Carole Fives

Carole Fives
Carole Fives est à la fois auteur et plasticienne, diplômée de philosophie et de l'école des Beaux-arts. Elle vit à Lille où elle enseigne dans une école d'art et de création graphique. Elle écrit des textes en littérature générale et en jeunesse, deux romans à l'école des loisirs. Est-ce que la ... Voir plus
Carole Fives est à la fois auteur et plasticienne, diplômée de philosophie et de l'école des Beaux-arts. Elle vit à Lille où elle enseigne dans une école d'art et de création graphique. Elle écrit des textes en littérature générale et en jeunesse, deux romans à l'école des loisirs. Est-ce que la maîtresse dort à l'école ? est son deuxième album pour les enfants.

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Avis (57)

  • Couverture du livre « Tenir jusqu'à l'aube » de Carole Fives aux éditions Gallimard

    Maju Twin Books sur Tenir jusqu'à l'aube de Carole Fives

    Je vous le dis d’emblée : ce court roman de Carole Fives est un de mes coups de cœur de cette rentrée littéraire. A priori, le sujet d’une mère célibataire seule avec son fils qui, chaque nuit, cherche à s’échapper et à souffler le temps d’une fugue n’avait pas grand chose pour me plaire. Et...
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    Je vous le dis d’emblée : ce court roman de Carole Fives est un de mes coups de cœur de cette rentrée littéraire. A priori, le sujet d’une mère célibataire seule avec son fils qui, chaque nuit, cherche à s’échapper et à souffler le temps d’une fugue n’avait pas grand chose pour me plaire. Et pourtant, je l’ai lu d’une traite et je ne me suis pas ennuyée une seconde !

    Le père, on n’en parle pas, il a disparu et cette mère ne vit que pour son fils dans son minuscule appartement. Toute sa vie tournant autour de « l’enfant », comme le nomme l’auteure, la mère plonge dans une profonde solitude, sa vie sociale devenant inexistante et toute son énergie étant vouée à son fils de deux ans. Grâce à une écriture vive et de courtes phrases percutantes, l’auteure parvient à nous faire ressentir cet isolement profond. Toutefois, on ne parvient pas à s’attacher aux deux personnages que l’auteur ne nomme pas et cette dépersonnalisation nous prive de tout l’affect possible. De plus, de l’écriture se dégage une certaine froideur qui renforce cet effet de distanciation.

    Pour échapper à cet isolement, la mère s’autorise des sorties nocturnes une fois que l’enfant est couché et ce, d’autant plus longtemps au fur et à mesure du roman. On sent que ces escapades sont une véritable bouffée d’oxygène pour elle et son seul moyen de tenir jusqu’à l’aube. En tant que mère solo, elle va se rendre sur des forums pour y trouver du réconfort mais elle n’y trouve que des jugements et des leçons données sur un ton péremptoire. Le sentiment de culpabilité se rajoute ainsi à l’isolement. Ces passages sont terribles et même si on ne cautionne pas le comportement de la mère, on ne peut s’empêcher de ressentir la compassion pour elle devant tant de violence dans les mots. Ces passages se présentent plusieurs fois dans le roman dans une police différente et sous forme de conversation. J’ai apprécié ces passages et j’ai trouvé qu’il montrait très bien la solitude progressive dans laquelle s’enferme la mère.

    Bref, ce roman social fut un coup de cœur et met parfaitement en lumière le quotidien difficile des mères célibataires. Même s’il est impossible d’approuver son comportement, on se prend en pleine tête la violence et l’incompréhension à auxquelles la mère est confrontée. Mais ce qui tient en haleine tout au long du roman, c’est le style fougueux et direct de Carole Fives. Un régal !

    Ma chronique est aussi sur le blog : https://thetwinbooks.wordpress.com/2018/10/07/tenir-jusqua-laube-carole-fives/

  • Couverture du livre « Tenir jusqu'à l'aube » de Carole Fives aux éditions Gallimard

    Nathalie Chartier sur Tenir jusqu'à l'aube de Carole Fives

    Un texte que j’ai lu pratiquement d’une traite le cœur et le corps noués, rivée au sort de cette mère et de son fils.
    Cette jeune mère d’un enfant de deux ans a été abandonnée par son compagnon, le père de l’enfant qui ne donne qu’épisodiquement signe de vie. Etrangement, pas de prénom pour...
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    Un texte que j’ai lu pratiquement d’une traite le cœur et le corps noués, rivée au sort de cette mère et de son fils.
    Cette jeune mère d’un enfant de deux ans a été abandonnée par son compagnon, le père de l’enfant qui ne donne qu’épisodiquement signe de vie. Etrangement, pas de prénom pour ces deux-là, un parti pris de l’auteure.
    Le désarroi de cette jeune maman est touchant, prisonnière de son quotidien, croulant sous les dettes, toujours seule face avec son fils. Manifestement le petit souffre aussi, réclamant son papa, réagissant par des caprices et des cris, suscitant la réprobation lorsque ses colères éclatent dans les lieux publics. Aucune main tendue dans son entourage, aucun réconfort. Même les services sociaux, le médecin sont décevants et peu enclins à lui proposer des solutions.
    Lorsqu’elle cherche une écoute compatissante et constructive sur les réseaux sociaux, elle se confronte à des jugements à l’emporte-pièce (mauvaise mère !, pauvre enfant !).
    Pour cette raison, telle la chèvre de Monsieur Seguin qui regarde la montagne et va rompre sa corde, la mère fuit l’appartement le soir lorsque l’enfant dort, avide de quelques instants de liberté. Elle s’aventure de plus en plus loin. Jusqu’où ira-t-elle ? Pourvu que l’enfant ne se réveille pas ! Elle en conçoit d’ailleurs une profonde honte et une immense culpabilité.
    Vivant, vibrant, émouvant. J’ai vraiment été touchée par ce récit et très sensible à la justesse des propos étant fréquemment confrontée, dans mon quotidien professionnel, à des situations identiques.
    Il est également question des violences faites aux femmes, du sort réservé aux mères seules, enrichissant le propos d’une orientation en faveur des femmes convaincante et nuancée
    A lire comme une chronique sociale éclairante mais pas seulement ; en effet l’auteure a distillé tout au long du récit une tension dramatique qui monte crescendo jusqu’à la fin que je vous invite à découvrir !

  • Couverture du livre « Tenir jusqu'à l'aube » de Carole Fives aux éditions Gallimard

    Missbook85 sur Tenir jusqu'à l'aube de Carole Fives

    Féministe et contemporain, le dernier roman de Carole Fives " Tenir jusqu'à l'aube " est paru aux éditions Gallimard dans la collection l'Arbalète, et a retenu toute mon attention en cette rentrée littéraire 2018.

    p. 13 : " A côté, à côté " réclame-t-il dès qu'il la sent s'éloigner".
    Elle...
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    Féministe et contemporain, le dernier roman de Carole Fives " Tenir jusqu'à l'aube " est paru aux éditions Gallimard dans la collection l'Arbalète, et a retenu toute mon attention en cette rentrée littéraire 2018.

    p. 13 : " A côté, à côté " réclame-t-il dès qu'il la sent s'éloigner".
    Elle est entrée dans la case des "mamans solos" depuis que le père de son fils d'à peine deux ans est parti. Graphiste free lance, elle ne peut compter que sur elle-même, dans cette ville où elle n'a ni famille, ni amis.
    p. 85 : " C'était ça le plus dur au final, ne pas pouvoir se reposer sur quelqu'un d'autre que soi. "
    Entre elle et son fils le rapport est fusionnel, jusqu'à l'étouffement. C'est un amour inconditionnel dans lequel elle trouve une raison de s'accrocher, de se battre pour vivre, ou plutôt survivre. Elle lui consacre ses jours et ses nuits...mais il lui faut tenir, jusqu'à l'aube.
    p. 70 : " Elle était lasse, fatiguée de cette créature qu'elle avait créée de toutes pièces : la bonne mère. "
    Alors ils attendent inlassablement un message du papa...
    p. 69 : " Le père finirait par se manifester, il voudrait un jour revoir son fils, il ne pouvait en être autrement. "
    PERE + ABSENT
    Elle ne peut se permettre aucune défaillance. L'enfant dépendant d'elle, et d'elle seule désormais.
    p. 61 : " Désormais un seul mot d'ordre, ne pas tomber malade, on ne pouvait pas se le permettre. "
    Difficile de joindre les deux bouts lorsque les contrats se font de plus en plus rares. Mais   comment pourrait-elle consacrer plus de temps à son travail ? C'est un cercle vicieux sans solution. Suite à une visite de l'huissier, elle réalise qu'elle n'aura pas d'autre choix que de déménager.
    SOLO + ARGENT
    Son statut de mère célibataire lui vaut des regards en coin,  des jugements hâtifs mais surtout des commentaires acerbes.
    p. 37 : " Encore un enfant roi, encore une mère célibataire qui ne gère rien, une pauvre conne. "
    On ne lui laisse rien passer. La société est intransigeante envers ces mamans. La moindre erreur est impardonnable !
    p. 102 : " Elle ne pouvait se permettre aucune erreur, aucun écart. L'enfant et elle devaient filer doux, afficher zéro défaut, ne laisser aucune prise à la société. A tout instant ils risquaient d'être étiquetés "famille à problèmes". Ils étaient hors norme, ils étaient fragiles, ils étaient suspects. "
    MERE CELIBATAIRE + DISPARAITRE
    Ses contacts avec le monde extérieur sont restreints. Et c'est ça qui lui manque le plus : une vie sociale ! Avoir des discussions avec des adultes. Elle ouvre le clapet de son ordinateur et commence à taper MERE SEULE + GALERE. Les forums de discussion sont nombreux et les témoignages d'une maigre consolation.
    Dans cet épuisement de vie de mère célibataire elle est en quête vitale d'un espace de liberté et d'insouciance. Alors elle va commencer à sortir, après avoir couché l'enfant et s'être assurée qu'il dort d'un sommeil profond. Attirée par la frénésie et l'animation des soirées urbaines, elle fugue, chaque soir un peu plus loin, un peu plus longtemps.
    C'est cette mise en danger à la fois d'elle-même et de son enfant qui représente le fil conducteur du roman. Elle tire sur la corde, mais jusqu'à quel point celle-ci résistera-t-elle ?
    Carole Fives utilise de manière métaphorique la fable de "La chèvre de Monsieur Seguin" pour mettre en image cette quête de liberté.

    Ce roman est le reflet d'une société dans le déni. Face à ce nouveau mode de parentalité, qui concerne majoritairement des femmes, la société et les institutions qui la représente ont décidé de fermer les yeux. Sous une fausse légèreté, Carole Fives devient à travers ce récit émouvant, la parole de nombreuses mères célibataires dans le même cas. Modèle "hors-norme" on les culpabilise au lieu de leur tendre une main, car elles ne correspondent pas au modèle standard. La monoparentalité, parallèlement à l'évolution de notre société, ne doit plus être synonyme d'enfermement et doit faire prendre conscience de la nécessité que pour être un bon parent, quelle que soit sa forme, ne peut se faire que si celui-ci à la possibilité de s'épanouir en parallèle. Le dénouement de ce roman conforte sur le fait que la différence n'est pas nécessairement une faiblesse. Pour apprécier ce roman à sa juste valeur, il faut simplement se sentir... concerné. Alors merci à cette auteure de se faire la voix de ces mamans solos.

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