Kaouther Adimi

Kaouther Adimi

Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi est diplômée en lettres modernes et en management international des ressources humaines. Elle travaille comme responsable des ressources humaines dans une entreprise de luxe. Ses nouvelles ont été distinguées par le prix du jeune écrivain francophone de Muret (...

Voir plus

Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi est diplômée en lettres modernes et en management international des ressources humaines. Elle travaille comme responsable des ressources humaines dans une entreprise de luxe. Ses nouvelles ont été distinguées par le prix du jeune écrivain francophone de Muret (en 2006 et en 2008) et par le prix du FELIV (Festival international de la littérature et du livre de jeunesse d’Alger).

Son premier roman, L'Envers des autres (Actes Sud, 2011) est aussi paru en Algérie aux éditions Barzakh et a obtenu le prix de la Vocation.

Crédit photo : JOHN FOLEY/SEUIL

Articles en lien avec Kaouther Adimi (6)

Avis sur cet auteur (59)

  • add_box
    Couverture du livre « Les petits de Décembre » de Kaouther Adimi aux éditions Seuil

    Eny-Dane sur Les petits de Décembre de Kaouther Adimi

    Livre passionnant et instructif, non sans humour, qui aurait pu se nommer "Rébellion". Ou comment et pourquoi, des enfants vont prendre leur revanche sur le passé. Toute l'histoire algérienne, la lutte pour l'indépendance, la colonisation, la corruption traversent ce roman et ont définitivement...
    Voir plus

    Livre passionnant et instructif, non sans humour, qui aurait pu se nommer "Rébellion". Ou comment et pourquoi, des enfants vont prendre leur revanche sur le passé. Toute l'histoire algérienne, la lutte pour l'indépendance, la colonisation, la corruption traversent ce roman et ont définitivement marqué les protagonistes. Des enfants vont combattre des généraux (qui veulent s'installer sur leur terrain de jeux pour y construire des résidences de luxe), mais seront-ils insuffler l'espoir aux générations futures ? Inspiré de faits réels...

  • add_box
    Couverture du livre « Les petits de Décembre » de Kaouther Adimi aux éditions Seuil

    Chantal Lafon sur Les petits de Décembre de Kaouther Adimi

    Un titre intrigant qui trouve son origine dans les manifestations pour l’indépendance de l’Algérie.
    En 1987 une cité a été bâtie à Dely Brahim Alger, lots vendus à des militaires. L’objet du litige en ce 2 février 2016, un grand terrain au centre.
    « Quels étaient les plans de l’urbaniste, de...
    Voir plus

    Un titre intrigant qui trouve son origine dans les manifestations pour l’indépendance de l’Algérie.
    En 1987 une cité a été bâtie à Dely Brahim Alger, lots vendus à des militaires. L’objet du litige en ce 2 février 2016, un grand terrain au centre.
    « Quels étaient les plans de l’urbaniste, de l’architecte ou du fonctionnaire de l’époque pour ce grand terrain ? Ils imaginaient sans doute planter des arbres, fabriquer quelques aires de jeux, installer des bancs et aménager des pistes pour que les retraités puissent jouer à la pétanque. Rien ne fut fait, on le laissa ainsi, à l’abandon. Tout comme on ne goudronna pas les petites routes qui mènent à la centaine de maisons. »
    Kaouther Adimi prend le parti de nous montrer une scène quotidienne : trois jeunes enfants Jamyl, Mahdi 10 ans et Ines 11 ans, jouant au football, sous la pluie, sur ce terrain qui pour eux est le plus beau des stades. Sous l’œil bienveillant des mères et de la grand-mère d’Inès qui s’est engagée adolescente dans le FLN. Adila est une figure légendaire.
    La scène décrite où les enfants se battent avec les généraux aidés d’Adila et ses coups de canne, est épique.
    Elle est la mémoire de l’Histoire de son pays, elle prend des notes dans un carnet noir, qui entraîne le lecteur dans les méandres du passé qui résiste.
    Se dessine ainsi de beaux portraits de femmes et d’enfants qui vont lutter contre la nouvelle injustice qui les frappe. Les généraux décident, le peuple doit s’écraser.
    La révolte naîtra de la pureté des enfants qui a leur façon continueront le Printemps arabe…
    Le récit peuplé d’images du quotidien des habitants de ce quartier montre combien la soif de changement est omniprésente. Mais un changement qui doit être tout à la fois majeur et radical. Car les réponses des autorités sont tellement inadaptées qu’elles sombrent dans le ridicule.
    Cependant l’auteur montre que mêmes ceux qui semblent avoir le pouvoir sont eux aussi verrouillés par l’Etat policier qui étend sa toile.
    Le fait que des enfants se révoltent pour un terrain vague est assez extraordinaire pour peut-être faire sauter quelques verrous.
    La tension monte et les adultes réagissent en adulte sans prendre en compte cette ouverture.
    J’aime qu’un auteur s’empare d’un événement et en fasse un roman qui rend accessible des pans d’Histoire, par une narration aussi érudite qu’efficace. Car cela reste gravé, mieux qu’une leçon pontifiante.
    La lecture de ce livre semble comme une évidence tant la forme se prête à entraîner ses lecteurs. Phrases courtes, comme autant d’images qui défileraient sous nos yeux pour nous montrer un pays en mouvement.
    « Les temps ont bien changé et seuls ceux qui le comprennent peuvent survivre. »
    ©Chantal Lafon-Litteratum Amor 14 décembre 2019.

  • add_box
    Couverture du livre « Les petits de Décembre » de Kaouther Adimi aux éditions Seuil

    Jean-Paul Degache sur Les petits de Décembre de Kaouther Adimi

    Les petits de Décembre est une histoire émouvante, impressionnante, éloquente qui apprend beaucoup de choses sur la société algérienne.
    Kaouther Adimi plonge son lecteur dans le quotidien de la cité du 11 Décembre 1960, à Dely Brahim, commune faisant partie de la wilaya d'Alger. le nom de ce...
    Voir plus

    Les petits de Décembre est une histoire émouvante, impressionnante, éloquente qui apprend beaucoup de choses sur la société algérienne.
    Kaouther Adimi plonge son lecteur dans le quotidien de la cité du 11 Décembre 1960, à Dely Brahim, commune faisant partie de la wilaya d'Alger. le nom de ce quartier rappelle la date du début des manifestations, d'une révolte contre le colonialisme français, pour l'indépendance. Cela dura plus d'une semaine et fut, hélas durement réprimé.
    Elle n'oublie pas, au passage, de nous expliquer pourquoi cette cité a été destinée à loger les familles des militaires retraités ou actifs. Elle précise aussi régulièrement les étapes souvent très douloureuses vécues par ce pays qui a conquis son indépendance au prix d'une guerre qui a laissé beaucoup de traces en France, comme là-bas.
    Le 2 février 2016, tout part de la volonté de deux généraux, Athman et Saïd, de se faire construire chacun une belle villa au milieu du quartier, sur un terrain d'un hectare et demi où les enfants jouent au foot.
    Inès, Jamyl et Mahdi sont les trois héros qui vont mener la révolte, mobiliser des centaines d'enfants avec l'aide d'Adila, une moudjahida qui a combattu les Français pour obtenir l'indépendance de son pays. Elle est la seule adulte suffisamment courageuse, les autres se défilant ou restant neutres…
    Au travers de ce roman écrit sans concession, avec une lucidité impressionnante, j'ai beaucoup aimé tous les moments intimes de vie familiale chez les trois héros, même lorsque l'auteure nous emmène chez les généraux lorsqu'ils reçoivent Mohamed et Chérif, deux colonels à la retraite soupçonnés de soutenir les enfants.
    Courageusement, Kaouther Adimi qui vit en France mais dont la famille réside en Algérie, n'hésite pas à souligner incohérences, compromissions, menaces, corruption, chantage, tous les maux qui gangrènent ce pays. Fille de militaire, elle connaît bien le milieu dont elle parle et ses privilèges.
    Avec Les petits de décembre, l'auteure publie son quatrième roman, réussissant à apporter un éclairage à la fois intimiste et politique sur l'Algérie. Elle s'est appuyée sur un fait réel, ses frères ayant joué sur ce fameux terrain, comme elle nous l'a confié à Manosque, lors des Correspondances. Cela m'a beaucoup intéressé, intrigué, ému et j'ai aimé découvrir une autre facette d'un pays qui voit sa jeunesse lutter actuellement pour renverser l'ordre établi.

  • add_box
    Couverture du livre « Les petits de Décembre » de Kaouther Adimi aux éditions Seuil

    Henri-Charles Dahlem sur Les petits de Décembre de Kaouther Adimi

    «Comment ça s’est passé? demanderont les jeunes du quartier qui n’étaient pas présents au moment des faits. Youcef, âgé d’une vingtaine d’années, racontera alors dans les moindres détails la matinée du mercredi 3 février 2016. C’était à nouveau un jour pluvieux, il était environ 10 heures du...
    Voir plus

    «Comment ça s’est passé? demanderont les jeunes du quartier qui n’étaient pas présents au moment des faits. Youcef, âgé d’une vingtaine d’années, racontera alors dans les moindres détails la matinée du mercredi 3 février 2016. C’était à nouveau un jour pluvieux, il était environ 10 heures du matin. Une grande voiture noire aux vitres teintées s’est arrêtée devant le terrain vague de la cité du 11-Décembre à Dely Brahim. La pluie tombait depuis l’aube et formait comme un grillage. Le chauffeur descendit rapidement, deux parapluies ouverts à la main, et les tendit aux occupants qui sortirent du véhicule.»

    Les occupants, ce sont le général Saïd (petite taille, avec une moustache bien taillée, portant des lunettes à monture carrée et aux verres fumés) et le général Athmane (immense, avec un crâne dégarni et des sourcils broussailleux, mais rasé de très près). Consultant les plans qu’ils ont amenés, ils imaginent leurs villas de luxe érigées sur ce terrain vague où les gamins jouent au football. Sauf que ces derniers – Youcef et ses copains – ne l’entendent pas de cette oreille. Ils défendent leur terrain de football, jettent des pierres et parviennent même à s’emparer du revolver du général Saïd. Les militaires, surpris et décontenancés prennent la fuite.
    Mais bien entendu, ce n’est que pour revenir plus forts et bien décidés à ne pas se laisser dicter leur conduite par des gamins. Et c’est là que la plume de Kaouther Adimi fait merveille. La romancière transforme le fait divers (réel) en épopée, en ode à la liberté. Ce carré de terre devient le symbole de la résistance contre l’oppression, les prébendes, les privilèges de la caste au pouvoir, l’arbitraire qui régit le quotidien des Algériens.
    Inès, Jamyl, Mahdi et les autres mènent l’insurrection, décident d’occuper le terrain et n’entendent pas renoncer à l’un des derniers espaces dont ils peuvent disposer. Les réseaux sociaux jouant leur rôle d’amplificateur, ils vont très vite gagner et notoriété et contrarier les deux hiérarques et leurs «papiers officiels».
    Cette nouvelle version de la lutte du pot de terre contre le pot de fer est joyeuse autant qu’éclairante. On y découvre par exemple que face à l’innocence, voire la naïveté des jeunes, il est fort difficile de lutter. Les moyens de pression habituels qui auraient rapidement fait céder les parents sont ici inefficaces. Pourtant plainte est déposée et dans le secret des cabinets ministériels les tractations et réunions s’enchainent. À l’inverse, la première victoire des gamins va cristalliser tous les combats. Contre la dictature, contre l’oppression des femmes, contre la caste des corrompus.
    On parle souvent du pouvoir prémonitoire des écrivains. En voici une formidable illustration. Alors que Kaouther Adimi mettait la dernière main à son roman, une vague de protestation enflammait l’Algérie et allait conduire à la démission de Bouteflika. Ajoutons que quelques semaines plus tard l’équipe nationale remportait la Coupe d’Afrique des nations et entrainait à nouveau le peuple dans la rue, avec à nouveau l’idée que la «vraie Algérie» ne se laisserait plus faire.
    Joyeux et ironique, ce roman fait souffler un allègre vent de liberté. Irrésistible!
    https://wp.me/p5hXYg-2Zx