L’éblouissante épopée libanaise d’un empereur à pied

mercredi 27 septembre 2017

Voici le nouveau roman de Charif Majdalani, un grand livre !

L’éblouissante épopée libanaise d’un empereur à pied

Ce serait l’histoire du chat botté, mais sans le chat. L’histoire d’un homme pauvre, riche d’une droiture austère, venu des montagnes du Liban avec ses fils pour se faire une place parmi les riches cheikhs du pays. L’Empereur à pied (ed. Seuil), ainsi qu’il se surnomme et donne son titre au nouveau grand roman de Charif Madjalani, parviendra à ses fins. Propriétaire de rien sinon d’une force de caractère impressionnante, disciplinant une terre ingrate et usant de ruses avec les propriétaires locaux, Khanja construira un empire à la force de ses mains.

 

L’intrigue du roman

Posséder c’est transmettre, et c’est là que se noue l’intrigue du roman et la malédiction qui frappera la descendance de Khanja, du milieu du XIXe siècle à aujourd’hui. Afin de préserver ses richesses nouvellement gagnées, il décide que seul l’aîné aura le droit de se marier et de transmettre l’héritage. Ses cadets œuvreront à l’enrichir, de génération en génération. L’Empereur à pied raconte cette tragédie, l’histoire des cadets qui n’auront pour choix que le nomadisme et la soumission.

 

Ils voyageront. Le Mexique, La Russie dans la Révolution bolchévique, la Chine : les cadets, frères, cousins, neveux sillonneront le monde. Charif Madjalani raconte l’épopée des déshérités, devenus aventuriers, entrepreneurs par manque de fortune. C’est aussi une façon de parler du Liban, terre de brassage et de voyageurs. A travers cet Empereur à pied, l’écrivain libanais rompt avec le quadriptyque précédent achevé avec Villa des femmes. Il en soustrait pourtant la silhouette de Skandar Hayek, l’homme d'affaires respecté, ombre portée d’un Khanja aussi patriarche et obsédé par la pérennité de son nom et de son empire.

 

Le secret du livre

Il tient à l’écriture et à l’ampleur de la narration. D’un narrateur à l’autre, l’histoire se transmet sans que personne ne sache vraiment si cette malédiction a bel et bien été proférée. Pourtant, tous l’observent, comme si cette histoire prenait valeur de prédiction magique pour avoir été racontée par ces générations de fils. Histoire et mémoire se recomposent et s’abâtardissent au frottement de la fiction. Charif Madjalani emprunte aux Grecs le récit homérique par le biais de narrateurs successifs qui reconstituent l’arbre généalogique d’une famille trop bien dotée. Atrides, Castor et Pollux, odyssée Ulysséenne, L’Empereur à pied est tout entier empli des volutes de la tragédie de la Grèce antique et de sa mythologie. Ecrit dans une langue riche, faite de longues phrases voluptueuses qui embarquent le lecteur, le roman place immédiatement ce dernier dans la certitude qu’il s’agit là d’un grand livre. Ce dont on ressort convaincu jusqu’à la dernière page.

 

 

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