Alice Zeniter

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Articles (2)

  • Portrait d'Alice Zeniter
    Portrait d'Alice Zeniter

    Normalienne, Alice Zeniter voit son troisième roman, Sombre dimanche (Albin Michel), couronné de trois prix : Prix du livre Inter, Prix de la Closerie des Lilas, Prix des lecteurs de l'Express.

  • Sombre dimanche d'Alice Zeniter
    Sombre dimanche d'Alice Zeniter

    Il y a une chose qu'Alice Zeniter a assimilé très vite : depuis Rimbaud ou Françoise Sagan, la grande littérature s'accommode bien d'une certaine forme de précocité. La jeune femme raconte qu'elle a commencé à écrire dès l'âge de 7 ans, en se promettant de devenir écrivain à l'adolescence – et en effet, elle publia un petit opuscule à 16 ans, aux éditions du Petit Véhicule, aujourd'hui épuisé. 

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Avis (50)

  • Couverture du livre « L'art de perdre » de Alice Zeniter aux éditions Flammarion

    Mumu Dans le Bocage sur L'art de perdre de Alice Zeniter

    L'Art de Perdre mais que perd-on quand on quitte son pays, ses racines, sa famille mais en plus quand on le quitte comme un ennemi à sa patrie et un étranger sur la terre d'accueil ? Est-ce un art ou une bénédiction quand le passé est une souffrance ?
    Sur 3 générations Alice Zeniter retrace le...
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    L'Art de Perdre mais que perd-on quand on quitte son pays, ses racines, sa famille mais en plus quand on le quitte comme un ennemi à sa patrie et un étranger sur la terre d'accueil ? Est-ce un art ou une bénédiction quand le passé est une souffrance ?
    Sur 3 générations Alice Zeniter retrace le parcours d'une famille (inspirée de sa propre famille) qui abandonne sa terre natale, ses richesses, sa maison et son statut car son chef de famille, Ali, en 1962, a fait un choix, son choix mais a-t-on toujours le choix, d'être du côté des français (mais n'oublions pas que jusqu'à cette date l'Algérie était française).
    La guerre d'indépendance, lui, l'a vécue dans la peur, le sang et l'injustice. Il a fait des choix : il a protégé sa famille mais a dû quitter son pays à la fin du conflit car il n'était plus, pour les autres, algérien mais français et il était déjà étranger à l'Algérie car il était Kabyle.
    Arrivés en France dans différents lieux d'hébergement enfin plutôt des camps, humiliés, sans rien que le minimum de ce que l'on a pu emporter sur soi, ballotés du sud à l'est puis à l'ouest, en Normandie dans une cité HLM/ghetto. On n'y est pas non plus reconnus, on est tout juste tolérés. Il y a les algériens et il y a eux, les harkis, traitres à leur patrie mais quelle patrie et pour quelle reconnaissance.
    Alice divise son récit en 3 parties, une par génération :
    Ali, le grand-père kabyle, harki qui vivra le déracinement de façon douloureuse mais avec l'espoir d'un ailleurs possible et comprendra vite qu'il n'a plus de pays. Amère désillusion d'une terre d'accueil dont il se sent exclu et pour laquelle il a tout sacrifié. Même dans le regard des siens, ses proches il vivra cela comme celui qui a trahi, a fui et il se tait.
    Hamid, son fils, né là-bas, avant la fuite, dont il ne garde aucun souvenir, mais arrivé très jeune en France, et qui affrontera et s'éloignera de son père, parce qu'il est et se sent français et par envie d'intégration.
    Naîma, la petite fille qui cherche à comprendre et cherche sa place mais devant le silence des générations précédentes, entreprendra le voyage dans les origines.
    Très beau roman, une fresque sur les racines, avec en fond la guerre d'Algérie. Une famille kabyle qui se sent kabyle et non algérienne et donc déjà une étrangère, qui côtoyait français et algériens, qui se retrouvent au centre d'une guerre de militaires, de révolutionnaires mais aussi d'intérêts dont elle ne comprend pas tous les enjeux mais qui voit la souffrance, les meurtres.
    Amertume du traitement subit par ses hommes qui ont fait le choix (quelles qu'en soit les raisons) de tout quitter parce qu'ils n'avaient plus leur place là-bas mais qui ne l'avaient pas plus ici. Qui est-on ? Celui des racines, celui de la terre natale ? Et comment se construire quand le silence vous entoure, qu'on ne répond pas à vos questions, que vous vous construisez uniquement par les regards, les odeurs de cuisine, les bribes de discussions entendues. Comment se construire lorsqu'on ne parle plus la même langue même au sein d'une même famille ou que l'on se moque de vous lorsque vous essayez de parler.....
    Ils reçoivent les voisins avec un masque grave qui dissimule mal la jubilation qu'ils éprouvent et, après quelques hochements de tête, se lancent dans l'analyse des pièces apportées comme si, en devins des temps anciens, ils ouvraient le ventre d'un animal pour y lire des messages secrets et supérieurs.(p257)
    La nouvelle génération prend en charge les "anciens", les manipulent parfois, le rôle de chacun est modifié, dévalorisé, les traditions s'oublient et l'on peine à partager.
    Ils trouveront difficilement leurs places dans ce pays d'accueil et quand ils la trouveront ce sera au risque de se couper de leurs familles.
    Tout le monde s'effondre à un moment ou à un autre, il faut juste attendre un peu. Il y a des jours où vous croyez que tout va bien et puis vous vous penchez et vous voyez votre lacet défait. Soudain, l'impression de bonheur disparaît, le sourire lui-même s'écroule, comme des bâtiments soufflés par une explosion : il tombe comme les immeubles. En fait vous n'attendiez que ça, le lacet, la chose minuscule. Tout le monde a secrètement envie d'être furieux ou malheureux. Ca rend intéressant.(p365)
    Naïma (l'auteure) fruit de la mixité, remontera le fil de l'histoire, ressentant un trouble et une attirance pour un pays qui lui est étranger, où de nouvelles règles s'installent mais où elle comprend qu'elle fait partie malgré tout de ce pays, qu'il est au plus profond d'elle.
    Naïma aime les gens qui vieillissent sans mollir. C'est un effort et un risque considérables le corps avec l'âge supporte moins bien les coups. Décider de rester droit, debout et dur, c'est s'exposer à la brisure nette des os ou de l'ego. Alors chez la plupart des gens, la colonne vertébrale ploie lentement avec les années et une sorte de calme s'installe - qui semble pour Naïma une renonciation - et transforme les dernières oeuvres des artistes vieillissants en des vignettes nostalgiques qui ne l'intéressent pas.(p365)
    Il est important de transmettre, pour ne pas perdre, se connaître, savoir d'où l'on vient pour mieux aller là où l'on va, mais la pudeur, la honte parfois peuvent parfois l'empêcher sans oublier qu'il s'agit de générations où la parole n'était pas aussi libre que maintenant.
    Il reprend le récit de sa vie là où il l'avait laissé la dernière fois, comme si c'était un livre dont il avait marqué la page et qu'il avait glissé sous la table basse jusqu'à ce qu'elle revienne et qu'il puisse l'ouvrir, sans effort, au bon endroit. (p396)
    J'ai aimé l'écriture, fluide et forte. Sa délicatesse, sa précision, le travail de documentation, la pudeur des situations mais aussi leur force parfois dans les non-dits, les silences et le bruit de fond : l'injustice, le mépris face à ces apatrides, la honte aussi. J'ai trouvé parfois certaines longueurs mais ma lecture et mon plaisir ont été crescendo et plus particulièrement dans la dernière partie : "Paris est une fête", qui est la synthèse, le bilan et surtout sur une forme de parole libérée, enfin

  • Couverture du livre « L'art de perdre » de Alice Zeniter aux éditions Feryane

    Jean-Pierre Nucci sur L'art de perdre de Alice Zeniter

    J'ai adoré ce livre. À travers les vies d'Ali, le grand-père, Hamib, le fils et Naïma la petite fille, on comprend mieux les sentiments, les peines, les espoirs vains, les rejets, les injustices vécus, infligées par les leurs, par les français, par tous ces gens chassés injustement de chez eux,...
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    J'ai adoré ce livre. À travers les vies d'Ali, le grand-père, Hamib, le fils et Naïma la petite fille, on comprend mieux les sentiments, les peines, les espoirs vains, les rejets, les injustices vécus, infligées par les leurs, par les français, par tous ces gens chassés injustement de chez eux, de la Kabylie pendant la guerre d'Algérie.

    Installés sur le sol de France, Ali rêve d'y retourner, de revoir sa verte vallée, ses oliviers, Hamib décide de l'oublier, de la renier même, Naïma de la visiter. Trois générations, trois sentiments contraires, trois douleurs intenses.

    Quand la guerre est déclarée, disait Albert camus, chacun doit regagner son camp. À vouloir s'extraire de cette triste vérité, à choisir la neutralité, le destin d'Ali va être bouleverser définitivement.

  • Couverture du livre « L'art de perdre » de Alice Zeniter aux éditions Flammarion

    Lindsay Hardy sur L'art de perdre de Alice Zeniter

    L'art de perdre est un livre précieux. De l'Algérie à la France, Alice Zeniter interroge la filiation et les origines pour en extraire avec foisonnement une série de questionnements et de profondes réflexions. Du mur de silence auquel se heurte Naima, comme son père Hamid avant elle, l'auteure...
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    L'art de perdre est un livre précieux. De l'Algérie à la France, Alice Zeniter interroge la filiation et les origines pour en extraire avec foisonnement une série de questionnements et de profondes réflexions. Du mur de silence auquel se heurte Naima, comme son père Hamid avant elle, l'auteure en extrait l'histoire familial et les raisons de son déracinement de la Kabylie à la France. De cette fresque familiale, on comprend l'enjeu de la guerre d'Algérie, le terme encore sensible de harki, le sens faussé de l'intégration ou encore l'urgence de vivre. Avec justesse, Alice Zeniter propose un roman intelligent, sensible et parfois brutal afin d'amorcer non pas un début de réponse, mais une libération de la parole. Coup de cœur intégral.

    Fille et petite-fille d'Algériens déracinés, Naima s'interroge sur ses origines. Française d'origine algérienne, qui est-elle vraiment ? Face au silence tenace qui entoure la fuite de ses grands-parents de Kabylie, elle cherche à comprendre leur arrivée en France à l'été 1962. Qu'a fait Ali, son grand-père, pour se sentir menacer et gagner la frontière ? Pourquoi Hamid, le père de Naima, ne lui a jamais raconté son enfance ? La peur, la honte, le déni sont autant de sujets auxquels Naima se confronte pour ne serais-ce que s'expliquer elle-même. Sur les traces de cette famille finalement inconnue, c'est peut-être elle, qu'elle trouvera.

    Ce roman est pour moi d'une intelligence folle. Le fond comme la forme sont autant d'armes au service d'une littérature lumineuse et insatiable. Alice Zeniter réussit à faire parler le passé pour interroger le présent avec force et subtilité. Roman sur l'identité, elle traite l'immigration sur trois générations et en fait une introspection presque sociologique. Avec Ali, elle interroge l'Histoire sur ce qu'a été la guerre d'Algérie. Avec Hamid, il s'agit de comprendre l'effet du déracinement à travers l'intégration. Et enfin, à travers Naima, elle réunit la somme des deux pour trouver son identité propre. Intelligent je vous dis !

    Les personnages attachants, forts et taciturnes, pourvus d'une grande finesse psychologique  donnent tout son relief à ce récit. Meurtris dans leur chair comme dans le moral, ils sont finalement prisonniers d'un héritage sanglant. L'héritage d'une colonisation, de plusieurs guerres, de choix, de silences.

    Je prends l'exemple d'Ali, un homme bourru mais bon, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, aîné de la famille. Kabyle puis français. Kabyle, mais défenseur du droit français lors de la guerre 39-45. Puis considéré comme traître lors de la guerre d'Algérie. Pourquoi ? Pour avoir protégé sa famille ? Considéré comme harki, il est alors obligé sinon tué, de quitter l'Algérie, son pays, sa patrie, sa terre d'oliviers. Mais alors qu'est-ce qu'un harki ? Un traître ? Ou simplement un homme en désaccord avec les méthodes du FLN comme ceux de l'occupant ? C'est en couchant sur papier les contradictions du terme harki, terme encore flou, que l'auteure en révèle le grotesque.

    Cet héritage se matérialise aussi par la barrière de la langue. C'est ce à quoi va se confronter Naima en cherchant des réponses. Puisque Ali n'est plus et qu' Hamid refuse toute discussion, Naima n'a d'autres choix que de se tourner vers Yema, sa grand-mère. Malheureusement, Yema, n'a jamais appris le français, laissant le soin à ses enfants de l'apprendre pour elle. Et c'est en partie, ce que reproche Hamid à ses parents. Cette intégration exemplaire, lui l'aîné, encore plus que les autres avec la furieuse envie de sortir de la cité. Lui, Hamid, l'enfant arraché à son village et qui a connu les camps enfermements. Lui, Hamid, trait d'union entre l'appartement et l'extérieur. Lui, qui lit les lettres à ses parents. Voilà pourquoi, lui, Hamid, à décidé que ses racines sont la France.

    L'Algérie source de fierté, devient peu à peu source d'embarras. Et c'est ce à quoi Naima tente de réhabiliter. 

    Chercher d'où l'on vient, l'histoire familiale, la part d'identité qui façonne, voilà un thème universel qui conduit à tout questionnement, mais pas forcément aux réponses. Et tant mieux. C'est avec une documentation précise et une juste analyse de l'Histoire que la romancière m'a séduite, m'a touché et surtout interrogé sur ma propre interprétation identitaire.

    Un roman dont on ne ressort pas indemne, qui nous grandit un peu plus pour regarder droit vers la grande et petite histoire. 

    En accompagnement de lecture, je vous propose cette fois-ci un thé à l'amande Kusmi Tea qui se mariera très bien avec des cupcakes citrons- meringues. L'acidité du citron et la douceur de la meringue pour contrebalancer avec la guerre, l'exil et également l'amour et l'amitié. Bonne lecture !
    http://bookncook.over-blog.com/2018/03/l-art-de-perdre.html

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