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Le coeur synthétique

Couverture du livre « Le coeur synthétique » de Chloe Delaume aux éditions Seuil
  • Date de parution :
  • Editeur : Seuil
  • EAN : 9782021425451
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Adélaïde vient de rompre, après des années de vie commune. Alors qu'elle s'élance sur le marché de l'amour, elle découvre avec effroi qu'avoir quarante-six ans est un puissant facteur de décote à la bourse des sentiments. Obnubilée par l'idée de rencontrer un homme et de l'épouser au plus vite,... Voir plus

Adélaïde vient de rompre, après des années de vie commune. Alors qu'elle s'élance sur le marché de l'amour, elle découvre avec effroi qu'avoir quarante-six ans est un puissant facteur de décote à la bourse des sentiments. Obnubilée par l'idée de rencontrer un homme et de l'épouser au plus vite, elle culpabilise de ne pas gérer sa solitude comme une vraie féministe le devrait. Entourée de ses amies elles-mêmes empêtrées dans leur crise existentielle, elle tente d'apprivoiser le célibat, tout en effectuant au mieux son travail dans une grande maison d'édition. En seconde partie de vie, une femme seule fait ce qu'elle peut. Les statistiques tournent dans sa tête et ne parlent pas en sa faveur : « Il y a plus de femmes que d'hommes, et ils meurent en premier. » À l'heure de #metoo, Chloé Delaume écrit un roman drôle, poignant, et porté par une écriture magnifique.

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Avis (8)

  • Le cœur synthétique est un roman d'autofiction, largement inspiré du vécu de Chloé Delaume et de ses copines. Il décrit l'angoisse d’une quadragénaire célibataire rongée par la peur de la solitude. Alors quitter son mari et une certaine sécurité sentimentale et matérielle est-ce si aisé pour une...
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    Le cœur synthétique est un roman d'autofiction, largement inspiré du vécu de Chloé Delaume et de ses copines. Il décrit l'angoisse d’une quadragénaire célibataire rongée par la peur de la solitude. Alors quitter son mari et une certaine sécurité sentimentale et matérielle est-ce si aisé pour une femme ?

    Le cœur synthétique c'est l'histoire d'Adélaïde, attachée de presse dans une maison d'édition, qui se retrouve soudain sur le marché de l'amour à la suite de son divorce. Très vite, elle se rend compte qu'à la quarantaine bien tapée, une femme seule n'intéresse plus beaucoup les hommes. Elle vaut autant qu'un chômeur de son âge sur le marché de l'emploi, c'est dire ! Dès lors, comment assumer en bonne féministe son indépendance et son célibat quand on ne supporte pas la solitude ?

    Heureusement Adélaïde sait qu'elle peut compter sur ses quatre amies pour mettre en place tous les stratagèmes possibles voire, invoquer les déesses de l'amour. Grâce à elles, elle va rencontrer un homme. Peu convaincue par cette histoire, elle va de nouveau goûter au célibat, tenter d'apprivoiser ses contradictions, de résister à la pression sociale, apprendre à se suffire à elle-même et tenir tête à cette société patriarcale dominée par le sexe masculin y compris dans le milieu professionnel. Finalement Adélaïde n'est pas seule, elle a ses amies et son chat. Et puis prendre soin les unes des autres, c'est déjà de l'amour.

    À travers ce roman drôle, caustique et il est vrai, tellement contemporain, Chloé Delaume tente de déconstruire toutes les représentations d'une vie réussie. Elle dédramatise le célibat des femmes, ouvre le champ des possibles, loue la sororité et redonne confiance à la gent féminine. Au passage, elle égratigne le milieu de l'édition qui a tendance à privilégier l'économique plutôt que le qualitatif. Le cœur synthétique est une satire sociale réjouissante à l’écriture ciselée. Et cerise sur le gâteau, le lecteur a le choix de la fin.

    Alors que vous soyez célibataire ou pas, Le cœur synthétique de Chloé Delaume est à lire pour le plaisir et son côté très XVIIIème siècle. Une vraie comédie humaine !

    https://the-fab-blog.blogspot.com/2020/11/mon-avis-sur-le-cur-synthetique-de.html

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  • Adélaïde vient de rompre, après des années de vie commune. Alors qu'elle s'élance sur le marché de l'amour, elle découvre avec effroi qu'avoir quarante-six ans est un puissant facteur de décote à la bourse des sentiments. Obnubilée par l'idée de rencontrer un homme et de l'épouser au plus vite,...
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    Adélaïde vient de rompre, après des années de vie commune. Alors qu'elle s'élance sur le marché de l'amour, elle découvre avec effroi qu'avoir quarante-six ans est un puissant facteur de décote à la bourse des sentiments. Obnubilée par l'idée de rencontrer un homme et de l'épouser au plus vite, elle culpabilise de ne pas gérer sa solitude comme une vraie féministe le devrait. Entourée de ses amies elles-mêmes empêtrées dans leur crise existentielle, elle tente d'apprivoiser le célibat, tout en effectuant au mieux son travail dans une grande maison d'édition. En seconde partie de vie, une femme seule fait ce qu'elle peut. Les statistiques tournent dans sa tête et ne parlent pas en sa faveur : « Il y a plus de femmes que d'hommes, et ils meurent en premier. » À

    Malgré une belle plume, je n'ai pas accroché à ce roman. La succession de courts paragraphes m'a fait penser à des nouvelles et je n'ai pas vraiment compris où Chloé Delaume voulait m'emmener. Mais je suis sûre que d'autres trouveront du plaisir à lire ce roman drôle par moment et sérieux à d'autres.

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  • Adélaïde, fraîchement divorcée, 46 ans, sans enfant par choix, attachée de presse dans l'édition, se retrouve paniquée devant le vide sidéral de sa vie amoureuse. On la suit pendant plus d'un an, persuadée d'avoir trouvé le bon à chaque rencontre, prête même à reprendre contact avec ses ex pour...
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    Adélaïde, fraîchement divorcée, 46 ans, sans enfant par choix, attachée de presse dans l'édition, se retrouve paniquée devant le vide sidéral de sa vie amoureuse. On la suit pendant plus d'un an, persuadée d'avoir trouvé le bon à chaque rencontre, prête même à reprendre contact avec ses ex pour ne plus endurer la solitude.
    Ce portrait de femme qui se veut libre, affranchie des diktats de la société, pétrie de contradictions lorsqu'elle est prise d'"épousite aigüe", incapable de vivre sans le regard d'un homme, est jubilatoire.
    C'est aussi un portrait cruel, cynique, sans concession mais tellement vrai de la femme de 50 ans qui se retrouve sur le marché marital, qui est devenue invisible pour les hommes, en surnombre, on parle même de "viande avariée". Cette Adélaïde est bien proche de Bridget Jones!
    A côté de ce côté auto-dérision, de cette comédie, qui m'a fait sourire plusieurs fois, les thèmes abordés sont importants et le principal d'entre eux est la sororité comme espace de liberté et d'amour; c'est là qu'une femme serait sûre de trouver soutien, compréhension, chaleur.
    Autre thème, le mépris, l'ironie affiché à l'égard des hommes qui sont tous bourrés de défauts rédhibitoires, aussi bien dans la vie personnelle que dans la vie professionnelle; les femmes, elles aussi, ont des défauts mais Chloé Delaume, les rend sympathiques, amusants. Je retrouve là, quelque chose qui m'avait déjà dérangée dans un autre roman "féministe", "Fille" de Camille Laurens où aucun homme ne trouve grâce à ses yeux, comme si nous, les femmes, devions rejeter la moitié de l'humanité dans un "nous contre eux" au lieu d'un "nous avec eux".
    Le milieu de l'édition en prend pour son grade avec les croche-pattes, le stress, l'artificialité et un unique but, l'obtention d'un prix prestigieux en favorisant les écrivains "bankable" au détriment d'autres moins vendables mais avec peut-être plus de talent.
    Enfin, cela fait bien longtemps que je n'avais pas dû m'armer d'un bon dictionnaire. Jugez par vous-même? Connaissez-vous la signification d'athamé, notule, tokophobie, sitophilie, uchronie, coven? Eh, bien! Moi, si, maintenant grâce à Chloé Delaume :-)

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  • Avec celui de Fabrice Caro, ce sont les deux romans drôles de cette rentrée littéraire à découvrir !
    Adélaïde, 46 ans, vient de divorcer à sa demande. Elle se retrouve seule dans un minuscule studio à Paris. Elle déprime et veut retrouver un mari au plus vite. Mais elle se rend compte qu'à son...
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    Avec celui de Fabrice Caro, ce sont les deux romans drôles de cette rentrée littéraire à découvrir !
    Adélaïde, 46 ans, vient de divorcer à sa demande. Elle se retrouve seule dans un minuscule studio à Paris. Elle déprime et veut retrouver un mari au plus vite. Mais elle se rend compte qu'à son âge, elle n'intéresse plus les hommes qui préfèrent des femmes plus jeunes.
    Elle a 4 amies très différentes et avec des situations sociales/familiales aussi hétéroclites : Bérangère, Judith, Hermeline et Clotide. Ses amies essayent de l'aider en listant tous ses "ex" pour les contacter sur Facebook, en organisant des fêtes et ultime recours en s'adressant aux déesses lors d'une cérémonie de sorcières.
    Après cette cérémonie, elle rencontre Martin, mais comme elle n’a pas été assez précise dans sa demande, après quelques temps de bonheur et qu’il lui déclare « Je t’aime mais je ne te désire pas », elle le quitte. Retour à la case départ avec son chat nommée Perdition comme seule compagnie.
    En parallèle, on la suit dans son métier d'attachée de presse d'une maison d'édition notamment au moment la rentrée littéraire. Et cela donne des passages très drôles également.
    Chloé Delaume propose plusieurs fins/scénarios possibles et c’est assez original.
    Ce roman est très agréable à lire. Les situations font souvent sourire. Sous cette apparente légèreté de déboires sentimentaux, Chloé Delaume aborde des sujets sérieux comme la solitude mais aussi la sororité. Adélaïde est en proie à ses contradictions, comme beaucoup de femmes, un peu d’autodérision, ça fait du bien ! Les hommes en prennent pour leur grade aussi (patriarcat), et le monde de l’édition n’est pas reste (rentabilité, capitalisme), ça sent le vécu !
    Prix Médicis 2020.

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  • Adélaïde vient de se séparer de son compagnon. Elle avait fait le tour de la relation. Seulement, elle découvre qu’à 46 ans, elle ne plaît plus autant que lorsqu’elle en avait 20 ou 30. Elle sait qu’il y a plus de femmes que d’hommes, et en particulier à Paris, où vit cette éditrice. Elle tente,...
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    Adélaïde vient de se séparer de son compagnon. Elle avait fait le tour de la relation. Seulement, elle découvre qu’à 46 ans, elle ne plaît plus autant que lorsqu’elle en avait 20 ou 30. Elle sait qu’il y a plus de femmes que d’hommes, et en particulier à Paris, où vit cette éditrice. Elle tente, tâtonne, encouragée par ses amies. Elle fuit la solitude. Va de déboire en déboire. Au travail non plus, ce n’est pas la joie. Le groupe vient d’être racheté et la ligne éditoriale change.
    Globalement, c’est une lecture agréable, qui se lit vite. On croirait retrouver une Bridget Jones parisienne. Pas mal de thèmes intéressants sont évoqués : la sororité, le fait qu’une femme de 46 ans ne plaît plus autant qu’une plus jeune (il y a d’ailleurs des études qui mettent en lumière que les femmes trouvent attirants des hommes de leur âge, or chez ces messieurs, ils vont, à partir du milieu de leur vie, trouver plus attirantes des femmes plus jeunes), le monde capitaliste qui exige des résultats, même dans un domaine lié à l’art. Seulement, aucune n’a vraiment été explorée en profondeur. C’est dommage. Ça en fait une bonne lecture mais pas un livre inoubliable.

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  • Après plusieurs auto fictions féministes au style expérimental , Chloé Delaume nous propose un roman drôle et accessible pour tous sur une parisienne en mal d’amour .
    Adélaïde, femme de 46 ans fraîchement séparée de son compagnon de longue date, est bien décidée à rencontrer rapidement l’âme...
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    Après plusieurs auto fictions féministes au style expérimental , Chloé Delaume nous propose un roman drôle et accessible pour tous sur une parisienne en mal d’amour .
    Adélaïde, femme de 46 ans fraîchement séparée de son compagnon de longue date, est bien décidée à rencontrer rapidement l’âme sœur et pourquoi pas , un mariage ! Mais à cet âge là, le marché de l’amour est bien pauvre. Aidée par son groupe d’amies fidèles, elle va gérer son célibat tant bien que mal ainsi que son travail prenant dans une maison d’edition parisienne.
    En voilà un roman pittoresque sur la solitude des femmes de la quarantaine riche en longues soirées seules dans un petit studio , en rencontres sans suite . Elle décrit justement cette quête de l’amoureux par les réseaux sociaux, les soirées privées , les boîtes de nuit dans une société où les femmes seules parisiennes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes. On suit avec plaisir les tribulations d’Adelaide dans sa chasse effrénée et peu réussie :elle devra user de multiples stratagèmes et ruses.
    Le personnage d’Adelaide est émouvante dans ses contradictions ; c’est une féministe qui revendique haut et fort son autonomie mais aussi sensible aux injonctions sociales du corps d’une femme désirable et rêvant d’un mariage bien classique.
    Comme toujours Chloé Delaume insiste sur la sororite entre femmes et l’illustre par le groupe d’amies , toutes malmenées par la vie, mais unies pour s’entraider. Adélaïde va prendre soin d’elle-même , se rééquilibrer grâce à cette amitié féminine jusqu’à une belle conclusion sereine et douce .
    Adélaïde , attachée de presse, décrit un monde de l’edition impitoyable, cruel, particulièrement pour la rentrée littéraire de septembre avec beaucoup de précision ( cela sent le vécu) et de dérision.on s’amuse de la course aux prix littéraires ,des auteurs caractériels , des luttes de pouvoir entre éditeurs. Ces paragraphes sont savoureux !
    J’ai beaucoup apprécié ces expériences de femmes, très incarnées dans leurs vies personnelles, sans clichés faciles et gratuits. Elles portent toutes des failles ce qui nous les rend émouvantes ces sœurs-cieres. Sous ces airs légers, ce sujet sensible et lourd nous touche de plein fouet.
    Le ton de l’auteur alterne entre ironie et tendresse , appuyé par une belle écriture rythmée et fluide.
    C’est une belle histoire d’amitié entre femmes qui fait du bien .

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  • "C'est l'histoire d'une fleur bleue qui n'a plus de racines à force d'être dépotée. Un cœur dans un bocal, une rose trémière coupée. Adélaïde Berthel, c'est une femme comme une autre. Qui désormais apprend la solitude, comme l'exilée apprend une langue étrangère".

    Adélaïde a plutôt bien...
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    "C'est l'histoire d'une fleur bleue qui n'a plus de racines à force d'être dépotée. Un cœur dans un bocal, une rose trémière coupée. Adélaïde Berthel, c'est une femme comme une autre. Qui désormais apprend la solitude, comme l'exilée apprend une langue étrangère".

    Adélaïde a plutôt bien enchaîné ses histoires d'amour, la dernière en date a duré presque dix ans, elle en est sortie par lassitude et s'est tournée aussitôt vers l'avenir. Sauf que. Adélaïde a quarante-six ans. Si elle ne s'en était pas spécialement rendu compte, la société et le regard des hommes vont se charger de le lui rappeler. Adélaïde est une femme qui assure. Une super attachée de presse dans l'édition, prête à défendre ses poulains, astucieuse, pleine de ressources. Pas très loin de ce qu'on appelle une battante, engagée dans la vie parisienne trépidante. Alors elle se dit qu'il suffit de sortir, de multiplier les occasions. Que d'après les statistiques, entre sa vie professionnelle qui lui offre des tas d'opportunités de rencontre et ses loisirs, ça devrait le faire. Pourtant, les désillusions s'enchaînent, y compris côté boulot, le contexte n'étant pas hyper favorable du côté de l'édition. Heureusement il y a les copines. La bande des quatre. Chacune faisant ce qu'elle peut, et même un peu de sorcellerie, loin des stéréotypes de la vie de famille idéale. Et qui composent à elles seules une étude de marché exhaustive de la situation amoureuse d'une femme de plus de quarante-cinq ans...

    J'ai adoré ce roman. D'abord son ton, une dose de cash, une pointe d'ironie, une autre de lucidité, quelques grammes de sarcasmes et une bonne louche de tendresse. L'auteure a certainement pioché sa matière de fond dans un corpus d'études sociologiques qui lui permet de camper des personnages féminins que l'on comprend immédiatement. Son héroïne est une femme intelligente, plutôt favorisée (même si la séparation l'a laissée sur la paille), bon job... seul son âge est un problème en particulier lorsque se trouvent dans la même pièce des spécimens de vingt ans de moins. Devinez avec qui repart le seul type "libre" de la soirée ? Mais j'ai aussi beaucoup aimé la peinture du milieu de l'édition que s'autorise Chloé Delaume grâce au métier d'Adélaïde. Ça grince, hein. Ça sent le vécu. On enchaîne les scènes qui font sourire, surtout en période de rentrée littéraire. Très juste aussi tout ça. L'auteure tente d'imaginer la vie future de son héroïne, accompagne son apprentissage au fur et à mesure qu'elle assimile les données nouvelles, dessine des options, on verra... Ce qui est certain néanmoins nous dit-elle, statistiques à l'appui, c'est que tout finira entre femmes. Alors autant s'organiser dès à présent.

    Une lecture grinçante qui compose un diptyque intéressant et réjouissant avec Juvenia de Nathalie Azoulai.

    (chronique publiée sur mon blog : motspourmots.fr)

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  • Cela fait plus de vingt ans que Chloé Delaume publie sous diverses formes, autofictives souvent, expérimentales presque toujours. Avec Virginie Despentes, c'est sans doute une des auteures étiquetées « féministes » que j'aime le plus à suivre tant sa pensée est vive, contemporaine, incisive...
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    Cela fait plus de vingt ans que Chloé Delaume publie sous diverses formes, autofictives souvent, expérimentales presque toujours. Avec Virginie Despentes, c'est sans doute une des auteures étiquetées « féministes » que j'aime le plus à suivre tant sa pensée est vive, contemporaine, incisive avec ce qu'il faut de piquant et d'iconoclaste.

    Le Coeur synthétique est sans doute son roman le plus accessible de Chloé Delaume, à la troisième personne cette fois même si on sent le « je » de l'auteure très présent, avec une histoire linéaire aisée à suivre. En fait ce roman est comme une suite romanesque de son manifeste féministe Mes biens chères soeurs ( 2019 ) qui théorisait brillamment le concept de sororité, une solidarité spécifiquement féminine, comme outil de puissance, comme alternative au patriarcat et promesse pour écrire un futur égalitaire.

    Dans King Kong théorie, Virginie Despentes disait : « j'écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf ». Chloé Delaume, elle, écrit « de chez les ex-bonnasses, les suffisamment côtées sur le marché pour avoir reçu des appels d'offre et avoir eu le choix des options ».

    Chloé Delaume a un réel talent à absorber la totalité des expériences féminines, déclinant en cinq personnages toutes les facettes de l'ex-bonnasse, des quadra cultivées et diplômée ( mère ou nullipare, hétéro ou pas, célibataire ou en couple ) mais sans jamais que ces cinq nanas ne soient que des stéréotypes calquées sur une thèse qui tournerait à vide. Adelaïde, Hermeline, Clotilde, Judith, Bérangère sont tellement incarnées et éloignées du pensum artificiel qu'on s'attache à elle immédiatement, à commencer par le personnage principal dont on suit les mésaventures : Adelaïde, 46 ans, volontairement sans enfant, attachée presse, fraichement célibataire par choix mais obnubilée par l'idée de retrouver un homme et de se marier.

    Ce qui est génial dans ce roman, c'est que si elle va de Charybde en Scylla dans sa quête de l'amour, c'est le ton tragi-comique subtilement trouvé par Chloé Delaume. Tout est terrible dans le constat qu'elle dresse de la date de péremption des femmes passées 40 ans, tout est cruel lorsque Adelaïde réalise qu'elle n'est qu'une « ex-bonnasse » devenue transparente et décôtée sur le marché de la drague, et pourtant tout est raconté avec un sens du burlesque absolument réjouissant. Comme dans une vraie comédie de moeurs, j'ai énormément ri lors des scènes au vitriol sur le milieu de l'édition parisienne ou lors de rencontres masculines désopilantes de tristesse.

    Il faut dire que Chloé Delaume est une styliste et que son écriture est jubilatoire, faite de phrases courtes et incisives qui clinquent et claquent. le choix des mots et de leur agencement relève d'un équilibre d'orfèvre miniaturiste attaché à rendre chaque phrase à la fois autonome comme une petite histoire et rattaché à un grand tout qu'elle fait fonctionner. Brillant.

    Mais jamais le propos ne se fait amer, aigre, rageux, ce qui est très fort vu la charge sociétale que l'auteure balance. Si les hommes sont peu reluisants dans ce roman, les femmes sont elles aussi pleines de failles et de défauts, Adelaïde notamment avec son épousite aigüe entre le risible et le pathétique. Chloé Delaume convainc car elle émeut profondément, son roman est vivant et vibre de tous ses pores d'une sincérité et d'une acuité rayonnantes.
    Toute la démonstration du livre autour de la sororité formée par ses cinq amies culmine dans les dernières pages, superbes et emplies de douceurs. La sororité comme un cri de ralliement pour les années à venir, pour toutes les femmes et leurs alliés !

    Coup de coeur sur ce roman réjouissant et vif, cruellement réaliste, terriblement contemporain, puissamment féministe.

    Lu dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2020

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