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Madame Hayat

Couverture du livre « Madame Hayat » de Ahmet Altan aux éditions Actes Sud
  • Date de parution :
  • Editeur : Actes Sud
  • EAN : 9782330154530
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

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Articles (3)

Avis (17)

  • Première rencontre avec l'auteur Ahmet Altan et avant tout autre chose, je tiens à saluer son courage ; à travers ce roman, l'auteur dénonce la montée en puissance de l'autoritarisme dans son pays et en écrivant ce texte, il fait acte de résistance. Et quand on sait que ce texte a été rédigé...
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    Première rencontre avec l'auteur Ahmet Altan et avant tout autre chose, je tiens à saluer son courage ; à travers ce roman, l'auteur dénonce la montée en puissance de l'autoritarisme dans son pays et en écrivant ce texte, il fait acte de résistance. Et quand on sait que ce texte a été rédigé alors qu'il était emprisonné, "accusé pour implication présumée dans la tentative de putsch manqué du 15 juillet 2016", l'émotion est d'autant plus grande.

    Madame Hayat est un grand roman et je comprends parfaitement l'engouement général qu'il suscite. Cependant, pour être parfaitement honnête, je ne le partage pas pleinement. Je ne peux pas dire qu'il m'ait déplu ; je ne peux pas non plus dire avoir eu un coup de cœur ou l'avoir tout simplement adoré. Et je ne sais pas comment vous l'expliquer ; question de sensibilité je dirais.

    Madame Hayat est pourtant bel et bien un grand roman ! C'est indéniable. À la fois roman d'apprentissage, roman d'amour et conte philosophique, sur fond, comme dit plus haut, de montée en puissance du totalitarisme.
    Nous y suivons le jeune Fasıl, brillant étudiant en littérature, qui a quitté sa terre natale et sa famille pour rejoindre la grande ville et y poursuivre ses études.
    Lorsque nous faisons sa connaissance, Fasıl porte en lui à la fois le deuil de son père disparu mais aussi le deuil du milieu privilégié dans lequel il a grandi, son père ayant connu la ruine, peu de temps avant de mourir. Sa vie prend alors un tout autre sens et c'est dans ce contexte qu'il doit poursuivre son existence.
    Tour à tour, Fasıl fait des rencontres qui chacune à leur manière vont l'aider à se construire, à prendre conscience du monde qui l'entoure, à questionner la vie, le sens de celle-ci, à s'interroger sur la liberté et sur son prix... Parmi ces personnes, Madame Hayat et Sıla, deux femmes bien différentes dont il va s'éprendre et avec qui il va vivre, en parallèle, une grande histoire d'amour.

    De ce roman, j'ai aimé l'écriture fluide, poétique et magnifique, les dimensions humaine et philosophique. J'ai aimé l'engagement. L'hommage rendu à la culture (ennemi de l'obscurantisme) à travers la littérature. L'hommage rendu à toutes ses personnes à la marge (parmi les premières victimes de l'obscurantisme) à travers une galerie de personnages très touchants dont l'auteur dresse remarquablement les portraits. À commnecer par Madame Hayat qui apporte à ce récit un rayon de lumière et un havre de paix au milieu de tous les bouleversements ambiants.
    Quant à Fasıl, j'ai été sensible à son histoire, à son chemin, alors que le personnage en lui-même m'a bien moins séduite avec des petits quelque-chose me le rendant presque antipathique.
    Et l'histoire d'amour qui prédomine m'a quant à elle distancée.

    De ce roman , si j'ai profondément aimé le contexte et tout ce qui figure à l'arrière plan, j'ai été bien moins sensible au triangle amoureux qui se forme et se joue devant nous. J'ai parfois été subjuguée, emerveillée par la beauté des mots, je me suis aussi parfois ennuyée, davantage intéressée par l'éveil politique de Fasıl que par son "éducation sentimentale".
    Comme dit plus haut, question de sensibilité, tout simplement.

    Lecture dans le cadre de la quatrième édition du prix bookstagram du roman étranger.

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  • Lorsque son père meurt ruiné, Fazil plonge dans la précarité. Il trouve à se loger dans un quartier populaire, et tâche de financer ses études littéraires en faisant de la figuration pour une chaîne de télévision. Tandis que la peur monte dans le pays sous la pression croissante de la violence...
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    Lorsque son père meurt ruiné, Fazil plonge dans la précarité. Il trouve à se loger dans un quartier populaire, et tâche de financer ses études littéraires en faisant de la figuration pour une chaîne de télévision. Tandis que la peur monte dans le pays sous la pression croissante de la violence et de l’arbitraire d’un totalitarisme religieux, le jeune homme cherche un sens à sa vie, à la croisée de sa passion pour la littérature et de son amour pour deux femmes aux antipodes l’une de l’autre. Sila est une étudiante de son âge, déterminée à partir chercher la liberté à l’étranger. Madame Hayat est une femme mûre et sensuelle, que rien ne semble pouvoir empêcher de rester elle-même, flamboyante et insaisissable.

    Rédigé pendant les années d’incarcération politique d’Ahmet Altan, libéré en avril dernier, le roman file la métaphore pour un incoercible chant à la liberté. Sur l’arrière-plan d’un pays sombrant dans la terreur et l’oppression, qui, s’il n’est jamais nommé, semble pointer un futur proche en Turquie, l’apprentissage du jeune Fazil est l’occasion pour l’auteur de partager ses déchirements et ses réflexions sur la meilleure manière de rester libre. Si, à travers Sila, se profile sa passion pour cet incomparable vecteur de liberté qu’est la littérature, avec la tentation de partir la cultiver à loisir dans la fuite et dans l’exil, c’est une autre forme d’irréductible indépendance, celle qui vous vient de choix assumés sans concession, quoi qu’ils coûtent, parce qu’ils sont les plus en accord avec vous-même, qu’incarne Madame Hayat.

    Cette femme, dont le nom signifie « la vie » en turc, apprend au jeune homme que l’on ne peut vivre pleinement et librement qu’en oubliant passé et avenir pour se concentrer, sans remord ni crainte, sur l’instant présent. Rien à perdre, pas de « peur d’avoir peur », juste l’évidence présente : une philosophie de vie dont on conçoit aisément à quel point elle peut façonner les choix de l’auteur dans la poursuite sans exil de son oeuvre, malgré la coercition. C’est exactement celle qui guide les irréductibles combattantes de la liberté kurdes face à Daech, dans S’il n’en reste qu’une de Patrice Franceschi...

    Comment ne pas être à nouveau impressionné par cette dernière parution de l’auteur ? Plus encore qu’un formidable hommage à la littérature et à ses pouvoirs d’émancipation, c’est cette fois, face à l’oppression directement subie, une ardente déclaration d’amour à la liberté que nous livre l’irréductible plume, toujours aussi élégante et éclairée, d’Ahmet Altan.

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  • Parmi toutes mes lectures, je constate que je lis essentiellement des auteurs provenant des mêmes pays. Généralement, ils sont français ou américains, voire anglais à part pour la littérature noire où j’aime énormément les auteurs nordiques.

    N’ayant pas su m’inscrire au Prix Bookstagram du...
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    Parmi toutes mes lectures, je constate que je lis essentiellement des auteurs provenant des mêmes pays. Généralement, ils sont français ou américains, voire anglais à part pour la littérature noire où j’aime énormément les auteurs nordiques.

    N’ayant pas su m’inscrire au Prix Bookstagram du roman étranger pour des raisons personnelles, j’ai décidé de lire le maximum de livres en lice car je trouvais la sélection très tentante.

    En plus, comme écrit ci-dessus, j’aimerais étendre l’origine des auteurs des oeuvres que je lis. Le premier sélectionné pour le Prix était justement écrit par un auteur turc. La Turquie est un pays pour lequel j’ai de graves lacunes, à l’exception d’Elif Shafak pour laquelle j’avais eu un énorme coup de coeur pour son merveilleux livre, « 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange », lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle.

    Fazil est un jeune issu d’une famille bourgeoise. Universitaire en littérature, il se retrouve désargenté lorsque son père fait faillite à la suite de mauvais investissements et se suicide. Dans le cadre d’un petit boulot pour tenter de subvenir à ses besoins, il fait la rencontre de Madame Hayat, une quinquagénaire, un peu excentrique. Alors qu’il en tombe amoureux, il rencontre Sila, une camarade d’auditoire, aux antipodes de la quinqua mais pour laquelle les sentiments se dévoilent petit à petit. Comme les deux faces d’une même pièce, les deux femmes hantent le coeur de Fazil qui se cherche dans une société qu’il ne reconnaît plus.

    Aux premiers abords, ce livre m’a directement fait pensé au film « Le lauréat » et à sa bande-son de « Mrs. Robinson » du duo Simon et Garfunkel. La comparaison s’arrête au personnage de Madame Hayat car l’histoire se déroule dans un pays autoritaire (dont on peut supposer qu’il s’agit de la Turquie, même si elle n’est pas distinctement nommée) où la liberté d’aimer, entre autre, n’est que fictive.

    Le fait que ce livre ait été écrit par son auteur, Ahmet Altan, alors qu’il se trouvait en prison, accusé d’avoir participé indirectement au coup d’Etat raté de juillet 2016 contre le président Erdogan lui fait prendre une saveur particulière. Les deux héroïnes féminines de ce roman s’apprivoisent comme les contradictions qui étrennent la Turquie entre le classicisme et la modernité. De nombreux personnages secondaires ont toute leur importance et donnent de la force au récit. Les références littéraires se mêlent efficacement à l’histoire.

    Loin d’être un pamphlet politique ennuyeux, c’est au final une ode à l’amour et à la liberté qu’Ahmet Altan concède aux lecteurs, avec beaucoup de poésie et de délicatesse.

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  • Un très beau roman bien que le sujet ne soit pas facile. L'histoire d'un jeune homme, étudiant désinvolte, mais suite à la brusque mort de son père, devient "pauvre" et doit quitter la nonchalance de sa vie d'étudiant en lettres. Il va devoir déménager et se retrouver dans une auberge où il va...
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    Un très beau roman bien que le sujet ne soit pas facile. L'histoire d'un jeune homme, étudiant désinvolte, mais suite à la brusque mort de son père, devient "pauvre" et doit quitter la nonchalance de sa vie d'étudiant en lettres. Il va devoir déménager et se retrouver dans une auberge où il va faire des rencontres, des petits gens qui se débrouillent dans la vie. de beaux portraits de ces voisins d'auberge, qu'il croise dans la cuisine commune, que ce soit ce père et sa petite fille, ce journaliste qui travaille pour une revue, que ce soit ce travelo qui rentre au petit matin, en évitant les bâtons des islamistes de la mosquée du coin de la rue. Il va trouver un étrange petit boulot, il va devenir figurant pour une émission de télévision, une émission de variété. lors de ces enregistrements, il va rencontre la fameuse Madame Hayat, qui va l'initier à l'amour et l'initie à l'amour physique mais aussi lui donner de belles leçons e vie. Elle ne lit pas, n'a pas de références littéraires mais adore regarder en boucle les documentaires à la télé et elle lui apprend à regarder la vie Il va aussi rencontrer une jeune et douce étudiante en lettres. Il va alors partager son temps entre ses deux femmes. mais il y a aussi la montée de la terreur dans la ville, jamais nommée, mais on semble reconnaître Istanbul et le régime actuel turque.
    Un texte qui nous entraîne dans les questionnements du jeune homme, des questionnements intimes, peut il aimer deux femmes en même temps, politiques, peut il rester hors des événements qui se déroulent sous ses yeux, que ce soit ce journaliste qui vit dans la même auberge que lui et qui va être persécuté, que ce soit le père de sa douce fiancée qui va être incarcéré, que ce soient ses professeurs de littérature qui vont être persécutés dans les murs de l'université.
    Ahmet Atlan nous transporte dans la Turquie actuelle et raconte avec subtilité la montée des intégrismes, mais il nous parle aussi de l'amour, de la littérature comme échappatoire vers la Liberté (de belles références sur des oeuvres de la littérature, que ce soit "Promenade au phare" de V Wolf, "Daisy Miler" de Henry James, "Le conte de l'île inconnue" de Saramago, "les raisins de la colère"...). de très belles pages sur l'amour, sur les questionnements intimes, sur les choix de vie, sur l'amitié, sur la littérature.
    Un texte qui donne envie de (re)lire certains textes et qui est un hymne à la liberté et c'est de plus émouvant que l'auteur a écrit ce texte en prison.

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  • Un bien beau roman d’apprentissage, très classique dans sa forme, que ce « Madame Hayat » ! Nous sommes dans un pays qui n’est pas nommé mais que l’on devine être la Turquie et qui sombre peu à peu dans la dictature : terreur, arrestations arbitraires, violence, confiscation des biens…
    Fazil,...
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    Un bien beau roman d’apprentissage, très classique dans sa forme, que ce « Madame Hayat » ! Nous sommes dans un pays qui n’est pas nommé mais que l’on devine être la Turquie et qui sombre peu à peu dans la dictature : terreur, arrestations arbitraires, violence, confiscation des biens…
    Fazil, jeune étudiant en lettres, socialement déclassé après la mort de son père et donc sans le sou, trouve un petit travail de figurant pour une émission de télé. Il y rencontre une femme plus âgée que lui et qui pourrait être sa mère : Madame Hayat, une femme plantureuse aux cheveux d’or, à la robe de miel et au parfum de lys… Il tombe fou amoureux d’elle, de cette femme dont il ne sait rien et qui le fascine... Si elle n’est pas une intellectuelle, elle a l’intelligence de la vie : elle n’a pas lu les grands auteurs mais connaît parfaitement bien les moeurs des fourmis, des mantes religieuses, d’Hannibal, des dauphins, des araignées, des lions, des cicindèles, de Shakespeare et des termites. En effet, Mme Hayat aime les documentaires. Elle aime aussi manger et faire l’amour. Tout est grâce chez elle : sa façon de marcher, de danser, d’être. Tout est volupté, sensualité. Elle est une femme libre, insaisissable, dont le narrateur ne parviendra finalement jamais à percer totalement le mystère. « Tout ce qu’elle désirait, elle le désirait avec passion : une lampe, danser, moi, une pêche, faire l’amour, un succulent repas... » Et finalement, auprès de cette femme, le narrateur échappe momentanément à la chape de plomb qui écrase son pays… « Mme Hayat était libre. Sans compromis ni révolte, libre seulement par désintérêt, par quiétude, et à chacun de nos frôlements, sa liberté devenait mienne. » Mme Hayat est une femme qui a vécu. Mais quoi exactement ? Rien que pour elle, ce roman vaut la peine d’être lu : c’est un personnage magique, plein de sagesse, de fantaisie, qu’on a beaucoup de peine à quitter !
    Quand on sait que ce roman a été écrit en prison - en effet, alors qu’il était rédacteur en chef du quotidien Tarf, Ahmet Altan fut enfermé plusieurs années car soupçonné d’avoir soutenu le coup d’État militaire de juillet 2016 contre Erdogǎn (il fut libéré en avril 2021)- on comprend que cette femme est la lumière qui a permis à l’auteur de tenir contre l’adversité, la preuve que la littérature se moque des cellules, des barreaux, des chaînes et les fait voler en éclat. “Vous pouvez m’emprisonner, mais vous ne pouvez pas me garder ici. Comme tous les écrivains, je suis magicien. Je peux traverser vos murs sans mal.” écrira l’auteur en prison.
    Une ode magnifique à la littérature et à l’amour…
    Un bel hommage aux pouvoirs qui sont les leurs...

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  • Étudiant en lettre, Fazil voit sa vie bouleversée par le décès de son père, il doit trouver un petit boulot pour financer ses études. Il se retrouve figurant sur un plateau de télévision. C'est ainsi qu'il rencontre madame Hayat, une femme mystérieuse et plantureuse beaucoup plus âgée que lui,...
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    Étudiant en lettre, Fazil voit sa vie bouleversée par le décès de son père, il doit trouver un petit boulot pour financer ses études. Il se retrouve figurant sur un plateau de télévision. C'est ainsi qu'il rencontre madame Hayat, une femme mystérieuse et plantureuse beaucoup plus âgée que lui, qui va le transformer, l'aider à faire sa mue, à devenir un homme.

    Une écriture flamboyante et délicate pour dresser le portrait d'une femme tout en sensualité, libre dans ses désirs. Un récit initiatique au plaisir, rien n'est scabreux tout est volupté, avec en toile de fond la réalité de la répression et de la censure en Turquie. Un roman engagé où les cours de madame Nermin éveillent les consciences de ses élèves et forgent leur jugement, leur résistance. Un hymne à la vie, à l'amour, à l'amitié, un hommage au pouvoir de la littérature.

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  • Ahmet Altan est un journaliste renommé et reconnu de Turquie. Il a été accusé par le pouvoir en place d’être impliqué dans la tentative de putsch manqué du 15 Juillet 2016.

    Ce qui lui a valu d’être emprisonné pendant plusieurs années. C’est du fond de sa cellule, de tête, qu’il a rédigé ce...
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    Ahmet Altan est un journaliste renommé et reconnu de Turquie. Il a été accusé par le pouvoir en place d’être impliqué dans la tentative de putsch manqué du 15 Juillet 2016.

    Ce qui lui a valu d’être emprisonné pendant plusieurs années. C’est du fond de sa cellule, de tête, qu’il a rédigé ce magnifique roman.

    Dans la Turquie de nos jours, le jeune Fazil est étudiant en Lettres. Après le déclassement social de sa famille suite au décès de son père, il est devenu boursier et doit fréquenter une université éloignée de chez lui.

    Pour gagner un peu d’argent afin de survivre, il est devenu figurant dans une émission de télévision qui m’a fait penser à « La chance aux chansons ».

    Là, Fazil rencontre Madame Hayat, figurante elle aussi. Ses charmes physiques et sa personnalité chaleureuse et solaire l’attirent bien qu’elle ait l’âge d’être sa mère.

    Dans le même temps, le jeune homme fait la connaissance de Sila, étudiante comme lui et dont la famille a perdu sa position sociale en raison de la situation politique du pays. Il va entamer avec elle une relation amoureuse.

    Ahmet Altan nous raconte avec brio l’éducation sentimentale de Fazil :

    » Nous nous faisions beaucoup rire. Jamais je n’aurais pu ne serait-ce qu’imaginer m’amuser autant avec quelqu’un. Nous avions beau avoir des personnalités, des passions, une culture et des goûts très différents, tout entre nous était merveilleusement naturel. Nous discutions énormément, et pourtant elle ne parlait jamais d’elle, ni de son passé, ni de ses projets? J’en savais très peu, elle ne disait rien, et si je lui posais une question plus personnelle, elle haussait les épaules et changeait aussitôt de sujet (…) Elle était comme une galaxie mystérieuse qui planait au milieu de ma vie, dont je voyais les étoiles, les feux, les scintillements, mais dont l’énigme d’ensemble demeurait insoluble. »

    ainsi que sur la situation politique en Turquie :

    » Je n’avais pas exactement saisi ce qu’il entendait par un « type confus », mais ça me rappela le « ils te dénoncent » de Sila, et son « est-ce qu’il y a besoin d’avoir fait quelque chose de dénonçable pour être dénoncé ? »

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  • Plus qu’une simple œuvre romanesque, c’est un triptyque littéraire que nous propose Ahmet Altan avec « Madame Hayat ». Tout à la fois récit d’une éducation sentimentale, roman politique et ode à la littérature, ce livre prolonge l’œuvre forte et engagée de ce grand écrivain turc.

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    « Madame...
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    Plus qu’une simple œuvre romanesque, c’est un triptyque littéraire que nous propose Ahmet Altan avec « Madame Hayat ». Tout à la fois récit d’une éducation sentimentale, roman politique et ode à la littérature, ce livre prolonge l’œuvre forte et engagée de ce grand écrivain turc.

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    « Madame Hayat m’avait fait entrer dans sa vie avec la même simplicité naturelle, la même douceur harmonieuse avec laquelle elle offrait son corps, et je m’y étais installé sans rencontrer le moindre obstacle. »
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    C’est à travers les yeux de Fazil - aux faux airs du Raskolnikov de Dostoïevski - que nous réalisons notre voyage littéraire dans une Turquie jamais citée mais que l’on devine aisément.

    Jeune étudiant en littérature, désargenté, apolitisé et vivant dans une pension aux âmes écorchées, c’est pour se faire un peu d’argent que le jeune homme devient figurant dans une émission de télévision. Là-bas, il y vit ses premiers émois, rencontre ses premiers amours : Madame Hayat et Sila.
    Tout au long du récit, son cœur n’aura de cesse d’osciller entre ces deux femmes : celle d’expérience et d’âge mûr avec laquelle il découvrira des plaisirs insoupçonnés ; celle qui, à son image, est une jeune étudiante déclassée socialement à cause du régime en place et qui veut fuir son pays.

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    « Un écrivain avait été condamné à la prison à perpétuité au motif que ses textes auraient « constitué une menace indirecte ». »
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    Le choix cornélien de Fazil entre ces deux femmes est-il une métaphore pour comprendre le dilemme qu’a été celui d’Ahmet Altan à la suite de son emprisonnement : rester (pour Madame Hayat) ou fuir la Turquie (avec Sila) ?
    Rien n’est moins sûr et la réponse se cache probablement dans les dernières pages de ce roman …

    Porté par une écriture vibrante, l’auteur dénonce le régime politique turc actuellement en place. Il raconte la montée progressive et sournoise d’une démocrature en Turquie qu’il décrit comme un régime autoritaire, corrompu et arbitraire.

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    « La littérature ne s’apprend pas. Je ne vous enseignerai donc pas la littérature. Je vous enseignerai plutôt quelque chose sans quoi la littérature n’existe pas : le courage, le courage littéraire. »
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    En plus de l’éducation sentimentale du jeune Fazil, le lecteur assiste également à l’éducation intellectuelle et à l’enrichissement littéraire de ce passionné de Flaubert. C’est à travers la voix de deux de ses professeurs de littérature que la magie opère à travers la remise en question saine de principes et croyances établis (+ des petites anecdotes « croustillantes » sur les plus grands auteurs classiques) !

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    Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman tout à la fois sensible et engagé et à l’écriture magnifique qui sert puissamment le récit !
    Et, c’est un roman que je n’aurai jamais lu sans l’excellent travail de traduction de Julien Lapeyre de Cabanes

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