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A la découverte des lettres de Jane Austen : de l'intime à l'universel

lundi 22 juin 2020

"Pas de femmes parfaites, s’il vous plaît" est le mantra de la correspondance de Jane Austen

A la découverte des lettres de Jane Austen : de l'intime à l'universel

Les vertus de la correspondance ont ceci qu’elles permettent d’entendre la voix de l’auteur autrement que dans ses romans. Celle de Jane Austen est irrésistible et séduisante dans la correspondance proposée par les éditions L’Orma.

Ce petit livre est une sorte de bijou précieux, d’une part parce que c’est un joli petit objet, et d’autre part, parce que la correspondance d’Austen a pour l’essentiel été détruite par sa propre famille.

 

Cent soixante lettres à peine subsistent, alors que ses seuls échanges avec sa sœur Cassandra devaient atteindre près de 3000 missives. Les éditions L’Orma proposent une sélection au plus près de la personnalité de Jane, qui distingue avec acuité les différentes étapes de sa vie. Ces lettres sont toutes personnelles, et ne se destinaient apparemment à aucune publication. Elles n’offrent pas de regard particulier sur l’histoire de son temps. 

 

Le recueil commence en 1796 quand Jane a 21 ans, avec l’évocation d’une idylle qui pourrait se transformer en hymen, avant que le jeune homme ne se rétracte pour épouser dans son rang. C’est peut-être ce chagrin qui déterminera la vie et l’avenir de Jane Austen, jeune fille aux ambitions littéraires fermement affirmées. L’écriture est-elle compatible avec la vie de famille ? Pour elle, c’est non. Sa solitude est voulue mais elle a son prix.

Pendant l’adolescence, elle écrit des petits romans, des juvenilia, ainsi que la plupart des jeunes filles correctement nées à l’époque. Le roman est un petit divertissement de bourgeoises qui en glosent au moment du thé, bardé de standards à visées morales. Mais cette image de la femme, stéréotypée, qui circule de salon en romans, n’est pas du goût de Jane Austen. « Pas de femme parfaite, s’il vous plaît ; comme tu le sais, ces images de perfection me rendent malade et amère » répète Jane Austen en mars 1817 à sa nièce, peu avant de s ‘éteindre à 42 ans.

 

Au fil de cette trop courte correspondance, se dévoile à la fois le parcours d’une femme qui gagne sa liberté au nez et à la barbe de son époque, mais aussi l’itinéraire et la construction d’un écrivain, de façon parfaitement symétrique. De l’auteur aux personnages, il y a des filiations souvent incontestables : Selon le critique américain Lionel Trilling, l’Emma d’Orgueil et préjugés est le premier personnage de femme moderne « car elle nourrit de l’amour propre ». L’amour-propre, ferment de la confiance en soi est la fondation profonde sur laquelle Austen bâtit une œuvre singulière, qui orientera de façon déterminante le roman anglais du XIXe siècle.

 

Ecrire de l’intime à l’universel

Le recueil s’ouvre tandis que la France se remet péniblement de la Terreur dans le sillage de la Révolution française. Il est possible que les lettres perdues évoquent ce traumatisme européen, mais Jane Austen se tient plutôt à l’écart de son siècle et se consacre davantage aux mœurs et au cœur humain qu’aux vicissitudes de son époque.

Elle mettra son féroce don d’observation au service de l’approfondissement de l’âme humaine sans jamais se départir d’un humour implacable : « Miss Langley est l’archétype de la femme petite dotée d’un nez épaté et d’une large bouche, toujours vêtue à la mode et avec la poitrine bien exposée » : en une phrase un personnage est posé. Il ne s’agit pourtant que d’une banale relation mondaine d’une Jane qui fréquente alors encore les bals.

Elle n’a peur de rien, quand elle renvoie dans ses buts le bibliothécaire du Prince Régent à qui elle adressait Emma en 1816. Quand celui-ci lui conseille d’écrire des romans historiques pour étendre davantage sa notoriété, Austen lui répond « je suis tout à fait consciente qu’un roman historique basé sur la Maison de Saxe-Cobourg serait bien plus efficace  pour obtenir le profit ou la popularité que les tableaux de la vie domestique dans des villages de campagne que je dresse ». Mais pour elle, écrire est une façon de « sauver sa vie » que le succès lui soit promis ou non.

Le courage intellectuel émaille toutes ses lettres, pleines d’esprit, de sagesse et de vivacité. Elle en est d’autant plus séduisante. Impossible de terminer ce recueil qui se dévore comme une assiette de cupcakes, sans avoir envie de se plonger dans ses grands romans, juste pour le plaisir d’y reconnaître l’acuité, la modernité et l’universalité de Jane Austen.

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