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« Les six romans finalistes du Prix Orange du Livre en Afrique sont de véritables voyages en terre africaine »

Présentation des six livres finalistes du Prix Orange du Livre en Afrique 2021, par Véronique Tadjo

« Les six romans finalistes du Prix Orange du Livre en Afrique sont de véritables voyages en terre africaine »

Les six romans finalistes du Prix Orange du Livre en Afrique sont de véritables voyages en terre africaine à une période où il est si difficile de traverser les frontières.

Tout au long de cette pandémie qui nous tient encore dans ses griffes, la littérature s’est montrée généreuse par sa capacité à enrichir notre imaginaire et nous projeter dans l’après Covid-19 pour bâtir de meilleurs lendemains.

Comment raconter l’Afrique ? Le défi est de taille mais il en vaut la chandelle. Il s’agit d’encourager  la circulation des idées et des approches malgré des contextes historiques et culturels très variés du nord au sud du Sahara. Les livres sélectionnés sont étroitement liés par les questions qui marquent le quotidien de la majorité des Africains.

Et lorsque les auteurs  invoquent le passé  - ou le futur -  c’est pour saisir le présent et lui donner du sens. L’engagement des éditeurs africains auprès des auteurs est remarquable. Ils n’hésitent pas à prendre des risques. Les maisons locales s'imposent sur le plan national ou inter-régional grâce à des collaborations et des coéditions. Aujourd’hui, un nombre grandissant d’auteurs africains publiés par de prestigieuses maisons d’édition à l’étranger tiennent absolument à se faire publier sur leur continent d’origine. Signe que les temps ont changé.

 

Cette année, la science-fiction fait une entrée remarquée dans la sélection avec deux romans qui lui sont consacrés. Ce « nouveau » genre littéraire est investi ou réinvesti par le biais d’une sensibilité qui nous vient d’Afrique. Quant aux femmes de lettres, elles continuent à affirmer leur présence en s’emparant de sujets brûlants autrefois considérés comme « masculins ». Mais d’une manière générale, les questions que semblent se poser tous les auteurs sont récurrentes : Que peut la littérature aujourd’hui ? Comment traduire les préoccupations et les aspirations individuelles et collectives ? Quelle est cette Afrique qui s’offre au monde ?  

Les productions littéraires sont marquées par le numérique qui joue un rôle non négligeable dans la réception des œuvres grâce à la dématérialisation du livre. Il s’agit là d’une véritable démocratisation de la pratique littéraire sans laquelle un prix littéraire comme le POLA ne pourrait pas exister.  Il est aussi intéressant de noter que la fiction n’est plus l’apanage des littéraires de formation. Les auteurs retenus occupent ou ont occupé différents postes dans la vie courante : finance, marketing ou journalisme, entre autres. Cela renforce l’idée que les lecteurs ont ainsi accès à une large peinture du continent africain.

Organisé par la Fondation Orange en partenariat avec l’Institut Français, le Prix Orange du Livre en Afrique récompense depuis 2019 un roman écrit en langue française par un écrivain africain et publié par un éditeur basé sur le continent africain. Pour cette 3e édition, 74 romans ont été envoyés, issus de 16 pays différents. La sélection des six romans finalistes a été réalisée par cinq comités de lecture basés en Tunisie, au Cameroun, en Guinée, en Côte d’Ivoire et au Mali.

Véronique Tadjo, présidente du jury 

 

- Ahmed GASMIA, Les peuples du ciel, éditions Frantz Fanon, Algérie

L’action se déroule au 24ème siècle sur une planète de la galaxie habitée par une population issue de manipulations génétiques. À partir d’une station spatiale, et derrière leurs écrans, des scientifiques  « terriens » observent et contrôlent ces êtres qui sont revenus à l’âge de la pierre et sont victimes d’un vieillissement accéléré. Jusqu’où ira cette expérience, ce contrôle absolu ? Que deviendra ce peuple sans attache et quelle est la responsabilité de ses « créateurs » ? Thèmes d’actualité à l’heure des manipulations génétiques, des épidémies et des désirs de colonisation spatiale. En nous éloignant de la terre, l’intrigue nous invite à prendre de la distance et à nous questionner sur ce qui constitue l’essence fondamentale de la nature humaine. 


BIO : Ahmed Gasmia est journaliste de profession. Il vit et travaille à Alger. Auteur de romans d’aventure dont « Complot à Alger « (2007) et « Promesse de bandit » (2018), il est aussi passionné de cinéma d’action. Une passion qui transparaît clairement dans ses textes à travers un style d’écriture plutôt visuel.

 

 

- Ibrahima HANE, L’écume du temps, éditions L’Harmattan, Sénégal

Les lecteurs sont entraînés dans une saga familiale sénégalaise – mais les événements pourraient se passer partout ailleurs sur le continent africain. Un regard sans concession sur une réalité socio- politique contemporaine où intrigues, népotisme et abus de pouvoir restent encore des obstacles au progrès individuel et collectif. Pour l’auteur qui s’est exprimé lors du lancement de son œuvre: « Une famille n’est pas simplement, suivant la définition occidentale, un père, une mère et les enfants. C’est autre chose de beaucoup plus fort. C’est une communauté d’individus réunie par les liens de parenté et renforcée par des obligations de solidarité, de respect et de partage. Les alliés naturels sont les membres de son groupe. Une personne seule ne représente rien. Pour qu’elle soit respectée, il faut qu’elle relève d’une famille, d’une tribu. Cette appartenance définit son identité ».


BIO : Ibrahima Hane est banquier à la retraite. Il a occupé très tôt des postes de responsabilité qui lui ont permis de beaucoup voyagé et d’être confronté très tôt aux mille-et-une figures de la condition humaine. Son premier livre « Errance » (2016) a été remarqué par la critique. Il se consacre aujourd’hui essentiellement à l’écriture.

 

 

- Davina ITTOO, Misère, éditions L’Atelier des nomades, Maurice

Le roman se passe à l’île Maurice dans un village nommé « Rivière des Anguilles ». Un homme, Arjun, prodige joueur de vînâ, instrument de musique d’origine indienne, recueille un enfant mystérieux à six doigts. Un unique mot traverse encore les lèvres de ce garçon esseulé, frêle et muet : « Misère ». Probablement issu d’une famille musulmane, sa présence déclenche les passions. Une écriture musicale emporte les lecteurs tout au long du récit. À tel point que les mots d’Arjun pourraient bien se rapporter au style de l’auteure : « Pour que le son puisse se manifester, il faut que l’émotion se libère dans un grand éclatement. Jouer du vînâ, c’est se défaire de ces vagues noires qui viennent se briser contre les falaises. Tu es sans doute trop jeune pour comprendre ce que je te dis là, mais tu les verras un jour, ces eaux noires qui déchirent l’âme et la refaçonnent après la traversée dans l’abîme … Un musicien, c’est un peu un éternel affamé, un grand assoiffé, une terre vierge traversée par l’or et la cendre. » (P.44)


BIO : Davina Ittoo est née et vit à l’île Maurice. Après un doctorat de Lettres à la Sorbonne, elle est chargée de cours à l’Open University of Mauritius. « La Proscrite et autres nouvelles », remporte en 2015 le prix Jean Fanchette présidé par J.M.G. Le Clézio. « Misère », a obtenu le Prix Indianocéanie 2019. Il a aussi été finaliste du Prix Vanille 2020 et du Grand Prix du roman métis 2020.  

 

 

- Sami MOKKADEM, Le secret des Barcides, éditions Pop Libris, Tunisie
Science-fiction et narration historique forment l’ossature de ce roman. Enquêtant sur des meurtres horribles sans lien apparent, Soufiane, capitaine à la brigade criminelle se retrouve soudain embarqué sur la piste de terroristes qui ont introduit un engin hautement destructif sur le territoire tunisien et qui cherchent à l’utiliser afin de prendre le pouvoir. Pour sauver son pays, il lui faudra aller au-delà de l’enquête, plonger dans les abysses du passé et déterrer l’héritage qu’Hannibal Barca avait légué à l’humanité. La narration fait appel à la mythologie grecque, l’histoire de Carthage, l’Enfer de Dante, l’ultime roman de Jules Verne L’invasion de la mer, et des personnages bien campés. Entre rebondissements, suspense, patriotisme et esprit de sacrifice, les lecteurs se déplacent dans plusieurs pays (Tunisie, Allemagne, Pérou) et dans plusieurs temps. Le secret des Barcides (la famille Barca qui avait gouverné Carthage. Hamilcar Barca et son fils Hannibal), c’est celui d’une énergie plus puissante que la bombe atomique ; l’énergie de la vie dans sa forme la plus pure mais transformée à présent en un redoutable instrument de mort.


 

BIO : Sami Mokkadem est diplômé en expertise comptable. Il fuit le monde des chiffres en publiant ses premières nouvelles sur les réseaux sociaux. En 2013, il publie un recueil de nouvelles « La Cité Ecarlate ». Avec « Dix-neuf », le premier volet de la Trilogie de Carthage, il est lauréat du prix Comar 2015. Le deuxième volet, « Le sang des Anges » date de 2017.

 

 

- Loubna SERRAJ, Pourvu qu’il soit de bonne humeur, éditions La Croisée des Chemins, Maroc

Deux époques. Deux femmes. Maya (1939) et Lilya (2019).  Elles ne se sont pas connues mais au-delà de l’espace et des années, une histoire aussi empreinte de violence ordinaire que de passion rebelle,  les relie. Comment être libre quand l’idée même de liberté n’est pas envisageable? Comment trouver l’amour et la possibilité d’une autre relation homme-femme ? Ecoutons la voix de Maya sous le joug d’un mari brutal : « Il se servait de mon corps pour m’atteindre ; c’est donc dans l’esprit que je me suis échappée. Je savais que c’est ce qu’il ne supportait pas. Et plus il manifestait son agacement, plus je voguais dans le rêve, dans les livres, dans ma tête … à un endroit auquel il n’a jamais pu avoir accès. Jusqu’à la fin. » (P.264) Sans manichéisme ni posture victimaire, le récit devient un hymne à la dignité et à la résistance. Briser le cycle de la brutalité physique et mentale, cette forme d’oppression qui reproduit les traumatismes de génération en génération. L’intime, on le sait, est hautement politique.


BIO : Loubna Serraj a fait de ses passions, l’écriture et la lecture, son métier après des années d’expérience au sein d’entreprises puis comme consultante en stratégie éditoriale et marketing de contenu. Elle est à présent éditrice, chroniqueuse radio et tient également un blog sur des sujets d’actualité avec un regard volontairement décalé. « Pourvu qu’il soit de bonne humeur » est son premier roman.

 

 

Le 29 juin prochain, après des délibérations finales à distance, le jury aura le plaisir de révéler l’identité du ou de la lauréat(e) du Prix Orange du Livre en Afrique 2021.

 

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