Quand le roman raconte la guerre d’Algérie

jeudi 01 février 2018

Quand le roman raconte la guerre d’Algérie

Avec deux mémoires et deux récits différents que tout oppose et qui restent à réconcilier, l’histoire de la guerre d’Algérie attend toujours d’être complètement écrite. Cette histoire si sensible, si difficile à formuler, des romanciers l’ont magnifiquement abordée grâce à la liberté que donne la fiction. Même si d’autres avant eux s’y étaient frottés, plusieurs romanciers de la rentrée littéraire 2017 ont mis en scène cette guerre qui a longtemps tu son nom. Ils ont ouvert la boîte noire de ce qui s'est passé en Algérie. Deux à trois générations plus tard, il est plus que temps de raconter cette guerre « qui n'a pas eu lieu ».

Catherine Pont-Humbert

 

 

  • Voici 8 romans incontournables sur le sujet.

    • Couverture du livre « Des hommes » de Laurent Mauvignier aux éditions Minuit

      Des hommes de Laurent Mauvignier

      Sans doute l’un des plus beaux romans écrits sur la guerre, ou plutôt sur les effets que la guerre produit sur les hommes, car il n’y a pas de scènes sanglantes ici, ou très peu, mais des blessures assassines, profondes et insidieuses car invisibles ; des blessures qui peuvent se réveiller à tout moment pour un simple mot, un geste ou un regard, 40 ans après. "Des hommes" fait le portrait magnifique et terrible de Bernard, homme brisé devenu une épave, et de tous ceux qui comme lui n’ont plus jamais trouvé la paix au retour d’Algérie. Un livre sur la guerre après la guerre.

    • Couverture du livre « La montagne » de Jean-Noel Pancrazi aux éditions Gallimard

      La montagne de Jean-Noel Pancrazi

      La tragédie s’est déroulée il y a 50 ans. L’auteur, alors enfant, né à Sétif, grandit à Batna dans les Aurès. La guerre touche à sa fin, par une calme après-midi de printemps, ses camarades montent dans la camionnette de la minoterie. Lui préfère rester. Le frère du chauffeur leur a proposé une promenade dans la montagne. En fin de journée les enfants ne sont pas revenus. Des soldats redescendront six petits corps égorgés. Douloureux retour en enfance pour exorciser cet épisode noir. Dans ce bref récit, dense et sensible, aucune rancœur, mais une lumineuse et profonde humanité.

    • Couverture du livre « L'art français de la guerre » de Alexis Jenni aux éditions Gallimard

      L'art français de la guerre de Alexis Jenni

      Un roman « total » sur la guerre (couronné par le prix Goncourt 2011), la guerre dans tous ses états (collective, individuelle, sociale, civile, intérieure, intime), maladie du XXe siècle. A la fois récit de guerre et essai pamphlétaire, il dévoile des réalités touchant aux guerres coloniales -Indochine et Algérie- habituellement réservées aux historiens. Quand le narrateur rencontre Victorien Salagnon qui a fait toutes les guerres et a parcouru le monde, il se dit qu’il a du sang jusqu'aux coudes. Mais Salagnon lui apprend à peindre et, en échange, il lui écrit son histoire. Un livre musclé, enlevé et inspiré.

    • Couverture du livre « Une ville en temps de guerre » de Abdelkader Djemai aux éditions Seuil

      Une ville en temps de guerre de Abdelkader Djemai

      Oran en 1961-1962 est le théâtre d'affrontements sanglants entre l'armée française, l'OAS et le FLN. Bouclages de quartiers, attentats, assassinats, enlèvements, plasticages se succèdent. À travers les peurs et les souvenirs d’un jeune garçon témoin de cette tragédie, c’est la réalité du quotidien où la guerre ne dévore pas tout qui est restituée : les rues, les jeux, le foot, les cinémas de l'enfance. Cette sorte de chronique très documentée, a comme autre personnage la ville elle-même. Car c'est d'abord d'Oran, une ville « découpée au couteau comme une pastèque » dont il est ici question. Son épaisseur humaine et sa profondeur historique font de ce roman une approche de premier ordre pour saisir la singularité complexe de cette guerre.

    • Couverture du livre « L'art de perdre » de Alice Zeniter aux éditions Flammarion

      L'art de perdre de Alice Zeniter

      Prix Goncourt des lycéens 2017, cette saga familiale qui se déroule sur trois générations, commence dans la montagne de Kabylie où le grand-père, pour s’être trompé de camp, devient un « harki » chassé de chez lui à l’indépendance. De camps de transit en cités de banlieue, la génération suivante se tait et ne veut plus entendre parler de ce pays synonyme de souffrances qui devient un pays de silence. C’est Naïma qui va prendre en charge cette lourde mémoire, elle pour qui l’Algérie n’est qu’une toile de fond sans intérêt, mais qui, dans une société française obsédée par les questions identitaires, est sans cesse renvoyée à ses origines.

    • Couverture du livre « Un loup pour l'homme » de Brigitte Giraud aux éditions Flammarion

      Un loup pour l'homme de Brigitte Giraud

      Un roman sensible, à fleur de peau, sur la génération de ceux qui à 20 ans se sont retrouvés « appelés » en Algérie, embarqués dans une histoire qui n’était pas la leur, eux qui n’avaient jamais entendu parler de ce pays et ne voulaient pas tenir d’armes, comme Antoine. Engagé dans ce conflit au moment où il apprend que sa jeune femme est enceinte, il se retrouve infirmier à Sidi-Bel-Abbès. Il va soigner. Alors que Lila, déjouant toutes les règles, prend l’avion pour rejoindre son mari et accouche en pleine guerre, Antoine, grâce à la présence d’un jeune caporal amputé et enfermé dans un mutisme têtu dont il va recueillir l’histoire, comprendra la raison de sa présence en Algérie. Un roman qui apporte une pièce manquante à la mémoire de cette guerre, celle des conscrits.

    • Couverture du livre « Nos richesses » de Kaouther Adimi aux éditions Seuil

      Nos richesses de Kaouther Adimi

      Quand Edmond Charlot, vingt ans, rentre à Alger en 1935, avec une seule idée en tête : prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne, il sait que sa vocation est d'accoucher de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Il ne sait pas que sa librairie-maison d’édition qui publiera le premier livre d’un inconnu, Albert Camus, sera soumise aux aléas de l’histoire et aux déflagrations de la guerre d’Algérie. Les massacres de Sétif sont remarquablement dépeints, la ville d’Alger décrite comme on la voit rarement, et l’amour des livres de l’éditeur Charlot restitué avec précision et justesse

    • Couverture du livre « Dans l'épaisseur de la chair » de Jean-Marie Blas De Roblès aux éditions Zulma

      Dans l'épaisseur de la chair de Jean-Marie Blas De Roblès

      Récit ambitieux et émouvant que cette vie de Manuel Cortès qui pourrait se résumer ainsi : fils d’immigrés espagnols tenant un bistrot dans la ville de garnison de Sidi-Bel-Abbès, devenu chirurgien, engagé volontaire aux côtés des Alliés en 1942 et accessoirement sosie de l’acteur Tyrone Power. C’est son fils qui rêve ou restitue cette existence d’un père pieds noir qui nous plonge dans les méandres d’une histoire familiale et dans celles de la Méditerranée du XXe siècle. De ce père qui nie à son fils la qualité de « vrai pieds noir », lui qui a subi le rapatriement d’Algérie, le fils fait un héros et lui rend un véritable hommage. Très documenté, le livre d'un fils, bouleversant, où l'humour n'épargne rien.

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