Le paradoxe d'Anderson

Couverture du livre « Le paradoxe d'Anderson » de Pascal Manoukian aux éditions Seuil
  • Date de parution :
  • Editeur : Seuil
  • EAN : 9782021402438
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

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  • Si le roman social est une oeuvre dénonçant les problèmes sociaux en plaçant l'homme au centre d'un système qui les broie, alors, le "paradoxe d'Anderson" répond à cette définition.Ce roman nous donne à suivre la vie d'une famille d'ouvriers pendant 10 mois, temps suffisant pour passer d'une...
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    Si le roman social est une oeuvre dénonçant les problèmes sociaux en plaçant l'homme au centre d'un système qui les broie, alors, le "paradoxe d'Anderson" répond à cette définition.Ce roman nous donne à suivre la vie d'une famille d'ouvriers pendant 10 mois, temps suffisant pour passer d'une certaine harmonie au chaos et au désespoir. Outre Christophe et Aline, les parents, leurs 2 enfants dont Léa, qui va passer son bac, sésame pour un futur plein d'espérance !!...
    Mais la crise et le chômage viennent frapper de plein fouet leur équilibre financier déjà précaire. S'ensuit une rapide descente aux enfers du couple qui rivalise pourtant d'ingéniosité pour épargner ses enfants ; là sont les échappées belles, tendres et émouvantes. Pour le reste, énergie initiale, révolte puis découragement et finalement, violence, contre l'adversaire désigné puis contre soi-même . On se croirait chez Zola, on est au XXIe siècle... Même cruauté, même noirceur, même désespoir... Car faire disparaître une classe sociale ne fait pas disparaître les gens pour autant ! Roman réaliste, sans trop de concessions, même si parfois un peu caricatural, avec les bons d'un côté et les méchants de l'autre .
    Quand la logique d'ascension sociale n'est pas respectée, on parle donc de paradoxe d'Anderson. Je viens donc de mettre un nom sur la situation qui vit présentement ma fille, elle aussi prénommée Léa ....
    Merci de m'avoir fait parvenir ce livre . Il est nécessaire . Puisse-t-il parvenir également chez les "décideurs" haut placés......

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  • Tout comme Gérard Mordillat a écrit sur la misère des ouvriers du Nord autour de la fermeture d'une usine sidérurgique dans "Les vivants et les morts", comme Pascal Dessaint a évoqué la misère d'une ville du Nord dans l'univers pollué des ruines d'une usine dans "Les derniers jours d'un homme",...
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    Tout comme Gérard Mordillat a écrit sur la misère des ouvriers du Nord autour de la fermeture d'une usine sidérurgique dans "Les vivants et les morts", comme Pascal Dessaint a évoqué la misère d'une ville du Nord dans l'univers pollué des ruines d'une usine dans "Les derniers jours d'un homme", Pascal Manoukian dresse ici le portrait d'une ville en sursis, une cité de l'Oise.

    Les pères ont vendu leur terre pour assurer à leurs enfants un avenir meilleur à l'usine de verre qui embaucha à tour de bras ... cette usine qui aujourd'hui envisage de délocaliser sa production vers des lieux où les coûts de main d'œuvre sont plus bas, si bas, trop bas ... 

    Et lorsque cela survient quelques jours à peine après que l'usine textile qui employait les femmes a elle aussi choisi d'alléger ses charges ... 

    Quel avenir ? 

    Bref un roman pas très rose qui montre la vie qu'on ne voit jamais, qu'on ne montre qu'aux moments de révolte de ceux qui, ayant déjà tout perdu, n'ont plus rien à perdre ... 

    Un roman qui prend aux tripes ! 

    Merci à la Fondation Orange et aux éditions du Seuil pour m'avoir adressé cet ouvrage.

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  • Pascal Manoukian est un auteur que je suis depuis son premier roman Les échoués (Don Quichotte). Pour ce dernier, il a reçu le Prix Première 2016 (prix décerné par une radio éponyme en Belgique pour un premier roman) et ayant moi-même fait partie de ce jury une année, je fais confiance à ces...
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    Pascal Manoukian est un auteur que je suis depuis son premier roman Les échoués (Don Quichotte). Pour ce dernier, il a reçu le Prix Première 2016 (prix décerné par une radio éponyme en Belgique pour un premier roman) et ayant moi-même fait partie de ce jury une année, je fais confiance à ces jurés lecteurs.

    Après avoir suivi le destin de plusieurs migrants dans Les échoués et après nous avoir plongé au cœur de Daesh dans Ce que tient dans ta main droite t’appartient, Pascal Manoukian aborde avec brio un autre sujet de société important, plus proche de nous : le déclassement social. Alors je vous préviens, si vous êtes un peu déprimé ou si vous aimez les romans feel good, ce roman n’est pas fait pour vous : l’optimisme n’est pas au rendez-vous ! :-p C’est un vrai roman social sur une chute rapide aux enfers dans la misère sociale sur fond de délocalisations, de mondialisation et de lutte des classes.

    « Le paradoxe d’Anderson est un paradoxe empirique selon lequel l’acquisition par un étudiant d’un diplôme supérieur à celui de son père ne lui assure pas, nécessairement, une position sociale plus élevée. » (Wikipedia)

    Ouvriers dans l’Oise, Aline et Christophe perdent leur emploi coup sur coup et se retrouvent sans aucun revenu du jour au lendemain. La chute est rapide… Pour ne pas perturber leur fille qui passe son bac économique (ironie du sort !), ils décident de ne pas en parler à leurs enfants et cela mène à plusieurs scènes rocambolesques. L’auteur a le don de décrire de petits moments de la vie quotidienne, il a l’œil pour capter ses scènes et les retranscrire dans ses romans. Par exemple, cette scène où un huissier vient chez eux et la mère lui demande de faire semblant de s’intéresser à la construction d’une piscine pour détourner l’attention.

    L’auteur dresse donc ici le portrait de la machine à broyer économique, l’humain est mis de côté et l’ouvrier local est dévalorisé. Le moral est en berne dans la famille et pourtant, ils font tout pour faire bonne figure et imaginent des combines pour s’en sortir ce qui donne lieu à des situations ubuesques. Le petit bémol ? Des scènes invraisemblables et je me suis demandée parfois comment la fille de 17 ans ne se rend compte de rien. Les aventures de « Bonux et Tide » sont quand même tirés par les cheveux mais elles m’ont fait rire et je ne m’attendais pas aux différents rebondissements de l’intrigue. La fin est aussi très réussie et m’a marqué, on se retrouve un peu assommée en le refermant !

    Pascal Manoukian sait aussi créer des personnages, on s’y attache de manière indéniable et on vit avec eux leurs angoisses. Poignant ! L’écriture est toujours aussi simple et efficace. D’un style fluide, l’auteur donne une voix, une nouvelle fois, aux oubliés de nos sociétés actuelles.

    Bref, ce roman est un vrai cri sur ce qu’est devenu la France profonde aujourd’hui et contre les délocalisations qui mènent à une telle misère sociale dans un milieu durement touché. C’est pessimiste mais certaines situations très concrètes prêtent à sourire et les personnages sont toujours aussi bien dépeints. L’auteur parvient à dresser un portrait social cruel mais d’une justesse incroyable du monde ouvrier.

    Ma chronique est aussi sur le blog : https://thetwinbooks.wordpress.com/2018/09/28/le-paradoxe-danderson-pascal-manoukian/

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  • Un univers que je connais bien puisque j'ai travaillé pendant 10 ans dans une usine d'un grand groupe hollandais.
    Au plus fort de l'activité, nous étions 2500 salariés, les lignes de production tournaient 24h/24.
    En 2006, ce fut la fermeture définitive du site !
    Plusieurs vagues de...
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    Un univers que je connais bien puisque j'ai travaillé pendant 10 ans dans une usine d'un grand groupe hollandais.
    Au plus fort de l'activité, nous étions 2500 salariés, les lignes de production tournaient 24h/24.
    En 2006, ce fut la fermeture définitive du site !
    Plusieurs vagues de licenciements ont eu lieu et c'est par "wagon" que j'ai vu mes collègues partir...

    A la lecture de ce roman, je me suis replongée dans ce milieu qui m'est très cher.
    Un monde du travail différent, une ambiance que l'on ne retrouve pas dans les autres secteurs !
    Il faut y travailler pour comprendre, ce sont des rapports humains particuliers... C'est vivant, humain, brut et sous le signe de l'entraide.


    « Vivre sans usines, c’est vivre sans poumons. »

    Pascal Manoukian nous raconte la descente aux enfers d'une famille ouvrière où le couple travaillant chacun dans une usine, se voient licencier l'un après l'autre, dans une région où le chômage prédomine.

    C'est le choc ! C'est le début des déboires, des tracas, une dégringolade du niveau de vie qui chute irrémédiablement.
    Les factures impayées, les prêts non honorés, l'argent qui manque, le sur-endettement. Et surtout la honte et une immense peur de tout perdre...

    C'est une histoire poignante que l'on va suivre avec ce couple, Aline et Christophe. Ils essayent de se battre férocement, afin de s'en sortir.
    Retrouver du travail, se débrouiller avec les moyens du bord allant même jusqu'à voler, tout est bon pour ne pas montrer à leurs enfants, qu'ils sont dans une situation dramatique.
    Sauver les apparences pour les deux êtres qu'ils aiment le plus : leur fille qui passe le bac cette année et qu'ils ne veulent pas perturber et leur fils, malade qu'ils ne veulent pas inquiéter.

    Une pression de tous les instants, de tous les jours !

    Une tension permanente tellement forte qu'ils pensent à l'irréparable...

    Vous l'aurez compris, c'est un roman fort qui aborde des sujets graves et très actuels comme la mondialisation, la délocalisation, la précarité, la déchéance, le chômage, le déclassement qui font frémir et qui bouleverse chacun de nous.

    Une histoire puissante qui parle de la crise du monde ouvrier et la fragilité sociale.

    De ces drames, malheureusement, s'ensuivent des actes désespérés !

    L'auteur décrit la détresse des ouvriers licenciés où LEUR MONDE s'écroule, emmenant toute la famille dans leurs désarrois.

    Car y a-t-il réellement une issue quand on a tout perdu !



    "Elle aimerait changer de trottoir, de famille, de maison. Ne plus penser à tous les obstacles, se vider la tête et s'envoler telle une perchiste au-dessus de la barre, la passer enfin après tant d'échecs."


    Lorsque ces femmes et ces hommes sont acculés et non plus aucune solution, perdant tous ce qu'ils ont construits tout au long de leur vie, à "la sueur de leur front"? Y a-t-il encore de l'espoir ?

    C'est en étant abasourdie et horrifiée, que j'ai refermé cet ouvrage, car nous ne sommes pas loin de la réalité !

    Un roman "coup de poing" qu'il faut lire évidemment !

    https://leslecturesdeclaudia.blogspot.com/2018/10/le-paradoxe-danderson.html

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  • C'est un roman social que nous propose Pascal Manoukian en cette rentrée littéraire.

    Direction L'oise, Essaimcourt.

    Une famille unie, Christophe et Aline, la quarantaine, deux enfants; Léa 17 ans qui prépare son bac socio-économique, Mathis atteint d'une étrange maladie ( il est fragile et...
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    C'est un roman social que nous propose Pascal Manoukian en cette rentrée littéraire.

    Direction L'oise, Essaimcourt.

    Une famille unie, Christophe et Aline, la quarantaine, deux enfants; Léa 17 ans qui prépare son bac socio-économique, Mathis atteint d'une étrange maladie ( il est fragile et a besoin de soins).

    Ils ont acheté à crédit une petite maison. Ils vivent modestement en construisant une belle unité familiale.

    Christophe travaille comme contremaître chez Univerre, usine construite sur les anciennes terres agricoles de son enfance - vendues par son père à l'époque pour joindre les deux bouts.

    Aline dont tout le village se souvient de Staline - le surnom de son grand-père Léon - est ouvrière dans une usine de textile.

    Ils sont heureux mais leur bonheur est précaire. Un rien peut tout faire basculer comme à d'autres, leurs voisins par exemple qui licenciés par sms avaient dû vendre leur maison pour une bouchée de pain.

    Léa révise activement pour décrocher son bac. C'est vers elle qu'ils portent tous leurs espoirs, un diplôme pour sortir de cette spirale, lui permettre d'accéder à une autre vie.

    Un matin en arrivant au travail chez Wooly, les machines les plus modernes, les plus performantes ont disparu, dont celle d'Aline qui se retrouve sur le carreau. Quelques semaines plus tard, chez Univerre rien ne va plus, on parle de délocalisation et une grève sera entamée. C'est un tsunami social pour Aline et Christophe qui veulent à tout prix faire comme si de rien n'était pour protéger les enfants et permettre à Aline de vivre l'année de son bac sans soucis.

    Le décor est planté. Quelle claque !

    Une fois encore, Pascal Manoukian me touche, il me bouleverse car quelle empathie dans son écriture. Il trouve les mots justes et nous fait ressentir ce que de nombreux travailleurs vivent ou ont vécus suite à une délocalisation ou fermeture d'entreprise. Comment en quelques regards, la caissière du supermarché peut décrypter qui a reçu sa prime de licenciement par exemple.

    Il nous parle du monde ouvrier, de sa précarité, de mondialisation, de délocalisation, de déclassement et fractures sociales. Des dérives du capitalisme, du fossé énorme entre les deux classes sociales, patron et ouvrier. De la course au profit et du prix à payer.

    L'écriture est fluide, aiguisée, puissante, juste, acérée. Les mots sont bien choisis, une petite pointe d'humour noir voire de cynisme nous délivre la détresse du monde ouvrier. C'est réaliste, noir, poignant.

    On suit un peu comme un journal, mois après mois, la vie de cette famille qui s'enlise peu à peu et essaie de trouver des solutions pour éviter le déclassement social.

    Un livre à lire de toute urgence.



    Ma note : coup de ♥


    Les jolies phrases

    Essaimcourt a la beauté de ces arbres presque morts, chaque feuille est un miracle et vient apporter sa tache de vie là où celle-ci a presque disparu.

    La terre reste mais les usines partent.

    Vous la connaissez cette terre, bon sang ! Vous l'avez travaillée durement. Elle est belle, grasse, généreuse. Ils vont lui arracher les entrailles, la castrer, la rendre stérile, la bétonner. Elle vous a toujours nourris. Les usines, elles, ne poussent qu'une fois et n'engraissent que ceux qui les possèdent.

    L'innovation inventait perpétuellement de nouveaux emplois qui en s'imposant, détruisaient les anciens, à terme, le solde entre postes créés et postes supprimés devait devenir positif.

    C'est comme ça, à peine fini d'élever ses enfants, il faut déjà s'occuper des parents.

    Aline vient de comprendre la mondialisation : c'est lorsque son travail disparaît dans un pays dont on ne connaît rien.

    Plus les parents ont peur du déclassement, plus ils poussent leurs enfants à entreprendre des études, mais plus les enfants accumulent les diplômes, moins ils trouvent du travail correspondant à leur niveau.

    Vivre sans usines, c'est vivre sans poumons. C'est par là qu'un pays respire, les gars. Sans elles, il s'essouffle, contraint d'être en permanence sous assistance. La désindustralisation, c'est le cancer.

    La mémoire est comme un buvard entre deux pages de cahier, elle ne garde que des traces. Des mots sans importance, des moments de rien.

    C'est la faiblesse des pauvres et des petits de s'accrocher à l'existence, si médiocre soit-elle. S'il suffisait d'abandonner pour se libérer des souffrances, il n'y aurait pas autant de misère.

    Les donneurs d'ordre ne savent même pas qu'ils existent. Ils suppriment des postes, en rajoutent, en transfèrent, en fusionnent, derrière leurs écrans, les yeux rivés sur le SIG, le REX, e EBE, le EBIT. Ce sont les seuls noms qu'ils prononcent dans leur espéranto boursier, les autres n'existent pas, Sandra, Magali, Christophe et Cindy ne rentrent pas dans leurs tableaux Excel, ou alors en soustraction.



    https://nathavh49.blogspot.com/2018/09/le-paradoxe-danderson-pascal-manoukian.html

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  • Les personnages, pour commencer : elle, c'est Aline Boîtier, ouvrière chez Wooly, une usine de textile. Lui, c'est Christophe Boîtier, ouvrier chez Univerre, une manufacture de verre.
    Ils ont 42 ans et gagnent 1300 euros par mois chacun.
    Deux enfants : Léa, 17 ans, qui passe un bac ES et...
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    Les personnages, pour commencer : elle, c'est Aline Boîtier, ouvrière chez Wooly, une usine de textile. Lui, c'est Christophe Boîtier, ouvrier chez Univerre, une manufacture de verre.
    Ils ont 42 ans et gagnent 1300 euros par mois chacun.
    Deux enfants : Léa, 17 ans, qui passe un bac ES et s'initie chaque jour aux notions de « destruction créatrice », « paradoxe d'Anderson », « obsolescence des compétences », expliquant à ses parents le sens de ces formules abstraites et un peu absconses. Son petit frère, Mathis, est un enfant fragile, sujet aux convulsions. Sa santé inquiète beaucoup ses parents.
    Ils vivent dans un petit pavillon à Essaimcourt dans le nord de l'Oise.
    Bientôt, ils auront de nouveaux voisins. Les anciens propriétaires ont été licenciés et leur maison vendue aux enchères pour une bouchée de pain. Le bonheur des uns fait le malheur des autres. Pour le moment, des Moldaves, « des travailleurs détachés » explique Léa qui révise son cours « en direct », la remettent à neuf : les nouveaux propriétaires vont bientôt prendre possession des lieux.
    Pour la famille Boîtier, ce n'est pas le bonheur mais presque. Ils ont le sentiment de mettre la tête hors de l'eau et peuvent enfin faire quelques projets. Ouf !
    Et puis, un jour, la mauvaise nouvelle tombe : le licenciement. Pour Aline.
    C'est l'effondrement. La direction a décidé de délocaliser. De nuit, ils ont viré le matériel. Aline décide de ne rien dire à sa fille, pour la protéger. Léa ne doit pas rater son bac, elle doit s'en sortir, avoir un bel avenir !
    Vous imaginez bien que leur drame ne s'arrêtera pas là...
    Alors, ce roman ?
    Si je l'ai aimé ? Oui, bien sûr même si honnêtement, je n'ai pas eu le sentiment d'apprendre grand-chose. Comment rester insensible à la tragédie que traversent ces ouvriers, comment accepter l'inacceptable : les délocalisations, le chômage, l'endettement, la misère, le désespoir ? Pour ceux qui n'imagineraient pas comment ça se passe chez les gens qui perdent tout du jour au lendemain, le livre de Pascal Manoukian montre clairement la dégringolade, la chute : l'impossibilité soudain de rembourser le crédit pour la maison et de changer la voiture en fin de course, d'échapper à la malbouffe, d'acheter une fringue correcte au gamin, de se chauffer, de s'offrir quelques jours de vacances, d'avoir une image un tant soit peu positive de soi.
    On le sait depuis Zola, dont Pascal Manoukian se fait ici le digne descendant, la condition ouvrière fait de la vie un sable mouvant dans lequel, au moindre faux pas - la chute de Coupeau de son toit... - on s'enfonce chaque jour un peu plus. Un travail dur, répétitif, les problèmes de santé qui en découlent, l'usure psychologique et morale transforment la vie en cauchemar. Beaucoup tiennent, ils n'ont pas le choix. S'ils se retrouvent au chômage, leur absence de qualification et l'inexistence d'offres d'emploi les laissent sur le carreau.
    Le roman de Pascal Manoukian est terrible, c'est une évidence. Je vois même autour de moi une réalité encore plus noire : des hommes et des femmes épuisés et dont l'extrémité des doigts est noire car gelée par les températures extrêmement basses des salles réfrigérées où ils s'épuisent chaque jour, des enfants qui ne mangent pas le soir, leur seul repas étant celui de la cantine le midi, des gens qui ont froid parce qu'il n'y a pas d'argent pour se chauffer ni d'eau chaude pour se laver, des familles qui ne partent jamais en vacances, même pas en rêve. Pourquoi est-ce que je vous dis cela ?
    Eh bien parce que, aussi curieux que cela puisse paraître et même si j'ai beaucoup apprécié ce roman, j'ai ressenti un léger malaise, comme une insatisfaction : je vais tenter de m'expliquer.
    Si les artifices visibles dans une fiction ne me dérangent pas quand celle-ci s'éloigne d'emblée de la réalité, en revanche, lorsque, dès le début, le roman semble nous orienter vers une grille de lecture plutôt réaliste, la moindre invraisemblance devient pour moi gênante. Justement, ici certains de ces artifices peinent, je trouve, à se faire oublier. Et, pour tout dire, quelques scènes me semblent sonner faux : ainsi, la jeune fille qui est comme par hasard en série ES et qui vient expliquer à sa mère ce qu'est le paradoxe d'Anderson et d'autres notions d'économie au moment même où la mère est en train de flancher, non, franchement, je n'y ai pas cru. Et puis, c'est un peu démonstratif. Aline et Christophe transformés en Bonux and Tide pour le braquage du supermarché Simply : on entre dans le grotesque ! Le tour de l'Europe sans quitter l'Oise, le goûter d'anniversaire chez Picwic sont des scènes qui frôlent la comédie : elles sont évidemment pleines de bons sentiments mais leur accumulation vient un peu atténuer la force tragique du reste de l'oeuvre. Et le voisin qui se trouve être … (j'évite de spoiler) : c'est vraiment peu plausible.
    En fait, tout est une question de dosage : le premier vol dans l'épicerie, on admet et puis, la scène est d'un burlesque tellement irrésistible que l'on craque. Par contre, après, le braquage a du mal à passer.
    Quant à la scène finale, je conçois qu'on puisse être sensible à sa construction, mais je l'ai trouvée, pour ma part, trop démonstrative.
    Ces scènes m'ont gênée, j'en sentais trop la construction, l'artifice. Tout au long du roman, j'ai vu le fil rouge, cousu de fil blanc. Et cela a mis un bémol à mon plaisir de lectrice.
    Mais, finalement, peut-être me suis-je fourvoyée sur le genre, m'attendant à un roman réaliste alors qu'il s'agirait plutôt d'une espèce de « fable » didactique n'hésitant pas à recourir à des effets grossissants pour faire passer un message social voire politique.
    Mais bon, ce n'est que mon petit avis. Le paradoxe d'Anderson reste un roman nécessaire et s'il pouvait aider nos politiques à prendre conscience de ce qui se passe sur le terrain, loin de leurs tours d'ivoire, ce serait un pas de plus vers le progrès. Mais ça, j'en doute ! (qu'est-ce que je suis sombre comme nana!)

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  • Ce livre relate la triste réalité de nos industries, des fermetures de nos usines, des dégâts provoqués dans la vie des employés, des relations familiales, de la protection de l'entourage dans de telles situations
    Belle écriture
    Beau texte

    Un livre à mettre entre les mains des dirigeants...
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    Ce livre relate la triste réalité de nos industries, des fermetures de nos usines, des dégâts provoqués dans la vie des employés, des relations familiales, de la protection de l'entourage dans de telles situations
    Belle écriture
    Beau texte

    Un livre à mettre entre les mains des dirigeants peu scrupuleux.

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  • Paradoxe d’Anderson : paradoxe empirique selon lequel l'acquisition par un étudiant d'un diplôme supérieur à celui de son père ne lui assure pas, nécessairement, une position sociale plus élevée.
    Aline habite dans l'Oise, près de Beauvais avec son mari Christophe et leurs deux enfants Mathis et...
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    Paradoxe d’Anderson : paradoxe empirique selon lequel l'acquisition par un étudiant d'un diplôme supérieur à celui de son père ne lui assure pas, nécessairement, une position sociale plus élevée.
    Aline habite dans l'Oise, près de Beauvais avec son mari Christophe et leurs deux enfants Mathis et Léa. Ils travaillent tous deux dans des usines (de chaussettes pour elle, de bouteilles pour lui). Léa passe le bac « ES » cette année, elle rêve de changer le monde, son petit frère Mathis lui souffre d’une maladie « inconnue ».
    L’Oise a pris la crise de plein fouet et en septembre les deux usines qui les emploient délocalisent. Aline et Christophe vont alors redoubler d’imagination pour essayer de faire comme avant et ne pas « compromettre » le bac de Léa.
    Ce roman est une chronique sociale sur la détresse du monde ouvrier face à la mondialisation et aux délocalisations. Ce livre m’a énormément touchée car c’est un livre engagé, militant mais surtout profondément humain qui nous livre les dérives de notre société.
    Manoukian décrit avec beaucoup de justesse la détresse des ouvriers licenciés, leur amour pour leurs enfants pour lesquels ils rêvent de réussite .
    « Prolétaires : Citoyens de la plus basse classe, dont les enfants sont la seule richesse ».
    « C'est pour ça que l'on fait des enfants, pour les hisser sur ses épaules, le plus haut possible, les aider à atteindre ce que l'on n'a pas pu atteindre soi-même. »
    Le récit est simple, vivant teinté d’humour même si je déplore quelques épisodes moins réussis( le braquage du supermarché qui sonne faux).
    Un livre à conseiller à nos dirigeants !

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  • « Le Paradoxe d’Anderson » de Pascal Manoukian, est un microcosme littéraire qui ploie ses branches cassantes sous les diktats sociétaux. Tout se passe dans l’Oise, sur cette terre éreintée par les affres du chômage et des délocalisations. On sent les courants d’air, le temps gris comme une...
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    « Le Paradoxe d’Anderson » de Pascal Manoukian, est un microcosme littéraire qui ploie ses branches cassantes sous les diktats sociétaux. Tout se passe dans l’Oise, sur cette terre éreintée par les affres du chômage et des délocalisations. On sent les courants d’air, le temps gris comme une chape de plomb, les angoisses, et ce froid mordant qui glace tous les espoirs. Les fins de mois compliquées sonnent le glas. Les volets se ferment. Le lecteur est pris dans un tourbillon où son corps chute aussi vite que cette grande détresse. « C’est comme une coulée de boue, un glissement de terrain, un éboulis d’espoirs déracinant tout sur son passage, les rêves et les projets, rasant des vies au hasard. » L’écriture est aérienne, langagière et chaleureuse. Elle incite à la compréhension, à la compassion, à la fraternité. Solidaire, elle emporte avec elle les souffrances de cette famille en péril, détruisant tout sur son passage. Ce récit est le papier calque de l’irrévocable. Pascal Manoukian est un homme du terrain. Ses engagements sont dans « Le Paradoxe d’Anderson »porte- voix et cris d’alarmes. Ce roman n’est pas né du hasard, mais par ce cri qui ne peut sortir de la gorge. Emouvant, sa force tient dans la ténacité et dans l’urgence du dire. C’est un roman qui dévore les lignes des journaux, de tous ces faits divers dramatiques où les êtres deviennent des dés lancés, en espérant que le bon numéro maintienne le travail et sa gloire. C’est un roman clef, qui témoigne de ce temps qui devient un roseau qui se plie sous l’avalanche des désespoirs. Un roman qui donne au travail sa valeur des rois et qui incite au regard tolérant et aidant. Publié par Seuil Roman « Le paradoxe d’Anderson » est à lire quand tout va bien.

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  • http://leslivresdejoelle.blogspot.com/2018/09/le-paradoxe-danderson-de-pascal.html

    " Les usines n'engraissent que ceux qui les possèdent. "

    Aline, la quarantaine, est chef d'équipe dans une fabrique de textile dans le nord de l'Oise, son mari Christophe occupe le même poste dans une usine...
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    http://leslivresdejoelle.blogspot.com/2018/09/le-paradoxe-danderson-de-pascal.html

    " Les usines n'engraissent que ceux qui les possèdent. "

    Aline, la quarantaine, est chef d'équipe dans une fabrique de textile dans le nord de l'Oise, son mari Christophe occupe le même poste dans une usine de fabrication de bouteilles. Ils forment un couple uni et vivent un bonheur parfait avec leurs deux enfants, le jeune Mathis à la santé fragile et Léa qui rêve de changer le monde et de voyager pour aider les autres.

    Mais la crise économique sévit dans la région et la vie du couple bascule lorsque les deux usines qui les emploient délocalisent leur activité. Les machines qu'Aline supervise sont déménagées de nuit et la jeune femme est informée de son licenciement par texto. Quant à Christophe, face aux menaces qui pèsent sur son usine, il se met en grève et occupe son usine avec ses camarades.

    Pour les épargner et ne pas perdre leur estime, Aline et Christophe cachent la vérité à leurs enfants et font semblant de vivre comme avant. Il leur faut protéger leur fille Léa, 17 ans, qui prépare son bac, un examen qui est pour eux synonyme d'ascenseur social. Léa est en section "économique et social" et étudie le fameux Paradoxe d'Anderson selon lequel l'acquisition d'un diplôme supérieur à celui de son père n'assure pas, nécessairement, à un étudiant une position sociale plus élevée. "Plus rien n’est acquis. Plus rien ne protège. Pas même les diplômes". C'est l'occasion pour Aline qui aide sa fille à réviser de réfléchir aux différents modèles économiques avec en mémoire les mots de son grand-père communiste, surnommé Staline, un homme aux fortes convictions.

    Cette histoire de déclassement social, tristement d'actualité, est poignante et serre le cœur jusqu'au dénouement final. J'ai rarement vu des personnages aussi forts et aussi attachants que ceux que Pascal Manoukian met en scène dans ses romans. Il signe ici un roman engagé dans lequel il égratigne au passage quelques hommes politiques avec des propos bien acérés. Il décortique le phénomène de la mondialisation, des délocalisations d'usines et dénonce le mépris des dirigeants. Il dépeint des situations qui font trop souvent la une des médias et raconte le désespoir, l'humiliation et l'impuissance des laissés pour compte. Tout au long du livre on ressent très fort sa colère et sa profonde empathie pour les victimes de la crise économique et de la casse sociale. Voilà un écrivain qui a choisi, de livre en livre, de parler de l'homme, des démunis, des faibles et qui le fait magnifiquement bien avec beaucoup de justesse et d'humanité. Un livre fort et nécessaire comme tous les romans de cet auteur. Un roman qui fait écho au film "En guerre" sorti cet hiver.

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