François-Henri Désérable

François-Henri Désérable

François-Henri Désérable, né le 6 février 1987 à Amiens, est un écrivain et ancien joueur de hockey sur glace français

crédit photo : Photo Francesca Mantovani © Éditions Gallimard

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Avis (35)

  • Couverture du livre « Un certain M. Piekielny » de François-Henri Désérable aux éditions Gallimard

    Colette LORBAT sur Un certain M. Piekielny de François-Henri Désérable

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    Que faire lorsque l’on est coincé à Vilnius ? Se promener, visiter et les pas de l’auteur le conduisent au 18 de la rue Jono Basanaviciaus, là où vécut plusieurs années l’écrivain Romain Gary. Le voici récitant machinalement une phrase « Au n°16 de la rue...
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    Que faire lorsque l’on est coincé à Vilnius ? Se promener, visiter et les pas de l’auteur le conduisent au 18 de la rue Jono Basanaviciaus, là où vécut plusieurs années l’écrivain Romain Gary. Le voici récitant machinalement une phrase « Au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait un certain M. Piekielny ». A-t-il vraiment existé ? Quelle était sa vie, qui était-il ? Etait-il vraiment le voisin du petit Roman Kacew ? Et voici que le cerveau du romancier bouillonne. Qui est ce Monsieur Piekielny ?
    François-Henri Désérable va errer le nez en l’air et chercher à donner vie à Monsieur Piekielny. Il fait cela très sérieusement, allant même jusqu’à compulser les archives locales. Au fil de ses pérégrinations aussi bien piétonnes que mentales, il lui invente mille épisodes de sa présumée vie. « Le père du petit Romain était fourreur, et nous ne sommes pas assez romanesques. Piekielny devait dont être barbier. »
    Par la même occasion, il se repasse la vie de Roman Kacew, alias Romain Gary et me permet de découvrir avec grand plaisir la vie de cet immense auteur, moi qui n’aime pas les biographies.
    J’ai aimé cette valse entre le réel et la fiction. Il y a des moments drôles, farfelus, comme la description des amoures du sieur Piekielny. François-Henri Désérable m’emmène derrière le rideau de la création littéraire. Le départ d’un roman peut être une adresse, un nom, une phrase qui revient en mémoire. Dans le roman, à partir de faits réels, l’auteur peut nous embarquer sur son navire et alors là ! Le plaisir n’est pas loin. Avec ce M. Piekielny, mine de rien, l’auteur brosse, outre le portrait de Romain Gary, celui de la Lituanie, l’architecture postsoviétique comme le bâtiment des Archives « gros bâtiment assez laid, le corbusien, purement fonctionnel et postsoviétique érigé au milieu de nulle part, là où jadis se trouvait une forêt que l’on avait rasée au bulldozer ». Les tombes juives ont eu un sort qui nous parait dur, mais la réutilisation des vieilles pierres est aussi ancienne que le monde ou presque. « Le vieux cimetière juif rasé à coups de faucille et de marteau. Qu’on se rassure : les pierres tombales ont été réemployées pour le pavage des rues ».
    Un livre léger mais pas que. J’aime sa façon d’écrire des biographies, de faire des rapprochements entre la mère de Romain Gary et sa propre mère. J’aime sa façon de parler de cet auteur aux multiples facettes. François-Henri Désérable en profite pour parler des affres de la création littéraire « Il pleuvait ; la vigne vierge se parait de couleurs, ses feuilles passaient du vert à l’orange, puis au rouge ; les miennes invariablement restaient blanches. »
    Evariste m’avait enchanté, Un certain M. Piekielny a assuré.

  • Couverture du livre « Un certain M. Piekielny » de François-Henri Désérable aux éditions Gallimard

    Jean-Paul Degache sur Un certain M. Piekielny de François-Henri Désérable

    Tout commence à Vilnius, en Lituanie, où François-Henri Désérable, après diverses péripéties, passe devant le n°18 de la rue Jono Basanavičiaus où Romain Gary a vécu, de 1917 à 1923. Cette maison est évoquée dans La Promesse de l’aube et c’est là qu’une phrase évoque « un certain M. Piekielny....
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    Tout commence à Vilnius, en Lituanie, où François-Henri Désérable, après diverses péripéties, passe devant le n°18 de la rue Jono Basanavičiaus où Romain Gary a vécu, de 1917 à 1923. Cette maison est évoquée dans La Promesse de l’aube et c’est là qu’une phrase évoque « un certain M. Piekielny. »

    À partir de là, François-Henri Désérable, brillant hockeyeur à ses heures, lance sa quête, son enquête qui va lui permettre un superbe hommage à celui qui s’appelait Roman Kacew et dont la vie fut riche et mouvementée.
    L’auteur, va, revient, fouille, abandonne, s’acharne, rappelle ou révèle des faits oubliés mais revient toujours à la Shoah, l’extermination des Juifs, abomination perpétrée au siècle dernier qu’il ne faudra jamais oublier.
    Piekielny, en polonais, signifie « infernal », et ce voisin réel ou imaginaire aurait fait promettre au jeune Roman de rappeler son nom, ce que ne manquera pas de souligner François-Henri Désérable en affirmant que Romain Gary a parlé de M. Piekielny devant le général de Gaulle, la reine d’Angleterre, JF Kennedy… Tout cela au cours de scènes bien réelles !
    La lecture est très agréable, agrémentée de touches personnelles, d’un vécu sur les lieux évoqués. On apprend que 60 000 Juifs vivaient à Vilnius avant la seconde guerre mondiale, qu’ils étaient moins de 2 000 à la fin et qu’ils sont 1 200 aujourd’hui. Il y avait 106 synagogues et une seule de nos jours : « La Jérusalem de Lituanie, elle, avait bel et bien disparu. »
    Lorsque l’auteur évoque le violon de M. Piekielny, son imagination fait des merveilles avant de nous entraîner à Nice, en 1928, où la famille Kacew s’installe. Puis, en 1943, à Londres, Roman choisit de s’appeler Gary, « brûle » en russe.
    Revenir à Vilnius est nécessaire pour peaufiner sa quête et constater qu’il y a erreur sur la maison. Elle se trouve dix mètres plus loin mais c’est la même cour. Dalija Esptein le guide et lui détaille l’histoire de Juifs de Vilnius, de ses deux ghettos, des pierres tombales utilisées pour paver les rues : « Mon Dieu, dis-je. Mon quoi ? Les nazis ont détruit le peuple juif et les Soviets le patrimoine. »
    Aviateur très courageux, amoureux passionné, Romain Gary écrit et n’hésite pas à mentir, à s’inventer un passé, à espérer le Nobel après le Goncourt pour Les racines du ciel, le 3 décembre 1956, alors qu’il est diplomate, ambassadeur de France à La Paz, pour trois mois.
    Impossible de passer à côté d’Émile Ajar. Ce pseudonyme permet à Romain Gary de mystifier les critiques comme Matthieu Galey qui démolissait chacun de ses livres et encense Émile Ajar… Ajar, en russe, signifie « braises ».
    Après Gros câlin, c’est La vie devant soi qui offre, pour la première fois, en 1975, le Prix Goncourt au même homme, ce qui est interdit, en principe. Mais, à ce moment-là, le secret est bien gardé !
    Fiction ou réalité ? La question est magnifiquement traitée dans ce roman si bien écrit par François-Henri Désérable qui rappelle Les Onze, de Pierre Michon, à propos d’un tableau qui n’existe pas.

    « Et si c’était un symbole ? Et si ce M. Piekielny incarnait les Juifs de Wilno, massacrés pendant la guerre ? » C’est pourquoi l’auteur salue « le triomphe indubitable, éclatant, de la littérature via la fiction. »

  • Couverture du livre « Un certain M. Piekielny » de François-Henri Désérable aux éditions Gallimard

    Bouteloup Charlotte sur Un certain M. Piekielny de François-Henri Désérable

    Et si le sujet choisissait l’écrivain ?
    Si la vie jonchait des signes, des indices pour vous convaincre d’en écrire son histoire ?
    Et si le thème s’imposait à son maître malgré lui, l’obligeant à tisser un récit. L’écrivain est-il maître de son histoire d’ailleurs… rien de moins sûr. Les avis...
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    Et si le sujet choisissait l’écrivain ?
    Si la vie jonchait des signes, des indices pour vous convaincre d’en écrire son histoire ?
    Et si le thème s’imposait à son maître malgré lui, l’obligeant à tisser un récit. L’écrivain est-il maître de son histoire d’ailleurs… rien de moins sûr. Les avis divergent.

    C’est un enchaînement d’événements qui auront mené FH. Désérable jusqu’à sa quête d’un personnage iconique de La Promesse de Romain Gary. Il aura fallu une demande en mariage, une demande « en témoin » et un voyage en Lituanie pour cause d’enterrement de vie de garçon pour que tout prenne forme. C’est là que commença l’enquête sur Un certain M. Piekielny. Au hasard d’une rue « au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno vivait M. Piekiely » et…de multiples autres hasards !

    Cet air triste.. Avait-il aimé ? Avait-il été aimé ?

    FH. Désérable nous amuse de ses crises de Sepia aiguës et remonte le temps.

    Il nous peint plus gravement l’anéantissement de Wilno (Vilnius) que Roman a connu petit garçon. Ses juifs que l’on a voulu effacer de l’Histoire. M. Piekielny, pour sûr ne reconnaîtrait plus sa Jerusalem de Lituanie.

    Déporté comme tant d’autres ?

    On passe alors des indices dénichés de toute part : dans les livres de Gary, d’Ajar, ses pièces de théâtre, ses émissions TV, les témoignages, les vivants, les morts, les rues, le béton ; aux souvenirs de Désérable. Ces années qui l’ont vu devenir écrivain alors qu’il été promis à un grand avenir de Docteur en droit.

    L’enquête reprend.
    Les registres peuvent-ils tout dire ? Rien ne prouve que l’on n’ait pas existé parce que l’on n’y apparait pas.
    Imaginer, recoller, disloquer, fondre la logique, l’emmerder, y revenir…

    Les noms plein de postérité s’amassent dans les pages qui racontent les anecdotes de vie de Gary. Tous devenus célèbres lorsqu’un autre reste dans l’ombre. Ce pauvre M. Piekielny. Tapis. Inexistant, et pourtant brandit devant la reine d’Angleterre et De Gaulle. Est-ce vrai ?

    Revenir à Gary pour comprendre. Analyser les clichés.

    Les questions s’enchaînent. Au regard de cette photo, quel livre était-il en train d’écrire, l’avait-il déjà imaginé ? L’avait-il déjà écrit ? En connaissait-il le nom ?
    Existe-t-il une photo de Roman entre ses 8 et 9 ans qui pourrait avoir laissé un indice, même infime sur l’existence de ce M. Piekielny ?

    « (…) et c’est peut-être cela et rien de plus, être écrivain : fermer les yeux pour les garder grands ouverts, n’avoir ni Dieu ni maître et nulle autre servitude que la page à écrire, se soustraire au monde pour lui imposer sa propre illusion. Tourner le dos au Popocatépetl. »

    FH. Désérable a se talent de redistribuer les cartes et de réinventer le temps et l’histoire en nous y apposant des dates, nous perdant ainsi entre le réel et le fictif. Je ne savais plus si le violon de M. Piekielny sortait de la tête de Désérable ou de la plume de Gary…

    Comme un fils tue le Père, Désérable règle ses comptes avec Gary et ses vérités maquillées. Les soit-disant 250 lettres de sa mère, le retour à l’hôtel Mormonts. L’auteur suit-il une piste nulle ? Le ton monte et les nerfs sont à vifs.

    FH. Désérable tutoie Gary, l’invective à se rendre, lui dire la vérité, le titille sur ces longues phrases. Il s’agit presque d’un dialogue entre eux dont nous serions témoins. L’auteur semble l’avoir tant côtoyé dans son enquête qu’il s’agirait presque de deux vieux amis qui nourrissent quelques rancœurs.

    « Mouchoir, s’il vous plaît. Car ces lignes enfin, qui n’a pas pleuré en les lisant ? Si l’on avait indexé tes droits d’auteur sur les larmes de tes lecteurs, tu t’offrais le boulevard Saint-Germain. Mais ces lignes sont fausses, tu le sais.»

    Je ne vous en dis pas plus sur l’histoire. À vous de voir… À vous d’y croire.
    Pour ma part, j’y vois un vrai chef d’œuvre. Je le relirai, et demain sans doute, moi aussi, tendrai l’oreille chaque fois que j’entendrai quelque chose sur Gary. Qui sait s’il n’y a pas encore quelques indices cachés.

    • Mon avis :
    Je suis rarement émue aux larmes. Je pleure peu. Je n’ai d’ailleurs pas pleuré dans La promesse de l’aube malgré mon cœur chamboulé lors de nombreux passages. Un certain M. Piekielny m’a profondément bouleversé. Je n’ai pas pleuré pour le récit de ces souris tristes, non. J’ai vu Nuit et brouillard à douze ans. Et je pense ne pas pouvoir un jour voir d’images plus effroyables que celles-ci. Ce qui m’a touchée, bouleversée, c’est cette quête passionnée de l’auteur. Son incroyable admiration pour Gary.

    Ce miroir porté constamment entre le gigantisme du Maître devenu écrivain pour porter au plus haut les ambitions d’une mère de la dynastie des Mina. Louve excessive et exigeante. Et l’écrivain, celui qui écrit pour nous ; qui voit en sa destinée d’étranges hasards mêlés. Leurs mères et leurs ambitions contraires.

    Quand Mina voulait que son Romoushka devienne un Victor Hugo, la mère de FH. Désérable le voyait en grand homme de loi. Deux mères à l’incidence décisive sur la vie de leurs fils.

    Se peut-il qu’il y ait tant de hasard sans que nous soyons guidés par autre chose ?

    Les hasards de la vie de Gary semblent frapper celle de FH. Désérable. Comme lorsque sur ce vide grenier d’Amiens, il tomba sur cette nouvelle de Gary ; si précieusement gardée par sa mère qu’elle brandissait sur le marché de la Buffa comme preuve du grand destin de son fils. Nouvelle écrite le 24 mai 1935 page 13 du n°342 d’un Gringoire. Cela se pouvait-il ?

    Dans cette quête de la recherche de ce personnage mystérieux qu’est M. Piekielny qui n’apparaît que dans deux passages de La Promesse, j’y ai vu comme une quête du moi.

    Mais aussi ce besoin plus fort que tout de la mémoire. De raviver les spectres des souvenirs. D’avoir assez d’éléments pour comprendre qui était cette souris, mais surtout de le ramener à la vie, encore une fois au travers d’un livre.

    Cet hommage historique sur l’indicible bouscule bien évidemment, mais l’acharnement de l’écrivain à comprendre, chercher le nom de cet homme dans les registres de tous ces hommes déportés ayant habités la même rue m’a subjugué…

    La construction du récit, son rythme. Une plume fabuleuse et cet humour si cher à notre Romain qui ponctue chaque pierre de l’édifice.

    Je me suis également trouvée des points communs (pas littéraires rassurez-vous, écrire reste un rêve ;)) mais des détails, comme cette manie de marcher dans les rues en m’imaginant ce qu’elles furent jadis et les spectacles de charrettes, d’étales qui devaient s’y produire chaque jour. J’ai souvent besoin de toucher la pierre, les murs pour en sentir tous ceux qui l’ont frôlé avant moi. M’imaginer leurs habits, leurs mœurs… Le bruit des sabots sur les pavés aujourd’hui disparus eux aussi.

    Un passage me revient, mon cœur s’est serré à sa lecture. La révélation de la vraie mort du père de Romain par FH. Désérable. J’essaie de comprendre et d’imaginer pourquoi Gary a préféré cette autre histoire. Romancer et inventer cette lettre. Embellir la mort, le peut-on ?

    Et si la littérature de Gary triomphait du réel ?
    Je ne donnerai bien évidemment pas les indices qui mènent à la conclusion de l’auteur. Mais elle m’a terriblement émue. Se peut-il que l’on puisse parler si bien d’un homme dont on ne connaît que les mots reposants dans ses livres ? D’où vient cette passion dévorante de FH. Désérable pour l’avoir poussé à voyager autant, cherchant le moindre indice en Lituanie, dans les archives, relisant inlassablement les textes de Gary, Ajar, et ne trouvant bien souvent ses réponses que dans les hasards que lui a offert la vie.

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