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Bel abîme

Couverture du livre « Bel abîme » de Yamen Manai aux éditions Elyzad
  • Date de parution :
  • Editeur : Elyzad
  • EAN : 9782492270444
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Un jeune homme s'adresse tour à tour à son avocat et à un psychiatre venus lui rendre visite en prison. Avec une ironie mordante, le narrateur prend à parti ses interlocuteurs. Les charges qui pèsent sur lui sont sérieuses, mais il affirme ne rien regretter. Se dévoilent les raisons qui l'ont... Voir plus

Un jeune homme s'adresse tour à tour à son avocat et à un psychiatre venus lui rendre visite en prison. Avec une ironie mordante, le narrateur prend à parti ses interlocuteurs. Les charges qui pèsent sur lui sont sérieuses, mais il affirme ne rien regretter. Se dévoilent les raisons qui l'ont poussé au crime : un père qui l'a toujours humilié ; une société gouvernée par les apparences ; la domination des plus forts sans partage ;
La pauvreté, la saleté, le mépris des animaux et de l'environnement. Les seuls élans d'affection que le jeune homme a connus ont été ceux de Bella, le chiot qu'il a recueilli. Mais dans ce pays, on tue les chiens « pour que la rage ne se propage pas dans le peuple ». Pourtant la rage est déjà là. Alors quand Bella a été tuée, il a fallu la venger.

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Avis (5)

  • « Maître Bakouche ? Vous plaisantez ? Vous pouvez me cogner, comme l’on fait tous les autres, mais je ne vous appellerai pas maître. Vous pouvez vous brosser, je ne le dirai pas, je ne suis pas votre chien. Monsieur, c’est tout ce que je vous dois, et encore, c’est parce que je e vous connais...
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    « Maître Bakouche ? Vous plaisantez ? Vous pouvez me cogner, comme l’on fait tous les autres, mais je ne vous appellerai pas maître. Vous pouvez vous brosser, je ne le dirai pas, je ne suis pas votre chien. Monsieur, c’est tout ce que je vous dois, et encore, c’est parce que je e vous connais pas. Peut-être en vous connaissant mieux, je finirai par vous appeler l’enculé. »
    Un premier paragraphe qui montre la colère de cet adolescent emprisonné pour des faits de violence. A cet âge, on est dans l’absolu, on ne transige pas. Yamen Manai ne lui a pas donné de nom, il représente la jeunesse perdue de la Tunisie. Je vais l’appeler « IL »
    Pour son procès, IL doit rencontrer, outre son avocat, un psychiatre. Il s’ensuit des dialogues en direct, sans filtre pour les réparties de IL.
    IL vit entouré de violence. La violence paternelle aussi bien physique que mentale. Le père, professeur, se la joue avec sa belle voiture, ses costumes et laisse sa famille au seul soin de la paie misérable de la mère, rabaisse tout le monde. Il est Lui, le superbe, les autres, sa famille, sont de la morve. Violence des autres enfants, IL aime lire, travaille bien à l’école, la violence de la vie tunisienne où les jeunes préfèrent partir, risquer de mourir en mer, plutôt que de rester dans un pays sans avenir pour eux.
    Une vie triste, violente, seul l’amour de sa mère lui permet de tout supporter… Jusqu’au jour où il trouve une petite chienne qu’il va ramener chez lui, la cacher dans sa chambre. Bella, il l’appelle Bella. Entre eux deux, c’est l’amour franc, sincère sans contrepartie.
    Tout va basculer lorsque sa chienne est abattue, je ne vous en dis pas plus que diantre, conservons un peu de mauvaise surprise.
    Et oui, en Tunisie, il y a une campagne pour l’abattage des chiens errants, déjà considérés impurs dans le Coran, ils sont suspectés de tous les maux. « Pour que la rage ne se propage pas dans le peuple » oui, mais quelle rage ?
    La sienne de rage s’étale, grandie à l’aune de l’amour qu’il porte à Bella et…. C’est pour cela qu’il se retrouve en prison.
    Tout dans ce livre peut avoir plusieurs lectures. L’amour pur et sincère de l’animal, la rage, pas celle des chiens, mais des jeunes qui, même surdiplômés ne trouvent pas de travail et préfèrent risquer leurs vies en traversant la méditerranée. La rage se sent dans l’écriture de ce livre, il y a beaucoup d’impatience et Yamen Manai que j’ai eu le plaisir de rencontrer nous a dit qu’il avait écrit le livre en huit jours et qu’il l’habitait jour et nuit.

    Un coup de cœur pour ce roman dérangeant, où la violence et la tendresse sont mêlées, écrit la rage au cœur. J’ai goûté l’oxymore du titre

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  • « Longez nos murs et lisez, taguées, des phrases du genre : Maudit soit celui qui pisse ici, maudits les parents de celui qui dépose ses poubelles ici. Non, ça ne marche pas, au contraire, elles aiguisent notre appétit de mal faire, affûtent notre défiance, on lève même plus haut la bite pour...
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    « Longez nos murs et lisez, taguées, des phrases du genre : Maudit soit celui qui pisse ici, maudits les parents de celui qui dépose ses poubelles ici. Non, ça ne marche pas, au contraire, elles aiguisent notre appétit de mal faire, affûtent notre défiance, on lève même plus haut la bite pour arroser au mieux ces injonctions désespérées. Aucun mur ne nous effraie, aucune inscription. On ne craint aucune malédiction car la malédiction c'est nous, car c'est celui même qui écrit cela sur son mur qui pisse sur celui du voisin, c'est celui même qui écrit sur son mur qui jette sa merde contre le mur de son voisin. »

    Avoir 15 ans à Tunis et ne rien regretter. Avoir des idéaux, ne pas avoir basculé dans les compromis et les compromissions. L'ado de Bel abîme a commis plusieurs crimes par amour. Il n'a pas de prénom. Juste un ado qui représente toute cette jeunesse tunisienne brimée qui s'est soulevée en janvier dernier, à qui la révolution n'a pas apporté l'avenir attendu. Cette jeunesse qui subit la violence des adultes qui n'ont pas tiré les conclusions des années de despotisme sous Ben Ali dans un pays où continuent à s'épanouir phallocratie, corruption, clientélisme, autoritarisme.

    Lui crie sa rage dans un monologue ravageur adressé à son avocat ( commis d'office ) et à un expert psychiatrique alors qu'il est en prison. Avec son écriture incisive au cordeau, sans jamais un mot de trop, Yamen Manai nous immerge totalement dans la fièvre de son ras-le-bol spontané. Son texte est habité de sa fougue, dans son parler vrai, sans filtre ni concession, cru, grossier même, seulement animé par le sentiment de justice plus que de vengeance. On sent son urgence à vouloir du concret, à ne plus croire aux discours creux des adultes. Et avec un humour noir dévastateur.

    Sa révolte dresse en creux le portrait d'une Tunisie à la dérive et la dénonciation de tout un système pourri. Pas un hasard si le seul personnage du roman prénommé est le chien. Bella. Une paria comme le héros, les chiens étant considérés dans la religion musulmane comme impurs. C'est auprès d'elle que le jeune, après l'avoir recueilli, trouve réconfort, amour et sens à sa vie. Un chien comme vecteur d'une renaissance et d'un salut, encore une façon pour l'auteur de dézinguer les travers d'une société, en mode iconoclaste.

    Et puis, il y a ce titre, superbe oxymore qui semble désigner directement cette Tunisie où échouent tous les espoirs d'une jeunesse acculée dans une impasse. Cette fable contemporaine résonne tristement avec l'actualité de ces dernières semaines, depuis que le coup de force du président Kaïs Saïed a gelé en août dernier le Parlement pour s'approprier de facto les pleins pouvoirs.

    Un roman comme un terrible uppercut, sans répit.

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  • COUP DE COEUR

    Un roman vibrant d'émotions et de fureur. Un texte court qui prend aux tripes et me restera longtemps en mémoire.

    Dans un monologue captivant, un jeune homme raconte son histoire et le pourquoi de son emprisonnement. Il dévoile au fil des pages, la raison de sa colère et...
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    COUP DE COEUR

    Un roman vibrant d'émotions et de fureur. Un texte court qui prend aux tripes et me restera longtemps en mémoire.

    Dans un monologue captivant, un jeune homme raconte son histoire et le pourquoi de son emprisonnement. Il dévoile au fil des pages, la raison de sa colère et de son crime.

    Cet adolescent malmené par la vie, ne connaissant que la violence et la brutalité, gronde en lui une révolte pour toutes ces injustices subies. Il trouve un peu de paix, de lumière et beaucoup d'amour en croisant la route d'une petite chienne, Bella, qu'il aime plus que tout. Mais dans une société où les chiens n'ont pas leur place, Bella est en danger.

    Un récit d'une grande force. Entre cri de rage et cri du cœur…C'est beau, juste et très fort. Tout simplement magnifique, remuant et puissant.

    A ne pas manquer !
    https://leslecturesdeclaudia.blogspot.com/2021/09/bel-abime.html

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  • « Maître Bakouche ? Vous plaisantez ? Vous pouvez me cogner, comme l’ont fait tous les autres, mais je ne vous appellerai pas maître. Vous pouvez vous brosser, je ne le dirai pas, je ne suis pas votre chien. Monsieur, c’est tout ce que je vous dois, et encore, c’est parce que je ne vous connais...
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    « Maître Bakouche ? Vous plaisantez ? Vous pouvez me cogner, comme l’ont fait tous les autres, mais je ne vous appellerai pas maître. Vous pouvez vous brosser, je ne le dirai pas, je ne suis pas votre chien. Monsieur, c’est tout ce que je vous dois, et encore, c’est parce que je ne vous connais pas. Peut-être en vous connaissant mieux, je finirai par vous appeler l’enculé. »

    « Bel abîme » est un long monologue de 110 pages dans lequel un adolescent de 15 ans s’adresse à son avocat et à un expert psychiatrique venus lui rendre visite en prison.
    Qu’a-t-il fait pour être là ? Nous le découvrirons petit à petit. Nous savons juste que les charges contre lui sont lourdes. Pourtant il ne regrette rien. Il prend vivement à parti ses interlocuteurs, représentants d’une société tunisienne rigide, injuste et violente. Lui ce qu’il aime c’est Bella. Et les livres.

    Cruel récit d’une amitié inconditionnelle entre un chien et un adolescent, ce roman m’a profondément touché. La colère et l’amour le plus pur se mélangent dans un contraste saisissant.
    Les joutes verbales de l’accusé dessinent le portrait d’une Tunisie qui maltraite ses enfants, d’un pays qui écrase les plus faibles, appauvrit son peuple, tue les chiens.
    Et pour contrebalancer cette noirceur, il y a sa relation avec Bella, absolue, lumineuse.
    Yamen Manai a écrit un texte qui va à l’essentiel tout en étant intense et fiévreux, capable de montrer le pire et le meilleur de l’Homme.
    J’ai écouté parler cet enfant avec une émotion grandissante de page en page. Son amertume et sa rage sont devenues miennes.
    Ça se lit d’une traite et ça a bouleversé mon petit cœur. Forcément, je vous le recommande.

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  • Avis de la page 30 - Les Explorateurs de la Rentrée littéraire 2021

    Pour un livre de seulement 110 pages, mon premier avis s'arrêtera à la page 30. Et déjà, Yamen Manai nous transperce le cœur, avec son narrateur qui, à la première personne et du haut de ses quinze ans, nous parle avec ses...
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    Avis de la page 30 - Les Explorateurs de la Rentrée littéraire 2021

    Pour un livre de seulement 110 pages, mon premier avis s'arrêtera à la page 30. Et déjà, Yamen Manai nous transperce le cœur, avec son narrateur qui, à la première personne et du haut de ses quinze ans, nous parle avec ses tripes et nous prend par les tripes. Interrogé par la police après avoir tiré sur son père, le maire de la ville et le ministre de l'environnement, l'ouvrage semble donc se présenter comme un monologue, un huis clos qui verra sans doute défiler interlocuteurs, le chapitre 3 introduisant par exemple la figure du Docteur Lattrache. Comme pour Bangkok déluge, je note l'à propos de la couverture, où nous voyons l'œil d'un chien reflétant un homme qui semble brandir un fusil. Peut-être sommes nous ce chien, dont le narrateur "sait qu'ils sont purs", qui regarde un geste qu'il ne peut comprendre. Il me tarde donc, comme le chien d'Ulysse, de "sentir"* l'auteur, et de remonter la piste de ces pages tortueuses.

    Critique

    “Protège mon âme contre le glaive, Ma vie contre le pouvoir des chiens !”, Psaume 22:20. Ceci aurait pu être l’épigraphe de l’ouvrage. A la place vous y trouverez l’épigraphe suivante : “I make music for my people”, NTM. Ca sent tout de suite la rébellion, la jeunesse et le sulfure. Un livre qui m‘a fait penser à “La Perfection du Tir” de Mathias Enard, où le narrateur et “héros”, tireur d’élite, raconte comment il abat ses victimes de loin avec son fusil, recherchant constamment cette “perfection du tir”. Ici, le héros subira un événement qui fera basculer sa vie dans le meurtre, mu par la vengeance. On ressort un peu glacé de la lecture de ce livre, d’effroi face aux actes du narrateur, dont on partage pourtant les souvenirs de souffrance et de joie, mais aussi fasciné par la logique implacable derrière l’irruption irrépressible de “cette graine de violence qu’on sème dans nos coeurs depuis tout petit” (p. 68).

    C’est d’abord un livre de politique contemporaine, qui nous conte la Tunisie d’aujourd’hui, de la corruption qui gangrène la société, des problèmes qui ne trouvent pas de vraies solutions, auxquels ont va offrir un faux remède : quand les hommes politiques déclarent que les chiens sont une “menace” et décident d’éliminer systématiquement les chiens errants, alors que bien d’autres maux rongent la ville et la société post Printemps Arabes.

    Un livre sur l’enfance, puisque le narrateur nous montre le monde à travers son regard désillusionné et désabusé d’adolescent, qui a bien compris que la justice n’est pas la norme, que les parents non seulement ne sont pas des héros, mais qu’en plus ils refusent de montrer leurs faiblesses, leurs tares et leurs vices, et qui ne comprennent pas que leurs enfants ne soient pas de meilleures images d’eux-mêmes, “à croire que tous les autres avaient oublié qu’un jour, ils avaient été mômes” (p. 64).

    C’est bien sûr un livre sur la religion islamique, et en particulier sur la façon dont y sont perçus les chiens, où ils sont “un animal impur, impropre” (p. 65), qui n’est pas digne d’attention, qu’il faut même haïr et rejeter, loin de la société humaine, qui est pourtant aussi sale, violente, et qui plus est maligne. “Les anges ne rentrent pas dans une maison où il y a un chien” (p. 55), et c’est bien le narrateur-diable qui ressortira de la maison familiale.

    Un livre enfin sur les animaux, victimes de nos pulsions sanguinaires : les chats dont “le jeu préféré des enfants est de les caillasser” (p.32) ; le caméléon brûlé par Karim, le voisin du narrateur, parce qu’il ne changeait pas de couleur ; le lion qui est lui aussi caillassé parce qu’il ne rugit pas assez fort ; les mouches même dont le narrateur estime qu’elles diraient de lui qu’il est “l’incarnaton du mal absolu”. Narrateur lui aussi plein de contradictions et d’humanité donc, quand il nous avoue enfin : “Je n’en veux pas aux animaux. ils sont ce qu’ils sont, ils sont honnêtes, ils ne connaissent pas le mensonge. Les hommes ne peuvent pas en dire autant”. Rejeté par ses pairs, il ne trouvera le salut que dans sa relation avec Bella.

    Une oeuvre qui m’a mis un coup de poing, qui m’apostrophé sans répit pendant 110 pages, qui m’a trimbalé dans les virées nocturnes de Tunis pour finir par me jeter à terre, seul avec mes angoisses, et qui ne laissera pas d’autres lecteurs indifférents, j’en suis sûr.

    * In Pascal Quignard, Mourir de penser (Dernier Royaume, tome IX), Grasset, 2014. Le premier être vivant à “penser” dans l’histoire de la littérature est le chien d’Ulysse, pensant, sentant, reconnaissant son maître de retour sur Ithaque, juste avant de rendre l’âme.

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