Un monde à portée de main

Couverture du livre « Un monde à portée de main » de Maylis De Kerangal aux éditions Verticales
  • Date de parution :
  • Editeur : Verticales
  • EAN : 9782072790522
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

Le monde à portée de main s'attache à la technique du trompe-l'oeil, en privilégiant le destin d'un personnage, Paula Karst, et son itinéraire d'apprentissage. Nous la découvrons au sortir de l'adolescence, alors qu'elle intègre en 2007 le fameux Institut supérieur de peinture, rue du Métal, à... Voir plus

Le monde à portée de main s'attache à la technique du trompe-l'oeil, en privilégiant le destin d'un personnage, Paula Karst, et son itinéraire d'apprentissage. Nous la découvrons au sortir de l'adolescence, alors qu'elle intègre en 2007 le fameux Institut supérieur de peinture, rue du Métal, à Bruxelles.
Là-bas, elle va découvrir toutes les façons de reproduire des textures minérales, végétales, animales, et nouer une relation troublante avec son colocataire, Jonas - énigmatique jeune homme à casquette qui s'avère déjà un peintre en décor surdoué -, ainsi qu'une forte amitié avec une autre étudiante, Kate - grande gigue écossaise aussi débrouillarde qu'impulsive.
Ensemble, ils forment un trio indéfectible qui nous initie aux mystères de la maille de chêne, aux veinules d'or du marbre noir Portor et aux écailles imbriquées d'une carapace de tortue.
Une fois diplômée, Paula commence à exercer son métier à Paris, à Moscou, et surtout en Italie, en particulier au coeur de la « Fabbrica dei sogni » : Cinecittà. Elle va y déployer son savoir-voir notamment pour le décor du film Habemus Papam, avant de tomber sous le charme d'un « faussaire » aguerri, le Charlatan, qui lui fait découvrir les splendeurs et décrépitudes des studios romains. Au final, sept années épuisantes et ensorcelantes.
Au terme de ces expériences, Paula reçoit en janvier 2015 une proposition de rêve, via Jonas qui a décliné l'offre : être embauchée dans le vaste projet de reconstitution de la grotte de Lascaux. La voilà qui migre en Dordogne, s'imprègne de l'archéologie des images rupestres pour participer au « fac-similé ultime », Lascaux IV. Les origines du monde sont « à portée de [sa] main ». Maintenant, elle se sent fin prête à peindre, comme aux premiers jours de l'humanité.
Ce roman d'apprentissage esthétique et existentiel s'intéresse autant au parcours d'une jeune femme en devenir qu'aux enjeux majeurs d'un artisanat du faux, culminant dans la réplique à l'identique des oeuvres pariétales de nos lointains ancêtres. En consacrant sa fiction à un mode mineur, sinon méprisé, de la peinture, Maylis de Kerangal nous donne aussi la clef du matérialisme enchanté qui habite son écriture.

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Les derniers avis

  • Peut-être pas la bonne pioche pour moi, à l'occasion des #MRL18 #Rakuten que je remercie. Je me réjouissais vraiment à l'idée de retrouver la magnifique plume de Maylis de Kerangal.

    J'avoue avoir eu des difficultés à rentrer dans cette lecture, le sujet m'intéresse pourtant mais je pense...
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    Peut-être pas la bonne pioche pour moi, à l'occasion des #MRL18 #Rakuten que je remercie. Je me réjouissais vraiment à l'idée de retrouver la magnifique plume de Maylis de Kerangal.

    J'avoue avoir eu des difficultés à rentrer dans cette lecture, le sujet m'intéresse pourtant mais je pense que les longues envolées lyriques décrivant de manière magistrale et somptueuse le monde de la peinture; ustensiles, tons, nuances, couleurs, matières .... n'ont pas réussi à me toucher.

    Peut-être est-ce un peu trop documenté , un peu trop précis pour la non initiée que je suis.
    Je l'ignore, la fatigue peut-être aussi mais ce fut un début laborieux.

    Voici le sujet. Paula Karst (son nom prendra tout son sens en cours de récit), Jonas et Kate sont amis. Ils ont étudié ensemble d'octobre 2007 à mars 2008 à l'institut de peinture, rue du Métal à Bruxelles, le monde du trompe l'oeil, de l'illusion.

    C'est principalement le parcours de Paula Karst que nous allons suivre. Elle surprend ses parents en voulant s'inscrire dans cette voie, elle s'immergera corps et âme dans l'apprentissage de cet art. On peut en effet parler d'un art car c'est une discipline exigeante demandant de s'investir complètement, c'est physique et mental à la fois. Il faut véritablement s'imprégner du sujet, se fondre en lui pour pouvoir reproduire par exemple l'effet du bois, du marbre. Il faut observer, rendre la patine, le poids du temps, les défauts.. Reproduire et non créer.

    On suivra le parcours des étudiants avec leurs doutes, leurs joies mais aussi une grande solitude, il n'y a place pour rien d'autre que l'apprentissage et le travail.

    Ensuite Paula travaillera commençant par de petits boulots, partant pour l'Italie, un travail pour une expo, chez un coiffeur puis de fil en aiguille à Portofino, restaurant tantôt une résidence, un hôtel particulier pour arriver à Cineccita, c'est le monde du cinéma, le haut lieu de l'illusion, de la tromperie, du factice.. Elle y découvrira d'autres techniques puis passera par Moscou avant en 2015 de participer au projet du fac similé de Lascaux 4, passage qui m'a vraiment réconciliée avec le roman.

    L'écriture de Maylis de Kerangal est virtuose, elle manie la langue et les mots à merveille. Un vocabulaire riche, des mots choisis, un travail très bien documenté. Les phrases sont longues, parfois trop longues pour moi mais il en reste du moins une véritable performance.

    L'art du trompe-l'oeil, l'approche de la création peut aussi je le pense être en parallèle, l'art de l'écriture, l'art d'avoir un monde à portée de main.


    Ma note : 7/10

    Les jolies phrases

    Le trompe-l'oeil est la rencontre d'une peinture et d'un regard, il est conçu pour un point de vue particulier et se définit par l'effet qu'il est censé produire.

    Elle s'aime d'avance en apprentie manches retroussées prête à en découdre, en artisane bûcheuse ayant choisi une voie modeste pour pénétrer au coeur de la peinture - apprendre le dessin, acquérir une parfaite connaissance des techniques et des produits, commencer par le commencement -; elle aime raconter qu'il faut en passer par là pour se placer ensuite devant une toile, un mur, n'importe quel support, et que ce qui importe arrivera plus tard, ailleurs, dans un autre monde, celui des artistes - et c'est là qu'elle se trompe, et de belle manière.

    ...l'idée que le trompe-l'oeil est bien autre chose qu'un exercice technique, bien autre chose qu'une simple expérience optique, c'est une aventure sensible qui vient agiter la pensée, interroger la nature et l'illusion, et peut-être même - c'est le credo de l'école - l'essence de la peinture.

    Je croyais que je voulais être peintre. Paula sursaute ; je veux peindre, c'est tout!

    Il y a des formes d'absences aussi intenses que des présences, c'est ce qu'elle a éprouvé en pressant son front sur le grillage, tendue vers ce monde qui s'ouvrait là, occulte, à moins de dix mètres, une grotte où l'on avait situé rien de moins que la naissance de l'art.

    Paula s'est demandé si les peintures continuaient d'exister quand il n'y avait plus personne pour les regarder.

    https://nathavh49.blogspot.com/2018/11/un-monde-portee-de-main-maylis-de.html

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  • Décidément, en ce moment, je m'aventure hors de mes sentiers battus et m'égare dans le domaine de l'art...

    Difficile de vous raconter l'histoire d'UN MONDE A PORTEE DE MAIN, car d'histoire, il n'y en a pas réellement. La vie de Paula, que l'on suit de ses débuts d'élève à l'Institut de...
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    Décidément, en ce moment, je m'aventure hors de mes sentiers battus et m'égare dans le domaine de l'art...

    Difficile de vous raconter l'histoire d'UN MONDE A PORTEE DE MAIN, car d'histoire, il n'y en a pas réellement. La vie de Paula, que l'on suit de ses débuts d'élève à l'Institut de peinture de BRUXELLES jusqu'aux prémices de sa carrière professionnelle, est secondaire, uniquement le moyen de mettre en lumière LE sujet de ce livre, omniprésent, omnipotent : l'art, la peinture et plus précisément l'art du trompe-l'oeil.

    Au début de ma lecture, je me suis fait peur. Les techniques de peinture, les matériaux, les outils sont très précisément décrits avec un vocabulaire pointilleux; on frôle le manuel professionnel et je me suis dit que ça allait se révèler pénible et abscons pour toute personne autre qu'un étudiant en art ou un professionnel en la matière.

    Et pourtant, l'écriture de Maylis de KERANGAL est magnifique, elle sublime le sujet comme le pinceau la toile, les mots sont ciselés et les descriptions extrêmement précises et soignées. Là où ce vocabulaire technique totalement étranger au profane pourrait se révéler fastidieux, en réalité il n'en est rien; il m'a transportée dans ce monde dont j'ignore tout mais qui, grâce à la poésie de l'auteur, m'a totalement hypnotisée, envoûtée... et je ne m'explique toujours pas ce mystérieux phénomène tant on est loin des ambiances de mes thrillers fétiches ! Mais indéniablement, le charme a opéré, je me suis faite avoir. A force, peut-être que Maylis de KERANGAL maîtrise elle aussi la technique du trompe-l'oeil(de ses lecteurs) !

    Tout au long de son roman, elle nous conte les exigences des études à l'Institut de peinture de BRUXELLES, la fatigue, la douleur, l'isolement de Paula; puis la difficulté pour ces artistes de vivre de leur art. Elle confronte la forme de mépris dont peut faire l'objet le trompe-l'oeil, art secondaire car art de la copie, bien moins prestigieux, aux qualités qu'il exige, aux compétences qu'il requiert, et lui redonne ses lettres de noblesse, tant à cet art qu'à ceux qui le pratiquent.

    Maylis de KERANGAL nous emmène dans les décors de cinéma de CINECITTA et la grotte de LASCAUX, et on s'évade, on y est, on a envie d'y aller, on adore apprendre ou réapprendre les secrets de ces lieux mythiques. On se rend surtout compte du formidable travail qu'il y a derrière ces décors et ces copies qui nous bluffent sans même que l'on s'en rende compte. L'art du trompe-l'oeil!

    Et tout cela est véritablement et étonnamment passionnant!

    http://cousineslectures.canalblog.com/archives/2018/11/07/36849411.html

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  • https://lettresexpres.wordpress.com/2018/10/29/lectures-du-mois-17-octobre-2018/

    Alors, pour moi avec Maylis de Kerangal, c’est « deux partout » : j’ai adoré Réparer les vivants et Corniche Kennedy et me suis ennuyée avec Naissance d’un pont et Un monde à portée de main… C’est sûr, son style...
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    https://lettresexpres.wordpress.com/2018/10/29/lectures-du-mois-17-octobre-2018/

    Alors, pour moi avec Maylis de Kerangal, c’est « deux partout » : j’ai adoré Réparer les vivants et Corniche Kennedy et me suis ennuyée avec Naissance d’un pont et Un monde à portée de main… C’est sûr, son style est remarquable, et ce n’est d’ailleurs pas ce qui m’a gênée. Les belles phrases m’ont plu pendant une centaine de pages, mais je n’ai pas réussi à m’intéresser à Paula, et pas trop non plus au trompe-l’œil. Le sujet ne manque pas d’intérêt, mais des trois jeunes gens qui découvrent cet art si particulier, l’auteure se focalise surtout sur Paula, dont on ne comprend pas trop le cheminement personnel. J’ai parcouru la fin, mais je connaissais déjà pas mal de choses sur Lascaux, cela ne m’a pas accrochée davantage.

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  • Un magnifique mélange de technique, d'émotions, de connaissances… pour décrire ce monde d'où émane de la magie.
    Un de mes coups de cœur de cette rentrée !

    https://itzamna-librairie.blogspot.com/2018/11/un-monde-portee-de-main-maylis-de.html

    Un magnifique mélange de technique, d'émotions, de connaissances… pour décrire ce monde d'où émane de la magie.
    Un de mes coups de cœur de cette rentrée !

    https://itzamna-librairie.blogspot.com/2018/11/un-monde-portee-de-main-maylis-de.html

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  • Dans Un monde à portée de main, Maylis de Kerangal continue d’explorer l’humain à travers son rapport au monde. Après l’avoir examiné par le prisme de la technique architecturale des grands travaux puis de la chirurgie de la greffe d’organes, elle utilise ici l’art de la copie comme médium pour...
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    Dans Un monde à portée de main, Maylis de Kerangal continue d’explorer l’humain à travers son rapport au monde. Après l’avoir examiné par le prisme de la technique architecturale des grands travaux puis de la chirurgie de la greffe d’organes, elle utilise ici l’art de la copie comme médium pour nous interroger sur le lien entre fiction et réalité. Qu’est-ce que copier? Qu’est-ce que voir? Nous suivons pour cela l’évolution progressive de Paula Karst de ses 20 à 27 ans.
    La première partie du livre relève du roman d’apprentissage : Paula intègre l’Institut de peinture à Bruxelles, et apprend, aux côtés de Jonas et de Kate, l’art de peindre des décors en trompe-l’œil. Maylis de Kerangal nous entraîne en profondeur dans cette forme d’art : il ne s’agit pas simplement de copier, de reproduire à l’identique, mais de comprendre et d’éprouver ce qu’à voulu exprimer l’auteur. L’art du trompe-l’œil n’est donc pas qu’une fiction mais une réalité ingérée puis digérée. Le copiste comme passeur de connaissances du monde, ce qui nécessite une énergie physique et un rapport à la matière très forts, particulièrement bien saisis par l’auteur.
    Dans la deuxième partie Paula, diplômée, vogue de chantiers en chantiers, très différents les uns des autres, et expérimente son art et le monde à travers les lieux où elle est amenée à travailler ainsi que les sujets sur lesquels elle travaille. Elle se situe dans l’espace et dans le temps, et s’ouvre ainsi peu à peu au monde.
    Un aboutissement qui se révélera dans la troisième partie, aussi riche que puissante : Paula travaille sur une copie des grottes de Lascaux, origine de l’art pariétal s’il en est. Mais comment rendre compte d’une grotte sans pouvoir la voir, sans l’expérimenter? Toutes les techniques modernes sont alors sollicitées pour recréer l’inaccessible. Cette expérience constituera l’aboutissement de l’apprentissage de Paula, de sa construction tant professionnelle que personnelle. Elle aura ainsi trouvé sa voie et une place dans le monde. A travers la fiction, elle aura trouvé une forme de réalité, de vie.
    Le style bien caractéristique de Maylis de Kerangal se retrouve pleinement dans ce roman. Elle use d’un vocabulaire très riche et de longues phrases qui témoignent de la force de son écriture, pour s’emparer pleinement de son sujet et nous emmener au plus près de la matière. La matière, physique est d’ailleurs très présente, quasiment palpable. Elle réussit parfaitement à retranscrire la technicité et la complexité de cet art, de même que l’énergie physique qu’il nécessite, mais aussi la ligne de crête entre fiction et réalité.
    Au final, un roman d’apprentissage et un roman de la technique très réussi : la fiction peut servir la réalité, et l’art peut contribuer à faire connaître et comprendre le monde. La littérature et le roman également ! Les analogies implicites entre la technique du copiste et l’acte d’écriture du romancier sont d’ailleurs très nombreuses tout au long de ce roman.
    https://accrochelivres.wordpress.com/2018/10/29/un-monde-a-portee-de-main-maylis-de-kerangal/

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  • À trop apprécier un/une auteur/e, on aime parfois sans concession, sans réfléchir, on enfile les nouveaux romans sans se libérer des anciens repères, des souvenirs de lectures antérieures, on s’installe dans un confort de plume, d’histoire, et on se laisse vivre…Lire Maylis de Kerangal c’est...
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    À trop apprécier un/une auteur/e, on aime parfois sans concession, sans réfléchir, on enfile les nouveaux romans sans se libérer des anciens repères, des souvenirs de lectures antérieures, on s’installe dans un confort de plume, d’histoire, et on se laisse vivre…Lire Maylis de Kerangal c’est devoir oublier à chaque fois de quoi fut constitué le précédent opus en pages. Elle se renouvelle ou se remet en danger… « Danger » c’est vite dit tant tout est maîtrisé, mais au moins le lecteur, lui, est en équilibre. Donc non, pas de comparaison possible avec Naissance d’un pont ou Réparer les vivants, ou etc.. Un monde à portée de main étonne encore. Plaît encore aussi. La plume de Kerangal est là, étirant les phrases comme on prolonge un plaisir, distribuant les mots comme on visite la profondeur d’une langue (trop souvent réduite à sa plus simple expression chez d’autres). L’histoire est présente même si elle s’oublie parfois derrière des pages d’une précision descriptive redoutable. Mais tout s’accorde, tout concorde vers un excellent moment de lecture et vers ses personnages, dont un surtout, Paula, restera probablement comme le souvenir le plus ancré de ce voyage là (même si d’autres choisissent les pages sur Lascaux, preuve encore que ces descriptions enrichissent le roman plus qu’elles ne l’appauvrissent comme pourraient le redouter certains). Une réussite, donc. Encore.

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  • Un bon roman d'apprentissage sur l'art, le vrai - le faux.
    Maylis de Kerangal attache beaucoup d'importance aux mots, aux détails, ce qui rend la lecture encore plus intéressante.
    La dernière partie sur la grotte de Lascaux, très bien documentée, restera mon passage préféré de ce roman.

    Un bon roman d'apprentissage sur l'art, le vrai - le faux.
    Maylis de Kerangal attache beaucoup d'importance aux mots, aux détails, ce qui rend la lecture encore plus intéressante.
    La dernière partie sur la grotte de Lascaux, très bien documentée, restera mon passage préféré de ce roman.

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  • Madame de Kerangal,
    Je viens de finir votre livre et pour tout vous dire, je l'ai trouvé d'une très grande beauté.
    Je l'ai commencé un soir alors que j'avais une grosse journée derrière moi. Et dès la première page, je l'ai refermé. Pourquoi ? Parce que cette première page - celle qui décrit...
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    Madame de Kerangal,
    Je viens de finir votre livre et pour tout vous dire, je l'ai trouvé d'une très grande beauté.
    Je l'ai commencé un soir alors que j'avais une grosse journée derrière moi. Et dès la première page, je l'ai refermé. Pourquoi ? Parce que cette première page - celle qui décrit Paula descendant l'escalier - je l'ai trouvée tellement parfaite dans cette espèce de mimétisme génial entre ce que l'on nomme communément le fond et la forme que je me devais d'attendre d'être plus reposée pour en apprécier toute la splendeur. Car Paula Karst, on la VOIT dévaler les marches : votre phrase mime si magnifiquement ce mouvement, le long d'un escalier en colimaçon - j'ai vu ça comme ça - qu'on sent jusqu'à l'air qu'elle déplace. Elle est là, à portée de main, elle aussi. Quel magnifique portrait de personnage ! Une page et tout y est.
    Et le lendemain, je me suis laissée aller au plaisir, à l'éblouissement. J'avais aimé (j'allais dire, comme tout le monde) Réparer les vivants, mais là, Madame de Kerangal, votre écriture a encore gagné en maturité : vos phrases sont amples, rythmées, sensuelles et généreuses. Elles donnent, se donnent, s'offrent à ceux qui comme moi s'en délectent.
    Je ne connais guère d'auteurs contemporains qui aient une plume aussi somptueuse que la vôtre. Je relis peu de livres, sauf quelques « classiques » triés sur le volet, mais le vôtre, je l'ai relu, par gourmandise, et je le relirai encore.
    Je parle beaucoup de l'écriture - c'est mon dada - mais si vous le voulez, abordons le sujet que vous avez choisi, il vous va si bien...et je dirai plus loin pourquoi…
    Vous devez connaître les jeunes adultes pour en parler comme vous le faites, vous exprimez si bien leurs gestes, leurs mimiques, leurs tics et leurs trucs. Combien de fois je me suis exclamée : « c'est vraiment ça ! », reconnaissant les jeunes qui m'entourent au quotidien. J'avoue aussi m'être projetée dans les haussements de sourcil du père découvrant d'un air toujours un peu étonné les nouvelles inventions de sa fille. En effet, Paula, l'héroïne, décide, après avoir tenté quelques expériences post-bac, de se lancer dans des études d'art, enfin plus exactement de copiste : elle veut apprendre à recopier la nature, à peindre des décors en trompe-l'oeil. Créer l'illusion. Reproduire le réel à la perfection de façon à ce que l'oeil se méprenne, fasse fausse route avant de rétablir la vérité. Le marbre cerfontaine, l'écorce du tulipier, l'écaille de la tortue. Paula doit être capable de tout reproduire et il va lui falloir se soumettre à un travail acharné et à une discipline de fer pour atteindre la perfection. En sera-t-elle capable ? Elle s'est inscrite dans une école rue du Métal à Bruxelles et très vite, elle songe à abandonner. Travailler debout pendant des heures en respirant des odeurs de térébenthine : un cauchemar ! C'est son coloc Jonas qui va lui faire comprendre que pour peindre les choses, il ne suffit pas de les voir, il faut les connaître, intimement, les incorporer : « Apprendre à imiter le bois, c'est « faire histoire avec la forêt », « établir une relation », « entrer en rapport ». Il lui faut, pour accéder à l'essence des choses, au coeur de ce qu'elle peint, être sensible à « la vitesse du frêne » à « la mélancolie de l'orme », à « la paresse du saule blanc ». Ce sera pour elle la seule façon d'accéder à ce monde magnifique et de découvrir toute la beauté et la vérité de ce qui est là, à portée de main...
    L'art du trompe-l'oeil n'a plus aucun secret pour vous, Madame de Kerangal : vos mots et vos phrases rendent si bien les mouvements, les attitudes, les corps et les matières que l'on s'y tromperait. Vos phrases ont en elles la forme du réel, le rythme du monde et la syntaxe de la vie. Elles nous ont même donné la clef d'un univers auquel nous n'avions pas accès bien qu'il soit là, sous nos yeux. C'est toute la puissance de la littérature, celle de nous permettre de voir, par le biais de la fiction, ce qui est là, près de nous, mais que nous ne voyons pas.
    Nous avons besoin qu'un magicien nous ouvre avec ses mots la voie vers ce monde qui est le nôtre.
    Merci, Madame de Kerangal, de nous enchanter ainsi !

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  • "Un monde à portée de main" invite à travers la vie de trois jeunes artistes à regarder le monde différemment et la place de chacun dans celui-ci.

    L'histoire de Paula Karst, jeune femme, étudiante en peinture de décor à Bruxelles, nous fait voyager à travers Bruxelles, Paris, Rome et...
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    "Un monde à portée de main" invite à travers la vie de trois jeunes artistes à regarder le monde différemment et la place de chacun dans celui-ci.

    L'histoire de Paula Karst, jeune femme, étudiante en peinture de décor à Bruxelles, nous fait voyager à travers Bruxelles, Paris, Rome et Lascaux.
    Maylis de Kerangal présente un métier méconnu, tant par les aspects techniques que artistiques, ce qui nous emmène vers la question de la représentation du monde, du trompe l'oeil, en remontant le temps jusqu'au premier geste de l'homme de Lascaux.

    Maylis de Kerangal nous montre toute la force de sa plume dans son sujet ; elle nous plonge complètement dans ce domaine de "faussaire", grâce a une palette de vocabulaire éblouissant et d'un style particulier, de longues phrases. Le texte est très imagée, l'écriture dense ; elle captive malgré un sujet pas évident et méconnu du grand public.

    Roman d'apprentissage ? Roman psychanalytique ? Roman hommage à ce métier ? A la beauté ? A la représentation du monde ? Chacun pourra le voir comme il le souhaite, et c'est beau !

    Maylis de Kerangal peint une véritable fresque à travers un voyage dans le temps ! Lire, c'est avoir le monde à portée de main !

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  • Pour les inconditionnels de la romancière, deux lignes suffiront: Si vous avez aimé les précédents romans de Maylis de Kerangal, vous aimerez celui-ci. Celle que Grégoire Leménager, dans L’Obs, appelle «la star du roman choral documentaire» réussit à nouveau son pari, nous faire découvrir le...
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    Pour les inconditionnels de la romancière, deux lignes suffiront: Si vous avez aimé les précédents romans de Maylis de Kerangal, vous aimerez celui-ci. Celle que Grégoire Leménager, dans L’Obs, appelle «la star du roman choral documentaire» réussit à nouveau son pari, nous faire découvrir le quotidien d’une artiste. Avec tous ces détails qui «font vrai» et qui donnent au récit sa densité, sa profondeur, elle va cette fois nous faire partager le quotidien de Paula Karst, une artiste peintre, même si la responsable de son école lui préfère le terme d’artisan.
    Au moment où s’ouvre le roman, Paula s’apprête à rejoindre des camarades de promotion dans un restaurant parisien. Des retrouvailles qui la réjouissent, car cela fait de longs mois qu’elle n’a pas revu Kate l’Écossaise et Jonas le rebelle. Et même si son corps réclame un pei de repos, elle va aller jusqu’au bout de la nuit pour se rappeler le temps passé à l’Institut supérieur de peinture de Bruxelles et découvrir quels sont les chantiers qui les occupent désormais.
    Nous voici donc à l’automne 2007 rue du Métal, à Bruxelles. Pour Paula, c’est un peu la formation de la dernière chance, car elle cherche encore sa voie. Et après quelques jours, elle a du reste bien envie de laisser tomber. Car ce n’est pas tant l’inconfort de sa colocation – dans un appartement difficile à chauffer – qui la dérange que l’énorme charge de travail. La prof au col roulé noir a vite fait de leur expliquer qu’ils ne pourront réussir qu’à force de travail, d’imprégnation, de reproduction sans cesse recommencée, de méticulosité et de connaissance sur les matériaux, les textures, les techniques.
    Finie l’image de l’artiste devant son chevalet se laissant guider par l’inspiration. Ici le travail est d’abord physique. Éreintant. Absolu. Pour pouvoir devenir une bonne peintre en décor, il faut qu’elle connaisse la nomenclature des différents marbres, qu’elle sache distinguer les essences d’arbres, qu’elle comprenne comment se forment et se déplacent les nuages. Mais aussi de quoi sont faits les différents spigments, comment réagissent les peintures sur différents supports, quel pinceau, quelle brosse, quel instrument provoque quel effet. Les journées de travail font jusqu’à dix-huit heures.
    Tous les élèves qui choisissent de poursuivre la formation vont se rapprocher, sentant bien que la solidarité et l’entraide sont aussi la clé du succès.
    Pour Paula qui est fille unique, la formation au trompe-l’œil est d’abord une formation à regarder, à se regarder, à regarder les autres. Il n’est du reste pas anodin qu’elle soit affectée d’un léger strabisme.
    Elle va voir autrement, autrement dit s’émanciper, se rendre compte qu’il y a là Un monde à portée de main. Sa conquête commence à la sortie de l’école lorsqu’une voisine lui demande de peindre un ciel au plafond de la chambre de son enfant. Un premier contrat qui va en entraîner un autre jusqu’au jour où elle est appelée en Italie pour un décor imitant le marbre qui va forcer l’admiration. De Turin elle partira pour Rome où les studios de Cinecittà l’attendent. De là on va faire appel à alle pour les décors d’une adaptation d’Anna Karénine à Moscou.
    Maylis de Kerangal choisit de ne pas lui laisser la bride sur le cou. Elle enchaîne les contrats, détaille le travail et nous offre par la même occasion une leçon magistrale et minutieuse qui va faire appel à tous nos sens.
    Mais le clou du spectacle reste à venir, si je puis dire. On recherche une équipe capable de relever le défi artisitque et scientifique du projet Lascaux 4 : reproduire avec précision les desssins des célèbres grottes pour pouvoir offrir au public l’illusion de se promener dans la «chapelle Sixtine de l’art pariétal».
    Voilà Paula confrontée aux premières œuvres d’art. Et nous voilà, heureux lecteurs, témoins d’une histoire pluri-millénaire aussi vertigineuse que l’amour fou. C’est tout simplement magnifique!
    https://collectiondelivres.wordpress.com/2018/09/24/un-monde-a-portee-de-main/

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