Un monde à portée de main

Couverture du livre « Un monde à portée de main » de Maylis De Kerangal aux éditions Verticales
  • Date de parution :
  • Editeur : Verticales
  • EAN : 9782072790522
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

Le monde à portée de main s'attache à la technique du trompe-l'oeil, en privilégiant le destin d'un personnage, Paula Karst, et son itinéraire d'apprentissage. Nous la découvrons au sortir de l'adolescence, alors qu'elle intègre en 2007 le fameux Institut supérieur de peinture, rue du Métal, à... Voir plus

Le monde à portée de main s'attache à la technique du trompe-l'oeil, en privilégiant le destin d'un personnage, Paula Karst, et son itinéraire d'apprentissage. Nous la découvrons au sortir de l'adolescence, alors qu'elle intègre en 2007 le fameux Institut supérieur de peinture, rue du Métal, à Bruxelles.
Là-bas, elle va découvrir toutes les façons de reproduire des textures minérales, végétales, animales, et nouer une relation troublante avec son colocataire, Jonas - énigmatique jeune homme à casquette qui s'avère déjà un peintre en décor surdoué -, ainsi qu'une forte amitié avec une autre étudiante, Kate - grande gigue écossaise aussi débrouillarde qu'impulsive.
Ensemble, ils forment un trio indéfectible qui nous initie aux mystères de la maille de chêne, aux veinules d'or du marbre noir Portor et aux écailles imbriquées d'une carapace de tortue.
Une fois diplômée, Paula commence à exercer son métier à Paris, à Moscou, et surtout en Italie, en particulier au coeur de la « Fabbrica dei sogni » : Cinecittà. Elle va y déployer son savoir-voir notamment pour le décor du film Habemus Papam, avant de tomber sous le charme d'un « faussaire » aguerri, le Charlatan, qui lui fait découvrir les splendeurs et décrépitudes des studios romains. Au final, sept années épuisantes et ensorcelantes.
Au terme de ces expériences, Paula reçoit en janvier 2015 une proposition de rêve, via Jonas qui a décliné l'offre : être embauchée dans le vaste projet de reconstitution de la grotte de Lascaux. La voilà qui migre en Dordogne, s'imprègne de l'archéologie des images rupestres pour participer au « fac-similé ultime », Lascaux IV. Les origines du monde sont « à portée de [sa] main ». Maintenant, elle se sent fin prête à peindre, comme aux premiers jours de l'humanité.
Ce roman d'apprentissage esthétique et existentiel s'intéresse autant au parcours d'une jeune femme en devenir qu'aux enjeux majeurs d'un artisanat du faux, culminant dans la réplique à l'identique des oeuvres pariétales de nos lointains ancêtres. En consacrant sa fiction à un mode mineur, sinon méprisé, de la peinture, Maylis de Kerangal nous donne aussi la clef du matérialisme enchanté qui habite son écriture.

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  • Sur un sujet pas évident, la peinture de décors en trompe-l’œil, Maylis de Kerangal réussit un nouveau roman passionnant, intrigant et surtout très instructif, comme elle l’avait superbement fait avec Réparer les vivants, sur un thème complètement différent.
    Un monde à portée de main m’a...
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    Sur un sujet pas évident, la peinture de décors en trompe-l’œil, Maylis de Kerangal réussit un nouveau roman passionnant, intrigant et surtout très instructif, comme elle l’avait superbement fait avec Réparer les vivants, sur un thème complètement différent.
    Un monde à portée de main m’a entraîné sur les pas de Paula Karst qui, à 20 ans, est entrée à l’Institut de peinture, rue du métal, à Saint-Gilles (Bruxelles) où elle s’est liée d’amitié avec Kate et Jonas.
    Maylis de Kerangal m’a fait vivre les doutes, les difficultés d’une étudiante qui quitte le cocon familial parisien, abandonne des rêves pour plonger dans un monde rude et sans concession mais où elle réussit à exprimer son talent. Pourtant, les difficultés la submergent. Elle veut abandonner pendant que : « Jonas est l’étoile de l’atelier et s’en tire fort bien seul, c’est ce qu’elle réplique d’un ton dur ; il est aérien, indifférent, farouche, prend ses repas dehors et ne rentre que pour dormir, de sorte que Paula ne le croise guère qu’à l’école où cela fait longtemps que quelqu’un d’aussi doué n’a pas franchi la porte. »
    J’ai beaucoup aimé vivre au plus près de ces artistes au rôle ingrat mais qui obtiennent des résultats extraordinaires. Le livre offre de tendres moments, d’une complicité émouvante et si bien décrite. Malgré cela, pour réussir, ils souffrent dans leur corps mais : « Ils sont tout terrain et polyvalents, s’adaptent à toutes les pratiques, à tous les protocoles, à tous les rythmes, c’est d’ailleurs en cela qu’ils sont utiles, c’est pour cela qu’on les embauche. » Suivre Paula dans les divers travaux qu’elle mène après l’école bruxelloise est passionnant, surtout quand elle est à Rome où elle peint des décors à Cinecitta qui, hélas, n’a pratiquement plus que la téléréalité et les spots publicitaires pour maintenir une activité.
    Enfin, alors qu’un moment important du livre nous avait emmenés dans une carrière de marbre, le cerfontaine, une belle séquence, c’est à Montignac (Dordogne) que nous nous retrouvons enfin pour la réalisation des panneaux de Lascaux IV, réplique intégrale de cette merveille de la préhistoire.
    Maylis de Kerangal en profite pour nous conter, par Paula interposée, l’histoire, connue certes, mais à laquelle elle ajoute certains détails que j’ignorais. Je n’en citerai qu’un. Simon Coencas (13 ans), un des jeunes découvreurs de la grotte, était, avec sa sœur, « seuls survivants de la famille, internée à Drancy, déportée, puis assassinée à Auschwitz. »

    Tout le charme d’un livre comme celui-ci est de nous apporter des informations, des découvertes d’un monde pas ou peu connu et de nous faire vivre avec des personnes qui tentent de réussir leur vie malgré difficultés et obstacles. Un grand plaisir de lecture.

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  • "L'aventure est dans la langue !"

    « Alors, exactement comme si elle entrait dans un conte, exactement comme si elle était elle-même un personnage de conte, Paula tire la chevillette , la cloche émet un tintement fêlé, la porte s’ouvre, et la jeune fille pénètre dans l’Institut de peinture;...
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    "L'aventure est dans la langue !"

    « Alors, exactement comme si elle entrait dans un conte, exactement comme si elle était elle-même un personnage de conte, Paula tire la chevillette , la cloche émet un tintement fêlé, la porte s’ouvre, et la jeune fille pénètre dans l’Institut de peinture; elle disparaît dans le décor».

    Paula Karst, une jeune fille de vingt ans, cherche sa voie depuis deux ans jusqu’à ce fameux jour de septembre 2007, où elle décide de devenir peintre en décor en rejoignant la formation du prestigieux Institut de peinture, 30 bis de la rue du Métal à Bruxelles. Commence alors pour Paula un parcours initiatique, depuis la formation dans l’illustre Institut bruxellois, en passant par des chantiers notamment des grands studios de Mosfilm à Moscou, de Cineccita à Rome, et ce jusqu’au projet de réalisation d’un fac-similé à Lascaux en 2015. 

    Un parcours où Paula se forme et se transforme en maître en trompe-l’oeil, comme pour se préparer pour la réplique de la grotte de Lascaux. Un chemin fait de découvertes, d’exploration minutieuse des matériaux : marbre, bois, peau de serpent, carapace de tortue … Un univers fascinant.

    « Un monde à portée de main » est un très beau roman qui nous entraîne dans le sillon d’un artiste en devenir.
    SUITE SUR MON BLOG http://www.lamadeleinedelivres.com/index.php/2018/10/24/un-monde-a-portee-de-main-maylis-de-kerangal/

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  • J'ai lu ici et là pas mal de chipotages autour de ce roman qui "n'aurait pas la puissance émotionnelle de Réparer les vivants", et d'autres choses encore... Difficile de faire exister un nouveau livre après le succès phénoménal du précédent dont le sujet contribuait nettement à l'émotion....
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    J'ai lu ici et là pas mal de chipotages autour de ce roman qui "n'aurait pas la puissance émotionnelle de Réparer les vivants", et d'autres choses encore... Difficile de faire exister un nouveau livre après le succès phénoménal du précédent dont le sujet contribuait nettement à l'émotion. Pourtant, la puissance est bien là. Qui naît de l'écriture, précise, travaillée tout en légèreté, mais aussi du talent de l'auteure à explorer son thème avec une ambition remarquable. Maylis de Kerangal m'avait déjà captivée avec la construction d'un pont, émue avec l'odyssée d'une transplantation cardiaque. Me voilà éblouie par cette plongée au cœur du monde de l'art du trompe l’œil. Encore une histoire de lien, comme un trait d'union entre les époques et entre les hommes.

    Paula Karst, l'héroïne de ce roman, nous apparait dans une sorte de long plan séquence dirait-on au cinéma, elle dévale les escaliers de son immeuble et s'apprête à rejoindre ses amis, anciens camarades de l'école qui les a formés à l'art du trompe l’œil. Il n'a fallu que ces quelques lignes pour me scotcher une fois encore à la plume de l'auteure et donc m'attacher aux pas de Paula. Le rythme, la musique, le pouvoir d'évocation... mais que ça fait du bien de retrouver une telle écriture ! Plonger dans l'apprentissage de Paula, qui est autant celui de l'art que celui de la vie, remonter à la genèse de son amitié avec Jonas et Kate, partager leurs angoisses et leurs états d'âme face à cet art qui apparait comme mineur aux yeux des "vrais" peintres. Qu'est-ce que le trompe l’œil réellement ? Donner l'apparence du vrai. Et pour cela, ce que Paula va surtout découvrir c'est que pour copier, il faut connaitre intimement son sujet afin d'être capable de restituer bien plus qu'une apparence. Réflexion passionnante autour de la vérité et qui invite à regarder autrement toutes les formes de peinture.

    A la suite de Paula, l'auteure nous entraîne dans des milieux où l'image est reine, que ce soit le cinéma et ses décors qui n'ont plus grand chose de naturel ou les halls d'immeubles cossus qui doivent refléter le standing de leurs occupants à coup de faux marbres luxueux. Mais le plus intéressant, c'est la connexion que ce travail sur la matière initie pour Paula avec le monde qui l'entoure, en particulier végétal mais aussi animal. L'attention portée aux sujets qu'elle doit imiter - une écorce de bois, des écailles de tortue, les veinures d'un marbre - lui permet de ressentir quelque chose qui touche à l'essence même de la vie. Et c'est là que l'on mesure la virtuosité de Maylis de Kerangal qui réussit une mise en abyme à la fois poétique et sensuelle, une sorte de tourbillon qui renvoie chaque être humain à son appartenance à une longue lignée de semblables qui, avec leurs moyens ont fait en sorte de témoigner artistiquement de leur époque. Une démonstration éblouissante qui trouve son point d'orgue dans la grotte de Lascaux. "Il y a des formes d'absences aussi intenses que des présences" découvre Paula, soudain clairvoyante.

    Non, hors de question de faire la fine bouche, un tel roman, une telle écriture, ce sont des cadeaux, de vrais cadeaux. On peut se faire le plaisir de déguster les phrases en les lisant à voix haute, se réjouir de l'éclairage singulier que l'auteure propose pour inviter à réfléchir sur le vivant. Savourer, tout simplement.

    "L'étonnement produisant de la clarté, ils sont clairs, d'une clarté violente, l'un et l'autre, neufs et affûtés, explorant le plaisir comme une paroi sensible, usant de tout leur corps, de leur peau, de leurs paumes, de leur langue, de leurs cils, et comme s'ils se peignaient l'un l'autre, comme s'ils étaient devenus des pinceaux et s'estompaient, se frottaient, se calquaient, relevant les veines bleues et les grains de beauté, les plis de l'aine et l'intérieur des genoux : ils se précisent et se rassemblent, leur peau bientôt auréolée d'une même lumière, lustrée d'une même douceur... "

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  • Hésitante mais curieuse, libre et extravagante, doué et déterminé, Paula, Kate et Jonas, trois jeunes bac en poche, après quelques errements, se rencontrent à la prestigieuse école de peinture décorative de la Rue du Métal à Bruxelles.

    De ce trio, se créent des points de rencontre,...
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    Hésitante mais curieuse, libre et extravagante, doué et déterminé, Paula, Kate et Jonas, trois jeunes bac en poche, après quelques errements, se rencontrent à la prestigieuse école de peinture décorative de la Rue du Métal à Bruxelles.

    De ce trio, se créent des points de rencontre, s’échangent des réflexions mais ne naissent pas de grandes histoires sentimentales. Non, l’auteur a choisi d’initier son lecteur à la technique du faux-semblant, ou plutôt, artistiquement parlant, du trompe-l’œil.

    A partir de là, glissons nous dans le rôle de Paula, personnage principal, et découvrons avec maints détails, les difficultés de la technique, l’exigence manuelle, les capacités d’observation et de reproduction, la délicatesse des gestes, la sensibilité de l’âme, la maîtrise du comportement … nous sommes au cœur de l’apprentissage qui emmènera la jeune artiste et ses amis dans des lieux divers, ordinaires ou mythiques, tels que Cinecitta ou Lascaux.
    Ce côté très explicite des exigences se conjugue avec la satisfaction lorsque l’art de l’illusion ouvre à Paula le monde qu’elle a créé, « un monde à portée de main ».

    Admiratrice de l’écriture de Maylis de Kerangal, je retrouve la grande force expressive de l’auteur, le souci du détail, de la description de tous ces éléments qui, sans être une experte de la peinture artistique accrochent ma curiosité et me donnent envie de poursuivre cette sorte de documentaire vivant.
    Néanmoins, en toute objectivité, l’immersion plus grande de Kate et John dans l’histoire aurait pu montrer le volet de la précarité du métier qui est ici, juste suggéré.

    Cette lecture me fait penser au très beau roman de Leonor de Recondo « Pietra viva » où s’exprime également avec ferveur la passion artistique.

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  • Je n’avais jamais rien lu de Maylis de Kerangal avant ce roman. J’avais vu au cinéma Réparer les vivants que j’avais beaucoup aimé mais j’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteure lors du Fête du Livre et également lu un article qui lui était consacré dans le magazine Lire de Septembre dans...
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    Je n’avais jamais rien lu de Maylis de Kerangal avant ce roman. J’avais vu au cinéma Réparer les vivants que j’avais beaucoup aimé mais j’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteure lors du Fête du Livre et également lu un article qui lui était consacré dans le magazine Lire de Septembre dans lequel elle parle de son travail d’écriture mais également du lieu dans lequel elle écrit.

    Quand j’ai la chance de rencontrer un(e) auteur(e) celui-ci me donne l’envie ou pas de le lire et ce fut le cas pour Maylis de Kerangal. Elle a à la fois une fougue mais une douceur qui me séduisait, la recherche du bon mot pour parle de son travail, mais aussi une simplicité et parler du trompe-l’œil cela m’interpellait car dans une autre vie j’ai eu l’occasion d’être en contact avec des personnes qui exerçaient ce travail.

    Le trompe-l’œil vous connaissez ?

    Le trompe-l’œil est la rencontre d’une peinture et d’un regard, il est conçu pour un point de vue particulier et se définit par l’effet qu’il est censé produire. (p36)

    Ne vous est-il pas arrivé de passer la main sur un mur pensant ressentir le contact du bois, du marbre et vous apercevoir que ce n’est finalement qu’une reproduction picturale, n’avez-vous pas vu dans une ville, sur un mur une peinture donnant l’illusion d’un escalier, d’une rue, de fenêtres etc…. alors qu’il ne s’agit finalement qu’au départ d’un mur aveugle ? Voilà c’est cela (entre autre) le trompe-l’œil.

    Donc je connais un peu ce domaine mais je ne connais rien de l’écriture de Maylis de Kerangal, de son univers et je rentre dans ce récit sans aucun a priori.

    Le roman se divise en trois parties :

    Imbricata : flash-back sur le passé de Paula, ses errances en attendant de trouver enfin sa voix et d’entrer dans l’école de la dame au pull à coll roulé noir à Bruxelles, rue de Parme…
    Le temps revient : après son diplôme, l’attente, l’espoir des jobs, souvent de courte durée mais qui l’emmènent un peu partout, à Moscou pour un décor pour une puis Rome
    Dans le rayonnement fossile : son arrivée et son travail à Lascaut pour réaliser les peintures rupestres dans le Lascaut bis.
    Il y a des formes d’absences aussi intenses que des présences, c’est ce qu’elle a éprouvé en pressant son front sur le grillage, tendue vers ce monde qui s’ouvrait là, occulte, à moins de dix mètres, une grotte où l’on avait situé rien de moins que la naissance de l’art. (p246)

    Cette dernière partie est une belle mise en parallèle des premiers signes d’art, des premières représentations par l’homme avec le travail de ces copistes qui devront se glisser dans l’esprit et le corps des premiers artistes. Ayant visité une grotte de peintures rupestres, je vous assure que l’on est saisi par l’ambiance, les sentiments que dégagent ces fresques vieilles de milliers d’années.

    C’est un roman mais presque un documentaire sur la formation et le travail de Paula, l’héroïne et narratrice de ce récit tellement il contient d’éléments, d’indications sur les matières, les peintures, les couleurs etc…. mais à travers ceux-ci on se rend compte de la minutie dont doivent faire preuve ces artistes, car il s’agit bien d’artistes, tant leurs réalisations doivent tromper ceux qui les regardent. J’ai particulièrement été impressionné par cette jeune femme qui au-delà des composants qu’elle doit utiliser, doit s’imprégner de l’atmosphère, l’époque, l’environnement et des conditions de réalisation de l’œuvre première afin de pouvoir la restituer parfaitement.

    Nous vivons au rythme de Paule, de ses co-locataires et amis : Jonas, le génie, l’instinctif, le troublant Jonas vers lequel Paula se sent irrésistiblement attirée, dont les vies vont se trouver mêler comme un mélange de teintes et Kate, la flamboyante, qui apparaîtra et disparaîtra au gré de ses jobs.

    C’est un récit sur l’apparence, la copie aussi vraie que le réel, les matières, les odeurs, les couleurs sont omniprésentes. D’ailleurs nombreuses sont les références aux couleurs : rue du Métal, rue de Parme, la femme au pull à col roulé noir, la femme aux cheveux acajou…. encore plus identifiables que par un prénom.

    J’ai cherché sur Internet et l’école dont parle Maylis de Kerangal est l’Atelier Van Der Kelen, qui est bien rue du Métal à Bruxelles et que je vous invite à découvrir.

    L’écriture de Maylis de Kerangal est très particulière : de longues phrases qui donnent un rythme à la lecture, constituées de petits éléments entre virgules qui permettent d’éviter l’essoufflement, comme un flux de paroles, de pensées qui se succèdent.

    Je n’ai eu aucune difficulté dans ma lecture, peut-être parce que certains mots m’étaient plus ou mois familiers, je n’ai pas eu de longueurs, on découvre tout un univers : les marbres, les roches, les bois, les techniques pour parvenir à la perfection. Et d’ailleurs qu’importe si on ne comprend pas tous les mots, ils sont là principalement pour faire comprendre la complexité du travail.

    J’ai particulièrement aimé la partie où Paula est à Rome, dans les studios de la Cinecittà, qui est truffée de petites anecdotes sur les décors de certains films, du temps de l’âge d’or du cinéma italien, mais aussi la partie sur la vie des trois étudiants, leurs trois façons différentes d’aborder leur formation, l’instinctif (Jonas), la persévérante (Paula) et la dilettante (Kate).

    Paula dans laquelle l’auteure s’est investie, je pense, tellement la restitution de ses sentiments, de ses sens (odeur, toucher) sont présents, dans son ardeur à apprendre, à ne pas choisir la facilité pour obtenir son diplôme en choisissant un thème ardu (réaliser une carapace de tortue), malgré un petit handicap (strabisme de naissance), elle dont le regard n’est pas parfait mais qui lui donne encore plus de volonté à restituer une image parfaite, non déformée de ce qu’elle voit m’a beaucoup plu.

    Elle a une volonté farouche, c’est une battante, elle se donne les moyens malgré les sacrifices qu’elle doit faire, les douleurs physiques d’un métier exigeant, demandant patience, minutie, observation, mais aussi faire preuve d’humilité car ils ne sont finalement que des copistes derrière la réalité dans une profession élitiste.

    Je suis particulièrement admirative quand un auteur met la lumière sur un domaine peu connu. Apprendre en passant un bon moment de lecture, c’est la meilleure façon d’apprendre.

    Je lirai autre chose de Maylis de Kerangal, peut être un peu moins documenté, pour y trouver le même plaisir d’écriture, de rythme, de souffle et confirmer mon intérêt. Elle a choisi de complètement s’immerger dans un monde et on ne peut que la féliciter de son travail de recherches mais je n’irai malgré tout pas jusqu’à dire que j’ai beaucoup aimé. Peut-être un peu trop, justement technique, documenté, et qui étouffe, efface les personnages qui auraient mérité d’être un peu plus mis en avant.

    Mais quelle écriture ! Un style à elle, un phrasé, un rythme que j’ai beaucoup aimé.

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  • Peut-être pas la bonne pioche pour moi, à l'occasion des #MRL18 #Rakuten que je remercie. Je me réjouissais vraiment à l'idée de retrouver la magnifique plume de Maylis de Kerangal.

    J'avoue avoir eu des difficultés à rentrer dans cette lecture, le sujet m'intéresse pourtant mais je pense...
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    Peut-être pas la bonne pioche pour moi, à l'occasion des #MRL18 #Rakuten que je remercie. Je me réjouissais vraiment à l'idée de retrouver la magnifique plume de Maylis de Kerangal.

    J'avoue avoir eu des difficultés à rentrer dans cette lecture, le sujet m'intéresse pourtant mais je pense que les longues envolées lyriques décrivant de manière magistrale et somptueuse le monde de la peinture; ustensiles, tons, nuances, couleurs, matières .... n'ont pas réussi à me toucher.

    Peut-être est-ce un peu trop documenté , un peu trop précis pour la non initiée que je suis.
    Je l'ignore, la fatigue peut-être aussi mais ce fut un début laborieux.

    Voici le sujet. Paula Karst (son nom prendra tout son sens en cours de récit), Jonas et Kate sont amis. Ils ont étudié ensemble d'octobre 2007 à mars 2008 à l'institut de peinture, rue du Métal à Bruxelles, le monde du trompe l'oeil, de l'illusion.

    C'est principalement le parcours de Paula Karst que nous allons suivre. Elle surprend ses parents en voulant s'inscrire dans cette voie, elle s'immergera corps et âme dans l'apprentissage de cet art. On peut en effet parler d'un art car c'est une discipline exigeante demandant de s'investir complètement, c'est physique et mental à la fois. Il faut véritablement s'imprégner du sujet, se fondre en lui pour pouvoir reproduire par exemple l'effet du bois, du marbre. Il faut observer, rendre la patine, le poids du temps, les défauts.. Reproduire et non créer.

    On suivra le parcours des étudiants avec leurs doutes, leurs joies mais aussi une grande solitude, il n'y a place pour rien d'autre que l'apprentissage et le travail.

    Ensuite Paula travaillera commençant par de petits boulots, partant pour l'Italie, un travail pour une expo, chez un coiffeur puis de fil en aiguille à Portofino, restaurant tantôt une résidence, un hôtel particulier pour arriver à Cineccita, c'est le monde du cinéma, le haut lieu de l'illusion, de la tromperie, du factice.. Elle y découvrira d'autres techniques puis passera par Moscou avant en 2015 de participer au projet du fac similé de Lascaux 4, passage qui m'a vraiment réconciliée avec le roman.

    L'écriture de Maylis de Kerangal est virtuose, elle manie la langue et les mots à merveille. Un vocabulaire riche, des mots choisis, un travail très bien documenté. Les phrases sont longues, parfois trop longues pour moi mais il en reste du moins une véritable performance.

    L'art du trompe-l'oeil, l'approche de la création peut aussi je le pense être en parallèle, l'art de l'écriture, l'art d'avoir un monde à portée de main.


    Ma note : 7/10

    Les jolies phrases

    Le trompe-l'oeil est la rencontre d'une peinture et d'un regard, il est conçu pour un point de vue particulier et se définit par l'effet qu'il est censé produire.

    Elle s'aime d'avance en apprentie manches retroussées prête à en découdre, en artisane bûcheuse ayant choisi une voie modeste pour pénétrer au coeur de la peinture - apprendre le dessin, acquérir une parfaite connaissance des techniques et des produits, commencer par le commencement -; elle aime raconter qu'il faut en passer par là pour se placer ensuite devant une toile, un mur, n'importe quel support, et que ce qui importe arrivera plus tard, ailleurs, dans un autre monde, celui des artistes - et c'est là qu'elle se trompe, et de belle manière.

    ...l'idée que le trompe-l'oeil est bien autre chose qu'un exercice technique, bien autre chose qu'une simple expérience optique, c'est une aventure sensible qui vient agiter la pensée, interroger la nature et l'illusion, et peut-être même - c'est le credo de l'école - l'essence de la peinture.

    Je croyais que je voulais être peintre. Paula sursaute ; je veux peindre, c'est tout!

    Il y a des formes d'absences aussi intenses que des présences, c'est ce qu'elle a éprouvé en pressant son front sur le grillage, tendue vers ce monde qui s'ouvrait là, occulte, à moins de dix mètres, une grotte où l'on avait situé rien de moins que la naissance de l'art.

    Paula s'est demandé si les peintures continuaient d'exister quand il n'y avait plus personne pour les regarder.

    https://nathavh49.blogspot.com/2018/11/un-monde-portee-de-main-maylis-de.html

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  • Décidément, en ce moment, je m'aventure hors de mes sentiers battus et m'égare dans le domaine de l'art...

    Difficile de vous raconter l'histoire d'UN MONDE A PORTEE DE MAIN, car d'histoire, il n'y en a pas réellement. La vie de Paula, que l'on suit de ses débuts d'élève à l'Institut de...
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    Décidément, en ce moment, je m'aventure hors de mes sentiers battus et m'égare dans le domaine de l'art...

    Difficile de vous raconter l'histoire d'UN MONDE A PORTEE DE MAIN, car d'histoire, il n'y en a pas réellement. La vie de Paula, que l'on suit de ses débuts d'élève à l'Institut de peinture de BRUXELLES jusqu'aux prémices de sa carrière professionnelle, est secondaire, uniquement le moyen de mettre en lumière LE sujet de ce livre, omniprésent, omnipotent : l'art, la peinture et plus précisément l'art du trompe-l'oeil.

    Au début de ma lecture, je me suis fait peur. Les techniques de peinture, les matériaux, les outils sont très précisément décrits avec un vocabulaire pointilleux; on frôle le manuel professionnel et je me suis dit que ça allait se révèler pénible et abscons pour toute personne autre qu'un étudiant en art ou un professionnel en la matière.

    Et pourtant, l'écriture de Maylis de KERANGAL est magnifique, elle sublime le sujet comme le pinceau la toile, les mots sont ciselés et les descriptions extrêmement précises et soignées. Là où ce vocabulaire technique totalement étranger au profane pourrait se révéler fastidieux, en réalité il n'en est rien; il m'a transportée dans ce monde dont j'ignore tout mais qui, grâce à la poésie de l'auteur, m'a totalement hypnotisée, envoûtée... et je ne m'explique toujours pas ce mystérieux phénomène tant on est loin des ambiances de mes thrillers fétiches ! Mais indéniablement, le charme a opéré, je me suis faite avoir. A force, peut-être que Maylis de KERANGAL maîtrise elle aussi la technique du trompe-l'oeil(de ses lecteurs) !

    Tout au long de son roman, elle nous conte les exigences des études à l'Institut de peinture de BRUXELLES, la fatigue, la douleur, l'isolement de Paula; puis la difficulté pour ces artistes de vivre de leur art. Elle confronte la forme de mépris dont peut faire l'objet le trompe-l'oeil, art secondaire car art de la copie, bien moins prestigieux, aux qualités qu'il exige, aux compétences qu'il requiert, et lui redonne ses lettres de noblesse, tant à cet art qu'à ceux qui le pratiquent.

    Maylis de KERANGAL nous emmène dans les décors de cinéma de CINECITTA et la grotte de LASCAUX, et on s'évade, on y est, on a envie d'y aller, on adore apprendre ou réapprendre les secrets de ces lieux mythiques. On se rend surtout compte du formidable travail qu'il y a derrière ces décors et ces copies qui nous bluffent sans même que l'on s'en rende compte. L'art du trompe-l'oeil!

    Et tout cela est véritablement et étonnamment passionnant!

    http://cousineslectures.canalblog.com/archives/2018/11/07/36849411.html

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  • https://lettresexpres.wordpress.com/2018/10/29/lectures-du-mois-17-octobre-2018/

    Alors, pour moi avec Maylis de Kerangal, c’est « deux partout » : j’ai adoré Réparer les vivants et Corniche Kennedy et me suis ennuyée avec Naissance d’un pont et Un monde à portée de main… C’est sûr, son style...
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    https://lettresexpres.wordpress.com/2018/10/29/lectures-du-mois-17-octobre-2018/

    Alors, pour moi avec Maylis de Kerangal, c’est « deux partout » : j’ai adoré Réparer les vivants et Corniche Kennedy et me suis ennuyée avec Naissance d’un pont et Un monde à portée de main… C’est sûr, son style est remarquable, et ce n’est d’ailleurs pas ce qui m’a gênée. Les belles phrases m’ont plu pendant une centaine de pages, mais je n’ai pas réussi à m’intéresser à Paula, et pas trop non plus au trompe-l’œil. Le sujet ne manque pas d’intérêt, mais des trois jeunes gens qui découvrent cet art si particulier, l’auteure se focalise surtout sur Paula, dont on ne comprend pas trop le cheminement personnel. J’ai parcouru la fin, mais je connaissais déjà pas mal de choses sur Lascaux, cela ne m’a pas accrochée davantage.

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  • Un magnifique mélange de technique, d'émotions, de connaissances… pour décrire ce monde d'où émane de la magie.
    Un de mes coups de cœur de cette rentrée !

    https://itzamna-librairie.blogspot.com/2018/11/un-monde-portee-de-main-maylis-de.html

    Un magnifique mélange de technique, d'émotions, de connaissances… pour décrire ce monde d'où émane de la magie.
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  • Dans Un monde à portée de main, Maylis de Kerangal continue d’explorer l’humain à travers son rapport au monde. Après l’avoir examiné par le prisme de la technique architecturale des grands travaux puis de la chirurgie de la greffe d’organes, elle utilise ici l’art de la copie comme médium pour...
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    Dans Un monde à portée de main, Maylis de Kerangal continue d’explorer l’humain à travers son rapport au monde. Après l’avoir examiné par le prisme de la technique architecturale des grands travaux puis de la chirurgie de la greffe d’organes, elle utilise ici l’art de la copie comme médium pour nous interroger sur le lien entre fiction et réalité. Qu’est-ce que copier? Qu’est-ce que voir? Nous suivons pour cela l’évolution progressive de Paula Karst de ses 20 à 27 ans.
    La première partie du livre relève du roman d’apprentissage : Paula intègre l’Institut de peinture à Bruxelles, et apprend, aux côtés de Jonas et de Kate, l’art de peindre des décors en trompe-l’œil. Maylis de Kerangal nous entraîne en profondeur dans cette forme d’art : il ne s’agit pas simplement de copier, de reproduire à l’identique, mais de comprendre et d’éprouver ce qu’à voulu exprimer l’auteur. L’art du trompe-l’œil n’est donc pas qu’une fiction mais une réalité ingérée puis digérée. Le copiste comme passeur de connaissances du monde, ce qui nécessite une énergie physique et un rapport à la matière très forts, particulièrement bien saisis par l’auteur.
    Dans la deuxième partie Paula, diplômée, vogue de chantiers en chantiers, très différents les uns des autres, et expérimente son art et le monde à travers les lieux où elle est amenée à travailler ainsi que les sujets sur lesquels elle travaille. Elle se situe dans l’espace et dans le temps, et s’ouvre ainsi peu à peu au monde.
    Un aboutissement qui se révélera dans la troisième partie, aussi riche que puissante : Paula travaille sur une copie des grottes de Lascaux, origine de l’art pariétal s’il en est. Mais comment rendre compte d’une grotte sans pouvoir la voir, sans l’expérimenter? Toutes les techniques modernes sont alors sollicitées pour recréer l’inaccessible. Cette expérience constituera l’aboutissement de l’apprentissage de Paula, de sa construction tant professionnelle que personnelle. Elle aura ainsi trouvé sa voie et une place dans le monde. A travers la fiction, elle aura trouvé une forme de réalité, de vie.
    Le style bien caractéristique de Maylis de Kerangal se retrouve pleinement dans ce roman. Elle use d’un vocabulaire très riche et de longues phrases qui témoignent de la force de son écriture, pour s’emparer pleinement de son sujet et nous emmener au plus près de la matière. La matière, physique est d’ailleurs très présente, quasiment palpable. Elle réussit parfaitement à retranscrire la technicité et la complexité de cet art, de même que l’énergie physique qu’il nécessite, mais aussi la ligne de crête entre fiction et réalité.
    Au final, un roman d’apprentissage et un roman de la technique très réussi : la fiction peut servir la réalité, et l’art peut contribuer à faire connaître et comprendre le monde. La littérature et le roman également ! Les analogies implicites entre la technique du copiste et l’acte d’écriture du romancier sont d’ailleurs très nombreuses tout au long de ce roman.
    https://accrochelivres.wordpress.com/2018/10/29/un-monde-a-portee-de-main-maylis-de-kerangal/

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