Marguerite Duras

Marguerite Duras

Marguerite Donnadieu est née le 4 avril 1914 à Gia Dinh, dans la banlieue de Saïgon, en Indochine. Son père, Henri Donnadieu, enseigne les mathématiques et fait carrière au Tonkin, en Cochinchine et au Cambodge, et sa mère, Marie Legrand, née dans une ferme de Picardie est institutrice. « Fille d...

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Marguerite Donnadieu est née le 4 avril 1914 à Gia Dinh, dans la banlieue de Saïgon, en Indochine. Son père, Henri Donnadieu, enseigne les mathématiques et fait carrière au Tonkin, en Cochinchine et au Cambodge, et sa mère, Marie Legrand, née dans une ferme de Picardie est institutrice. « Fille de paysans, elle avait été si bonne écolière que ses parents l’avaient laissée aller jusqu’au brevet supérieur. Après quoi elle avait été institutrice dans un village du nord de la France. On était alors en 1899. Certains dimanches, à la mairie, elle rêvait devant les affiches de propagande coloniale : "Jeunes, allez aux colonies, la fortune vous y attend." À l’ombre d’un bananier croulant sous les fruits, le couple colonial, tout de blanc vêtu, se balançait dans des rocking-chairs tandis que les indigènes s’affairaient en souriant autour d’eux. Elle se maria avec un instituteur qui, comme elle, se mourait d’impatience dans un village du Nord, victime comme elle des ténébreuses lectures de Pierre Loti !. » Son père, rapatrié en France pour se faire soigner d’une dysenterie amibienne en 1918. Après son départ, la vie de sa femme et de leurs enfants, Pierre (qu’elle adore), Paul et Marguerite, alors âgée de quatre ans, change dramatiquement : ils ne peuvent plus demeurer dans une maison de fonction luxueuse, et s’installent à Sadec où leur vie, précaire et difficile, devint celle des « petits blancs », guère meilleure que celle des indigènes qui les entouraient, desquels ils se sentaient plus proches que des riches coloniaux. La mère accepte des postes dangereux dans la brousse. Une petite mendiante de dix-sept ans lui donne son bébé malade avant de disparaître, et Marguerite fut terrifiée par ce geste qui résonnera dan son oeuvre. Son père meurt en France le 4 décembre 1921, âgé de 49 ans. Après la mort d’Emile Donnadieu, Marguerite habite - avec sa mère et ses deux frères - en France à Pardaillan près de Duras, où son père possédait une vieille maison de famille. C’est de là que viendra son nom de plume. Marie essaie la viticulture, et le 5 juin 1924 s’embarque pour être affecté à une école de Phnom-Penh, avec Marguerite, ses deux fils, Pierre, l’aîné, et Paulo, le futur Joseph d’Un Barrage contre le Pacifique, pour poursuivre une carrière modeste dans les écoles indigènes. Le 24 décembre, sa mère quitte Phnom-Penh, avec ses trois enfants, pour Vinh Long, une ville située dans le delta du Mékong. Sa mère sollicite une concession au Cambodge, à Prey-Nop (aujourd’hui Sihanoukville), et en décembre 1928 débarque dans cette parcelle de terre si ardemment convoitée. Mais, trop naïve pour voir la corruption de l’administration et comprendre qu’il n’y a pas de concession cultivable sans dessous-de-table, elle perd toutes ses économies et se ruine en construisant des barrages pour protéger en vain ses rizières contre l’envahissement annuel de la mer. Son frère aîné, Pierre, opiomane, la frappe régulièrement, la traumatise sexuellement ; sa mère, dépressive, hystérique, en découd souvent physiquement avec Marguerite. Marguerite et le plus jeune frère vivent librement et jouent avec leurs copains Annamites dans le jungle et les marais du Mékong. A Sadec, elle est obligée de donner des leçons de français et jouer du piano dans un cinéma pour payer l’éducation de ses enfants. Entre-temps elle n’a que peu de temps à leur consacrer, excepté à l’aîné, son préféré. En 1930, à Saigon (aujourd’hui Ho Chi Minh-Ville), Marguerite loge à la pension Lyautey pour suivre des études secondaires au lycée Chasseloup-Laubat. Elle rencontre un jeune et riche chinois qui devient son amant. Elle évoquera cette première aventure amoureuse dans l’Amant. En 1932, c’est le retour définitif en France après le baccalauréat. Elle vit à Paris et poursuit des études de mathématiques, de droit, de sciences politiques. En 1937, elle est employée au Ministère des Colonies. Elle épouse Robert Antelme en 1939. Elle publie en collaboration avec Philippe Roques, une oeuvre de propagande, L’Empire français.Mais Gallimard refuse La Famille Taneran . Elle vit alors au 5, rue Saint-Benoït situé idéalement entre le Café de Flore et Les Deux Magots et dans le climat fiévreux du quartier latin, Sartre établit peu à peu son magistère et Duras, en marge, constitue « le groupe de la rue Saint Benoît ». Edgar Morin, Jean-Toussaint Desanti, Georges Semprun, Georges Bataille, Claude Roy, Maurice Blanchot, Maurice Merleau-Ponty, Clara Malraux, Francis Ponge, Gaston Gallimard... se réunissent effectivement presque tous les soirs au 5 de la rue Saint Benoît chez Duras et son mari Robert Antelme, pour y discuter littérature et politique. On est « ivres de joie » et on est bien souvent ivre tout court. Gin, whisky et rhum ne manquent jamais. A l’époque, Duras est une des seules femmes à boire beaucoup comme les hommes, sans pour autant faire scandale. Pendant l’Occupation, elle travaille dans le “Comité d’organisation du livre” qui, dirigé et surveillé par les Allemands, est chargé de l’attribution du papier aux éditeurs. Son enfant meurt à la naissance en 1942. Son frère Paul meurt à Saigon, ayant été laissé sans médicaments par son frère aîné. Elle rencontre Dyonis Mascolo, qui, comme Robert Antelme, travaille chez Gallimard En 1943, elle publie Les Impudents sous le pseudonyme de Marguerite Duras (du nom d’un village du Sud-Ouest de la France d’où sa famille paternelle est originaire) et rejoint la Résistance, aux côtés de François Mitterrand (dit Morland), avec son mari et adhèrent ensemble avec Mascolo au Mouvement national des prisonniers de guerre. Son mari est arrêté le 1 juin 1944 et déporté à Buchenwald, puis à Dachau. Il échappera de justesse à la mort grâce à François Mitterrand et publiera en 1947 un ouvrage de souvenirs et de réflexions : L’Espèce Humaine. Elle parlera de toute cette période dans La douleur, et donc d’une liaison qu’elle eue avec Charles Delval, agent de la Gestapo, qu’elle torturera à la Libération. Elle adhère au Parti Communiste à l’automne et devient la secrétaire de la cellule de la rue Visconti. Elle publie La vie tranquille. Elle crée un service de recherches des personnes disparues que publie le journal Libres. ’J’ai commencé à boire aux fêtes, aux réunions politiques, d’abord les verres de vin et puis le whisky. Dès que j’ai commencé à boire, je suis devenue une alcoolique. J’ai bu tout de suite comme une alcoolique. J’ai laissé tout le monde derrière moi. J’ai commencé à boire le soir, puis j’ai bu à midi, puis le matin, puis j’ai commencé à boire la nuit. Une fois par nuit, et puis toutes les deux heures. Je ne me suis jamais drogué autrement ». En 1945, elle fonde avec Robert Antelme les Editions de la Cité universelle, qui publient, en 1946, L’An zéro de l’Allemagne d’Edgar Morin, les œuvres de Saint-Just présentées par D. Mascolo et, en 1947, L’Espèce humaine de Robert Antelme. En 1947, elle divorce de Robert Antelme et donne la naissance à Jean Mascolo, dit Outa. En 1950, elle publie Un Barrage contre le Pacifique, récit autobiographique encore empreint de réalisme. Elle envoie sa lettre de démission au Parti communiste après le Coup de Prague. La même année, après la perte du Vietnam comme colonie française, sa mère retourne en France. Grâce au Collège pour Filles qu’elle avait créé à Saigon, sa situation financière s’est améliorée et elle achète un petit château délabré. Ici elle commence un projet d’élevage de poulets, qui échouera par manque de connaissance. Marguerite recommence d’écrire. Elle habite avec Mascolo. En 1952, elle publie Le Marin de Gibraltar, Les Petits Chevaux de Tarquinia en 1953, Des journées entières dans les arbres en 1954, Le square en 1955. En 1957, elle se sépare de Mascolo pour Gérard Jarlot, journaliste, auteur et scénariste. Pendant cette relation elle se met à boire « Et puis à quarante et un ans j’ai rencontré quelqu’un qui aimait vraiment l’alcool, qui buvait chaque jour mais raisonnablement. Très vite je l’ai dépassé ». Quand sa mère décède, en été, la plus grande partie de l’héritage revient à son frère aîné (l’autre frère est décédé pendant la guerre), qui se dépêchera de tout perdre au jeu. Marguerite augmante la cadence. Jarlot ne suit pas, il fait une attaque. Les médecins sont formels : s’il ne renonce pas à l’alcool, la mort l’emportera rapidement. Quant à Duras, dont l’état n’est pas moins piteux, elle refuse d’aller consulter. Elle connait sa première expérience journalistique à France-Observateur. Elle luttera alors contre la poursuite de la guerre d’Algérie et pour le droit à l’insoumission, et contre le pouvoir gaulliste. Marguerite achète une maison à Neauphle-le-Château avec les droits cinématographique du Barrage contre le Pacifique de René Clément, mais elle garde son appartement à Paris. En 1958, elle publie Moderato Cantabile, n" d’une aventure érotique qui la conduit à une crise suicidaire et lui impose le choix d’une " forme d’autant plus rigoureuse que l’expérience (a été) vécue violemment". Elle publie également le scénario de Hiroshima mon amour pour Alain Resnais. En 1960, elle entre au jury du prix Médicis, dont elle démissionne quelques années après. Elle fréquente Maurice Blanchot. A l’automne, elle est parmi les signataires du Manifeste des 121 (proposé par Mascolo, Blanchot et Jean Schuster), qui prennent position contre la guerre d’Algérie. En 1961, elle écrit Une aussi longue absence pour le film d’Henri Colpi. Ce scénario est le fruit d’une collaboration avec Gérard Jarlot, prix Médicis 1963. Sa relation avec Jarlot se termine et Marguerite se sent de plus en plus seule. En 1963 elle achète un autre appartement à Trouville dans la résidence des Roches Noires. En 1962, elle publie L’Après-midi de M. Andesmas. En 1963, à Trouville, Marguerite Duras achète l’appartement 105, au premier étage de l’hôtel des Roches noires où Proust a séjourné soixante-dix ans plus tôt. En 1964, elle publie Le Ravissement de Lol. V. Stein, en 1965 Le Vice-Consul. En 1966, elle coréalise La Musica avec Paul Seba et rencontre avec Delphine Seyrig. Pendant une quinzaine d’années, elle élabore une oeuvre cinématographique hors norme, cohérente, un cinéma de la fascination fondé sur la durée et sur les jeux croisés des voix et de la musique. En 1968, elle participe aux événements de Mai. Dans Les Yeux verts se trouve le texte politique sur la naissance du Comité d’action étudiants-écrivains, texte rejeté par le Comité qui se disloque rapidement. Elle porte au cinéma Détruire, dit-elle en 1969. En 1970, elle publie Abahn Sabana David. En 1971, elle publie L’Amour et réalise Jaune le soleil. Elle signe l’appel du 5 avril 1971 des « 343 salopes » avec entre autres Deneuve, Moreau, Beauvoir, réclamant l’abolition de la loi punissant l’avortement. En 1973, elle réalise La femme du Gange. Elle réalise India Song en 1974 qui obtient le prix de l’Association française des cinémas d’art et d’essai au Festival de Cannes en 1975. En 1975, c’est la rechute. Dépressive, pendant cinq ans, elle se claquemure seule dans sa maison à Neauphle, dans les Yvelines. Dès lors, seules la boisson et l’écriture comptent . Elle écrit ici que l’alcool supprime « l’effroi du face à face » avec elle-même. Elle écrit autre part qu’il prend la place des hommes qu’elle a tant aimés, qu’il remplace « l’événement de la jouissance ». Elle passe des nuits entières dans de sombres cafés des Yvelines à côtoyer des ivrognes. Elle a des caisses entières de vin bon marché chez elle. Les rares fois où elle invite des amis, elle leur demande de taire leurs inquiétudes face à son alcoolisme : « Si vous m’aimez, vous ne voyez rien, vous ne dites rien ». Elle réalise Baxter, Vera Baxter, Son nom de Venise dans Calcutta désert en 1976 et Des journées entières dans les arbres en 1977 qui est récompensé par le prix Jean Cocteau. Elle abandonne le cinéma narratif et dissocie de plus en plus la bande son de l’image, s’acheminant vers un cinéma expérimental, confidentiel où certains décèlent un moment de la modernité. En 1977, elle réalise Le Camion, se consacre régulièrement au cinéma et publie les textes de ses films. Entre 1978, elle tourne Le Navire Night, et fait un voyage en Israël, pays que, dès sa naissance, elle at défendu. Elle y présente avec succès India song et Le camion. Il lui semble revivre l’histoire du Christ en traversant le pays qu’il avait parcouru. À Césarée, lieu qui lui paait sensuel et mystique, elle a un coup de foudre qui l’amene à réaliser Césarée en 1979. Elle réalise également Les Mains négatives, Aurélia Steiner . En 1980, Serge July, rédacteur en chef de Libération offre à Marguerite Duras d’y tenir une chronique quotidienne. Elle ne le fait qu’au cours des trois mois de l’été, une fois par semaine, parlant de tout dans ces textes d’humeur et sont rassemblées dans L’Eté 80. Mélancolique, hagarde, elle prend rendez-vous chez le médecin, sans lui avouer pour autant qu’elle boit litre de vin sur litre de vin. La dépression est manifeste et il lui administre des antidépresseurs. Irresponsable ou suicidaire, elle s’enivre toujours autant tout en suivant son traitement. Résultat : elle fait des syncopes pendant trois jours. Elle est transportée sine die à l’hôpital de Saint Germain en Laye où elle demeure cinq semaines. Après quelques mois d’abstinence, elle sombre une nouvelle fois dans la mélancolie, qui va naturellement de pair chez elle avec l’alcool. A une différence près : elle vit dès lors sa dépression avec Yann Lemée, un homosexuel de 27 ans qui lui a écrit plusieurs lettres et qu’elle invite à Trouville. Elle change son nom en Yann Andréa et il lui reste dévoué jusqu’à la fin. En 1981, elle voyage au Canada pour une série de conférences de presse à Montréal, publie une série d’articles réunis avec Yann Andréa. Elle réalise Agatha ou les lectures illimitées et L’Homme atlantique. Elle entre en cure de désintoxication à l’Hôpital américain de Neuilly en octobre 1982. Yann Andréa publie M.D. Il témoigne dans son livre de leur relation décadente. Du matin au soir, ils boivent. C’est lui qui lui écrit ses textes car Duras tremble trop pour cela. Elle ne change plus de vêtements et marche difficilement, obligée alors de se tenir au mur pour ne pas chuter. Elle vomit les verres de vin du matin et reboit. Elle avoue être en dépression mais ne s’estime pas pour autant malade : « Vous dites : ce n’est pas la peine de m’examiner, je ne suis pas malade, je suis simplement alcoolique, je le sais complètement ». Pendant un temps, n’aimant pas les médecins, elle refuse de se faire soigner : « Vous dites votre méfiance à l’endroit de la médecine.( ...) Vous dites : je ne supporte pas les médecins, personne ne peut rien faire pour moi. Je dois seule décider ». Elle publie L’Homme atlantique et La Maladie de la mort Cependant, elle décide dans un dernier élan de survie de mettre un frein à ce calvaire autodestructeur et accepte de suivre une cure de désintoxication le 18 octobre 1982 à l’hôpital américain. Le traitement est le suivant : deux comprimés de Témesta® et une piqûre de Tranxène® pour dormir ; Aldactone® et Atrium® trois fois par jour. Diagnostic du médecin : la cure se passe bien et Duras remonte la pente plus vite que la moyenne. La cirrhose a été prise à temps. L’ultime stade avait été atteint et seul le sevrage brutal pouvait arrêter la destruction des cellules. Mais son foie est dans un tel état qu’il ne parvient plus à éliminer l’alcool et les toxines médicamenteuses. Aussi le mélange de ces deux éléments provoque chez elle de nombreuses crises délirantes : elle croit voir des poissons dans les bouteilles d’eau et des infirmières en smoking ! A posteriori, elle a très mal vécu sa cure : « Je vais faire un article, je dirai comment c’est effrayant une cure antialcoolique. Je regrette de l’avoir faite ». En 1983, elle réalise Dialogue de Rome. Elle décroche le prix Goncourt pour L’Amant en 1984 et le prix Ritz-Paris-Hemingway en 1986, "meilleur roman publié dans l’année en anglais ". Elle réalise Les enfants . Après avoir obtenu le prix Goncourt elle fait une rechute violente, durant laquelle elle boit 6 à 8 litres de vin par jour En 1985, elle publie La Douleur et prend position dans l’affaire Villemin, qualifiant le meurtre de cet enfant de « sublime ! forcément sublime ! »,ce qui soulève, dans Libération le 17 juillet, l’hostilité d’une partie des lecteurs et la polémique chez plusieurs féministes. Elle tourne Les Enfants. En 1987, elle publie Emily L. et La Vie matérielle dans lequel elle .donne une explication, d’ordre métaphysique, à son alcoolisme profond. Dieu est mort, l’alcool est là comme substitut : « On manque d’un Dieu. Ce vide qu’on découvre un jour d’adolescence, rien ne peut faire qu’il n’ait jamais eu lieu. L’alcool a été fait pour supporter le vide de l’univers, le balancement des planètes, leur rotation imperturbable dans l’espace, leur silencieuse indifférence à l’endroit de votre douleur. L’homme qui boit est un homme interplanétaire. C’est dans cet espace interplanétaire qu’il se meut. C’est là qu’il guette. L’alcool ne console en rien, il ne meuble pas les espaces psychologiques de l’individu, il ne remplace que le manque de Dieu. Il ne console pas l’homme. C’est le contraire, l’alcool conforte l’homme dans sa folie. Aucun être humain, aucune femme, aucun poème, aucune musique, aucune littérature ne peut remplacer l’alcool dans cette fonction qu’il a auprès de l’homme, l’illusion de la création capitale. Il est là pour la remplacer. Et il le fait auprès de toute une partie du monde qui aurait dû croire en Dieu et qui n’y croit plus ». A la fin de 1988, elle doit être hospitalisée et reste dans le coma pendant plusieurs mois. Contre toute attente elle se remet et elle reste optimiste, bien que régulièrement elle ait besoin d’aide respiratoire suite à un emphysème. En 1990, elle publie La Pluie d’été. Robert Antelme meurt. En 1991, elle publie L’Amant de la Chine du Nord, Yann Andréa Steiner en 1992, Ecrire en 1993. En 1994 apparaissent les premières symptômes de déclin et on parle même d’Alzheimer. Les visiteurs sont refusés exceptés les fidèles comme son fils, Yan Andrea, Dionys Mascolo et ses deux soignantes. C’est tout est publié en 1995. Elle meurt à Paris, le dimanche 3 mars 1996, à son domicile parisien, 5 rue Saint-Benoît, à l’âge de 82 ans.

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Avis sur cet auteur (71)

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    Couverture du livre « La douleur » de Marguerite Duras aux éditions Gallimard

    Krys Aline sur La douleur de Marguerite Duras

    De Marguerite Duras, je n’avais lu que "l’Amant" (Prix Goncourt 1984). Qu’on aime ou pas, elle ne laisse en aucun cas indifférente...

    A la lecture de ce recueil, écrit à partir d’un journal tenu par Marguerite D. à l’arrestation de son mari en 44, je suis restée … soufflée, sidérée et sous le...
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    De Marguerite Duras, je n’avais lu que "l’Amant" (Prix Goncourt 1984). Qu’on aime ou pas, elle ne laisse en aucun cas indifférente...

    A la lecture de ce recueil, écrit à partir d’un journal tenu par Marguerite D. à l’arrestation de son mari en 44, je suis restée … soufflée, sidérée et sous le choc.

    Ces livres que l’on referme mais qui vous reste en tête et dans le cœur des jours, des années… Un chef d’œuvre en somme. Ce livre je ne pouvais pas le chroniquer ni à chaud, ni après… ce fut long, très long à assimiler. Toute cette horreur, l’indicible...

    Même si des polémiques se sont élevées à l’époque de sa parution (doute sur la véracité du récit) il n’en reste pas moins que ces choses ont existé et peu importe si Duras l’a romancé après coup. D’ailleurs peut-on parler de « romance » ???!!!

    Même si elle a retranscrit le réel en le modifiant, et quand bien même ? Elle nous dit bien qu’il s’agit un livre écrit « à partir » d’un journal écrit « à l’époque » et dont elle ne se souviens pas l’avoir écrit ? Donc il y a fatalement, réinterprétation… je le répète : et quand bien même … cela reste un témoignage fort, dénué de sensibilité certes, mais saisissant, ce qui donne une profondeur particulière au récit.

    Les phrases succinctes, brèves, brusques, syncopées et sans apparat contribue à l’effet « choc ». Elle nous balance l’horreur en pleine figure. C’est un récit de l’attente, d’une longue attente. Les trajets, les va-et-vient de son appartement à la Gare d’Orsay et de son appartement à l’hôtel Lutétia aussi.

    J’ai reçu les mots comme des coups de poings. Ces mots qui claquent comme des coups de fusil marquent votre esprit, durablement. Un condensé brut d’émotions qu’elle n’exprime pourtant pas. Parce que la « douleur » est au-delà des mots.

    J’ai attendu de prendre de la distance. De laisser les émotions fortes retomber un peu. J’ai attendu 12 ans… eh, oui, 12 années pour réussir à avoir la tête à peu près froide et pour être capable de parler de cet écrit. Livre peut être lu trop jeune… et qui m'a fait l'effet d'une déflagration.

    Oui, ce livre m’a terrassée, me laissant horrifiée. La force du propos vous gifle et vous laisse K.O. scotchée et même pire.

    C’est une œuvre féroce et terriblement « humaine » dans la déshumanisation ». Souffrances physiques, souffrances morales et la redondance des termes scatologiques entre pour beaucoup dans la violence que produit le texte.

    La minutie des descriptions de toutes les étapes endurées par son mari (la nourriture, les excréments) et par elle par contrecoup est éprouvante. C'est un lent et difficile chemin vers la « résurrection » où rien ne nous est épargné à la limite du tolérable parfois. C’est déchirant d’impuissance.

    S’agit-il d’exorciser la douleur en la couchant sur du papier, en la nommant dans toute son ignominie avec la plus grande impudeur. Transformer la douleur en spectacle pour en déplacer la source puis l’oublier (c’est la raison pour laquelle elle ne se souvient pas de ce journal ?).

    Marguerite Duras fait partie du courant néo-réaliste avec un style d’écriture bien particulière. Ses phrases déstructurées, épileptiques, spasmodiques, saccadées nous fait penser à du langage vernaculaire (langage parlé par une communauté - qu’elle seule connaitrait...), où l’espoir est martelé comme un mantra puis succède au désespoir ou entre désespérance et espoir dans la même phrase. Parfois même il n'y a pas d’alternance, c’est les deux à la fois simultanément.

    Ceci relève d’un très grand modernisme pour l’époque où les romans « classiques » ne marquent pas de discontinuité dans le temps, entre autres.

    Ce style révolutionnaire (révolution du style dit classique) n’est pas compris par tous (et jusqu’à maintenant). De même que ses prises de position ultérieures feront débat. Son alcoolisme avéré n’aidera pas non plus. Elle reste cependant une grande femme de lettres contemporaine complètement avant-gardiste et novatrice.

    Ce récit est suivi de cinq autres nouvelles sur les réseaux de résistance, l'épurement forcené et aveugle (tuer tous au moindre soupçon – comme en 1789 !) exprime le besoin de vengeance. Ces nouvelles parlent des persécutés et des délaissés. Un condensé des différentes facettes de la guerre, un panel de situations aussi bien du côté des « vainqueurs » que des « vaincus ».

    Fiction ou non, ou en partie, ça reste et restera une œuvre majeure à mon sens.

    D'autres choniques sur mon site: bouquinista.net

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    Couverture du livre « Un barrage contre le Pacifique » de Marguerite Duras aux éditions Gallimard

    Eny-Dane sur Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras

    Une transe...

    Une transe...

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    Couverture du livre « Dix heures et demie du soir en été » de Marguerite Duras aux éditions Gallimard

    Eny-Dane sur Dix heures et demie du soir en été de Marguerite Duras

    Relation triangulaire comme souvent chez Duras. La perte lente de l'être aimé, la violence de la jalousie et de l'irruption de la nouvelle femme au sein d'un couple. Un crime. L'été décrit par Duras une bonne fois pour toute, et depuis tous les écrivains, petits et grands, s'y collent !

    Relation triangulaire comme souvent chez Duras. La perte lente de l'être aimé, la violence de la jalousie et de l'irruption de la nouvelle femme au sein d'un couple. Un crime. L'été décrit par Duras une bonne fois pour toute, et depuis tous les écrivains, petits et grands, s'y collent !

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    Couverture du livre « L'amant » de Marguerite Duras aux éditions Minuit

    Carrie sur L'amant de Marguerite Duras

    Je peux dire que j'ai sorti ce roman de derrière les fagots.

    J'avais acheté ce roman lorque j'étais toute jeune adolescente, 13 ou 14 ans. Je l'avais lu mais ne me rappelais de rien .Si, d'une phrase, surlignée au fluo, et qui m'a émue en (re)lisant le roman, me rappelant alors cette jeune...
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    Je peux dire que j'ai sorti ce roman de derrière les fagots.

    J'avais acheté ce roman lorque j'étais toute jeune adolescente, 13 ou 14 ans. Je l'avais lu mais ne me rappelais de rien .Si, d'une phrase, surlignée au fluo, et qui m'a émue en (re)lisant le roman, me rappelant alors cette jeune fille de 13 ou 14 ans que j'étais.
    Et du visage de Jane March, qui jouait la narratrice dans le film éponyme de Jean-Jacques Annaud, film que je n'ai d'ailleurs jamais vu.
    Je me dis surtout, aujourd'hui, que je n'avais rien dû comprendre (ou pas grand chose).


    La narratrice, alors âgée, se remémore ses années de jeunesse passées en Indochine, notamment cet amant, plus âgé, qui l'a initiée aux plaisir de la chair et de l'amour.
    Ce roman, écrit en 1984, n'aurait certainement pas le même retentissement s'il était écrit aujourd'hui, ou alors pour dénoncer ce qu'il s'y passe.

    On devine très vite qu'il s'agit d'une autofiction et on se demande jusqu'à quel point Marguerite Duras raconte ses propres souvenirs.
    Il serait faux aussi de ne voir dans L'Amant qu'un roman sur l'initiation érotique d'une jeune fille de 15 ans. On y parle aussi de la famille - et des rapports très étranges entre ce frène aîné et la narratrice ou de la mère avec ses enfant - de la colonisation - même si dans une moindre mesure.

    Le style est simple, direct, décousu, passant du présent au passé puis au futur tout en passant à nouveau au passé puis au présent.
    Il se lit vite et je conseille d'ailleurs sa lecture d'une seule traite.

    Je ne parlerai de chef d'oeuvre ici mais je sais que ça a procuré des frissons à la femme que je suis devenue.

    Il me reste ces souvenirs, le visage de Jane March et cette phrase soulignée il y a si longtemps dans mon exemplaire, "Il est celui qui passait le Mékong ce jour-là en direction de Saigon".