Simone De Beauvoir

Simone De Beauvoir
1908-1983. Simone de Beauvoir, née à Paris, reçoit d'abord une éducation bourgeoise, conformiste et religieuse. Elle dira qu'elle a perdu la foi à 14 ans. En 1929, elle obtient l'agrégation de philosophie. Professeur à Marseille, Rouen, puis à Paris, elle quitte l'enseignement en 1943, ne trouvan... Voir plus
1908-1983. Simone de Beauvoir, née à Paris, reçoit d'abord une éducation bourgeoise, conformiste et religieuse. Elle dira qu'elle a perdu la foi à 14 ans. En 1929, elle obtient l'agrégation de philosophie. Professeur à Marseille, Rouen, puis à Paris, elle quitte l'enseignement en 1943, ne trouvant pas dans ce métier les conditions à "une émancipation totale". C'est à cette époque qu'elle commence la carrière littéraire à laquelle elle aspirait. Elle obtient le Prix Goncourt en 1954 pour Les Mandarins. Jusqu'à sa mort, elle collabore à la revue qu'elle a fondée avec Sartre, Les Temps Modernes. Philosophe, essayiste, romancière et dramaturge, elle domine la littérature féminine de son temps. Ses ouvrages autobiographiques font revivre toute une génération, celle de Saint-Germain-des-Prés. Indignée de voir la femme traitée comme un objet érotique, elle n'a cessé de mener une lutte passionnée pour sa libération. Le Second Sexe est devenu la référence du mouvement féministe mondial.

Avis sur cet auteur (20)

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    Couverture du livre « Les belles images » de Simone De Beauvoir aux éditions Gallimard

    Mumu Dans le Bocage sur Les belles images de Simone De Beauvoir

    "» Non « , elle a crié tout haut. Pas Catherine.(…)
    Je ne permettrai pas qu’on lui fasse ce qu’on m’a fait. Qu’a-t-on fait de moi ? Cette femme qui n’aime personne, insensible aux beautés du monde, incapable même de pleurer, cette femme que je vomis. Catherine : au contraire lui ouvrir les yeux...
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    "» Non « , elle a crié tout haut. Pas Catherine.(…)
    Je ne permettrai pas qu’on lui fasse ce qu’on m’a fait. Qu’a-t-on fait de moi ? Cette femme qui n’aime personne, insensible aux beautés du monde, incapable même de pleurer, cette femme que je vomis. Catherine : au contraire lui ouvrir les yeux tout de suite et peut-être un rayon de lumière filtrera jusqu’à elle, peut-être elle s’en sortira… De quoi ? De cette nuit.
    De l’ignorance, de l’indifférence. (p188-p189)"

    Avec ce roman, Simone de Beauvoir donne la parole à Laurence, mère de deux fillettes, Catherine et Louise, mariée à Jean-Charles, architecte. Il semble qu’elle a tout pour être heureuse et pourtant….. Elle a été élevée avec certaines règles dans une famille bourgeoise, travaille dans une agence de publicité, a un amant et si tout le monde s’accorde à trouver le tableau parfait. Pourtant elle arrive à un moment de sa vie où les questions sur le sens de celle-ci se posent.

    Est-elle vraiment heureuse ? Pourquoi le doute s’insinue-t-il en elle ? A travers le personnage de Laurence, Simone de Beauvoir, la philosophe féministe, s’interroge sur le sens du bonheur pour une femme qui commence à prendre conscience qu’elle vit dans un monde d’artifices, de faux-semblants tels de belles images dans un catalogue qu’elle feuillette, comme dans le domaine professionnel où elle travaille où tout n’est qu’image glacée suscitant l’envie. Elle ne se reconnaît plus dans la femme qu’elle est devenue et en voulant répondre aux questions que commence à lui poser Catherine, sa fille d’une dizaine d’années, elle va remettre en question sa propre existence, ne voulant pas reproduire sur son enfant les erreurs faites dans son éducation et lui donner ainsi une chance d’être heureuse et libre de ses choix.

    C’est une lecture qui m’a beaucoup intéressée par ses questionnements, sur un thème qui reste très actuel, sur la place d’une femme dans une société, sur ses choix, certes assez favorisée dans le cas présent, mais qui réalise peu à peu que tout ce que son éducation lui a inculqué n’a pas tenu compte de son « moi » profond mais dont elle ne prend conscience qu’à l’aube de la quarantaine.

    L’auteure décrit parfaitement l’état psychologique de la jeune femme : ayant déjà fait une dépression cinq ans auparavant, elle sait qu’elle se trouve au bord d’un gouffre dans lequel elle ne veut pas sombrer à nouveau et va tenter de mettre sa vie en accord avec ce qu’elle pense réellement être.

    En utilisant deux types de narration : celle de Laurence puis celle d’un observateur (trice) extérieur(e) avec la troisième personne du singulier, l’auteure mêle à la fois la confession de cette femme désabusée, qui se sent parfois trahie, pas à sa place, se noyant dans le travail afin d’avoir le sentiment d’exister mais aussi l’analyse extérieure (et peut-être celle de l’auteure) sur son comportement. Ce changement de narration peut parfois un peu gênée la lecture et le rythme.

    On peut être parfois agacée par le monde où évolue Laurence, bourgeois et artificiel, où tout se joue dans les apparences, les relations, le paraître mais c’est, je pense, un milieu que l’auteure connaissait parfaitement de par sa propre éducation mais aussi celui qu’elle fréquenta.

    On retrouve la volonté de dénoncer le carcan dans lequel les femmes sont parfois éduquées, enfermées, même si ici Laurence est une femme active, libre, elle n’en a pas moins le sentiment d’être souvent en décalage avec le monde dans lequel elle vit. Sa vraie personnalité se révèle lors du souvenir d’un voyage en Grèce avec son père dont elle se remémore les images, alors qu’elle traverse une période d’anorexie et de somnolences. La beauté des lieux, l’intimité avec son père, le sentiment de liberté, de découverte vont provoquer en elle un choc qui va la pousser à affronter son mari et à imposer ses options pour l’éducation de sa fille.

    L’écriture de Simone de Beauvoir est très fluide, ponctuée de dialogues mais aussi d’états d’âme, de pensées, de remises en question. C’est une témoignage sur une tranche de vie féminine mais aussi maternelle, mettant en parallèle les vies de mère à travers Laurence, Marthe sa sœur qui évolue dans une famille très orientée religion, de Dominique, sa mère, femme passionnée, fougueuse, sans pitié et Catherine, sa fille, à l’aube de l’adolescence et de son devenir.

    Un joli petit roman, certes un peu daté mais très agréable à lire, dans lequel j’ai retrouvé certains questionnements propres à toute femme à un moment de sa vie. Après Les mandarins tome 1 et 2, une nouvelle lecture qui me confirme mon attrait pour sa plume, ses questionnements sur la place de la femme mais aussi son regard sur la société dans laquelle elle évoluait…..

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    Couverture du livre « Une mort très douce » de Simone De Beauvoir aux éditions Gallimard

    Lirealaurore sur Une mort très douce de Simone De Beauvoir

    Elle donne dans ce livre le meilleur d'elle même, un côté secret qu'elle partage, en douceur et en douleur, beaucoup de tendresse et de sensibilité.

    A lire aussi:

    L'invitée

    Le sang des autres

    tous les hommes sont mortels

    les belles images

    la femme rompue

    le deuxième sexe (...
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    Elle donne dans ce livre le meilleur d'elle même, un côté secret qu'elle partage, en douceur et en douleur, beaucoup de tendresse et de sensibilité.

    A lire aussi:

    L'invitée

    Le sang des autres

    tous les hommes sont mortels

    les belles images

    la femme rompue

    le deuxième sexe ( pas simple lire)

    la force de l'age

    la force des choses

    la cérémonie des adieux

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    Couverture du livre « Les mandarins t.1 » de Simone De Beauvoir aux éditions Gallimard

    Mumu Dans le Bocage sur Les mandarins t.1 de Simone De Beauvoir

    Je crois que c’est, mais oui, mon premier Simone de Beauvoir, et quelle lecture ! C’est une tranche d’histoire que nous propose l’auteure, dans le milieu intello-politico de l’après-guerre. Je me suis plongée dedans avec un peu de réticence, voyant la taille des deux tomes, pensant y trouver un...
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    Je crois que c’est, mais oui, mon premier Simone de Beauvoir, et quelle lecture ! C’est une tranche d’histoire que nous propose l’auteure, dans le milieu intello-politico de l’après-guerre. Je me suis plongée dedans avec un peu de réticence, voyant la taille des deux tomes, pensant y trouver un récit long et ennuyeux. Et bien pas du tout !

    Le roman débute dans le juste après guerre, Noël 1944, Paris est libéré et panse ses plaies. Nous suivons principalement à travers Henri Perron, homme séduisant, patron de presse et écrivain à ses heures, la ville qui reprend quelques couleurs, qui retrouve ses animations d’autrefois même si les restrictions et pénuries sont encore présentes, les journaux peuvent à nouveaux paraître et les différents courants politiques s’exprimer. C’est le cas pour l’Espoir, que dirige Henri, journal indépendant mais orienté à gauche, auquel le nouveau parti, le S.R.L., d’obédience socialiste, créé par son ami Robert Dubreuilh, écrivain très engagé en politique, voudrait obtenir le soutien.

    Nous suivons les luttes d’influence politique, amicale et amoureuse sur les différents personnages. La narration est principalement faite par Henri et c’est à travers lui que nous évoluons dans ce monde fortement marqué par les quatre années de guerre, ses restrictions, chacun tentant de panser ses plaies, de garder le souvenir de ceux qui ne sont pas revenus, des atrocités des camps, de ceux qui ont trahi et puis certains règlent les comptes, dans l’ombre.

    Anne prend également parfois la parole, femme de Robert Dubreuilh. Femme engagée, elle est un soutien inconditionnel pour son mari, même s’il lui arrive parfois de le tromper. C’est une femme libre, psychologue de métier, elle écoute et tente d’aider ceux qui se confient à elle dans son cabinet, elle est en première ligne pour constater les traumatismes des humains après la guerre.

    J’ai craint, à plusieurs reprises, n’étant pas versée dans la politique et n’en connaissant pas tous les rouages, d’être un peu « larguée » mais j’ai découvert un récit clair dans ce domaine et elle alterne en permanence les différents domaines : politique, sentimental, amical, professionnel. Il y a un chassé-croisé entre ceux-ci et souvent une mise en parallèle.

    J’ai aimé découvrir les prises de position de chacun,à la fin de la guerre entre les directives du P.C. l’affrontement avec les idées de gauche socialiste vers lesquelles penche le S.R.L., les doutes qui pèsent sur le P.C. en URSS, ses manières d’agir parfois similaires à ce que le nazisme appliquait.

    A la fin de ce premier tome, j’ai cherché à savoir si pour ses personnages, Simone de Beauvoir s’était inspirée de son entourage. Et effectivement il semble qu’Albert Camus a servi de modèle pour Henri, Jean-Paul Sartre pour Robert et Anne étant sa propre transposition.

    – Nous avons toujours pensé qu’on n’écrit pas pour écrire. A certains moments d’autres formes d’action sont plus urgentes

    – Pas pour vous, dis-je. Vous êtes d’abord un écrivain.

    – Tu sais bien que non, ce qui compte d’abord pour moi, c’est la révolution.

    – Oui, dis-je, mais le meilleur moyen que vous ayez de servir la révolution, c’est d’écrire vos livres. (p63)

    Il est évoqué également à travers Robert et Henri, le travail de l’écrivain mais aussi celui de patron de presse, ses choix, ses prises de position, son indépendance :

    On restait indépendant, c’était une chose acquise, encore fallait-il savoir qu’en faire, de cette indépendance. (…)Henri ne voulait pas perdre ce public d’intellectuels qui aimaient l’Espoir pour son impartialité ; il ne voulait pas non plus indisposer ses lecteurs communistes ; cependant, en ménageant tout le monde, il se condamnait à l’insignifiance, et par là il contribuait à endormir les gens.(p219)

    C’est une lecture enrichissante par l’évocation du climat de l’époque, par les thèmes abordés comme ceux des armes de guerre (bombe atomique à Hiroshima), les trahisons et luttes d’influence, les alliances parfois nécessaires avec ceux qui détiennent le nerf de la guerre, l’argent, les questionnements politiques et tout cela entrecoupé des rencontres et des ruptures amoureuses, dans ce Paris intellectuel et artistique de l’après-guerre.

    J’ai trouvé l’écriture de Simone de Beauvoir très agréable, vivante, abordant nombres de sujets de réflexion, parfois encore très actuels, mais sans lourdeur, grâce à l’attention qu’elle porte à chacun de ses personnages, à le faire vivre sous nos yeux.

    Je suis un intellectuel. Ça m’agace qu’au fasse de ce mot une insulte ; les gens ont l’air de croire que le vide de leur cerveau leur meuble les couilles. (p223)

    Je lirai le tome 2 très prochainement afin de retrouver ces « mandarins », ceux qui régnaient sur la pensée, l’information, le pouvoir et parfois l’amour, découvrir le sort que leur réserve l’auteure. C’est une belle découverte d’une auteure qui m’effrayait un peu, pensant à tort, à une « intellectuelle », certes engagée, mais inaccessible.

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    Couverture du livre « Mémoires d'une jeune fille rangée » de Simone De Beauvoir aux éditions Gallimard

    Bernault Jean-Serge sur Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone De Beauvoir

    C'est par ce livre, ce récit autobiographique admirablement bien écrit que j'ai découvert Simone de Beauvoir. La lecture de ce récit m'a incité à lire tout ce que Simone de Beauvoir a écrit à sa suite: " La force de l'âge", " La force des choses " , " Une mort très douce ", " Tout compte fait...
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    C'est par ce livre, ce récit autobiographique admirablement bien écrit que j'ai découvert Simone de Beauvoir. La lecture de ce récit m'a incité à lire tout ce que Simone de Beauvoir a écrit à sa suite: " La force de l'âge", " La force des choses " , " Une mort très douce ", " Tout compte fait ".
    Je suis gré à Simone de Beauvoir de m'avoir fait découvrir une autre auteure majeure et injustement oubliée: Violette Leduc.