D'un cheval l'autre

Couverture du livre « D'un cheval l'autre » de Bartabas aux éditions Gallimard
  • Date de parution :
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782072879173
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

« C'est ce soir-là, après avoir copieusement arrosé l'arrivée du nouveau venu, que nous avons décidé dans l'euphorie et à l'unanimité de le baptiser Zingaro. Il endosserait le nom de notre Théâtre équestre et musical, premier nommé il donnerait à la troupe sa descendance. Plus tard, tandis que... Voir plus

« C'est ce soir-là, après avoir copieusement arrosé l'arrivée du nouveau venu, que nous avons décidé dans l'euphorie et à l'unanimité de le baptiser Zingaro. Il endosserait le nom de notre Théâtre équestre et musical, premier nommé il donnerait à la troupe sa descendance. Plus tard, tandis que la fête se répandait joyeusement dans la nuit et que s'épanchaient les coeurs imbibés, je me suis surpris, comme souvent, étrangement silencieux, distant, à ne plus trouver ma place. J'éprouve dans ces moments le besoin de me retirer ; de m'évaporer sans au revoir ni salut. Je suis allé le rejoindre dans son box, je n'ai pas allumé, je me suis glissé dans son antre comme on se glisse sous les draps de l'amante endormie. Il était couché sur le flanc gauche, je me suis assis près de lui, il a tourné la tête vers moi sans se relever, un peu étonné de me voir là, comme sorti d'un songe.
Cette nuit-là, nous avons fait un pacte, un pacte pour la vie : j'allais contaminer son animalité et il allait me permettre d'exister parmi les hommes. Aux humains de mon espèce, nous allions nous révéler. Pour la vie. » L'un fut sauvé in extremis de l'abattoir, un autre légué par un torero en déroute, un autre encore, racheté pour une poignée de pesetas à un maquignon véreux : tous, il les a accueillis dans sa tribu, pour se faire leur disciple autant que leur maître. A certains, il a offert un rôle de choix dans ses spectacles sans jamais les monter ; avec plusieurs, il a accompli des prouesses qu'aucun écuyer n'avait réussies avant lui.
Ils s'appellent Zingaro, Quixote, Dolaci, Felix, Horizonte, Le Caravage...
Pour la première fois, Bartabas raconte les chevaux qui ont marqué sa vie. Dans ce livre poétique et charnel, qui offre en creux le portrait d'un artiste total, il nous entraîne dans les coulisses de son théâtre, et offre à ses compagnons de route leur plus beau tour de piste.

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Avis (1)

  • Il y a quelques semaines, j’avais découvert « l’homme cheval » dans le roman de Jérôme Garcin « Bartabas » qui brossait le portrait d’un homme aux multiples talents. J’avais déjà mesuré la force des liens qui unissaient Bartabas et ses chevaux. Il disait, s’agissant d’un nouveau venu, Zingaro,...
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    Il y a quelques semaines, j’avais découvert « l’homme cheval » dans le roman de Jérôme Garcin « Bartabas » qui brossait le portrait d’un homme aux multiples talents. J’avais déjà mesuré la force des liens qui unissaient Bartabas et ses chevaux. Il disait, s’agissant d’un nouveau venu, Zingaro, du nom de son théâtre équestre, « J’allais contaminer son animalité et il allait me permettre d’exister parmi les hommes… ».
    Sous sa propre plume, l’écuyer, chorégraphe, metteur en scène, réalisateur Bartabas présente les chevaux qui ont été acteurs, comédiens au sein du théâtre équestre Zingaro et de ses différents spectacles, les uns après les autres, singuliers, différents mais tous de fidèles compagnons de route et compagnons d’art d’une troupe et véritables compagnons de vie d’un homme. Ils s’appelaient Quixote, Horizonte, Caravage…
    Pas de casting pour recruter les artistes, un regard, un comportement, un physique d’ex vedette reléguée des champs de courses, ou bien, quatre poulains criollos trop jeunes pour le dressage certes, mais qui occuperont la scène selon leur propre chorégraphie improvisée, comme un signe de reconnaissance à celui qui les a sans doute sauvé d’un destin improbable.

    On imagine cet homme, aux apparences plutôt rustres et au regard sombre, taiseux, solitaire, qui tombe le voile de la sensibilité face à Zingaro silencieusement euphorique, « tel un danseur improvisant devant son chorégraphe, il vient de m’offrir le canevas de ce qui sera son solo ».
    On imagine aussi une scène où l’homme ne tient pas toute la place, une scène offerte aux chevaux nommés de noms d’artistes évoluant sur l’andante du Concert en si mineur de Bach qui s’échappe du piano d’Alexandre Tharaud. Comme les petits rats de l’Opéra accompagnent les étoiles, d’autres espèces animales, oiseaux ou autres volatiles, subliment les ballets de l’Opéra équestre.
    A travers un grand hommage à ses chevaux , Bartabas signe également le portrait d’un homme qui, se confesse-t-il, dès potron-minet, en attendant le soleil, écoutait ses chevaux et qui appréhende maintenant d’avoir à parler aux hommes.

    Subjuguée par les mots, émue par la force des sentiments, la sincérité qui se dégage de ce récit, portée par la poésie, je peux dire que ce livre m’a réellement touchée. Chapeau bas M. Bartabas!
    Un grand merci à Babelio et à l’équipe de « masse critique », ainsi qu’aux Editions Gallimard.

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