En direct des scènes de crime avec Sherlock et Grann

mardi 09 avril 2019

Douze enquêtes d'autant plus saisissantes qu'elles décrivent des faits réels...

En direct des scènes de crime avec Sherlock et Grann

Le réel est plus incroyable que la fiction, la preuve par Le Diable et Sherlock Holmes (ed. du Sous-sol) de David Grann, douze enquêtes comme autant de nouvelles saisissantes, toutes garanties 100% réelles.

 

 A première vue, on se dit qu’une enquête journalistique ne fait pas un recueil de nouvelles, mais plutôt un document. Ici ce ne sera pas le cas. David Grann est un maître en narrative journalism, un genre qui consiste à raconter le réel comme on raconterait une histoire, sans en rabattre sur les faits, mais avec une langue, un sens du suspense qui font courir le lecteur.

 

Dans Le Diable et Sherlock, David Grann a rassemblé une douzaine de ses meilleures enquêtes criminelles publiées dans des revues comme le New Yorker ou The Atlantic, qui raffolent de ce journalisme au temps long que maîtrisent si bien les Américains.

 Ça fonctionne si bien qu’à la lecture, on ne se rend à peine compte qu’on est en train d’apprendre sur son époque. Exemple avec la nouvelle The Brand, qui retrace le fonctionnement du gang le plus dangereux des Etats-Unis sévissant… depuis les pénitenciers les plus sensibles, et plus exactement dans les quartiers de haute sécurité de ces prisons. Grann raconte comment le réseau s’est développé jusqu’à gangrener tout le territoire américain, en une mafia redoutable et déjà renfermée derrière les barreaux censément les plus inviolables.

 

Le journaliste s’intéresse à tous les sujets, privilégiant les enquêtes criminelles, leur appliquant le même rituel : enquête, rigueur, vérification, narration. C’est ainsi qu’il raconte l’histoire du pompier du 11 septembre retrouvé amnésique dans les décombres des Twin Towers, et qui ne cessera de vouloir savoir s’il a réussi à sauver des vies avant de sauver la sienne. Ou encore celle de Frédéric Bourdin, un Français connu sous le nom du Caméléon, capable d’emprunter les identités d’adolescents disparus dans plusieurs pays du monde, juste pour vivre une belle histoire de famille.

Sans oublier Sherlock Holmes, qu’on retrouve dans le titre et qui est le héros silencieux de la première nouvelle. Sherlock est sans doute le seul personnage de fiction qui a réussi à traverser le papier pour s’inscrire dans le réel. Allez donc faire un tour dans les archives de la légion d’honneur, à Paris, et vous y trouverez la curieuse mention d’un S. Holmes décoré du « vivant » de Sherlock. La nouvelle éponyme raconte comment Richard Lancelyn Breen, l’expert holmésien le plus réputé qui dirigeait la Sherlock Holmes Society of London, est assassiné alors qu’il est sur le point de retrouver les documents disparus de Conan Doyle.

Dans ce recueil David Grann joue à montrer de façon éclatante que le journalisme sait être un art, et que le réel est toujours plus inconcevable, incongru, inventif que ne l’est la fiction.

À découvrir aussi

Voir plus d'articles "Chronique"

Commentaires

Où trouver « Le diable et Sherlock Holmes » en librairie ?

Service proposé en partenariat avec Place des Libraires

Forum

Afficher plus de discussions