François-Henri Désérable

François-Henri Désérable

François-Henri Désérable, né le 6 février 1987 à Amiens, est un écrivain et ancien joueur de hockey sur glace français

crédit photo : Photo Francesca Mantovani © Éditions Gallimard

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Avis (36)

  • Couverture du livre « Evariste » de François-Henri Désérable aux éditions Gallimard

    Dominique JOUANNE sur Evariste de François-Henri Désérable

    « … cette histoire est celle d’Evariste Galois, mathématicien de génie qui mourut en duel à vingt ans »

    François-Henri Désérable nous livre une biographie dont il comble avec force imagination les zones d’ombre avec son talent d’écriture. Il décrit superbement bien l’époque des Trois...
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    « … cette histoire est celle d’Evariste Galois, mathématicien de génie qui mourut en duel à vingt ans »

    François-Henri Désérable nous livre une biographie dont il comble avec force imagination les zones d’ombre avec son talent d’écriture. Il décrit superbement bien l’époque des Trois Glorieuses et cette époque de Charles X, Louis-Philippe, la République naissante et ses premières luttes et révoltes ainsi que l’intérieur de la Conciergerie et de la prison Sainte-Pélagie en 1831 où Evariste, impliqué en politique comme républicain, resta enfermé 6 mois pour avoir tenu un couteau au-dessus des verres levés pour un toast à Louis-Philippe. Il fut inculpé de ‘provocation à un attentat contre la vie et la personne du roi des Français’.

    Surdoué des mathématiques, Evariste « n’avait pas 18 ans quand son premier article parut : ‘Démonstration d’un théorème sur les fractions continues périodiques dans les Annales de Gergonne. .. Les biographes ont accordé leurs violons : s’il s’agit du travail d’un très bon étudiant, en rien il ne préfigure l’œuvre exceptionnelle qui allait advenir. »

    Evariste va remettre son mémoire à Cauchy, le plus grand mathématicien de son temps, membre de l’Académie des sciences, professeur à Polytechnique, au collège de France. Cauchy va perdre le travail d’Evariste qui se verra, après être renvoyé du lycée Louis Legrand pour rébellion, aussi refusé l’entrée de Polytechnique et échouera à l’Ecole Normale d’où il se fera expulser. Il remettra un mémoire à Poisson, autre mathématicien de renom, qui le perdra mais sera obligé de le retrouver…

    En prison, Evariste rencontrera Dumas et Raspail et un autre génie, celui-ci en lettres en la personne de Gérard de Nerval. En France, une épidémie de choléra va s’inviter à l’époque et la prison sera évacuée.

    Sorti de prison, il va tomber amoureux d’une jeune fille délaissée par son amoureux. Ce dernier tenu au courant, va provoquer le jeune Evariste en duel. Evariste mourra à vingt ans.

    La nuit précédant son face à face mortel, il adressa à son ami, Auguste Chevalier, une longue lettre et des théorèmes qui encore aujourd’hui portent aux nues ce jeune mathématicien hors normes mais au caractère bien trempé, aux idées bien arrêtées et terriblement malchanceux. Sa consécration sera posthume.

    « Ce mémoire et cette lettre, leur destinataire aurait pu ne jamais les trouver, ou les trouver et ne pas les lire,… mais Auguste Chevalier se fit le dépositaire de sa mémoire, de son esprit transmué dans les pages de la dernière nuit, parce qu’il avait la conviction que chacune d’elles étaient marquées du sceau du génie ; il avait raison.(…) Ce n’est qu’à partir des années 1870 que cette pensée qui était née à Paris, qui pendant trente, quarante ans était restée dans un cénacle à Paris, prit enfin son envol, traversant les frontières pour se propager à Cambridge, à Berlin, un peu partout ; et depuis lors on l’a interprétée, on se l’est appropriée, on a écrit dessus, on continue d’écrire ; et depuis lors on a dit d’Evariste que s’il a ‘des égaux parmi les grands mathématiciens de son siècle, aucun ne le surpasse par l’originalité et la profondeur de ses conceptions. »

    Il sera fêté dans sa ville natale, Bourg-la-Reine, et à Louis Legrand. « On a donné son nom à des rues, à des écoles, à des collèges, à des lycées ; le directeur de Normale lui-même a fait ‘amende honorable au génie de Galois, au nom d’une école où il entra à regret, où il fut incompris, d’où il fut chassé et dont il est une des gloires les plus éclatantes’ ; et aujourd’hui encore on reste stupéfait, béat d’admiration devant les travaux de ce jeune homme qui était un Archimède, un Newton, un Euler de Bourg-la-Reine… »

    A son chagrin d’amour qui lui coûta la vie, « viennent s’y agréger la mort de son père, ses échecs à Polytechnique, son mémoire doublement égaré, celui incompris, un séjour en prison — et le tout à vingt ans. »

    Les manuscrits d’Evariste sont précieusement gardés dans la bibliothèque de l’Institut sis 23 quai de Conti, sous la cote Ms2108. Ils ne sont sortis qu’avec parcimonie avec moultes précautions par le conservateur qui tient sur un petit futon vert la dernière lettre d’Evariste et son mémoire « dont jadis l’Académie ne voulait pas, qu’aujourd’hui elle conserve comme les joyaux de la Couronne… »

    FH Désérable fait parler un narrateur qui s’adresse à une jeune fille non identifiée dont on ne sait rien et qui pour moi, sans explication aucune, tombe comme un cheveu sur la soupe mais qui de toute évidence sert à satisfaire la libido du narrateur et permet de longs passages digressifs à l’auteur.

    « Je préférerai toujours le mystère aux certitudes bien forgées, le champ des possibles à l’indéniable vérité.»

    Néanmoins il s'agit d'un travail remarquable. On apprend beaucoup sur ce jeune Evariste et son époque. L’érudition et le talent d’écrivain de FH Désérable sont indéniables mais j’avoue avoir accéléré la lecture sur de nombreuses… hypothèses un peu ‘longuettes’.

  • Couverture du livre « Un certain M. Piekielny » de François-Henri Désérable aux éditions Gallimard

    Colette LORBAT sur Un certain M. Piekielny de François-Henri Désérable

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    Que faire lorsque l’on est coincé à Vilnius ? Se promener, visiter et les pas de l’auteur le conduisent au 18 de la rue Jono Basanaviciaus, là où vécut plusieurs années l’écrivain Romain Gary. Le voici récitant machinalement une phrase « Au n°16 de la rue...
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    Que faire lorsque l’on est coincé à Vilnius ? Se promener, visiter et les pas de l’auteur le conduisent au 18 de la rue Jono Basanaviciaus, là où vécut plusieurs années l’écrivain Romain Gary. Le voici récitant machinalement une phrase « Au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait un certain M. Piekielny ». A-t-il vraiment existé ? Quelle était sa vie, qui était-il ? Etait-il vraiment le voisin du petit Roman Kacew ? Et voici que le cerveau du romancier bouillonne. Qui est ce Monsieur Piekielny ?
    François-Henri Désérable va errer le nez en l’air et chercher à donner vie à Monsieur Piekielny. Il fait cela très sérieusement, allant même jusqu’à compulser les archives locales. Au fil de ses pérégrinations aussi bien piétonnes que mentales, il lui invente mille épisodes de sa présumée vie. « Le père du petit Romain était fourreur, et nous ne sommes pas assez romanesques. Piekielny devait dont être barbier. »
    Par la même occasion, il se repasse la vie de Roman Kacew, alias Romain Gary et me permet de découvrir avec grand plaisir la vie de cet immense auteur, moi qui n’aime pas les biographies.
    J’ai aimé cette valse entre le réel et la fiction. Il y a des moments drôles, farfelus, comme la description des amoures du sieur Piekielny. François-Henri Désérable m’emmène derrière le rideau de la création littéraire. Le départ d’un roman peut être une adresse, un nom, une phrase qui revient en mémoire. Dans le roman, à partir de faits réels, l’auteur peut nous embarquer sur son navire et alors là ! Le plaisir n’est pas loin. Avec ce M. Piekielny, mine de rien, l’auteur brosse, outre le portrait de Romain Gary, celui de la Lituanie, l’architecture postsoviétique comme le bâtiment des Archives « gros bâtiment assez laid, le corbusien, purement fonctionnel et postsoviétique érigé au milieu de nulle part, là où jadis se trouvait une forêt que l’on avait rasée au bulldozer ». Les tombes juives ont eu un sort qui nous parait dur, mais la réutilisation des vieilles pierres est aussi ancienne que le monde ou presque. « Le vieux cimetière juif rasé à coups de faucille et de marteau. Qu’on se rassure : les pierres tombales ont été réemployées pour le pavage des rues ».
    Un livre léger mais pas que. J’aime sa façon d’écrire des biographies, de faire des rapprochements entre la mère de Romain Gary et sa propre mère. J’aime sa façon de parler de cet auteur aux multiples facettes. François-Henri Désérable en profite pour parler des affres de la création littéraire « Il pleuvait ; la vigne vierge se parait de couleurs, ses feuilles passaient du vert à l’orange, puis au rouge ; les miennes invariablement restaient blanches. »
    Evariste m’avait enchanté, Un certain M. Piekielny a assuré.

  • Couverture du livre « Un certain M. Piekielny » de François-Henri Désérable aux éditions Gallimard

    Jean-Paul Degache sur Un certain M. Piekielny de François-Henri Désérable

    Tout commence à Vilnius, en Lituanie, où François-Henri Désérable, après diverses péripéties, passe devant le n°18 de la rue Jono Basanavičiaus où Romain Gary a vécu, de 1917 à 1923. Cette maison est évoquée dans La Promesse de l’aube et c’est là qu’une phrase évoque « un certain M. Piekielny....
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    Tout commence à Vilnius, en Lituanie, où François-Henri Désérable, après diverses péripéties, passe devant le n°18 de la rue Jono Basanavičiaus où Romain Gary a vécu, de 1917 à 1923. Cette maison est évoquée dans La Promesse de l’aube et c’est là qu’une phrase évoque « un certain M. Piekielny. »

    À partir de là, François-Henri Désérable, brillant hockeyeur à ses heures, lance sa quête, son enquête qui va lui permettre un superbe hommage à celui qui s’appelait Roman Kacew et dont la vie fut riche et mouvementée.
    L’auteur, va, revient, fouille, abandonne, s’acharne, rappelle ou révèle des faits oubliés mais revient toujours à la Shoah, l’extermination des Juifs, abomination perpétrée au siècle dernier qu’il ne faudra jamais oublier.
    Piekielny, en polonais, signifie « infernal », et ce voisin réel ou imaginaire aurait fait promettre au jeune Roman de rappeler son nom, ce que ne manquera pas de souligner François-Henri Désérable en affirmant que Romain Gary a parlé de M. Piekielny devant le général de Gaulle, la reine d’Angleterre, JF Kennedy… Tout cela au cours de scènes bien réelles !
    La lecture est très agréable, agrémentée de touches personnelles, d’un vécu sur les lieux évoqués. On apprend que 60 000 Juifs vivaient à Vilnius avant la seconde guerre mondiale, qu’ils étaient moins de 2 000 à la fin et qu’ils sont 1 200 aujourd’hui. Il y avait 106 synagogues et une seule de nos jours : « La Jérusalem de Lituanie, elle, avait bel et bien disparu. »
    Lorsque l’auteur évoque le violon de M. Piekielny, son imagination fait des merveilles avant de nous entraîner à Nice, en 1928, où la famille Kacew s’installe. Puis, en 1943, à Londres, Roman choisit de s’appeler Gary, « brûle » en russe.
    Revenir à Vilnius est nécessaire pour peaufiner sa quête et constater qu’il y a erreur sur la maison. Elle se trouve dix mètres plus loin mais c’est la même cour. Dalija Esptein le guide et lui détaille l’histoire de Juifs de Vilnius, de ses deux ghettos, des pierres tombales utilisées pour paver les rues : « Mon Dieu, dis-je. Mon quoi ? Les nazis ont détruit le peuple juif et les Soviets le patrimoine. »
    Aviateur très courageux, amoureux passionné, Romain Gary écrit et n’hésite pas à mentir, à s’inventer un passé, à espérer le Nobel après le Goncourt pour Les racines du ciel, le 3 décembre 1956, alors qu’il est diplomate, ambassadeur de France à La Paz, pour trois mois.
    Impossible de passer à côté d’Émile Ajar. Ce pseudonyme permet à Romain Gary de mystifier les critiques comme Matthieu Galey qui démolissait chacun de ses livres et encense Émile Ajar… Ajar, en russe, signifie « braises ».
    Après Gros câlin, c’est La vie devant soi qui offre, pour la première fois, en 1975, le Prix Goncourt au même homme, ce qui est interdit, en principe. Mais, à ce moment-là, le secret est bien gardé !
    Fiction ou réalité ? La question est magnifiquement traitée dans ce roman si bien écrit par François-Henri Désérable qui rappelle Les Onze, de Pierre Michon, à propos d’un tableau qui n’existe pas.

    « Et si c’était un symbole ? Et si ce M. Piekielny incarnait les Juifs de Wilno, massacrés pendant la guerre ? » C’est pourquoi l’auteur salue « le triomphe indubitable, éclatant, de la littérature via la fiction. »

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