p. 11), mais dont le pseudonyme est Sophie. Elle évolue dans un groupe de jeunes intellectuels qui ont pris fait et cause pour l’indépendance algérienne, le degré d’implication des membres étant très variable. C’est la femme d’avant, celle que le narrateur ne connaît pas et qu’il tente d’inventer devant nous.

    Les chapitres pairs portent tous en exergue une phrase que l’on suppose tirée de « La Nuit du guetteur ». Le narrateur à la première personne est bien présent et il va nous raconter sa mère, la femme qu’il connaît, mais aussi celle qu’il découvre : ce qu’elle lisait, les métiers qu’elle avait exercés, comment elle vivant, ce qu’elle faisait, ou plutôt, ce qu’elle avait fait avant de vivre en quasi recluse dans un appartement envahi par les ordures et les déjections canines : « Chips avait transformé son trois pièces meublé avec goût […] en vastes latrines » (p. 61)…

    Je ne suis décidément pas amatrice d’autofiction, c’est sans doute pourquoi je ne peux qu’émettre un avis mitigé sur ce roman. J’en ai aimé la construction originale qui joue sur la fiction et sur la réalité en nous faisant croire que les deux parties sont étanches. J’en ai aimé l’écriture précise, parfois froide, parfois brièvement empathique. Mais comme toujours avec l’autofiction, j’ai l’impression de commettre une transgression quelconque. Que je découvre derrière le narrateur l’enfant qui s’est senti mal aimé : « […] femme discrète, sur le qui-vive, mère aimante à sa manière, mais fermée à l’enfant que j’avais été. Elle fuyait la transparence et n’entrouvrait sa coquille que pour filtrer l’eau et capter sa nourriture » (p. 63) ou que je perçoive la culpabilité du fils : « Je m’étais contenté d’espacer nos rencontres. Je pouvais laisser passer des semaines, parfois des mois avant de l’appeler. Je savais que, de son côté, elle ne bougerait pas. […] Je faisais le mort. Elle était en train de mourir. » (p. 54), je me sens conviée à une forme de voyeurisme et je n’apprécie décidément pas l’invitation...