La bibliothèque idéale de Geneviève Brisac

mercredi 24 avril 2019

L'écrivaine et critique littéraire est membre du jury du Prix Orange du Livre 2019

La bibliothèque idéale de Geneviève Brisac

Geneviève Brisac est normalienne et agrégée de lettres, diplômée de philosophie. Elle a enseigné pendant dix ans en Seine-Saint-Denis, a été critique littéraire au Monde pendant une vingtaine d’années, et collabore depuis dix-huit ans à France-Culture.

Elle est l’auteur de Petite (1994), et de Week-end de chasse à la mère (prix Fémina 1996) de Une année avec mon père (prix des  éditeurs 2013).

Elle a publié une quinzaine de romans et d’essais, pour la plupart parus aux Editions de l’Olivier.

Elle a également coécrit le scénario du film Non ma fille tu n’iras pas danser de Christophe Honoré (2009), et plusieurs pièces de théâtre.

Ses deux derniers romans, Vie de ma voisine, un roman vrai consacré à une enfant rescapée de la rafle du Vel d’Hiv, et Le Chagrin d’Aimer sont parus en 2017 et 2018 aux éditions Grasset.

Mes Mots sauvages, un abécédaire poético-politique, a été publié par Philippe Delerm, en décembre 2018 dans sa collection le Goût des mots.

Elle est vice-présidente de l'association Bibliothèques sans frontières.

 Membre du jury du Prix Orange du Livre 2019, Geneviève Brisac a eu la gentillesse de nous proposer sa bibliothèque idéale...

 

Une bibliothèque idéale du côté des mères.

Mères opaques, mystérieuses, calomniées, trop aimées, abandonnées, perdues.

Il y a une infinité de manières d’être mère, ce destin étrange, fascinant, banal et sidérant. Révoltant et magnifique.

Et encore trop peu dit par la littérature.

Des centaines d’années de domination masculine ont étouffé ces récits, ces poèmes, ces chants, ces romans ces éclats de rire.

 

Evoquant Voyage au phare, Virginia Woolf écrit :

Je suppose que je fis ce que les psychanalystes font pour leurs patients : j’exprimai une émotion très ancienne et très profondément ensevelie.

  • Les 10 livres de la bibliothèque idéale de Geneviève Brisac

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      Couverture du livre « Les mots de la tribu » de Natalia Ginzburg aux éditions Grasset Et Fasquelle

      Les mots de la tribu de Natalia Ginzburg

      Mes parents, disait-elle, sont les vrais héros de cette histoire. Elle écrivait une autobiographie aux intonations de roman. Sa mère, ironique et légère. Son père tyrannique et émouvant. Elle écrivait, concentrée, sous l’abat-jour, mais la lumière éclairait ses modèles : Les écrivains, comme Proust qu’elle passa sa vie à traduire. Les écrivains dont elle analysait les ouvrages dans les journaux. Les écrivains qu’elle passa sa vie à éditer. Passeuse. Et puis les gens de sa famille, auxquels elle consacra son chef d’œuvre, Lessico Famigliare, Les Mots de la Tribu.

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      Couverture du livre « Énorme changement de dernière minute » de Grace Paley aux éditions Rivages

      Énorme changement de dernière minute de Grace Paley

      Faith, l’héroïne habituelle de Grace Paley, est dans son arbre. C’est une new-yorkaise rebelle, qui réfléchit trop. Ça discute ferme en dessous. Son fils aîné, Ricardo, prend la parole : « On te pose vraiment un problème, Faith, on ne te laisse pas libre. C’est vrai, n’empêche, tu adores tout le monde sauf nous. Dans les nouvelles de Grace Paley, Ricardo dit souvent des choses qui dérangent. Et Faith l’écoute. Les dialogues réalistes et poétiques de Grace Paley sont une révolution du regard.

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      Couverture du livre « Les carnets t.1 » de Marina Tsvetaeva aux éditions Syrtes

      Les carnets t.1 de Marina Tsvetaeva

      Elle disait : J’ai fait de mon âme ma maison. Je trompe l’existence avec mon âme. Sa devise était : Ne daigne. je ne daigne m’abaisser ni à la peur, ni au lucre, ni à la douleur personnelle, ni aux considérations existentielles, ni aux économies. C’était une mère inouie. A ses enfants, Mour, Ariadna, et à ses amours, Rilke ou Pasternak, elle écrit des phrases de feu.

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      Couverture du livre « Le carnet d'or et autres romans » de Doris Lessing aux éditions Lgf

      Le carnet d'or et autres romans de Doris Lessing

      Un des plus grands romans du siècle avec pour toile de fond la révolution, le féminisme, le racisme et le communisme. Pour cette phrase qui dit beaucoup de son auteur : La plupart des femmes s’enfuient comme des petits chiens dès qu’un homme leur dit : tu n’es pas féminine, tu menaces ma virilité. Quelle profonde erreur, il y en a d’autres moins ignorants et moins peureux qui savent que les hommes et les femmes ont au cours des âges assumé une infinité de rôles sans en être- c’est le moins- diminués.

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      Couverture du livre « Voyage au phare » de Virginia Woolf aux éditions Lgf

      Voyage au phare de Virginia Woolf

      Pour Mrs Ramsay, et son fils James. Pour les paysages de Cornouaille. Un roman inoubliable sur les mères, le Temps et la Peinture. Le plus beau roman de Virginia Woolf, dont elle disait à peu près  : quand je l’ai eu terminé, j’en avais fini avec ma mère. Elle avait cessé de m’obséder. Je suppose que c’est ce que les gens font quand ils font une psychanalyse.

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      Couverture du livre « Cahiers de la guerre » de Marguerite Duras aux éditions Gallimard

      Cahiers de la guerre de Marguerite Duras

      Un livre unique, où l’on voit s’élaborer la vision de Marguerite Duras. Progressivement, texte après texte, elle revient sur les évènements centraux de sa vie, le Barrage, les petits crabes qui envahissent la rizière, les colères, les fous-rires et les obsessions de sa mère, l’amant chinois. La guerre, aussi. Et la rue Saint-benoit. Son humour est ravageur, comme sa tendresse.

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      Couverture du livre « Fugitives » de Alice Munro aux éditions Points

      Fugitives de Alice Munro

      Les trois nouvelles les plus belles de Fugitives, forment un triptyque intitulé Juliet. Jane Campion voulait l’adapter c’est Pedro Almodovar qui l’a fait. Le film s’est appelé Julieta. Il est intéressant de savoir que le cinéaste de Tout sur ma mère est tombé amoureux du destin de Juliet. Le prix Nobel Alice Munro et lui partagent une vision tragique et gaie de la vie, une vision gaie et tragique de la maternité.

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      Couverture du livre « Les pauvres parents » de Lioudmila Oulitskaia aux éditions Gallimard

      Les pauvres parents de Lioudmila Oulitskaia

      Ludmila Oulitskaïa explore avec une subtilité diabolique les méandres de la compassion et de l’égoïsme. Les relations des gens au sein des appartements collectifs. On est à Moscou dans les années soixante. Elle peint des petites filles intrépides qui sont magnifiques. Fascinées par la vie des adultes, elles les observent, avec la passion des entomologistes. Elles deviendront écrivains.

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      Couverture du livre « Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? » de Jeanette Winterson aux éditions Points

      Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson

      Jeanette Winterson, l’écrivaine anglaise de mon âge dont je me sens la plus proche, fait inlassablement le portrait de sa terrible mère. Elle creuse ses inépuisables contradictions. Ses innombrables inventions, ses histoires. Un puits d’histoires. Son corset électrique, ses chansons paillardes, Ses dictons : ne demande pas pour qui sonne le glas. L’argent de son enterrement cousu dans la doublure des rideaux. Les exhortations collées partout dans la maison : pense à dieu plutôt qu’au chien.

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      Couverture du livre « Mon Mal Vient De Plus Loin » de O'Connor Flanne aux éditions Gallimard

      Mon Mal Vient De Plus Loin de O'Connor Flanne

      Quiconque survit à son enfance dispose d'une assez grande information pour le restant de ses jours, disait-elle. Encore faut-il savoir y accéder, et s'en servir. Qu'est ce qui s'y oppose ? Une certaine façon de se bouffir, à mon avis, qui ruine habituellement le libre usage d'un talent. Les nouvelles de ce recueil sublime parlent de cela : la violence des relations entre les êtres. Le poids atroce de la bêtise. Du racisme. Flannery O’Connor qui ne quitta jamais la ferme maternelle et mourut à 37 ans sait tout de notre stupide humanité.

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