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Maylis De Kerangal

Maylis De Kerangal

Née le 16 juin 1967 à Toulon, Maylis de Kerangal est une romancière française. Après des études d’histoire, de philosophie et d’ethnologie, elle publie son premier roman en 2000. Huit ans plus tard, son roman Corniche Kennedy est sélectionné pour plusieurs prix littéraires. En parallèle à l’écrit...

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Née le 16 juin 1967 à Toulon, Maylis de Kerangal est une romancière française. Après des études d’histoire, de philosophie et d’ethnologie, elle publie son premier roman en 2000. Huit ans plus tard, son roman Corniche Kennedy est sélectionné pour plusieurs prix littéraires. En parallèle à l’écriture, Maylis de Kerangal crée les Editions du Baron Perché, qui éditent principalement de la littérature de jeunesse. En 2016, elle participe au Festival International de Géographie en tant que grand témoin.

Les œuvres de Maylis de Kerangal sont régulièrement dans la course pour remporter des prix. En 2010, Naissance d’un pont est récompensé à l’unanimité et dès le premier tour par le prix Médicis. Il est également lauréat du prix Franz Hessel, qui lui permet d’être traduit en allemand. Le roman Réparer les vivants, paru en 2014, reçoit lui aussi plusieurs prix. Il a pour thème le don d’organe et raconte notamment la transplantation du cœur de Simon, un jeune de 19 ans en mort cérébrale.

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Articles en lien avec Maylis De Kerangal (9)

Avis sur cet auteur (226)

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    Couverture du livre « Seyvoz » de Maylis De Kerangal et Joy Sorman aux éditions Inculte

    Henri-Charles Dahlem sur Seyvoz de Maylis De Kerangal - Joy Sorman

    Un barrage contre l'oubli

    Maylis de Kerangal et Joy Sorman ont uni leurs plumes pour raconter l'histoire du village englouti par l'édification du barrage de Tignes. Sur les pas d'un ingénieur arrivé pour la maintenance, on va découvrir l’esprit du lieu.

    Quand Tomi Motz, après une longue...
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    Un barrage contre l'oubli

    Maylis de Kerangal et Joy Sorman ont uni leurs plumes pour raconter l'histoire du village englouti par l'édification du barrage de Tignes. Sur les pas d'un ingénieur arrivé pour la maintenance, on va découvrir l’esprit du lieu.

    Quand Tomi Motz, après une longue route depuis Paris, arrive au barrage de Seyvoz, il a la désagréable surprise d'apprendre que Brissogne, qui l'a convoqué, ne viendra finalement pas. Résigné, l'ingénieur gagne l'hôtel d'Abondance où une chambre lui a été réservée. Après avoir regardé quelques épisodes d'une série, il s'endort du sommeil des justes.
    C'est à ce moment que Maylis de Kerangal et Joy Sorman ont choisi d'insérer dans leur roman, avec une couleur d'encre différente, la chronique du temps passé, lorsque Seyvoz était encore un village de montagne. On pourra ainsi, au fil du récit découvrir l'histoire de Seyvoz, au moment où les habitants apprennent qu'ils n'ont plus que quelques jours à passer dans le village avant que ce dernier ne soit englouti sous les eaux de retenue du barrage. Le temps de célébrer un dernier mariage et les trois cloches de l'église de Notre-Dame-des-Neiges seront déposées. On ira même, suite à des débats enflammés, déterrer les morts du cimetière et leur offrir une nouvelle sépulture à quelques kilomètres de là. «Comme le garde champêtre refusait de le faire, c’est Beaumichel qui a donné lecture de l’ordre du préfet: abandon du cimetière de Seyvoz, exhumation, transfert et inhumation des corps dans le cimetière nouvellement ouvert du hameau du Ruz, autour de l'église que l’on finissait de bâtir, un fac-similé de Notre-Dame-des-Neiges dont les habitants de Seyvoz haïssaient l’idée, jurant qu’ils n'y foutraient pas les pieds.»
    Tout aussi fort en émotions, on suivra l'un des immigrés venu prêter main forte à l'édification de cet édifice monstrueux. Joaquim ne rentrera jamais dans son Portugal natal ou encore le vain combat de la dernière poignée de résistants opposés à la destruction de leur village.
    À son réveil, Tomi entend retrouver Brissogne, lui dire son fait, assurer sa mission de contrôle des installations et rentrer à Paris. Mais son programme va à nouveau être perturbé. D'abord parce que Brissogne reste introuvable, ensuite parce qu'un grésillement bizarre émane d'une partie du barrage, enfin parce que Tomi a quelques problèmes de santé. Il n'a alors d'autre choix que de passer une nouvelle nuit dans hôtel qui affiche complet, bien qu'il ne croise personne dans l'établissement.
    Le troisième jour va encore lui réserver quelques surprises que je vous laisse le plaisir de découvrir, à la frontière du voyage initiatique et du fantastique.
    Les deux autrices ont habilement su mêler leurs plumes – elles ont parfois rédigé ensemble et se sont aussi répartis certains chapitres sans que l’on puisse attribuer le texte à l’une ou à l’autre – pour nous offrir différentes entrées, manières d'appréhender ce mur de béton qui depuis plus d'un demi-siècle barre la vallée de ses 180 m de haut et ses 300 m de long. En faisant revivre les habitants du village qui, au début des années cinquante, ont dû tout abandonner devant l'inexorable montée des eaux, en nous entrainant dans la vallée et même dans le lac à l'occasion d'une plongée mémorable dans les 240 millions de mètres cubes d'eau, on découvre combien ce lieu est chargé d'un esprit très particulier. Et nous donne l'envie d'une escapade dans les Alpes.
    https://urlz.fr/ic47

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    Couverture du livre « Seyvoz » de Maylis De Kerangal et Joy Sorman aux éditions Inculte

    Mumu Dans le Bocage sur Seyvoz de Maylis De Kerangal - Joy Sorman

    Cinq jours c'est le temps que va durer la mission de Tomi Motz, la cinquantaine, dans une région montagneuse non nommée et qui a pour but de faire un état des lieux du barrage hydroélectrique de Seyvoz, barrage qui a nécessité dans les années 1950, la "noyade" d'un village, engloutissant...
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    Cinq jours c'est le temps que va durer la mission de Tomi Motz, la cinquantaine, dans une région montagneuse non nommée et qui a pour but de faire un état des lieux du barrage hydroélectrique de Seyvoz, barrage qui a nécessité dans les années 1950, la "noyade" d'un village, engloutissant maisons, église, cimetière pour faire place à un mur de béton et une étendue d'eau. Un village rayé de la carte au nom du progrès.

    Sur place il se retrouve seul dans un environnement sans âme comme l'hôtel où il réside, ni réseau internet, un décor fantomatique dans lequel toute vie semble avoir disparu. Il va chercher à comprendre les étranges sensations ressenties à l'approche de l'édifice comme si le passé et l'histoire de ce village englouti cherchaient à refaire surface, à manifester leurs présences, leurs résistances.

    C'est un récit à deux plumes et deux voix : les deux plumes sont celles de Maylis de Kerangal et de Joy Sorman qui ont imaginé conjointement l'histoire d'un village parmi d'autres qui fut englouti au nom de la fée électricité, du modernisme galopant faisant fi de ceux qui l'habitaient et y avaient leurs racines mais également transformant les paysages. Les deux voix sont celles de Tomi et du Passé, ce dernier étant identifiable par l'encre bleue utilisée comme celle de l'eau montante, qui relate comment l'évacuation a eu lieu, comment on est contraint à quitter la terre qui porte l'histoire des familles, une terre que vous aimez et dans laquelle reposent ceux qui vous ont précédé :

    "Je me demande s'ils se sont arrêtés sur le seuil des maisons, s'ils ont respiré à pleins poumons tandis que leur regard embrassait ce paysage qui avait littéralement façonné leur vie - un travelling panoramique qui aurait combiné l'exploration horizontale et l'échappée vers les cimes - s'ils l'ont regardé comme on se penche sur ce qui va mourir, pour ne pas l'oublier. Je ne le pense pas : ce n'est pas ainsi qu'ils habitaient leur pays. Non qu'ils fussent désinvoltes, oublieux, et incapables de relever précisément de qui devait l'être pour le confiner au fond d'eux-mêmes - dessiner, enregistrer, photographie, filmer - mais la montagne leur était autre chose, ils vivaient dedans, c'est le corps qui logeait leur existence, ils ne s'en séparaient pas et marchaient le plus souvent tête baissée - savoir où poser les pieds sur ce terrain de glace et de cailloux est plus recommandé que cligner de la paupière devant ce qui scintille là-haut. (p20)"

    Cinquante ans que le village a été rayé de la vallée montagneuse, cinquante ans c'est l'âge de celui qui doit faire le bilan d'un "ouvrage d'art" comme on pourrait nommer ce mur de retenue des eaux mais qui ne pourra que constater les traces et amertumes laissées par la disparition d'un lieu dont l'existence remontait à plusieurs siècles. En faisant de Tomi le témoin de l'après-barrage, les autrices ont choisi de le décrire comme un solitaire notant ses rêves afin d'y trouver des prémonitions, suivi par un psychanalyste et tentant de mettre fin à sa dépendance au tabac. Lui-même semble n'avoir d'autre vie que celle de vérifier que tout fonctionne, est conforme alors que lui-même se détraque.

    Il y a grâce à la voix du Passé le récit poignant des derniers instants du village, des derniers "résistants" alors que l'eau monte peu à peu, le souvenir de ceux qui sont venus parfois de loin pour travailler à l'édification de l'ouvrage et qui sont prisonniers de la matière, il y a le symbole des trois cloches Alba, Egalité et France qu'il est impossible d'abandonner dans le clocher car elles étaient l'âme du lieu rythmant leurs vies comme il était inenvisageable d'oublier dans le sol ceux dont c'était la dernière demeure.

    "De fait, être de Seyvoz, c'est avoir eu l'oreille formée aux volées des trois sœurs de Notre-Dame-des-Neiges, reconnaissables entre toutes, à l'instar d'une voix humaine. Là où se portent les ondes d'Alba, Egalité et France, le vallon devient semblable à une cloche renversée, un nid, le berceau de ceux qui vivent ici : ils sont là chez eux. (p25)"

    C'est un roman dans lequel le réel créé l'imaginaire, ils se côtoient, laissant planer une atmosphère, des silences, un événement parmi d'autres qui m'a rappelé des images d'autres lacs où d'autres villages dont ne subsiste que le clocher dépassant la surface de l'eau comme seul témoin et rappel de sa vie passée... "N'oubliez pas ! Ici étaient un village et ses habitants".

    J'ai cherché à savoir si Seyvoz avait existé mais n'ai trouvé que la trace d'un événement similaire qui s'est déroulé en 1952 à Tignes enfouissant l'ancien village sous les flots malgré la résistance des habitants n'ayant cédé qu'à la volonté implacable de l'autorité et de la force dont les autrices se sont peut-être inspirées.

    Maylis de Kerangal et Joy Sorman au sein du collectif Inculte nous livrent un témoignage à la fois sensible, mystérieux et documenté (on y retrouve la précision apportée par Maylis de Kerangal dans ses ouvrages et peut-être de Joy Sorman mais je n'ai à ce jour rien lu d'elle) que j'ai aimé, malgré le climat oppressant des lieux hantés par les fantômes du passé mais qui grâce à l'imagination des deux autrices ont su attirer mon attention sur des événements qui ont chamboulé à la fois les lieux par leur transformation mais également les esprits par ce qu'ils y ont laissé et qui y demeurent peut-être encore.

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    Couverture du livre « Un monde à portée de main » de Maylis De Kerangal aux éditions Verticales

    Yves Lambert sur Un monde à portée de main de Maylis De Kerangal

    Après l’Institut de peinture de Bruxelle de 2007-2008, Paula, Jonas et Kate qui se sont liés d’amitié se refilent des contacts professionnels, des chantiers et, parfois, travaillent ensemble.

    Paula est la protagoniste principale. Elle apprendra les techniques du trompe-l’œil, l’art de...
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    Après l’Institut de peinture de Bruxelle de 2007-2008, Paula, Jonas et Kate qui se sont liés d’amitié se refilent des contacts professionnels, des chantiers et, parfois, travaillent ensemble.

    Paula est la protagoniste principale. Elle apprendra les techniques du trompe-l’œil, l’art de l’illusion. Elle se réalisera au travers des chantiers modestes qui s’enchaîneront à Rome, Turin, en Russie et en France.

    Maylis de Kérandal nous conte une histoire haute en couleurs dans un jeu de nuances d’un temps passé que l’on découvre ou redécouvre sur une palette narrative qui passe selon moi au second plan, tant l’écriture poétique couplée à des métaphores teintes les pages et adoucissent l’esprit.

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    Couverture du livre « Canoës » de Maylis De Kerangal aux éditions Verticales

    Yves Lambert sur Canoës de Maylis De Kerangal

    L’autrice a écrit une novella centrale auquel gravite des satellites plus courts qui résonnent autour de femmes de tous âges.

    CANOES sont bien des nouvelles dont l’une plus longue veut faire échos sur les autres. Elles n’ont pour interaction que la musique de bruits de quotidien, de voix de...
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    L’autrice a écrit une novella centrale auquel gravite des satellites plus courts qui résonnent autour de femmes de tous âges.

    CANOES sont bien des nouvelles dont l’une plus longue veut faire échos sur les autres. Elles n’ont pour interaction que la musique de bruits de quotidien, de voix de murmure et qui rappellent des notes de voyage, l’existence de la vie moderne, des vibrations, « des souffles en chorus » sic.

    Les yeux se promènent sur des lignes douces et bien construites qui auraient plu à des OuLiPotistes sur l’idée de la forme du livre.

    Une nouvelle qui nous transporte, pas tant sur les histoires construites, mais sur une prose narrative et descriptive ; un dépaysement de métaphores harmonieuses où se glisse sur nos lèvres « un silence qui durcit l’espace » sic

    Je regrette d’avoir été aidé par le synopsis pour apprécier ces bruits sonores reliés entre eux qui ne sont pas fortement marqués, mais tout est dans la subtilité de l’autrice.