L'art de perdre

Couverture du livre « L'art de perdre » de Alice Zeniter aux éditions Flammarion
  • Date de parution :
  • Editeur : Flammarion
  • EAN : 9782081395534
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

L'Algérie dont est originaire sa famille n'a longtemps été pour Naïma qu'une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire... Voir plus

L'Algérie dont est originaire sa famille n'a longtemps été pour Naïma qu'une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?
Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu'elle ait pu lui demander pourquoi l'Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l'été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l'Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?
Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l'Algérie, des générations successives d'une famille prisonnière d'un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d'être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.

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  • Cette fresque admirablement écrite nous fait remonter le cours de l'histoire familiale de Naïma, d'Ali, son grand-père, et d'Hamid, son père. Une histoire familiale entrelacée aux soubresauts de la colonisation de l'Algérie, de la guerre d'indépendance et de l'exil en France. Terre natale, terre...
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    Cette fresque admirablement écrite nous fait remonter le cours de l'histoire familiale de Naïma, d'Ali, son grand-père, et d'Hamid, son père. Une histoire familiale entrelacée aux soubresauts de la colonisation de l'Algérie, de la guerre d'indépendance et de l'exil en France. Terre natale, terre d'exil et entre les deux une fracture bien plus profonde que la Méditerranée. Un gouffre né de la violence, du mépris, de l'insoumission, de la haine, de l'amour et de la mort.

    Le récit démêle lumineusement les paradoxes de cet enchevêtrement historique, sociologique, familial et affectif. Je suis encore subjuguée par la puissance de cette oeuvre qui explore tous les espaces romanesques : du souffle tempétueux de l'Histoire jusqu'à la brise ténue de l'intime. Une lecture extraordinaire !

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  • Alice Zeniter nous livre un récit (d'inspiration autobiographique ?) puissant et sensible, soutenu par une très belle écriture, et recherches historiques à l'appui.
    Naïma, jeune galeriste, retrace la fresque d'une famille harkie kabyle sur trois générations.
    Le patriarche, le fils, la...
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    Alice Zeniter nous livre un récit (d'inspiration autobiographique ?) puissant et sensible, soutenu par une très belle écriture, et recherches historiques à l'appui.
    Naïma, jeune galeriste, retrace la fresque d'une famille harkie kabyle sur trois générations.
    Le patriarche, le fils, la petite-fille : trois personnages, trois époques, trois pans d'histoire et de culture arabe et française.
    Débarqué à Marseille en 1962, le grand-père de Naïma fuit l'Algérie pour échapper aux représailles du FLN et sera parqué dans un misérable baraquement avant d'être expédié, avec femme et enfants, en Normandie dans une cité H.L.M.
    « l'Algérie les appellera des rats. Des traîtres. Des chiens. Des apostats. Des bandits. Des impurs. La France ne les appellera pas, ou si peu. La France se coud la bouche entourant de barbelés les camps d'accueil. »
    Hamid, son père, lui restera à jamais marqué par ces années de jeunesse passées en camp de transit et se fera par conséquent un devoir de réussir.
    "La nuit, au lieu de dormir, il jardine à l'intérieur de lui. Là où c'est noué, il taille. Là où c'est bouché, il creuse. Des interdictions internes qu'il a été capable de déceler, il n'en garde qu'une parce qu'il pense qu'elle l'aide, qu'elle n'est pas une liane mais un tuteur : l'interdiction de ne pas être le meilleur."
    On suivra tout au long de ce roman la lutte perpétuelle de chacun des protagonistes entre, d'une part, le devoir / le désir d'intégration, et d'autre part la nécessité de connaître ses origines et son histoire.
    ".... Naïma réalise à quel point elle ignore tout de l'Algérie historique, politique et géographique, de ce qu'elle va appeler la vraie Algérie en opposition à Yema et au Pont-Féron qui constituent son Algérie personnelle et empirique."
    Ces personnages nous font ressentir de l'intérieur ce que peuvent être la peur, l'exil, la perte, la honte, et, d'une manière plus sociologique, les enjeux d'une intégration trop souvent manquée.
    "... un pays n'est jamais qu'une seule chose à la fois : il est souvenirs tendres de l'enfance tout autant que guerre civile, il est peuple comme il est tribus, campagnes et villes, vagues d'immigration et d'émigration, il est son passé, son présent et son futur, il est ce qu'il est advenu et la somme de ses possibilités."
    Poussée par une mission professionnelle, Naïma retournera en Algérie, presque malgré elle.
    Y trouvera-t-elle enfin les réponses tant attendues....?
    "Elle ne veut plus partir d'ici. Elle veut absolument rentrer chez elle."

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  • L'Art de Perdre mais que perd-on quand on quitte son pays, ses racines, sa famille mais en plus quand on le quitte comme un ennemi à sa patrie et un étranger sur la terre d'accueil ? Est-ce un art ou une bénédiction quand le passé est une souffrance ?
    Sur 3 générations Alice Zeniter retrace le...
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    L'Art de Perdre mais que perd-on quand on quitte son pays, ses racines, sa famille mais en plus quand on le quitte comme un ennemi à sa patrie et un étranger sur la terre d'accueil ? Est-ce un art ou une bénédiction quand le passé est une souffrance ?
    Sur 3 générations Alice Zeniter retrace le parcours d'une famille (inspirée de sa propre famille) qui abandonne sa terre natale, ses richesses, sa maison et son statut car son chef de famille, Ali, en 1962, a fait un choix, son choix mais a-t-on toujours le choix, d'être du côté des français (mais n'oublions pas que jusqu'à cette date l'Algérie était française).
    La guerre d'indépendance, lui, l'a vécue dans la peur, le sang et l'injustice. Il a fait des choix : il a protégé sa famille mais a dû quitter son pays à la fin du conflit car il n'était plus, pour les autres, algérien mais français et il était déjà étranger à l'Algérie car il était Kabyle.
    Arrivés en France dans différents lieux d'hébergement enfin plutôt des camps, humiliés, sans rien que le minimum de ce que l'on a pu emporter sur soi, ballotés du sud à l'est puis à l'ouest, en Normandie dans une cité HLM/ghetto. On n'y est pas non plus reconnus, on est tout juste tolérés. Il y a les algériens et il y a eux, les harkis, traitres à leur patrie mais quelle patrie et pour quelle reconnaissance.
    Alice divise son récit en 3 parties, une par génération :
    Ali, le grand-père kabyle, harki qui vivra le déracinement de façon douloureuse mais avec l'espoir d'un ailleurs possible et comprendra vite qu'il n'a plus de pays. Amère désillusion d'une terre d'accueil dont il se sent exclu et pour laquelle il a tout sacrifié. Même dans le regard des siens, ses proches il vivra cela comme celui qui a trahi, a fui et il se tait.
    Hamid, son fils, né là-bas, avant la fuite, dont il ne garde aucun souvenir, mais arrivé très jeune en France, et qui affrontera et s'éloignera de son père, parce qu'il est et se sent français et par envie d'intégration.
    Naîma, la petite fille qui cherche à comprendre et cherche sa place mais devant le silence des générations précédentes, entreprendra le voyage dans les origines.
    Très beau roman, une fresque sur les racines, avec en fond la guerre d'Algérie. Une famille kabyle qui se sent kabyle et non algérienne et donc déjà une étrangère, qui côtoyait français et algériens, qui se retrouvent au centre d'une guerre de militaires, de révolutionnaires mais aussi d'intérêts dont elle ne comprend pas tous les enjeux mais qui voit la souffrance, les meurtres.
    Amertume du traitement subit par ses hommes qui ont fait le choix (quelles qu'en soit les raisons) de tout quitter parce qu'ils n'avaient plus leur place là-bas mais qui ne l'avaient pas plus ici. Qui est-on ? Celui des racines, celui de la terre natale ? Et comment se construire quand le silence vous entoure, qu'on ne répond pas à vos questions, que vous vous construisez uniquement par les regards, les odeurs de cuisine, les bribes de discussions entendues. Comment se construire lorsqu'on ne parle plus la même langue même au sein d'une même famille ou que l'on se moque de vous lorsque vous essayez de parler.....
    Ils reçoivent les voisins avec un masque grave qui dissimule mal la jubilation qu'ils éprouvent et, après quelques hochements de tête, se lancent dans l'analyse des pièces apportées comme si, en devins des temps anciens, ils ouvraient le ventre d'un animal pour y lire des messages secrets et supérieurs.(p257)
    La nouvelle génération prend en charge les "anciens", les manipulent parfois, le rôle de chacun est modifié, dévalorisé, les traditions s'oublient et l'on peine à partager.
    Ils trouveront difficilement leurs places dans ce pays d'accueil et quand ils la trouveront ce sera au risque de se couper de leurs familles.
    Tout le monde s'effondre à un moment ou à un autre, il faut juste attendre un peu. Il y a des jours où vous croyez que tout va bien et puis vous vous penchez et vous voyez votre lacet défait. Soudain, l'impression de bonheur disparaît, le sourire lui-même s'écroule, comme des bâtiments soufflés par une explosion : il tombe comme les immeubles. En fait vous n'attendiez que ça, le lacet, la chose minuscule. Tout le monde a secrètement envie d'être furieux ou malheureux. Ca rend intéressant.(p365)
    Naïma (l'auteure) fruit de la mixité, remontera le fil de l'histoire, ressentant un trouble et une attirance pour un pays qui lui est étranger, où de nouvelles règles s'installent mais où elle comprend qu'elle fait partie malgré tout de ce pays, qu'il est au plus profond d'elle.
    Naïma aime les gens qui vieillissent sans mollir. C'est un effort et un risque considérables le corps avec l'âge supporte moins bien les coups. Décider de rester droit, debout et dur, c'est s'exposer à la brisure nette des os ou de l'ego. Alors chez la plupart des gens, la colonne vertébrale ploie lentement avec les années et une sorte de calme s'installe - qui semble pour Naïma une renonciation - et transforme les dernières oeuvres des artistes vieillissants en des vignettes nostalgiques qui ne l'intéressent pas.(p365)
    Il est important de transmettre, pour ne pas perdre, se connaître, savoir d'où l'on vient pour mieux aller là où l'on va, mais la pudeur, la honte parfois peuvent parfois l'empêcher sans oublier qu'il s'agit de générations où la parole n'était pas aussi libre que maintenant.
    Il reprend le récit de sa vie là où il l'avait laissé la dernière fois, comme si c'était un livre dont il avait marqué la page et qu'il avait glissé sous la table basse jusqu'à ce qu'elle revienne et qu'il puisse l'ouvrir, sans effort, au bon endroit. (p396)
    J'ai aimé l'écriture, fluide et forte. Sa délicatesse, sa précision, le travail de documentation, la pudeur des situations mais aussi leur force parfois dans les non-dits, les silences et le bruit de fond : l'injustice, le mépris face à ces apatrides, la honte aussi. J'ai trouvé parfois certaines longueurs mais ma lecture et mon plaisir ont été crescendo et plus particulièrement dans la dernière partie : "Paris est une fête", qui est la synthèse, le bilan et surtout sur une forme de parole libérée, enfin

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  • L'art de perdre est un livre précieux. De l'Algérie à la France, Alice Zeniter interroge la filiation et les origines pour en extraire avec foisonnement une série de questionnements et de profondes réflexions. Du mur de silence auquel se heurte Naima, comme son père Hamid avant elle, l'auteure...
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    L'art de perdre est un livre précieux. De l'Algérie à la France, Alice Zeniter interroge la filiation et les origines pour en extraire avec foisonnement une série de questionnements et de profondes réflexions. Du mur de silence auquel se heurte Naima, comme son père Hamid avant elle, l'auteure en extrait l'histoire familial et les raisons de son déracinement de la Kabylie à la France. De cette fresque familiale, on comprend l'enjeu de la guerre d'Algérie, le terme encore sensible de harki, le sens faussé de l'intégration ou encore l'urgence de vivre. Avec justesse, Alice Zeniter propose un roman intelligent, sensible et parfois brutal afin d'amorcer non pas un début de réponse, mais une libération de la parole. Coup de cœur intégral.

    Fille et petite-fille d'Algériens déracinés, Naima s'interroge sur ses origines. Française d'origine algérienne, qui est-elle vraiment ? Face au silence tenace qui entoure la fuite de ses grands-parents de Kabylie, elle cherche à comprendre leur arrivée en France à l'été 1962. Qu'a fait Ali, son grand-père, pour se sentir menacer et gagner la frontière ? Pourquoi Hamid, le père de Naima, ne lui a jamais raconté son enfance ? La peur, la honte, le déni sont autant de sujets auxquels Naima se confronte pour ne serais-ce que s'expliquer elle-même. Sur les traces de cette famille finalement inconnue, c'est peut-être elle, qu'elle trouvera.

    Ce roman est pour moi d'une intelligence folle. Le fond comme la forme sont autant d'armes au service d'une littérature lumineuse et insatiable. Alice Zeniter réussit à faire parler le passé pour interroger le présent avec force et subtilité. Roman sur l'identité, elle traite l'immigration sur trois générations et en fait une introspection presque sociologique. Avec Ali, elle interroge l'Histoire sur ce qu'a été la guerre d'Algérie. Avec Hamid, il s'agit de comprendre l'effet du déracinement à travers l'intégration. Et enfin, à travers Naima, elle réunit la somme des deux pour trouver son identité propre. Intelligent je vous dis !

    Les personnages attachants, forts et taciturnes, pourvus d'une grande finesse psychologique  donnent tout son relief à ce récit. Meurtris dans leur chair comme dans le moral, ils sont finalement prisonniers d'un héritage sanglant. L'héritage d'une colonisation, de plusieurs guerres, de choix, de silences.

    Je prends l'exemple d'Ali, un homme bourru mais bon, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, aîné de la famille. Kabyle puis français. Kabyle, mais défenseur du droit français lors de la guerre 39-45. Puis considéré comme traître lors de la guerre d'Algérie. Pourquoi ? Pour avoir protégé sa famille ? Considéré comme harki, il est alors obligé sinon tué, de quitter l'Algérie, son pays, sa patrie, sa terre d'oliviers. Mais alors qu'est-ce qu'un harki ? Un traître ? Ou simplement un homme en désaccord avec les méthodes du FLN comme ceux de l'occupant ? C'est en couchant sur papier les contradictions du terme harki, terme encore flou, que l'auteure en révèle le grotesque.

    Cet héritage se matérialise aussi par la barrière de la langue. C'est ce à quoi va se confronter Naima en cherchant des réponses. Puisque Ali n'est plus et qu' Hamid refuse toute discussion, Naima n'a d'autres choix que de se tourner vers Yema, sa grand-mère. Malheureusement, Yema, n'a jamais appris le français, laissant le soin à ses enfants de l'apprendre pour elle. Et c'est en partie, ce que reproche Hamid à ses parents. Cette intégration exemplaire, lui l'aîné, encore plus que les autres avec la furieuse envie de sortir de la cité. Lui, Hamid, l'enfant arraché à son village et qui a connu les camps enfermements. Lui, Hamid, trait d'union entre l'appartement et l'extérieur. Lui, qui lit les lettres à ses parents. Voilà pourquoi, lui, Hamid, à décidé que ses racines sont la France.

    L'Algérie source de fierté, devient peu à peu source d'embarras. Et c'est ce à quoi Naima tente de réhabiliter. 

    Chercher d'où l'on vient, l'histoire familiale, la part d'identité qui façonne, voilà un thème universel qui conduit à tout questionnement, mais pas forcément aux réponses. Et tant mieux. C'est avec une documentation précise et une juste analyse de l'Histoire que la romancière m'a séduite, m'a touché et surtout interrogé sur ma propre interprétation identitaire.

    Un roman dont on ne ressort pas indemne, qui nous grandit un peu plus pour regarder droit vers la grande et petite histoire. 

    En accompagnement de lecture, je vous propose cette fois-ci un thé à l'amande Kusmi Tea qui se mariera très bien avec des cupcakes citrons- meringues. L'acidité du citron et la douceur de la meringue pour contrebalancer avec la guerre, l'exil et également l'amour et l'amitié. Bonne lecture !
    http://bookncook.over-blog.com/2018/03/l-art-de-perdre.html

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  • Dans le cadre de la sélection du prix des lecteurs
    Escales du livre 2018 Bordeaux
    Ce livre a déjà été couronné de nombreux prix (prix Goncourt des lycéens 2017) et cela est mérité car d'une part, il nous parle d'un pan de notre histoire peu abordée, voire jamais évoquée dans des livres...
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    Dans le cadre de la sélection du prix des lecteurs
    Escales du livre 2018 Bordeaux
    Ce livre a déjà été couronné de nombreux prix (prix Goncourt des lycéens 2017) et cela est mérité car d'une part, il nous parle d'un pan de notre histoire peu abordée, voire jamais évoquée dans des livres romanesques et d'autre part, nous nous attachons à l'ensemble de ces personnages. Naïùa fait partie de ce que l'on nomme la troisième génération des émigrés. C'est son grand père qui a quitté l'Algérie et est venu tenter de s'insérer en France avec femme et enfant et en particulier son père, Hamid. Celle-ci va chercher à connaître l'histoire de ces ancêtres en Algérie, alors que son père n'a jamais voulu en parler. Les hommes de la famille sont souvent taiseux et ne parlent de cette vie laissée là-bas, l'accueil après ce départ (des pages terribles sur les camps du Sud de la France), J'ai beaucoup apprécié ce texte qui nous parle de l’Histoire vu par des petites gens et des individus que l'on croise.

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  • Naïma ne peut pas oublier d’où vient sa famille. Elle est née en Normandie mais Hamid, son père qui a épousé Clarisse, ne veut pas parler du pays d’où il vient, pays que son grand-père, Ali, a quitté, en 1962, avec Yema, sa seconde épouse et leurs trois enfants. Réduite à chercher à connaître...
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    Naïma ne peut pas oublier d’où vient sa famille. Elle est née en Normandie mais Hamid, son père qui a épousé Clarisse, ne veut pas parler du pays d’où il vient, pays que son grand-père, Ali, a quitté, en 1962, avec Yema, sa seconde épouse et leurs trois enfants. Réduite à chercher à connaître l’Algérie sur Wikipédia, elle veut en savoir plus.

    Pour son quatrième roman, Alice Zeniter, avec un talent qui ne cesse de s’affirmer, plonge en pleine Kabylie, en 1930, et j’ai été avalé par cette lecture qui sort de l’oubli le sort des harkis, un terme trop flou qui englobe la famille, les enfants et la descendance. Justesse, précision, détails de la vie quotidienne, souffrances physiques aussi bien que psychologiques, L’art de perdre est un vrai grand roman, très bien écrit.

    Issu de l’extrême pauvreté d’une famille, Ali s’est marié avec une cousine et s’est engagé dans l’armée française en 1940. Il participe à la campagne d’Italie dont la fameuse bataille du Monte Cassino. Au retour, le hasard lui permet de se lancer dans le pressage de l’huile avec ses deux frères et d’acquérir une certaine aisance. Mais, en Kabylie, on ne compte pas : « Les roumis ne comprennent pas que compter, c’est limiter le futur, c’est cracher au visage de Dieu. »
    L’auteure fait vivre le quotidien de paysans qui entendent parler d’indépendance sans se rendre compte de ce que cela implique. Peu à peu, la violence engendre la violence et une évidence s’impose : « Rien n’est sûr tant qu’on est vivant, tout peut encore se jouer, mais une fois qu’on est mort, le récit est figé et c’est celui qui a tué qui décide. »
    Très attaché à ses décorations de la Seconde guerre mondiale, Ali garde des liens avec l’armée française et les menaces de mort le poussent à partir, même si le FLN (Front de Libération Nationale) s’est engagé à ne pas maltraiter les harkis... La harka de la caserne est désarmée quand l’armée quitte la ville. Les supplétifs sont désavoués après des années d’obéissance : « S’ils essaient de monter dans les camions, marchez-leur sur les mains. »
    Il faut ensuite absolument revivre le parcours de ces déracinés dans notre pays. Enfermés dans des camps comme l’ont été avant eux les Républicains espagnols, les Juifs, les Tziganes raflés par Vichy. Ils sont à Rivesaltes puis à Jouques, dans la boue, le froid. L’instituteur renonce à apprendre à lire et à écrire aux enfants. Il les fait jouer, sûrement désemparé devant l’énorme tâche qui lui incombe et une dramatique absence de moyens.
    Enfin, c’est Flers et ses barres HLM grises. Alice Zeniter fournit alors d’excellentes pages sur Hamid qui refuse de parler de ses cauchemars, sur la France et l’Algérie, permettant de comprendre ce qui s’est passé et ce que nous vivons encore : « … il a hérité d’un père insaisissable qu’il voudrait défendre mais qui se refuse à être défendu. » Surtout ne pas dire à d’autres Algériens que sa famille est arrivée en France en 1962, date de l’indépendance !

    Enfin, ce livre est tellement riche d’enseignements et de vie qu’il est impossible d’en dégager tous les points forts comme dans cette dernière partie qui voit Naïma découvrir l’Algérie et éprouver ce déchirement bien compréhensible : « Elle ne veut plus partir d’ici. Elle veut absolument rentrer chez elle. »

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  • L’Art de perdre est un roman ambitieux, audacieux et généreux.

    Ambitieux parce qu’il raconte sur trois générations l’histoire d’une famille algérienne d’abord sous domination française, ensuite en pleine tourmente de guerre civile et d’exil forcé, puis du point de vue des deuxième et...
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    L’Art de perdre est un roman ambitieux, audacieux et généreux.

    Ambitieux parce qu’il raconte sur trois générations l’histoire d’une famille algérienne d’abord sous domination française, ensuite en pleine tourmente de guerre civile et d’exil forcé, puis du point de vue des deuxième et troisième générations écartelées entre pays d’origine et pays de vie, enfin par un retour apaisé en Algérie. Ali, Hamid, Naïma : trois figures de cette famille, trois manières de se construire (et parfois de tout perdre) sur fond de cette guerre d’indépendance dans laquelle Ali, riche propriétaire terrien sur une crête de Kabylie, s’est retrouvé sans vraiment avoir choisi ni compris du côté français, de ceux que l’on a appelés du terme trop général « les harkis ». Arrivé en métropole, ballotté de camp en camp puis dans une barre de HLM normande et une usine qui accueillent les déracinés, les non-qualifiés, le patriarche a enfoui ses émotions, ses incompréhensions, sa honte dans le silence. Son fils aîné Hamid, né en Algérie, arrivé en France vers l’âge de dix ans, a lui aussi choisi le silence, il a refoulé dans l’oubli volontaire le pays d’origine et s’est émancipé par les études et le mariage avec une Française (quoique lui aussi est Français puisque les ex-colonisés qui ont « choisi » le camp de la France n’ont jamais été que des Français… même si pas grand-monde ne les a considérés ainsi). Naïma, la troisième fille de Hamid, ploie sous le poids des non-dits et prend de plein fouet la vague islamiste et les attentats qui frappent l’Algérie dans les années 90 et le sol européen depuis les années 2000. A l’occasion d’une mission professionnelle, elle « retourne » en Algérie, elle qui n’y avait jamais mis les pieds, et découvre le village sur la crête.

    Audacieux parce qu’encore aujourd’hui, le sujet des harkis semble hyper-sensible des deux côtés de la Méditerranée. Alice Zeniter raconte cette histoire familiale avec vivacité, dans des chapitres courts où elle glisse sans lourdeur de multiples informations historiques et sociologiques (c’est autrement plus vivant et passionnant que le roman de Brigitte Giraud, Un loup pour ‘homme, paru lui aussi à la Rentrée 2017 chez le même éditeur). J’ai retrouvé l’ambiance lourde des tortures, des exécutions sommaires, de la stratégie de la terreur de Où j’ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari et j’ai découvert bouche bée les conditions dans lesquelles les harkis ont été « accueillis » en France à l’été 1962 : parqués dans les camps qui avaient servi au regroupement des Juifs en 40-45 et aux prisonniers allemands à la Libération, pris pour des débiles et employés dans des postes peu ou pas qualifiés, parqués à nouveau dans des cités HLM construites exprès pour eux (et on s’offusquera encore de la violence qui gangrène ces banlieues ?). L’auteur sait montrer que rien n’est simple, rien n’est manichéen finalement dans cette histoire douloureuse. J’ai aimé cette vision de l’Histoire par le petit bout de la lorgnette, par le biais de vrais gens (ou du moins de personnages très réalistes).

    Généreux parce qu’Alice Zeniter rend ses personnages tellement attachants dans leurs silences, leurs doutes, leurs hontes, leurs désirs de liberté, d’indépendance (par rapport à l’Histoire, à la famille, aux racines). Elle raconte avec une grande finesse psychologique le désastre de la guerre civile, le désarroi de l’exil, la survie et le désir de vie, d’intégration, l’écartèlement entre le pays d’où l’on vient et celui où l’on vit, pour déboucher sur une fin dynamique : la romancière ne boucle pas une boucle, mais elle laisse à son troisième personnage principal la liberté d’avancer dans la vie en connaissant mieux, en intégrant son histoire, l’Histoire et sa famille. Inutile de préciser que l’art de la construction n’est pas la moindre des qualités d’Alice Zeniter, de même que son style vif, précis, élégant. J’ai été touchée aussi par la justesse des voix masculines et féminines dans ce roman, à travers les rôles traditionnels dévolus à la femme dans la génération d’Ali et de sa femme Yema ou les revendications féministes des femmes dans l’Algérie actuelle.

    Oui, le roman d’Alice Zeniter est ambitieux, audacieux et généreux. Un beau coup de coeur en ce début d’année.

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  • Beau roman sur une famille algérienne obligée de faire face à la guerre entre le FLN et les forces françaises, puis de fuir en France. Ce roman suit la famille d'Ali sur plusieurs génération et montre comment ls ont dû s'adapter à la guerre puis tenter de s'intégrer dans une France qui ne veut...
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    Beau roman sur une famille algérienne obligée de faire face à la guerre entre le FLN et les forces françaises, puis de fuir en France. Ce roman suit la famille d'Ali sur plusieurs génération et montre comment ls ont dû s'adapter à la guerre puis tenter de s'intégrer dans une France qui ne veut pas d'eux. La recherche de l'identité, ni algérienne, ni française, est un des grands thèmes de ce roman. L'écriture est belle et les différents points de vue des personnages, ainsi que leurs difficultés de communication sont un véritable plus. Néanmoins, ce roman a quelques longueurs, notamment dans la 3ème partie, et j'ai eu du mal à aller au bout.

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  • http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2017/12/12/35948781.html

    L’art de perdre, un bien joli titre tiré d’un vers d’Elizabeth Bishop qui vient parfaire ce roman d’une grande beauté. Alice Zeniter nous offre une belle fresque familiale de 1930 à nos jours, de Kabylie en France. Trois...
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    http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2017/12/12/35948781.html

    L’art de perdre, un bien joli titre tiré d’un vers d’Elizabeth Bishop qui vient parfaire ce roman d’une grande beauté. Alice Zeniter nous offre une belle fresque familiale de 1930 à nos jours, de Kabylie en France. Trois générations d’une même famille racontent leur quotidien, leurs choix (ou absence de choix), leurs doutes et leurs capacités de gré ou de force à s’adapter à de nouvelles situations, à de nouveaux modes de vie, à un autre pays. Outre sa grande puissance romanesque, Alice Zeniter fournit ainsi un ouvrage à la fois historique et sociologique.

    Nous suivons tout d’abord le parcours d’Ali, petit propriétaire terrien devenu notable, qui se retrouve insidieusement, malgré lui, à choisir un camp au moment où la guerre d’Algérie éclate. Il devient un harki, celui qui a trahi les siens pour les Français alors que les choses sont bien évidemment plus compliquées que cela. La seconde partie du livre est consacrée à Hamid, le fils d’Ali, du camp de Rivesaltes à sa rencontre avec Clarisse en passant par son vécu avec toute sa famille dans une HLM normande. Il prend progressivement ses distances avec ses origines, avec sa famille qui lui en demande beaucoup et lui fait un peu honte. Enfin, la dernière partie est consacrée à Naïma, la fille d’Hamid. Tout en étant proche de sa famille paternelle, elle se sent à part, le cul entre deux chaises. Elle est française mais on lui balance sans cesse ses origines algériennes et son statut de petite-fille de harki. Elle est l’Arabe, voire une graine de terroriste. Elle s’interroge sur ce que c’est d’être harki, elle veut comprendre. Son travail dans une galerie d’art lui offre l’opportunité d’aller en Algérie pour découvrir sa famille, son histoire, ses origines.

    C’est un roman sur la perte et la quête des origines mais aussi sur l’identité en France quand on est le fruit d’une culture mixte. C’est également un récit sur la difficulté d’être soi quand on se sent différent de la place qu’on souhaite t’attribuer.

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  • un des meilleurs livres de la rentrée parmi ceux que j'ai lu. Un livre comme je les aime, qui nous fait découvrir une page de l'histoire à travers 3 générations. Naïma est née en France et son grand père, aujourd'hui décédé, ne lui a jamais parlé de l'Algérie qu'il a quitté avec sa femme et ses...
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    un des meilleurs livres de la rentrée parmi ceux que j'ai lu. Un livre comme je les aime, qui nous fait découvrir une page de l'histoire à travers 3 générations. Naïma est née en France et son grand père, aujourd'hui décédé, ne lui a jamais parlé de l'Algérie qu'il a quitté avec sa femme et ses enfants en 1962. Un passé lourd, un silence pesant, à 30 ans, Naïma ne sait pas où est sa place, ni d'où elle vient. Qui est-elle ? Et son grand père ? héros ou traitre ?

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