"Je dirais que j'écris pour des raisons liturgiques" Laurence Cossé

mardi 23 mai 2017

Prix Orange du Livre, à la rencontre des écrivains du jury

"Je dirais que j'écris pour des raisons liturgiques" Laurence Cossé

Laurence Cossé est écrivain, et même Grand Prix de l’Académie française en 2015. Elle a publié en 2016 La grande arche (Gallimard) et fait cette année partie des jurés du Prix Orange du Livre. Un auteur à la voix reconnaissable, qui construit une œuvre solide et précise dans une élégance patiente qui ne tient d’aucune discrétion.

On lit ses textes, on entend la finesse de ses critiques affûtées, on découvre ici l’entretien qu’elle a eu la gentillesse de bien vouloir nous donner.

 

Vous êtes écrivain. A quand remonte votre première tentative d’écriture ?

Vers sept ou huit ans. Je lisais dès que j'avais une minute à moi, je dévorais. Et j'écrivais, imitant à peu près tout ce que je lisais, les contes de fées, la comtesse de Ségur, la poésie.

 

Comment pourriez-vous décrire la nécessité d’écrire qui vous anime ?

Le premier mouvement remonte à l'enfance, peut-être même à la petite enfance. J'ai vu cela à l'oeuvre chez un de mes fils, à sa troisième année. La conscience qu'il y a un autre monde et que ce monde de l'imaginaire est infiniment attrayant. Aujourd'hui, je dirais que j'écris pour des raisons liturgiques. La liturgie, ce n'est pas seulement le Te deum la célébration de ce qui est glorieux, de l'eros, de la splendeur; c'est aussi le Dies irae, la liturgie autour de la mort et de la noirceur du monde. J'écris parce qu'un ciel admirable déroule sa cavalerie de coton sur nos têtes. Parce qu'une femme passe dans la rue, sa jupe en forme dansant sur des chevilles de voile noir, si singulière, si fugitive qu'il est urgent de le noter. Parce qu'en une phrase anodine un homme a tout dit du pouvoir, de la comédie du pouvoir et de la comédie humaine. Parce qu'un nouveau-né sourit pour la première fois. Parce qu'un nouveau-né meurt. parce que deux qui s'aimaient ont été séparés. Parce qu'une guerre ravage une génération. Parce que c'est trop : trop beau, trop bête, trop triste, trop tendre, trop drôle.

 

Un écrivain est d’abord un lecteur, dit l’adage. Le confirmez-vous ?

Je lis avec la même boulimie qu'à l'âge de six ans et toujours autant de bonheur.

 

La littérature est un monde. Comment l’explorez-vous ?

Je lis presque uniquement des romans, mais de toutes époques et de tous les pays. J'ai des goûts éclectiques, j'aime infiniment d'auteurs et de genres.

Mais je ne peux pas lire ce qui est médiocrement écrit. 

 

Vous êtes juré du Prix Orange cette année. Comment décririez-vous l’expérience à ce stade des délibérations ?

Une expérience de la démocratie appliquée à la sélection littéraire.

 

Quel souvenir en garderez-vous ?

Le souvenir de débats bien préparés, bien menés, conviviaux et respectueux.

 

 

Propos recueillis par Karine Papillaud

 

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