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Entretien avec Susie Morgenstern, autrice jeunesse et marraine des Petits champions de la lecture

La romancière franco-américaine partage ses conseils, ses rêves, ses projets et toute sa passion pour la lecture et l’écriture

Entretien avec Susie Morgenstern, autrice jeunesse et marraine des Petits champions de la lecture

Lire les livres de Susie Morgenstern, qu’on soit petit ou grand, c’est prendre le risque d’y devenir accro ! Et la rencontrer, nous vous le disons d’emblée, cela vous condamne à aimer cette personne autant qu’on aime ses histoires, ce qui n’est pas peu dire.

L’autrice native du New Jersey mais installée à Nice depuis des décennies compte plus de 150 romans jeunesse à son actif, excusez du peu. C’est donc un privilège que de pouvoir interviewer celle qui est également marraine des Petits champions de la lecture, dont la Fondation Orange est toujours partenaire. La finale nationale de ce grand jeu de lecture à voix haute se déroulera le mercredi 29 juin à 14h et sera à suivre en direct ici, alors nous avons bien sûr posé à Susie Morgenstern des questions sur cette merveilleuse initiative qui lui tient tant à cœur.

Mais nous en avons également profité pour l’interroger sur son rapport à la lecture, aux plus jeunes, à l’écriture, ses rêves et ses projets. Un échange qui donne instantanément le sourire et l’envie de dévorer la vie… et les livres !

 

Entretien avec Susie Morgenstern, autrice et marraine des Petits champions de la lecture : "Tout ce qui encourage à lire est bon"

 

- Comment êtes-vous devenue marraine des Petits champions de la lecture ?

On m’a invitée à être la marraine, et comme je suis une grande handicapée du mot « non », et que je suis totalement débordée, ils m’ont dit que je n’aurais pas beaucoup de travail. Ce qui était un mensonge ! (rires)

Des copains comme Daniel Pennac ou Timothée de Fombelle m’ont dit « vas-y », alors j’ai accepté de le faire. Tout ce qui encourage à lire est bon. L’année dernière, nous avions 2 ministres à la Comédie-Française, je ne sais pas s’ils viendront cette année. Mais j’aimerais bien les rencontrer !

Par ailleurs, j’ai écrit une histoire pour J’aime Lire Max sur le jeu, qui sera publiée en septembre, je crois…

 

- Auriez-vous aimé concourir aux Petits champions de la lecture ?

On n’avait pas de jeux aussi intelligents en Amérique ! On avait des « spelling bees » [NDLR : des concours consistant à épeler des mots sans faire d’erreurs]. Il fallait épeler des mots, c’était complètement idiot, mais je gagnais tout le temps ! Il n’y avait pas de jeux de lecture, mais j’aurais beaucoup aimé qu’on m’en propose.

J’ai toujours été une lectrice vorace !

 

- Et qu’auriez-vous lu ? Ou que liriez-vous aujourd’hui si vous deviez monter sur la scène de la Comédie-Française ?

Je lis énormément de livres jeunesse, de mes amis, de mes collègues. Je lirais du Marie Desplechin (qui d’ailleurs était présente l’année dernière), ou ce magnifique livre de Victor Pouchet que je viens de lire, Mille nuits, plus une, ou encore Malika Ferdjoukh, Jean-Philippe Arrou-Vignod… Ça, c’est aujourd’hui.

Mais à l’époque j’aurais lu Les Quatre filles du Docteur March et David Copperfield !

 

- Comment fait-on pour donner aux plus jeunes le goût de la lecture et faire en sorte qu’ils ne le perdent pas ?

Je crois qu'il faut essayer d’impliquer les parents. Les enfants ont pour modèles des parents qui regardent leurs téléphones ou leurs écrans, alors ils font pareil. Il faudrait impliquer les parents dans la lecture des livres de leurs enfants, qu’ils en discutent…

Je crois que pour les Petits champions de la lecture, les parents sont impliqués : ils aident leurs enfants, lisent les livres… Il faudrait faire cela de façon plus globale, impliquer tous les parents, y compris les parents immigrés : les enfants pourraient par exemple lire à leurs parents, que cela devienne un engagement. Il y a longtemps, dans Le Monde, il y avait une chronique qui disait « Lisez les livres de vos enfants », c’était une excellente idée !

Il y a beaucoup de concurrence, vous savez. Même moi, je regarde des séries le soir, je lis moins. Lectrice de toute une vie, parfois je commence à abandonner la lecture. S’il y avait plus d’attention des médias, si on donnait envie…

On vient de faire une bande-annonce pour mon livre qui s’appelle Les Vertuoses [NDLR : qui paraîtra le 24 août 2022 dans la collection Médium de l’Ecole des Loisirs]. Cette bande-annonce sera diffusée sur les réseaux, c’est la première fois de ma vie qu’on fait ça, mais c’est une bonne idée, il faut s’adapter et créer une excitation !

J’étais assez indignée l’année dernière quand j’ai eu toute l’attention des médias, des télés, des radios parce que j’ai publié un livre pour les vieux, Mes 18 exils ! Avec les 160 précédents, je n’avais jamais rien eu. Il a fallu que je ponde ce livre, pour qu’on s’intéresse autant à moi. Bon, j’ai également reçu pas mal d’attention pour mon livre publié chez L’iconopo, Je suis un génie, qui est un livre de poésie.

Mais je suis aussi indignée parce qu’en 2021, la France, avec Jean-Claude Mourlevat, a remporté le plus grand prix jeunesse, celui qu’on appelle « le petit Nobel », c’est-à-dire le Prix Astrid Lindgren. Personne n’en a parlé ! Moi, j’en ai parlé à chaque fois que j’ai été interviewée : Jean-Claude Mourlevat aurait mérité le Journal de 20h ! C’est quelque chose qui arrive une fois par siècle, vous savez.

Et c’est la même chose pour Marie-Aude Murail qui vient de décrocher le Prix Hans Christian Andersen 2022...

 

- Comment expliquez-vous que la littérature jeunesse soit aussi peu considérée, tout en ayant un immense succès auprès du public ?

Comme vous le dites, écrire pour la jeunesse est mal considéré. J’ai discuté avec une psychiatre pédiatrique qui m’a dit que c’était exactement la même chose pour elle : quand on s’adresse aux enfants, on est moins considéré.

Peut-être que les adultes se sentiraient amoindris à l’idée de lire les livres pour les petits ?

 

- La situation est-elle la même ailleurs, aux Etats-Unis notamment ?

Oh non, c’est le pays de l’enfant-roi, et c’est la même chose en Angleterre, la littérature jeunesse est très bien considérée, c’est le pays de Harry Potter ! Harry Potter nous a permis à tous de faire un bond en avant, nous sommes bien mieux considérés depuis.

Avant, quand je disais que j’étais écrivain, on me disait « Aaaah ? » [NDLR : ton enthousiaste et curieux], mais quand je disais que c’était pour les enfants, j’avais droit à un « Ooooh » de déception. Maintenant, quand je dis que j'écris pour les enfants j’ai droit à ce « Aaaah ? Pour les enfants ? Harry Potter ! »

 

- Souvent sur le site, nous demandons aux auteurs et autrices quel sera leur prochain livre, mais comme vous en avez écrit plus de 160, on imagine qu’il y en a peut-être plusieurs en préparation ?

Je suis un cas. J’ai un rapport au travail dément, je suis folle ! Je suis débordée mais j’inonde le marché, ce qui est une très mauvaise chose…  Ma libraire, à Nice, m’a dit « Mais tu as eu 5 sorties cette semaine, ce n’est plus possible ! » Et c’est vrai, j’ai honte !

Mais je travaille tout le temps, je propose des livres et ils sont acceptés, alors ils sortent.  J’ai un grand sentiment d’urgence, j’ai été très malade et depuis cette maladie, je veux que ms idées se réalisent. Tout s’est considérablement accéléré.

Le livre que j’écris en ce moment s’appelle Galère, le héros a 14 ans mais je ne sais pas si c’est un roman ado ou adulte. J’aimerais créer une collection « tous publics », pour aider les adultes à lire les livres des ados.  Là, pour la fin du mois, il faut que je rende un livre pour une série qui s’appelle Perla, destinée aux tout petits. Donc j’arrête le travail sur mon roman pour me consacrer à cela.

Et on me propose plein de choses ! On m’a demandé un livre sur un ami imaginaire, par exemple, et j’ai eu une idée donc je l’ai fait. Tout cela trotte dans ma tête, un jour c’est mûr alors je mets de côté le roman, pour faire les albums qu’on me propose.

Je me dis que tant que je peux le faire, je dois le faire. Je reçois énormément d’invitations et je suis faible, alors j’accepte même quand c’est très compliqué !

 

- C’est peut-être plus de la générosité que de la faiblesse, non ?

On peut me caractériser comme ça, mais… non, je crois que c’est de la folie ! J’ai du mal à lâcher cela car j’adore les salons du livre, j’adore l’excitation des dédicaces, ce moment où on voit la matérialisation de tout le travail, de l’idée jusqu’à la publication et les gens qui achètent les livres. Ces enfants qui disent « c’est le meilleur livre que j’ai lu ! », en fait c’est un ego trip ! Au festival de Nîmes, il y a une dame de mon âge qui a acheté 10 exemplaires de mon livre Je balayerai la terre, pour chacun de ses petits-enfants. C’est merveilleux.

Et de voir mon livre Je suis un génie partir comme des petits pains, c’est inouï ! Je suis émerveillée par ce succès, vous savez. Un jour, Le Robert m’a demandé de faire un livre sur l’écriture (Ecrire, c’est respirer, 2022). Ils ont demandé à plusieurs écrivains et j’ai vécu cela comme un grand privilège. J’étais très tourmentée car comme c’est pour Le Robert, ils ont demandé à chaque auteur d’écrire son petit dictionnaire de 10 mots. Imaginez ça, choisir 10 mots.

Alors, pendant un an, je me proposais des mots, « chocolat », « couscous »… Mais finalement j’ai eu l’idée de choisir 10 mots qui sont intraduisibles en anglais. Alors j’ai pris « galère », « le goûter », « flâner », « râler »... qui est un sport national ici ! Je me suis vraiment bien amusée. Vous savez, lire et écrire, c’est tout ma vie. Bon, maintenant, j’y ai ajouté les séries TV !

 

- Alors peut-être allez-vous écrire une série ?

J’ai fait un stage à la Fémis [NDLR : école de cinéma], une semaine par mois pendant un an. Mon rêve était de faire une comédie musicale à partir de mon livre La chemise d’une femme heureuse. J’ai écrit cette comédie musicale, les paroles, tout… mais je n’ai pas la force d’aller frapper à toutes les portes.

J’ai aussi développé avec un producteur une série sur les génies, pendant 5 ans, mais ça ne s’est jamais fait. Et là, pourtant, j’avais un producteur.

 

- C’est assez vertigineux de vous entendre parler de tout ce qui ne s’est pas fait, quand on sait tout ce que vous avez réussi à faire pendant ce temps-là !

Je jette un œil à mon étagère, là, et je vois ma série La Famille trop d'filles. Il y en a 28 maintenant ! On a ralenti le rythme mais on en sort quand même un ou deux par an.

C’est fou, quand j’y pense, mais c’est ce qui me fait vivre. Vous savez, j’ai écrit 4 livres pendant ma chimiothérapie. Je sais qu’il faut ralentir, je suis au ralenti d’ailleurs en termes de mobilité, mais dans la tête rien ne s’arrête ! Je sais que c’est l’histoire de la vie, qu’il faut s’arrêter à un moment, mais je n’en ai aucune envie pour le moment !

Propos recueillis par Nicolas Zwirn

 

Merci à Susie Morgenstern, et rendez-vous le 29 juin pour la finale des Petits champions de la lecture en direct de la Comédie-Française !

 

Photo de Susie Morgenstern © Vincent Josse

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