Kaouther Adimi

Kaouther Adimi

Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi est diplômée en lettres modernes et en management international des ressources humaines. Elle travaille comme responsable des ressources humaines dans une entreprise de luxe. Ses nouvelles ont été distinguées par le prix du jeune écrivain francophone de Muret (...

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Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi est diplômée en lettres modernes et en management international des ressources humaines. Elle travaille comme responsable des ressources humaines dans une entreprise de luxe. Ses nouvelles ont été distinguées par le prix du jeune écrivain francophone de Muret (en 2006 et en 2008) et par le prix du FELIV (Festival international de la littérature et du livre de jeunesse d’Alger).

Son premier roman, L'Envers des autres (Actes Sud, 2011) est aussi paru en Algérie aux éditions Barzakh et a obtenu le prix de la Vocation.

Crédit photo : JOHN FOLEY/SEUIL

Articles en lien avec Kaouther Adimi (6)

Avis sur cet auteur (60)

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    Couverture du livre « Les petits de Décembre » de Kaouther Adimi aux éditions Seuil

    Henri-Charles Dahlem sur Les petits de Décembre de Kaouther Adimi

    «Comment ça s’est passé? demanderont les jeunes du quartier qui n’étaient pas présents au moment des faits. Youcef, âgé d’une vingtaine d’années, racontera alors dans les moindres détails la matinée du mercredi 3 février 2016. C’était à nouveau un jour pluvieux, il était environ 10 heures du...
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    «Comment ça s’est passé? demanderont les jeunes du quartier qui n’étaient pas présents au moment des faits. Youcef, âgé d’une vingtaine d’années, racontera alors dans les moindres détails la matinée du mercredi 3 février 2016. C’était à nouveau un jour pluvieux, il était environ 10 heures du matin. Une grande voiture noire aux vitres teintées s’est arrêtée devant le terrain vague de la cité du 11-Décembre à Dely Brahim. La pluie tombait depuis l’aube et formait comme un grillage. Le chauffeur descendit rapidement, deux parapluies ouverts à la main, et les tendit aux occupants qui sortirent du véhicule.»

    Les occupants, ce sont le général Saïd (petite taille, avec une moustache bien taillée, portant des lunettes à monture carrée et aux verres fumés) et le général Athmane (immense, avec un crâne dégarni et des sourcils broussailleux, mais rasé de très près). Consultant les plans qu’ils ont amenés, ils imaginent leurs villas de luxe érigées sur ce terrain vague où les gamins jouent au football. Sauf que ces derniers – Youcef et ses copains – ne l’entendent pas de cette oreille. Ils défendent leur terrain de football, jettent des pierres et parviennent même à s’emparer du revolver du général Saïd. Les militaires, surpris et décontenancés prennent la fuite.
    Mais bien entendu, ce n’est que pour revenir plus forts et bien décidés à ne pas se laisser dicter leur conduite par des gamins. Et c’est là que la plume de Kaouther Adimi fait merveille. La romancière transforme le fait divers (réel) en épopée, en ode à la liberté. Ce carré de terre devient le symbole de la résistance contre l’oppression, les prébendes, les privilèges de la caste au pouvoir, l’arbitraire qui régit le quotidien des Algériens.
    Inès, Jamyl, Mahdi et les autres mènent l’insurrection, décident d’occuper le terrain et n’entendent pas renoncer à l’un des derniers espaces dont ils peuvent disposer. Les réseaux sociaux jouant leur rôle d’amplificateur, ils vont très vite gagner et notoriété et contrarier les deux hiérarques et leurs «papiers officiels».
    Cette nouvelle version de la lutte du pot de terre contre le pot de fer est joyeuse autant qu’éclairante. On y découvre par exemple que face à l’innocence, voire la naïveté des jeunes, il est fort difficile de lutter. Les moyens de pression habituels qui auraient rapidement fait céder les parents sont ici inefficaces. Pourtant plainte est déposée et dans le secret des cabinets ministériels les tractations et réunions s’enchainent. À l’inverse, la première victoire des gamins va cristalliser tous les combats. Contre la dictature, contre l’oppression des femmes, contre la caste des corrompus.
    On parle souvent du pouvoir prémonitoire des écrivains. En voici une formidable illustration. Alors que Kaouther Adimi mettait la dernière main à son roman, une vague de protestation enflammait l’Algérie et allait conduire à la démission de Bouteflika. Ajoutons que quelques semaines plus tard l’équipe nationale remportait la Coupe d’Afrique des nations et entrainait à nouveau le peuple dans la rue, avec à nouveau l’idée que la «vraie Algérie» ne se laisserait plus faire.
    Joyeux et ironique, ce roman fait souffler un allègre vent de liberté. Irrésistible!
    https://wp.me/p5hXYg-2Zx

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    Couverture du livre « Les petits de Décembre » de Kaouther Adimi aux éditions Seuil

    nathalie vanhauwaert sur Les petits de Décembre de Kaouther Adimi

    La cité du 11 décembre à Dely Brahim à l'ouest d'Alger, existe depuis 1987, 111 parcelles au départ vendues à des militaires, pas de routes asphaltées, en son centre un immense terrain vague transformé en terrain de foot pour Inés, Jamyl et Mahdi. C'est leur endroit de détente, de liberté.

    Un...
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    La cité du 11 décembre à Dely Brahim à l'ouest d'Alger, existe depuis 1987, 111 parcelles au départ vendues à des militaires, pas de routes asphaltées, en son centre un immense terrain vague transformé en terrain de foot pour Inés, Jamyl et Mahdi. C'est leur endroit de détente, de liberté.

    Un jour débarquent deux généraux : Saïd et Athmane, des plans à la main. Ils admirent ce qui deviendra leur maison. Une dispute éclate, les enfants protestant et réclamant leur terrain de jeux. Youcef, le fils d'un colonel retraité intervient ainsi qu' Adila, la grand-mère d'Inès, une ancienne moujahida, héroïne de la nation. Les généraux pointent leurs arme sur les enfants et commence une lutte contre le pouvoir. Les enfants n'ont pas dit leur dernier mot...

    C'est un combat de David contre Goliath qui commence.

    A travers cette querelle, Kaouther Adimi nous parle avec brio de l'histoire de son pays, l'Algérie. Elle nous parle des luttes contre le pouvoir, de la peur semée par celui-ci, du chemin vers la liberté, de l'identité algérienne.

    C'est un joli conte à la recherche de la liberté. C'est fin, subtil. L'écriture est efficace, les mots sont doux, empreints de poésie. C'est un chant d'espoir qu'elle nous livre.

    Une lecture très agréable.


    Ma note : 8.5/10


    Les jolies phrases

    Papa si tout le monde ne pense qu'à son petit avenir et son petit confort, comment ferons-nous changer les choses ?

    Il ne supportait plus d'entendre le mot "Dieu" dans la bouche des terroristes. Il ne supportait plus de dire le même mot sur son tapis de prières. Les mots. Ils se mélangeaient dans sa tête. Quelqu'un peut-il salir un mot ? Peut-il se l'approprier tant et si bien qu'il finit par vous l'arracher, vous le voler en quelque sorte ? Se battre contre les terroristes, monter au maquis, débusquer les camps, c'était un peu une manière de se réapproprier tous les mots que les intégristes avaient confisqués aux Algériens.

    Les temps ont bien changé. Depuis quand laissons-nous faire ?
    Depuis que le cours du pétrole a dégringolé, que les réseaux sociaux ne nous permettent plus d'empêcher les gens de parler, commenter, dénoncer. Depuis que tout le monde a un téléphone portable avec lequel prendre des photos et des vidéos. Oui, cher ami, les temps ont bien changé et seuls ceux qui le comprennent peuvent survivre.

    Est-ce cela que son père ressentait au fond ? Cette frustration, cette jalousie ? Ne pas faire partie de la rébellion, avoir échoué à l'initier et constater que d'autres, des plus petits que soi réussissent ? est-ce qu'au plus profond de lui, son père ne cherchait pas à empêcher les autres de vivre une aventure que lui, son père ne cherchait pas à empêcher les autres de vivre une aventure que lui et toute se génération n'avaient jamais réussi à lancer ?

    Tu parles comme ceux qui ont fait la guerre d'indépendance et qui refusent d'admettre qu'il est temps de passer la main ! Allons, je ne dis pas que nous n'avons rien fait, mais peut-être que nous n'aurons été qu'un simple maillon entre deux grandes générations, que notre rôle aura été de remplir le blanc le temps de ceux d'après arrivent...

    https://nathavh49.blogspot.com/2019/11/les-petits-de-decembre-kaouther-adimi.html

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    Couverture du livre « Les petits de Décembre » de Kaouther Adimi aux éditions Seuil

    Ghislaine DEGACHE sur Les petits de Décembre de Kaouther Adimi

    Le roman débute en février 2016 à Alger où de fortes pluies sévissent, et nous amène à Dely Brahim, commune de la banlieue Ouest d'Alger où l'auteure nous présente la cité du 11 décembre 1960 qui existe depuis 1987 et dont les lots ont été vendus à des militaires. Un plan de cette Cité est...
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    Le roman débute en février 2016 à Alger où de fortes pluies sévissent, et nous amène à Dely Brahim, commune de la banlieue Ouest d'Alger où l'auteure nous présente la cité du 11 décembre 1960 qui existe depuis 1987 et dont les lots ont été vendus à des militaires. Un plan de cette Cité est présenté au début de l'ouvrage. Au milieu du lotissement, un terrain d'un hectare et demi est resté inoccupé. Il y a un peu moins de vingt ans, "un groupe d'enfants entreprit de le nettoyer, de bricoler des buts de fortune, de délimiter des zones et créer ainsi un terrain de football."
    Depuis, sur ce terrain, resté terrain vague, des milliers de parties de foot ont été disputées par les enfants, les jeunes de la Cité et des environs. En ce 2 février 2016, comme souvent, trois enfants, une fille Inès et deux garçons Jamyl et Mahdi bravent la pluie et font une partie dans la boue.
    Voilà que le lendemain, à 10 h, se présentent sur le terrain, escortés par leur chauffeur descendu précipitamment de la voiture avec deux parapluies, les généraux Saïd et Athmane, tous deux dans les soixante-dix ans, des plans à la main. L'ancienne moudjahida Adila qui a combattu les Français, les armes à la main et a continué à militer pendant les années de terrorisme s'approche d'eux. Ils lui déclarent qu'ils viennent voir "leur terrain" sur lequel ils vont construire leur villa et que les travaux débuteront dans quelques mois, la parcelle leur appartenant.
    C'est sans compter sur l'innocence, la détermination, la conviction et la certitude qu'ont les enfants de leur bon droit. Nos trois jeunes amis footballeurs dont le domaine va être confisqué vont s'organiser et se mettre à récupérer et à stocker de la nourriture et à en parler aux autres enfants. En cachette et à l'insu des adultes, ils vont organiser la résistance. Et le vendredi 25 mars 2016, commencera alors la révolte des petits de décembre.
    Ce que leurs parents, trop timorés et résignés, n'ont pas eu le courage de faire, les jeunes, eux, vont oser ; ils vont se révolter, s'insurger et refuser d'obéir. Ils veulent faire renoncer les généraux, pour qu'ils abandonnent leur projet immobilier.
    Cette rébellion, Kaouther Adimi nous la fait vivre comme un conte dans lequel les généraux se ridiculisent, les militaires sont des lâches et les enfants des héros et où les femmes et les filles sont bien mises en avant. Mais, en fait, elle nous fait vivre et comprendre la violence du régime algérien, sa corruption, ses dysfonctionnements, les difficultés du système à se réformer après cette décennie noire et le combat contre les islamistes. L'auteure nous fait revivre de façon originale et fort instructive tout un pan de l'histoire algérienne depuis l'Indépendance, dans le carnet intime d'Adila.
    Les petits de décembre est un roman qui sous une forme de légèreté dans l'écriture raconte la société algérienne des années 80 à nos jours, et se révèle d'une immense force. Il nous plonge dans une Algérie toujours corrompue où les abus de pouvoir et les brimades sont toujours de mise. Il nous permet de comprendre les enjeux politiques des révoltes actuelles. Et, avec cette révolte des enfants contre l'injustice, inspirée de faits réels, naît l'espoir d'une génération qui saurait réussir à s'affranchir de la peur et construire un avenir meilleur.
    J'avais beaucoup apprécié Nos richesses (Renaudot des lycéens 2017) et j'ai été conquise par Les petits de décembre que je recommande chaleureusement.

    Chronique à retrouver sur : http://notre-jardin-des-livres.over-blog.com/

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    Couverture du livre « Les petits de Décembre » de Kaouther Adimi aux éditions Seuil

    Rakou2 sur Les petits de Décembre de Kaouther Adimi

    au début un peu descriptif, le roman devient passionnant au fur et à mesure que l'on entre dans la réalité de l'Algérie, de maintenant, celle qui vient de se révolter depuis quelques mois. Les "petits de décembre" ont dû être dans la rue en février ! Les personnages sont dépeints avec humour, et...
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    au début un peu descriptif, le roman devient passionnant au fur et à mesure que l'on entre dans la réalité de l'Algérie, de maintenant, celle qui vient de se révolter depuis quelques mois. Les "petits de décembre" ont dû être dans la rue en février ! Les personnages sont dépeints avec humour, et l'on s'attache et on s'inquiète pour ses enfants qui ont envie d'autre chose… à lire