Nicolas Mathieu

Nicolas Mathieu

Nicolas Mathieu est né à Épinal en 1978. Après des études d'histoire et de cinéma, il s'installe à Paris où il exerce toutes sortes d'activités instructives et presque toujours mal payées. En 2014, il publie chez Actes Sud Aux animaux la guerre, adapté pour la télévision par Alain Tasma. Aujourd'...

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Nicolas Mathieu est né à Épinal en 1978. Après des études d'histoire et de cinéma, il s'installe à Paris où il exerce toutes sortes d'activités instructives et presque toujours mal payées. En 2014, il publie chez Actes Sud Aux animaux la guerre, adapté pour la télévision par Alain Tasma. Aujourd'hui, il vit à Nancy et partage son temps entre l'écriture et le salariat.

Portrait © Bertrand Jamot

Articles en lien avec Nicolas Mathieu (2)

Avis sur cet auteur (61)

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    Couverture du livre « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu aux éditions Actes Sud

    MaríadelToboso sur Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu

    Je ne me suis absolument retrouvée dans ce livre. Pourtant j'ai persévéré, je suis allée au delà de la page 100.

    Je ne me suis absolument retrouvée dans ce livre. Pourtant j'ai persévéré, je suis allée au delà de la page 100.

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    Couverture du livre « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu aux éditions Actes Sud

    Marie Nel sur Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu

    J'avais envie de lire ce roman depuis sa sortie à l'automne 2018. Le sujet m’intéressait beaucoup. Le fait qu'il ait obtenu le prix Goncourt cette même année m'a confortée dans ma curiosité de le découvrir. C’est maintenant chose faite grâce à un emprunt à ma médiathèque. Et je pense que je vais...
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    J'avais envie de lire ce roman depuis sa sortie à l'automne 2018. Le sujet m’intéressait beaucoup. Le fait qu'il ait obtenu le prix Goncourt cette même année m'a confortée dans ma curiosité de le découvrir. C’est maintenant chose faite grâce à un emprunt à ma médiathèque. Et je pense que je vais très certainement l'acheter car j'ai beaucoup aimé cette plongée dans la Lorraine des années 90. Je découvre Nicolas Mathieu avec ce titre, et j'ai été fascinée par sa plume et son style d'écriture, la justesse du ton et sa manière très juste de dépeindre la société. Moi qui aime beaucoup Zola, les Rougon-Macquart et Germinal notamment, je me suis retrouvée ici dans la même configuration. À travers des personnages, l'auteur brosse un portrait de la société. Cela se passe en Lorraine avec l'arrêt des hauts fourneaux, mais cela pourrait également se transposer dans le Nord avec l'arrêt des mines ou des usines de textile, ou dans ma région actuelle avec la fermeture des horlogers et lapidaires. Chacun retrouvera dedans un peu des problèmes qu'il vit dans sa région.

    L'histoire va s'étaler sur six ans, de 1992 à 1998, et ce tous les deux ans. Quatre parties représentant à chaque fois une année, 1992, 1994, 1996 et 1998. Et toujours à la même période de l'année puisque l'on est à chaque fois pendant les vacances d'été. On va ainsi suivre sur ce laps de temps un jeune garçon, Anthony, il a 14 ans en 1992. Il fait les quatre cent coups avec son cousin, comme tout adolescent. Tous les deux s'amusent beaucoup, c'est l'été des premiers flirts qu'on aimerait concrétiser, des premiers émois, des premiers regards vers les filles. C'est le moment aussi des nouvelles expériences, l'alcool, le tabac, les joints. Anthony se cherche, voudrait déjà être un homme. Son père vit de petits boulots depuis que les hauts-fourneaux ont fermé et oublie ses problèmes dans l'alcool. On va suivre également Hacine qui vit avec son père, sa mère étant retourné au bled. Lui il vit du trafic de la drogue. Et il y a aussi Steph, Simon, Coralie, Vanessa....

    J'ai pu regarder évoluer ces jeunes, d'été en été. Ils grandissent, deviennent un peu plus mature tout en restant encore gamins dans certaines de leurs réactions. Peu à peu se profile le choix du métier avec les années lycée. Et dans une région où le chômage fait partie de la vie courante, il est très difficile pour ces jeunes de s'imaginer un avenir tranquille et florissant. Certains vont faire des études en université, ils vont tenter, se donner à fond, d'autres préfèreront rentrer dans la vie active, quitter le nid familial pour devenir indépendants, même s'ils vivent des débuts pas faciles.
    Tout le monde connait tout ce que raconte Nicolas Mathieu. Je me souviens très bien de mes années où j'avais espoir dans tout et était positive, je me sentais invulnérable et tout était possible. Mais la société et ses problèmes nous rattrapent bien souvent, nous transforment et nous mènent sur des chemins inattendus. Les personnages sont vraiment très bien travaillés, je me suis retrouvée dans certains, ou j'ai retrouvé des gens que je connaissais dedans. La société tient un rôle très important ici et est un personnage à elle toute seule. L'auteur est très juste dans ses descriptions, il ne la glorifie pas et ne la noircit pas non plus, il est vrai et dit les choses telles qu'elles sont. Pour elle aussi on voit une évolution. Les villes et villages qui s'isolent de plus en plus, les centre-villes qui se désertifient avec les constructions des premiers ultra centre commerciaux qui sont, à l'heure actuelle, de véritables villes à eux tout seuls. C'est un détail qui me choque à chaque fois que je fais de la route et que je traverse des villes de France. Tous les abords se ressemblent, avec des zones commerciales immenses où tous les magasins sont regroupés et causent la fermeture de ceux qui se trouvaient dans la ville et créaient de l'animation. Une évolution de la société de consommation que je n'apprécie pas.
    Mais bon, pour revenir à ce livre et cette histoire, tous les faits de société sont représentés, ceux que l'on vit, ceux que l'on voit à la télé. L'auteur parle de tout, du chômage, du racisme, de l'intégration. Mais tout n'est pas sombre, je vous rassure, il y a tout de même beaucoup d'espoir à travers ces jeunes qui pensent changer le monde. Vingt ans après, les espérances sont autres. Dans les années 90, on parlait très peu de climat et de pollution, disons que ce n'était pas un sujet de conversation récurrent comme aujourd'hui. Tout à cette époque reposait beaucoup plus sur le travail, le chômage. Les jeunes de maintenant ont toujours les mêmes questionnements, il n'y a pas plus de travail maintenant, mais sont en plus touchés par les problèmes du climat, beaucoup se remettent en question et ont des interrogations que nous n'avions pas dans ces années là. Vingt ans, c'est pas si loin, mais comme nous avons déjà changé ! C'est en lisant des romans comme celui-ci que l'on s'en aperçoit. Il y avait encore des cassettes stéréo, des VHS, il n'y avait pas encore de téléphones portables, internet en était à ses balbutiements, il n'y avait pas autant d'ordinateurs chez les gens, tout ne se faisait pas par internet, il fallait bouger pour avoir un renseignement. Quand on compare, on se rend compte des bouleversements que nous avons nous-mêmes vécu, et j'ai la sensation qu'il y a beaucoup plus que vingt années qui ont passé tellement il me semble que l'on est différents...

    J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman. J'aime lire les prix Goncourt, j'en ai lu des bons et des moins bons. Celui-ci est un très bon crû pour moi. L'auteur a vraiment très bien décortiqué toute la société, dans ses travers et dans ses bonnes choses. Le tout est bien entendu ponctué par les événements nationaux importants, ou par la musique. Les quatre parties portent d'ailleurs le titre de chansons qui ont marqué cette décennie, avec des groupes mythiques tels que Nirvana ou Guns N'Roses. L'été 1998 est d'ailleurs marqué par un événement qui est dans les souvenirs de tout le monde, et ce n'est pas spoiler que d'en parler, puisque tout le monde pense à la coupe du Monde de football gagné par les Français cette année-là. Ce fut assez marrant pour moi de revivre cet événement alors que nous venons de vivre le même l'année dernière. Je ne suis pas du tout une fan de ce sport, mais une telle compétition reste quelque chose d'exceptionnel quand c'est notre pays qui gagne.
    Ce roman est vraiment très complet et aborde tous les phénomènes de société de ces années là sans que ce soit répétitif ou lassant. L'auteur a très bien su incorporer la vie de ses personnages dedans et retranscrire ainsi leur vie. C'est tellement réaliste et criant de vérité que j'avais l'impression de voir les images défiler devant mes yeux au fur et à mesure de ma lecture. C'est un récit sensible, bouleversant, qui prend aux tripes. J'ai vécu cette lecture en apnée, dans l'attente des événements. Une lecture très dense, très forte émotionnellement parlant, j'ai retrouvé mes jeunes années au travers certains des personnages. Une lecture intense et prenante, les pages se tournent facilement, les unes après les autres. Une lecture pleine d'espoir, profonde que j'ai beaucoup aimé.
    J'aimerais bien voir cette histoire adaptée et retranscrite à la télé ou au cinéma. Ce serait fort intéressant. Je n'ai pas été étonnée en lisant la biographie de l'auteur de voir qu'il avait fait des études dans le cinéma et des stages dans cette profession, je comprends mieux son style justement très imagé et réel. D'ailleurs, son premier roman a été adapté à la télé. Je serai vraiment curieuse de voir l'histoire d'Anthony en images.
    Je ne connaissais pas encore Nicolas Mathieu avant, cette lecture m'a donné envie de lire son premier roman, Aux animaux la guerre, qui se passe dans les Vosges. Je ne peux que vous conseiller ce roman si vous ne connaissez pas encore. N'ayez pas peur du prix obtenu, sa plume est très accessible.

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    Couverture du livre « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu aux éditions Actes Sud

    Mireille B sur Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu

    Prix Goncourt 2018. Chaque année, j’avoue que je suis trop curieuse pour ne pas céder à la tentation de lire « le Goncourt » quand il est encore chaud. Il n’en fut rien en 1998. L’enthousiasme délirant de certaines critiques sonnaient faux pour moi. Le décor semblait pourtant bien réel, je...
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    Prix Goncourt 2018. Chaque année, j’avoue que je suis trop curieuse pour ne pas céder à la tentation de lire « le Goncourt » quand il est encore chaud. Il n’en fut rien en 1998. L’enthousiasme délirant de certaines critiques sonnaient faux pour moi. Le décor semblait pourtant bien réel, je n’osais pas affronter l’écriture qui s’annonçait « très jeune », trop loin de celle, codée peut-être ou un peu conventionnelle, avec laquelle j’aime m’échapper.

    L’histoire, je ne m’attarderai pas, elle a été racontée, et souvent très bien, par des lecteurs plus aventureux que moi. Et je reconnais qu’ils avaient raison de la faire connaître. Un peu grise mais chouette !
    La description d’une région touchée par la désindustrialisation, le Nord-Est, entre 1992 et 1998, Heillange comme une autre commune phonétiquement et socialement proche, nous dépose sur un territoire où se côtoie petite bourgeoisie et prolétariat ouvrier et rural.
    La plume de Nicolas Mathieu est affinée à la manière d’un Zola et nous fait entrer sans détour et sans retenue dans l’univers d’une jeunesse sans avenir, dans le monde des adultes aigris, revanchards, défaits par l’alcool.
    Femme « d’âge mûr », adolescente des années 70, les plaisirs et les dérives n’ont guère variés en 20 ans. En revanche, 20 ans plus tôt, on ne tardait pas à trouver un emploi, sans exil nécessaire si ce n’était par choix.

    Je n’arrivais pas à lâcher ce livre, guettant une éclaircie, parce que j’avais envie que certains personnages tellement attachants, sortent de cette galère. Or, en restant dans la restitution des faits et dans une analyse sociale, l’auteur a donné toute sa force à ce roman.
    Alors, un an après sa récompense, je suis d’accord avec la majorité des avis, j’ai été séduite. Je m’autorise cependant un petit bémol relatif au vocabulaire employé pour exprimer le parcours initiatique des ados en quête de découverte, mais vu la qualité globale du roman, je suis capable de m’extraire d’une certaine pudeur.

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    Couverture du livre « Rose royal » de Nicolas Mathieu aux éditions Atelier In8

    Marie Kirzy sur Rose royal de Nicolas Mathieu

    Pas facile d'écrire et publier après l'acmé que constitue l'obtention d'un prix Goncourt, surtout après un si beau roman, si personnel que Leurs enfants après eux. Malin, Nicolas Mathieu se permet une petite respiration, un pas de côté fort réussi avec cette novella résolument noire de 77 pages...
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    Pas facile d'écrire et publier après l'acmé que constitue l'obtention d'un prix Goncourt, surtout après un si beau roman, si personnel que Leurs enfants après eux. Malin, Nicolas Mathieu se permet une petite respiration, un pas de côté fort réussi avec cette novella résolument noire de 77 pages ciselées chez l'éditeur In8.

    L'héroïne, Rose, pourrait être la mère d'un des ados provinciaux de son roman précédent. Elle a 50 ans « un âge difficile où ce qui vous reste de verdeur, d'électricité, semble devoir disparaître dans le bouillon des jours », une « élasticité d'ensemble qui ressemble à de la jeunesse » mais un visage qui ne tient plus si bien la route. Elle est fatiguée, Rose. Divorcée, deux grands enfants qui font leur vie. Pas d'homme, trop compliqué, une copine avec laquelle elle picole le soir, après le taf, dans un rade comme il y en a plein. Malgré tout, elle se sent forte, surtout depuis qu'elle a acheté un flingue, au cas où un homme lui manque de respect, on ne sait jamais, c'est déjà arrivé et elle ne veut plus se laisser faire.

    Nicolas Mathieu dresse un magnifique portrait de femme « ordinaire » avec le sens de la formule qu'on apprécie chez lui, son écriture empathique et sensible, tendre mais sans oeillère. Ses mots disent l'humain avec une acuité amère très juste sur notre époque et les rapports homme – femme.

    Dès les premières pages, on l'aime, Rose, le lecteur veut croire à un nouveau bonheur possible lorsqu'elle rencontre Luc. Mais il se sent vite impuissant face à la fatalité en marche. Jusqu'à ce dénouement perturbant. Il m'a ébranlée profondément. Je ne m'y attendais pas , alors que toute la finesse de la construction du texte convergeait vers ce final-là.

    Un texte concis, dense et déchirant qui confirme, si besoin, le talent de l'auteur.