L'art de perdre

Couverture du livre « L'art de perdre » de Alice Zeniter aux éditions Flammarion

4.333333333

6 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Flammarion
  • EAN : 9782081395534
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

L'Algérie dont est originaire sa famille n'a longtemps été pour Naïma qu'une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire... Lire la suite

L'Algérie dont est originaire sa famille n'a longtemps été pour Naïma qu'une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?
Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu'elle ait pu lui demander pourquoi l'Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l'été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l'Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?
Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l'Algérie, des générations successives d'une famille prisonnière d'un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d'être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.

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  • 0.15

    J'aime beaucoup ce qui se dégage d'Alice Zeniter, son charisme, son intelligence. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu lire ce roman, même si j'avais été déçue par le précédent et que Sombre Dimanche ne m'avait convaincue que dans sa première moitié. Je comprends que le thème de celui-ci soulève l'enthousiasme général, les romans sur les harkis et leurs descendants n'étant sans doute pas légion mais j'avoue ne pas avoir appris grand chose, ce qui ne serait pas un problème pour moi si la plume m'avait emportée. Ce ne fut pas le cas. Ce ne fut pas une lecture déplaisante mais j'en attendais sans doute trop, au vu de sa présence dans un grand nombre de listes de prix. Par contre, je suis ravie qu'il figure sur la liste du Goncourt parce que cela signifie qu'un certain nombre de lycéens vont le lire et découvrir l'histoire des harkis. J'ai malgré tout beaucoup aimé la fin, lorsque Naïma se rend en Algérie.

  • 0.25

    "lls on tellement de papiers, tous ces français, commente Yema dans la cuisine en secouant la tête. on se demande bien ce qu'on peut faire ici sans les papiers. Mourir ? Moi je suis sûre que même pour ça , ils te demandent les documents et que si tu les as pas, ils te maintiennent vivant jusqu'à ce que tu les trouves..."



    Naïma a oublié l’Algérie, un pays qu’elle n’a jamais connu, un pays manquant et une religion oubliée. Et pourtant elle porte l’Algérie en elle, son prénom,sa peau brune, ses cheveux noirs. Ali, son grand-père, un harki, a tout abandonné en 1962 pour sauver sa famille. Hamid, son père, a vécu dans le camp d’accueil de Rivesaltes, un carré de toiles, entouré de barbelés,où l’électricité est coupée à 22h30. Naïma va prendre le bateau pour retourner à Alger de la même manière que sa famille l’a quittée. Elle va essayer de créer son propre lien avec l’Algérie, au lieu de poser ses pas dans ceux de son grand-père et de son père.

    A travers trois générations, Alice Zeniter nous raconte le drame des harkis éjectés de leur pays, non désirés par la France. Des parents obsédés par la réussite de leurs enfants, qui arrêtent de vivre pour tout leur donner. C’est l’Histoire de l’Algerie qui nous est contée, avec ses traditions, la femme répudiée, car tel est le droit du mari, parce que son ventre est sec. Les présents offerts par un futur mari, que la jeune adolescente n’a jamais vu. La circoncision où un enfant de cinq ans devient un homme. Mais aussi l’incompréhension ente Kabyles et Arabes qui ne se comprennent pas et le douloureux combat pour l’indépendance où des familles se déchirent, Le FLN, des soldats français massacrés, les représailles sanglantes qui s’en suivent. Les attentats d’Alger. Les accords d’Evian. L’espoir de ceux qui du pont du bateau voient s’éloigner Alger la blanche mais persuadés que dans six mois, c’est sûr, ils seront de retour dans le village. Des parents qui regardent l’Arabe devenir une langue étrangère pour leurs enfants. La confrontation entre le père et le fils entre passé et avenir. Des hommes attirés par la France et leurs femmes qui restent en Algérie comme des veuves. Les familles qui reviennent en Algérie pour les vacances qui jouent au jeu de la réussite, et les autres qui font semblant d’y croire. Les attentats terroristes en France et l’amalgame fait avec la communauté musulmane. Beaucoup de richesses donc dans ce roman sur un sujet délicat et sensible, mais l’écriture d’Alice Zeniter le traite avec beaucoup d’empathie et une totale liberté.

  • 0.25

    Naïma ne va pas bien et son mal vient d'un silence, de mots qui n'ont pas été prononcés et que l'on a tus parce qu'ils faisaient mal. Les dire aurait été remuer le couteau dans une plaie encore à vif. Mais Naïma ne peut se construire sur du vide, elle a besoin de remplir cet espace vacant qui lui donne le vertige et la nausée. Elle veut savoir. Elle veut connaître le passé de son grand-père, en Algérie, elle, la petite-fille de harki (comme Alice Zeniter).
    Un jour, elle a pris conscience soudain qu'elle avait tout simplement oublié d'où elle venait : « Quand on est réduit à chercher sur Wikipédia des renseignements sur un pays dont on est censé être originaire, c'est peut-être qu'il y a un problème. »
    Naïma, tout comme la romancière dont on entend la voix au début de l'oeuvre, n'a pas tout oublié, elle a des images en tête, des bribes un peu confuses, mais il va lui falloir les lier, les rassembler, combler les vides de l'histoire par des recherches puis par la fiction : il faut cimenter ce qui s'écroulera comme un château de sable et disparaîtra si l'écrivain ne prend pas sa petite truelle pour se mettre au travail.
    « C'est pour cela que cette partie de l'histoire, pour Naïma comme pour moi, ressemble à une série d'images un peu vieillottes… entrecoupées de proverbes, comme des vignettes cadeaux de l'Algérie qu'un vieil homme aurait cachées ça et là dans ses rares discours, que ses enfants auraient répétées en modifiant quelques mots… C'est pour cela aussi que la fiction tout comme les recherches sont nécessaires parce qu'elles sont tout ce qui reste pour combler les silences transmis entre les vignettes d'une génération à l'autre. »
    L'Art de perdre, autant le dire tout de suite, est certainement le livre majeur de cette rentrée littéraire, l'histoire d'une famille sur trois générations : on découvre tout d'abord une figure inoubliable, le grand-père Ali, riche et fier propriétaire terrien de Kabylie, régnant sur ses oliviers et sa production d'huile. Ali a tout : de l'argent, des terres, une femme, une famille, des amis et bientôt son premier enfant, Hamid. Oui, il a tout, il aime son pays et ne le quitterait pour rien au monde. Or, l'Histoire, avec sa grande hache, comme disait Perec, va le pousser dans les bras du malheur. Ali va perdre. Pas tout mais beaucoup. Une vraie tragédie.
    On est en 1954, les indépendantistes du F.L.N vont à la rencontre des populations dans les villages, font leurs démonstrations de force, impressionnent et expliquent qu'il faut être libre, indépendant, qu'un peuple ne peut en assujettir un autre.
    Ceux qui ont combattu pour la France, les harkis, doivent renoncer à leur pension, sinon… mais Ali ne veut renoncer à rien, il a fait en 1944 la bataille de Monte Cassino, en est revenu décoré, aurait pu y rester comme tant d'autres : sa pension, il la mérite ! Mais les assassinats se multiplient et la violence le fera reculer à contrecoeur. Il doit protéger sa famille et il finira par partir, par tout quitter.
    1962. Le bateau, la France : les camps de transit entourés de barbelés : Rivesaltes puis Jouques, le froid, la faim, des conditions de vie plus que précaires, un déracinement complet, le sentiment d'être complètement étranger au monde dans lequel on vit, perdu, avec sur le dos une veste lourde de médailles. Mais aucune marque de reconnaissance de la part de l'État français.
    Rejeté de l'un et de l'autre côté de la Méditerranée, considéré comme un traître là-bas et un fardeau ici.
    Terrible et émouvant portrait d'un homme blessé, déclassé, dépossédé, réduit à néant. « L'Algérie les appellera des rats. Des traîtres. Des chiens. Des apostats. Des bandits. Des impurs. La France ne les appellera pas, ou si peu. La France se coud la bouche en entourant de barbelés les camps d'accueil. »
    Un homme, Ali, qui va peu à peu perdre de sa superbe et s'effacer, laisser une page blanche sur laquelle ses enfants écriront leur histoire. J'ai lu dans une interview d'Alice Zeniter que, finalement, elle connaissait mieux « la fiction du personnage d'Ali que la vérité de son grand-père. », j'ai trouvé ces mots très forts et très parlants.
    Puis la Normandie ( la mienne puisque je vis entre Flers et Alençon...), l'appartement HLM étriqué à Flers, l'usine, la langue que l'on ne comprend pas - ce qui signifie que l'on ne maîtrise rien. Effectivement, Ali n'est plus rien. C'est son fils aîné Hamid qui l'aide pour les papiers, Hamid, brillant élève qui apprend le français très rapidement à l'école, qui va au lycée, intègre les codes, s'intéresse à l'Histoire, à la sociologie et à la politique. Hamid n'a pas sur les choses le regard de son père, il est bien persuadé qu'un peuple doit se battre pour être libre. Il rencontrera Clarisse la dijonnaise qui deviendra la mère de quatre filles dont Naïma.
    C'est bien la première fois que je lis avec autant de plaisir et de passion un livre sur la Guerre d'Algérie, la décolonisation, les harkis, le déracinement, les problèmes d'intégration. J'ai appris énormément. Et pourtant, j'aurais pu (dû) en savoir plus mais mon père ne m'a jamais parlé de cette période qu'il a vécue puisqu'il est allé là-bas, en Algérie (où ? je ne sais même pas!) faire son service militaire, « faire l'Algérie » comme on dit. Que s'est-il passé précisément ? Comment a-t-il vécu ces événements ? Silence. Je n'en saurai jamais rien.
    Le livre d'Alice Zeniter m'a beaucoup, beaucoup touchée, ses personnages semblent incarnés : on les sent, on les voit, on vit, on partage leurs émotions, leurs souffrances, leur détresse. Ils sont extrêmement attachants, si humains, si sensibles.
    J'ai pu saisir les terribles conflits de générations, l'impossibilité pour le père et le fils de se comprendre vraiment car, au fond, aucun des deux n'a vécu la même Histoire et donc logiquement, ils ne peuvent avoir la même perception des choses. Tout est une question de perspective, de point de vue. Et malgré tout, au-delà de tout ça, on sent que domine l'amour et c'est magnifique.
    Superbe scène par exemple (elles sont nombreuses et si touchantes !) où pour la première fois, Hamid présente Clarisse à ses parents (celle où Clarisse présente Hamid à sa famille est aussi une vraie scène d'anthologie), peu de temps après une dispute violente avec son père. Yema, la mère, qui voit pour la première fois Clarisse lui dit en la serrant dans ses bras : (elle ne connaît que quelques mots de français : « Bonjour bonjour, comme tu as grandi ». Ali arrive volontairement en retard (on l'imagine fou d'impatience, s'obligeant à ne pas forcer le pas), regarde à peine ce fils qu'il adore, quitte la table rapidement (alors qu'il n'a qu'une envie : l'embrasser) et lui lance un « c'est bien que tu sois passé » faussement désinvolte. Et par ces mots, Hamid comprend qu'il est pardonné.
    Je repense à la scène où Clarisse essaie de faire comprendre à Hamid qu'il doit parler, lui raconter son passé, elle lui dit soudain : « Je ne peux pas vivre avec toi si tu vis tout seul », alors, il parle, vidant tout d'un trait, la mettant en garde à l'avance : attention mon histoire manque de chameaux.
    Et puis Naïma, héritière de ce passé encombrant, tentant de trouver une place et une identité dans une France où elle craint à la fois de mourir dans un attentat et d'être assimilée à ceux qui les commettent. Un coup de coeur particulier pour la scène où elle lit dans le dictionnaire : « harki, n. et adj. : Membre de la famille d'un harki ou descendant d'un harki. » - Non, dit-elle au dictionnaire. C'est hors de question. » Comment, en effet, peut-elle accepter cette identité de « harki » qui ne la concerne pas, qu'a-t-elle à voir avec cette histoire, elle qui n'a jamais mis un pied en Algérie ? Non, Naïma veut construire librement son identité et refuse qu'on lui colle sur le front des mots qui n'ont aucun sens pour elle.
    Un immense coup de coeur donc pour ce roman dont la puissance vient aussi de cette absence de parti pris (très émouvante scène à Paris où Ali est allé rencontrer Mohand un ancien maquisard du F.L.N : finalement, désabusés l'un et l'autre, ils comprennent que d'une certaine façon, ils ont tous les deux perdu), un livre plein d'émotions, de tendresse et d'humour aussi, qui met en scène des hommes et des femmes qui ont souffert et souffrent encore, qui cherchent leur place dans une société complexe, toujours en mouvement,veulent choisir librement leur identité, et qui se trouvent emportés bien souvent malgré eux par la tourmente des événements…
    Un livre MAGNIFIQUE ! Le prochain Goncourt ?
    Inutile de vous dire que je ne passe plus devant les immeubles du Pont-Féron de Flers sans penser à la famille d'Ali et de Yema…

    Lire au lit : http://lireaulit.blogspot.fr/

  • 0.15

    J'ai commencé la lecture lundi et dès que je peux, je me remets dedans.
    Je suis happée par l'histoire de Naïma qui finalement, est peu présente. En effet, cette jeune femme est vite mise de côté pour nous raconter l'histoire de sa famille, et en particulier de son grand-père et de son père, dans une Algérie encore française qui hésite entre obtenir son indépendance et la loyauté envers la France pour qui elle a en grande partie combattu.
    Lecture terminée hier soir! J'ai beaucoup aimé ce roman: l'auteur fait revivre l'Algérie française, puis à partir de 1962, l'Indépendance et donc le choix difficile qui s'impose: rester en Algérie ou partir en France, pas particulièrement accueillante... Camps de réfugiés, villages "vacances", banlieues tristes, voilà ce qui attend Ali et sa famille. Naïma va grandir loin de cette Algérie taboue, dont personne ne lui parle et qu'elle va finalement découvrir lorsqu'elle sera obligée d'y aller pour son travail de galeriste.

  • 0.25

    http://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2017/09/lart-de-perdre-dalice-zeniter.html

    Naïma va partir enquêter pour retrouver ses racines, plus de soixante ans après le départ d'Algérie de sa famille. En faisant le chemin inverse de son grand-père, elle tente de comprendre l'histoire de son père et de son grand-père qui n'ont jamais parlé de l'Algérie qu'ils ont dû quitter précipitamment en 1962.
    Cette fresque historique familiale sur trois générations retrace donc l'histoire de l'Algérie et des Harkis, le roman est composé de trois parties "L'Algérie de papa", "La France froide" et "Paris est une fête".

    Dans une première partie Naïma raconte l'histoire d'Ali, son grand-père. Ali, marié en troisièmes noces à Yema 14 ans, sa cadette de vingt ans, est un riche propriétaire terrien qui cultive des champs d'olivier, il est considéré comme un notable dans son village de montagne. Lorsque lui parviennent les premiers échos des attentats du FLN en 1954, son fils Hamid n'a qu'un an. Commence alors ce qu'en France on refuse encore d'appeler la guerre préférant parler d'événements ou troubles. Ali, qui a combattu au sein de l'armée française lors de la deuxième guerre mondiale, doit mettre son village sous la protection des français mais ce ne sera pas sans contrepartie..." Il fait le choix d'être protégé d'assassins qu'il déteste par d'autres assassins qu'il déteste". Après le référendum d'autodétermination et les accords d'Evian, c'est l'heure des règlements de comptes et de la peur... Il doit fuir avec femme et enfants au milieu de français qui font monter dans les bateaux des chevaux, des voitures, des statues mais refusent l'accès à des milliers d'algériens.

    Dans une deuxième partie, Naïma relate l'arrivée dans "la France froide", l'installation dans un camp entouré de barbelés à Rivesaltes. " La France se coud la bouche en entourant de barbelés les camps d'accueil " Les français n'ouvrent pas les portes de leur pays à ceux qu'on va dénommer les Harkis mais les parquent dans des camps répartis sur le territoire "On les divise pour mieux régner sur eux". Après quelques mois, c'est le départ pour un hameau forestier dans les Landes avant d'être envoyés dans une des barres HLM d'une des cités construites pour les Harkis en Normandie. C'est alors le temps de la nostalgie du pays perdu mais aussi du silence autour de ce pays absent de leur vie quotidienne, des efforts d'intégration et de la confrontation au racisme ambiant. Mais Hamid a vite honte de ses parents, honte de voir son père s'humilier pour s'intégrer, dire sans cesse merci à tout, une distance se crée entre les deux générations, les rapports s'inversent car les parents illettrés dépendent de leur fils aîné qui devient leur "passeur vers le monde extérieur". Puis viennent les interrogations du fils sur les choix de son père...

    La dernière partie, nommée « Paris est une fête » voit Naima, comme beaucoup de jeunes de la troisième génération, être confrontée aux attentats et éprouver la peur d'être assimilée aux terroristes. Mais surtout Naïma, face au mur de silence érigé par son père et en quête d'identité, va ressentir le besoin de partir sur les traces de sa famille. Mais un pays dont on ne lui a rien transmis est-il encore son pays ? " Ce qu'on ne transmet pas, ça se perd, c’est tout. Tu viens d'ici mais ce n'est pas chez toi", "Tu peux venir d’un pays sans lui appartenir, il y a des choses qui se perdent … On peut perdre un pays ". Naïma va gagner dans ce voyage la liberté d’être elle-même.

    Ce livre relève de l'intime pour Alice Zeniter qui est d'origine algérienne. Dans cette fresque magnifiquement et magistralement racontée, elle parvient, au milieu du récit du conflit sous-jacent à nous faire découvrir les traditions et les charmes de l'Algérie au travers notamment d'une cérémonie de circoncision, du recours aux soins d'un guérisseur, du rôle attribué au fils aîné... Elle nous fait bien ressentir la violence de part et d'autre lors du conflit, le désarroi des Harkis séparés d'une partie de leur famille restée en Algérie et parqués dans des camps, leur surprise face à une France qu'ils n'imaginaient pas comme ça, le regard d'Hamid sur son père qui a perdu dans le camp son aura de notable, ses interrogations sur ce père perçu comme traître à son pays.
    Le récit est très argumenté et documenté, Alice Zeniter explique très bien les enjeux politiques et on comprend qu'il n'était pas si simple de choisir son camp... Le récit est aussi très vivant, truffé d'anecdotes, et cinématographique. On visualise la vie de cette famille en Algérie puis dans les camps où les hommes jouent aux dominos devant leurs maisons puis dans leur barre HLM. Les ressentis et évolutions des membres de cette famille sont très judicieusement détaillés.
    La plume est magnifique, c'est pour moi de la grande littérature. Le très beau titre rassemble les trois générations, il est tiré d’un poème d’Elisabeth Bishop, poétesse américaine, qui pose l’art de perdre comme condition au mieux vivre.
    Foisonnant, passionnant, jamais ennuyeux malgré ses 512 pages, ce récit sur une tranche d'histoire m'a paru également très objectif, sans parti pris. Il résonne avec la situation actuelle des migrants et a, à mon sens, une valeur universelle.

    Ce roman fait partie des premières sélections du prix Renaudot et du prix Goncourt. C'est pour l'instant mon grand favori.Il a obtenu le prix des libraires de Nancy-Le Point et le prix littéraire du monde.

  • 0.25

    Peut-être que le mot « chef d’œuvre » est excessif et doit être réservé aux romans de Zola, Hugo ou Balzac. Peut-être…
    Alors, je vais essayer de vous parler d’un livre magistral, un livre qui habite longtemps le lecteur avec des personnages qui au fil des pages deviennent des compagnons de route pour lesquels on a de la tendresse, qui vous font vibrer et partager leurs souffrances, leurs amours, leurs vies.

    Ce livre, c’est « L’art de perdre » d’Alice Zeniter, une saga familiale foisonnante qui débute dans l’Algérie des années 30.
    Dans la première partie, nous rencontrons Ali qui, dans sa Kabilie natale, semble promis à un avenir bouché à se casser le dos à essayer de cultiver une terre rocailleuse jusqu’à ce qu’un jour, comme un cadeau du ciel, un pressoir charrié par la rivière croise sa route, manquant de peu de l’estropier.
    Dès lors, sa vie se transforme, Ali se lance dans la culture des oliviers et produit de l’huile, les affaires sont florissantes.
    Mais ce que l’on appelle pudiquement « les évènements » sont en marche et le destin de bien des hommes et celui d’Ali devenu Harki va basculer, jusqu’à ce qu’un bateau l’emmène sous d’autres cieux.

    Dans la deuxième partie, Ali essaie de survivre avec sa famille dans un camp à Rivesaltes et Hamid, son fils va poser des questions qui resteront sans réponse. Le père à jamais blessé, garde le silence. Un fossé d’incompréhension va se creuser peu à peu.

    Naïma, la petite fille d’Ali, vit heureuse à Paris, jusqu’à ce que les attentats de 2015, l’obligent à se poser des questions sur le passé de sa famille dont elle ignore tout.

    Il y a beaucoup d’émotion et d’amour dans ce livre, même si les sentiments restent muets, faute de mots pour dire je t’aime ou je te comprends.

    Ce roman poignant évoque avec subtilité et émotion les destins brisés par l'Histoire et l'irrationalité des hommes, les séquelles de la colonisation, l'exil, le déracinement, le lourd poids de l'héritage familial mais aussi la force de l'amour filial.

    La plume d’Alice Zeniter est élégante, tour à tour musicale et brutale. J’ai tourné les pages avec passion. La fin du livre m’a tiré des larmes.
    Et j’ai relu ce livre, à haute voix, cette fois-ci, pour en partager l’émotion avec un proche qui a perdu la vue.
    L’oralité transcende la beauté de l’écriture et cette relecture me bouleverse.

    Alors « Chef d’œuvre » ? Oui, je crois que ce roman mérite ce qualificatif.

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