Leurs enfants après eux

Couverture du livre « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu aux éditions Actes Sud
  • Date de parution :
  • Editeur : Actes Sud
  • EAN : 9782330108717
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

Août 1992. Une vallée perdue quelque part à l'Est, des hauts fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a 14 ans, et avec son cousin, ils s'emmerdent comme c'est pas permis. C'est là qu'ils décident de voler un canoë pour aller voir ce qui se passe de l'autre côté,... Voir plus

Août 1992. Une vallée perdue quelque part à l'Est, des hauts fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a 14 ans, et avec son cousin, ils s'emmerdent comme c'est pas permis. C'est là qu'ils décident de voler un canoë pour aller voir ce qui se passe de l'autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence. Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d'une vallée, d'une époque, de l'adolescence, le récit politique d'une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt, cette France de l'entre-deux, celle des villes moyennes et des zones pavillonnaires, où presque tout le monde vit et qu'on voudrait oublier.

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  • Ils sont adolescents, l'âge des premiers émois, l'âge de la découverte, l'âge des premières réflexions sur sa propre vie. Anthony, Hacine, Steph, Clem et les autres vivent dans une Lorraine dévastée, Heillange, ville sidérurgique délaissée. De 1992 à 1998, quatre étés où on suit leurs rêves,...
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    Ils sont adolescents, l'âge des premiers émois, l'âge de la découverte, l'âge des premières réflexions sur sa propre vie. Anthony, Hacine, Steph, Clem et les autres vivent dans une Lorraine dévastée, Heillange, ville sidérurgique délaissée. De 1992 à 1998, quatre étés où on suit leurs rêves, leurs aventures, leurs amours, leurs conneries, avant que leurs destins les dispersent.

    Nicolas Mathieu, grâce a une plume joyeuse, claquante, caustique, nous offre une ode à la liberté, une dénonciation de l'injustice sociale. L'auteur montre l'agonie du monde ouvrier et le mensonge sur l'égalité des chances dans la société.

    Coup de coeur de cette fin d'année 2018, ce roman est très juste dans la façon de parler et de décrire cette jeunesse qui se prend la réalité en pleine face. Et comment ne pas savourer toutes les références des années 90 qui parsèment les pages de Nicolas Mathieu, un vrai bonheur. Ce roman tient en haleine jusqu'à la dernière page.

    Une représentation que l'auteur nous offre qui est à la fois réaliste, juste, pleine de vérité et de réflexion. "Leurs enfants après eux" est le roman d'une génération complètement désenchantée qui rêve d'une autre vie, bien meilleur et d'une société sur lé déclin.

    Ce roman est encore plus touchant quand on a été adolescent dans les années 90 et grandit dans cette Lorraine oubliée.
    Un grand bravo a Nicolas Mathieu pour ce magnifique roman, un prix Goncourt amplement mérité !

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  • Somptueusement déprimant. Et si j’osais, je parlerais d’un manifeste sur les gilets jaunes. À croire que le jury du Goncourt avait anticipé les émeutes de novembre. Des générations qui galèrent aux confins du territoire, des petites vies rythmées par la bière et les joints. Le consumérisme, le...
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    Somptueusement déprimant. Et si j’osais, je parlerais d’un manifeste sur les gilets jaunes. À croire que le jury du Goncourt avait anticipé les émeutes de novembre. Des générations qui galèrent aux confins du territoire, des petites vies rythmées par la bière et les joints. Le consumérisme, le sexe et le football pour se consoler de ne pas avoir d’avenir radieux. À croire que l’auteur s’est gavé de Bourdieu pendant ses études. Ça rappelle les paroles de la comédie musicale « Les Misérables » quand ils évoquent le père et la mère qui font des cabrioles après leur dure journée de labeur : « entre nous et les bourgeois, c’est avec l’amour, la foi, le seul moment ou y’a pas de différences… et voilà nos vacances. Aime ce que tu as quand t’as pas ce que t’aime… » Presqu’un résumé de ce roman naturaliste qui après « en finir avec Eddy Bellegueule » et plus récemment « Fief » nous ressert les provinces déshéritées et le désespoir des classes moyennes en difficulté. La question est la suivante : si, aujourd’hui, on lit avec respect les déboires des Rougon-Macquart, lira-t-on en 2165 le roman de Nicolas Mathieu ? Alors certes, je commence à en avoir ras la soupière de ces récits noirs de mégots calcinés, de ces êtres à la dérive cherchant le réconfort dans le corps de leur prochain mais je dois avouer que l’auteur en parle avec un grand talent. Il y a des pages magnifiques où chaque geste, chaque expression des personnes sont décrites avec une acuité, une lucidité, une cruauté et une inventivité qu’on avait pas vues depuis longtemps, peut-être chez Houellebecq, la condescendance et le cynisme en moins. La page 392 en offre un bon exemple. Je remercie l’auteur de ne pas nous avoir pondu une fin à la « Goncourt de Queffélec » (un drame, un crime) et de nous laisser imaginer un dénouement, même heureux, même contre le cours du jeu. On se délecte donc, page après page, regrettant tout ce désenchantement, mais c’est le choix de l’écrivain. Je trouve aussi qu’il y a une perte d’intérêt et de vitesse dans les cents dernières pages (de trop ?). On a envie qu’il en finisse, qu’Hacine assassine ou qu’Antho. nique. Donc, plutôt pas mal et surtout, un vrai roman, pas un essai déguisé et bien ficelé comme le Vuillard de l’année dernière. Mathieu, c’est officiel, on vous tient à l’œil !

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  • Cette chronique sur des adolescents dans l'Est de la France est un plaisir de lecture.
    Tous ces jeunes sont attachants dans leurs maladresses, leur solitude, leurs espoirs vains, leur tendresse. Cette évocation en 4 étés allège le récit et nouis laisse imaginer l'espace de temps.
    L'anlyse de...
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    Cette chronique sur des adolescents dans l'Est de la France est un plaisir de lecture.
    Tous ces jeunes sont attachants dans leurs maladresses, leur solitude, leurs espoirs vains, leur tendresse. Cette évocation en 4 étés allège le récit et nouis laisse imaginer l'espace de temps.
    L'anlyse de ces adolescents est précise, fine; il drese un vrai état des lieux de cette france isolée et abimée.
    On ressent la fin d'une époque d'ouvriers , la fermeture des usines et la désertification des villes concernées malgré les efforts de quelques élus.
    On ressent bien les espoirs d'envol de ces jeunes mais qui retombent très fort sur terre et rentrent dans le quotidien routinier d'une vie d'employé; seuls quelques jeunes peuvent s'en sortir à l'image de Stéphanie mais avec beaucoup de mal être.
    j'ai été emporté par ce récit avec une belle écriture fluide mais intense. C'est un beau roman de société.

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  • « Leurs enfants après eux » est le prix Goncourt 2018, c'est le deuxième roman de l'auteur après « Aux animaux la guerre » adapté en série TV.

    Ce roman est la chronique d'une bande d'ados dans les années 90, qui habitent dans une petite ville de l'est de la France. Le lecteur suit ces ados...
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    « Leurs enfants après eux » est le prix Goncourt 2018, c'est le deuxième roman de l'auteur après « Aux animaux la guerre » adapté en série TV.

    Ce roman est la chronique d'une bande d'ados dans les années 90, qui habitent dans une petite ville de l'est de la France. Le lecteur suit ces ados pendant les périodes d'été de 1992 à 1998 et les voit évoluer.
    Ces jeunes s'ennuient et veulent fuir la ville. L'auteur relate leurs envies, leurs ennuis mais aussi leurs ambitions, les désillusions et surtout le désœuvrement.
    Tous ces ados posent un regard critique sur leurs parents car ils ne veulent pas trimer toute leur vie comme eux. La reproduction sociale est-elle inévitable ? Quel est leur avenir dans cette petite ville de Lorraine touchée de plein fouet par la désindustrialisation. Il n'y a pas d'emploi et rien qui pourrait attirer les jeunes. Est-ce que l'école peut être un tremplin vers l'égalité des chances ? Ces jeunes n'en sont pas tous persuadés ou s’en rendent compte trop tard.

    L'écriture de l'auteur est brillante et saisissante car elle est très réaliste, pleine d'authenticité et d'humanité. Ce livre évoque la quête identitaire d'adolescents. L'auteur parle avec brio du quotidien, des petits riens, des études, des premiers amours, de la résignation. C'est un roman social politique mais aussi sociologique qui retranscrit à merveille et avec beaucoup de justesse le contexte d'une époque et d'un lieu (le milieu ouvrier dans une ville sinistrée, la montée du racisme) . La plume est noire, sombre presque désespérante sans pour autant tomber dans le misérabilisme. J'ai aimé toutes les références aux années 90 qu'elles soient musicales (Nirvana) ou encore sportives (la coupe du monde de 1998). Le lecteur assiste au désenchantement de cette jeunesse attachante qui se heurte à la réalité.

    « Leurs enfants après eux » est un diamant brut, un roman coup de poing entrainant qui m'a beaucoup plu.

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  • Ce qui m’a beaucoup plu dans ce roman, c’est tout d’abord la mise en place en quatre étés non consécutifs, avec donc des ellipses qu’il convient au lecteur de combler. À aucun moment, je ne me suis ennuyée, ou lassée, comme cela aurait pu être le cas si l’auteur avait concentré tout sur un seul...
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    Ce qui m’a beaucoup plu dans ce roman, c’est tout d’abord la mise en place en quatre étés non consécutifs, avec donc des ellipses qu’il convient au lecteur de combler. À aucun moment, je ne me suis ennuyée, ou lassée, comme cela aurait pu être le cas si l’auteur avait concentré tout sur un seul été, ou au contraire, étalé l’action de manière lisse sur plusieurs années.
    J’ai beaucoup aimé aussi que les situations dramatiques ou conflictuelles ne soient pas toujours résolues de la manière la plus attendue, ou en cherchant au maximum à susciter l’émotion. Le style parfaitement fluide et lisible, n’est jamais fade, même pour décrire un quotidien terne, ou des situations quotidiennes. Les questionnements propres à l’adolescence donnent de toute façon du relief à tous les moments vécus.
    Le sujet, comme le dit l’auteur, ce sont « des vies qui commencent dans un monde qui s’achève ». Ce thème de la disparition des classes ouvrières, et de la fracture sociale qui en a découlé, m’a rappelé le roman italien de Silvia Avallone, D’acier, ou les films de Ken Loach. Il a été à l’origine d’essais, je pense notamment à ceux de Christophe Guilluy sur la France périphérique, mais le présent roman, s’il est porteur de cette idée, est surtout formidable pour les portraits d’adolescents et de jeunes gens qu’il propose, pour l’immersion particulièrement réussie dans les années 90, pour l’évocation sensible et véridique du Nord-Est de la France, et pour son style percutant.
    Je n’irai pas jusqu’à parler de chef-d’œuvre, mais c’est une lecture intense, prenante, d’un réalisme parfois cru et toujours plein de justesse. Je l’ai terminé il y a presque un mois, et aucun autre roman ne m’a autant accrochée depuis.

    https://lettresexpres.wordpress.com/2018/11/20/__trashed/

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  • Ennuyeux, vulgaire et déprimant

    Ouf ! ça y est j’en suis venue à bout ! Si ce livre n’avait pas eu le Goncourt je l’aurai abandonné assez vite tellement j’avais l’impression de lire un mauvais roman pour ados… mais la curiosité a eu raison de moi pour savoir ce qui pouvait justifier son prix,...
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    Ennuyeux, vulgaire et déprimant

    Ouf ! ça y est j’en suis venue à bout ! Si ce livre n’avait pas eu le Goncourt je l’aurai abandonné assez vite tellement j’avais l’impression de lire un mauvais roman pour ados… mais la curiosité a eu raison de moi pour savoir ce qui pouvait justifier son prix, me disant qu’il allait bien enfin se passer quelque chose. Mais non. Rien.
    Que de longueurs pour décrire des êtres médiocres vivant une vie médiocre…
    Hacine, un jeune des banlieues qui zone, qui boit et vend de la drogue et un autre, Anthony, d’un milieu peu favorisé aussi qui ne pense qu’à baiser (verbe le plus utilisé du livre !!) des filles, boire aussi, mater leur poitrine sans soutien-gorge sous leur tee-shirt et fantasmer sur leur « chatte » !!
    Bref, si le prix Goncourt se justifie par le fait de parfaitement décrire la vulgarité et le désoeuvrement de jeunes ne sachant que faire de leur vie des plus monotones et déprimantes alors l’auteur y parvient très bien.
    Pour ce qui est de l’histoire, eh bien justement il ne se passe rien de rien justement, à l’image des vies vides de ces jeunes qui passent finalement leur temps à errer sans but.
    Ma seule satisfaction sera de ne pas avoir eu à payer pour lire ce livre.

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  • Le roman se découpe en 4 parties, 4 chansons, 4 étés à deux ans d'intervalle : 1992 - 1994 - 1996 - 1998. Quatre étés des vies de plusieurs adolescents Anthony, Hacine, Stéphanie pour les principaux mais tous les copains qui gravitent autour : le cousin (sans prénom), Clem, Eliott et leurs...
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    Le roman se découpe en 4 parties, 4 chansons, 4 étés à deux ans d'intervalle : 1992 - 1994 - 1996 - 1998. Quatre étés des vies de plusieurs adolescents Anthony, Hacine, Stéphanie pour les principaux mais tous les copains qui gravitent autour : le cousin (sans prénom), Clem, Eliott et leurs parents bien sûr. A travers eux la vie nous allons vivre dans une région touchée par le chômage, une ville moyenne avec ses cités, ses zones pavillonnaires, ses différentes classes sociales, ses commerces, les distractions offertes aux jeunes etc.... La vie en province, quoi.

    Aucune difficulté à entrer dans le roman  (chaque partie est rédigée sous le titre d'une musique de l'époque, représentative du contexte)  : le décor se met en place. On découvre cette bande de jeunes adolescents comme il en existe tant. On s'ennuie, on se cherche, on se frôle, on s'observe mais parfois aussi on fait des rencontres qui changeront le cours d'une vie.

    Ils parlent mais ils observent aussi : leurs parents, leurs vies, ils espèrent pour eux un ailleurs meilleur, loin d'ici, peut être à Paris, dans une grande ville.

    Le principal personnage pour moi, Anthony, vit au milieu de parents qui se déchirent, il y a de la violence, le couple est au bord de la rupture, et lui il se sent mal dans sa peau :

    Dans les films, les gens avaient des têtes symétriques, des fringues à leur taille, des moyens de locomotion bien souvent. Lui se contentait de vivre par défaut, nul au bahut, piéton, infoutu de se sortir une meuf, même pas capable d'aller bien. (p97)

    C'est principalement à travers lui que l'on va découvrir cette vie de province, si bien montré avec tous les marqueurs de l'époque : vêtements, musique, loisirs etc.... Il rêve d'un ailleurs, ne pas reproduire ce que les adultes ont fait de leurs vies, espérer mieux, plus que de se retrouver engluer dans une ville qui n'offre plus d'avenir à sa jeunesse.

    La force de ce roman vient de son traitement à différents niveaux : les enfants : fils d'ouvrier, fille de notable, fils d'immigrés, parents, voisins, toutes les couches de la société sont abordées mais toutes se rejoignent.

    On a tous plus ou moins connu ces familles, ces ambiances d'été, où les heures semblent durer plus qu'elles ne devraient, ou l'ennui et le désœuvrement génèrent violence, délinquance et haine. Alcool et drogue rythment les journées, on "mater" les filles, mais les filles ne se privent pas de "mater" aussi les garçons, chuchotements, regards....

    Nicolas Mathieu connaît cette région de l'Est de la France dont il est issu, les ravages de la désindustrialisation, les difficultés qu'elles font apparaître :  financières et psychologiques. Une province qui tente de survivre, avec ses petits délinquants, livrés à eux-mêmes par des parents usés par le travail, les soucis, l'alcool.

    Depuis que les usines avaient mis la clef sous la porte, les travailleurs n'étaient plus que du confetti. L'heure, désormais, était à l'individu, à l'intérimaire, à l'isolat. Et toutes les miettes d'emplois satellisaient sans fin dans le grand vide du travail où se multipliaient une ribambelle d'espaces divisés, plastiques et transparents : bulles, box, cloisons, vitrophanies. (p212)

    Après avoir connu le plein emploi, les hauts fourneaux, l'usine, la population va découvrir le travail précaire, le chômage, la perte d'identité et le manque d'avenir pour toute une jeunesse ou alors un avenir mais ailleurs mais est-ce pour cela qu'il sera meilleur ?

    Dans la première moitié du roman je me suis plusieurs fois demandée où voulait m'entraîner l'auteur. Un roman générationnel, oui, à plusieurs moments on s'y retrouve, on a connu ces périodes, ces questionnements, ces situations mais je pensais également à un récit choral, où les différents personnages se croisent, s'aiment, se détestent, donnent leur vision, mais aussi où les situations peuvent vite dégénérer.

    Mais, très justement, l'auteur ne tombe pas dans ce travers bien au contraire il garde le cap de nous raconter une génération sur 4 étés, pas forcément décisifs mais marquants, qui replongent le (a) lecteur (trice) dans son propre passé, dans sa propre adolescence, car les petits détails : musicaux, événements, motos, vêtements nous envoie des flash back de nos propres vies, mais aussi parce que les pensées, questionnements de ces jeunes ont été parfois les nôtres. Qu'avons-nous fait de nos jeunesses, sommes-nous les adultes que nous rêvions d'être.

    J'ai de loin préféré la deuxième partie du récit (les deux dernières époques) car l'auteur nous amène à une réflexion sur nous-mêmes, sur notre société, sur les parcours scolaires, les désillusions mais aussi parce que le rythme est plus soutenu, plus vif, plus introspectif, car Anthony et les autres ont grandi, mûri

    D'autres allaient jusqu'au bac, 80 % d'une classe d'âge apparemment et puis se retrouvaient en philo, socio, psycho, éco-gestion. Après un brutal coup de tamis au premier semestre, ils pouvaient espérer de piètres diplômes, qui les promettaient à d'interminables recherches d'emploi, à un concours administratif passé de guerre lasse, à des sorts divers et frustrants, comme prof de ZEP ou chargé de com dans l'administration territoriale. Ils iraient alors grossir cette acrimonieuse catégorie des citoyens suréduqués et sous-employés, qui comprenait tout et ne pouvait rien. Ils seraient déçus, en colère, progressivement émoussés dans leurs ambitions, puis se trouveraient des dérivatifs, comme la construction d'une cave à vin ou la conversion à une religion orientale. (p326)

    et où Nicolas Mathieu fait un constat de la dégradation des systèmes. 

    Bien au-delà d'une radioscopie d'une jeunesse, c'est aussi une radioscopie de notre société, avec ses dérives, ses enfants souvent livrés à eux-mêmes, ses parents qui eux-mêmes se cherchent des repères, des buts, des raisons de continuer.

    On sourit parfois à certaines scènes car elles nous plongent dans nos propres souvenirs (j'ai particulièrement aimé le bal du 14 juillet....) mais il y a un fond plus sombre sur la perte de la jeunesse en se trouvant projeter sans s'en rendre compte dans le monde des adultes.

    Leurs enfants après eux auraient pu rêver d'autre chose, d'un avenir plus radieux, plus valorisant, fait de réussite et d'amour. Ils les trouveront pour certains peut être mais ailleurs ou alors comme leurs parents ils resteront et se contenteront de reproduire ce qu'ils s'étaient jurés ne jamais faire.

    Un roman fluide à l'écriture efficace, optant parfois pour une sorte de page-turner, nous laissant à la fin d'un chapitre sur notre faim de savoir, sur une option de suite qui n'est pas, le plus souvent celle que l'on croit (et en cela j'en remercie l'auteur car je pense que c'était choisir l'option de la facilité). Bravo pour le travail de documentation pour reconstituer toute cette période, dans les moindres détails :

    "Ah oui c'est vrai, c'était comme cela, il y avait cela, on écoutait cela....." c'est une phrase qui revient souvent pendant la lecture. Il nous offre un retour vers le passé ni rose, ni gris, simplement une retour dans nos vies.

    Le succès que remporte ce roman est mérité, je peux comprendre l'engouement autour car chacun s'y retrouve, d'une manière ou d'une autre, je suis à la limite du coup de cœur mais dans la première partie, comme je l'ai dit, je me suis à un moment posé la question : mais qu'est-ce qui fait son succès, qu'est-ce qu'il a de plus ? J'avais déjà lu ce genre de récit, les souvenirs de jeunesse et c'est dans la deuxième partie que j'ai eu ma réponse : suivre les mêmes personnages, tous différents et voir les adultes qu'ils deviennent. C'est un roman finalement sociétal.

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  • Je suis heureuse d’avoir pu découvrir ce roman dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire de Rakuten, parce qu’il m’attirait depuis sa sortie (il faisait partie de mes repérages). Après lecture de la quatrième de couverture, il semblait que ce récit allait basculer ses lecteurs dans un...
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    Je suis heureuse d’avoir pu découvrir ce roman dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire de Rakuten, parce qu’il m’attirait depuis sa sortie (il faisait partie de mes repérages). Après lecture de la quatrième de couverture, il semblait que ce récit allait basculer ses lecteurs dans un espace temps, une époque en suspension qui résonnerait peut-être en moi.

    Ce n’est pas tout à fait faux, parce que Nicolas Mathieu nous traîne dans l’adolescence torturée de ses personnages de l’est de la France. Son écriture merveilleuse nous décrit une époque dans ses réalités les plus dures et on se fond dans le décor, on se traîne dans une sorte de boue qui encroûte ces hommes, ces femmes, ces enfants puis ces jeunes adultes dans un monde franchement sinistre. Ça colle à la peau et pas moyen de s’en défaire du début à la fin.

    J’ai donc retrouvé des références de ma propre adolescence, des musiques, des évènements, mais une chance pour moi, je ne me suis pas identifiée dans ce maelstrom de violence, d’alcoolisme, de racisme, de déroute, d’âmes paumées qui se flétrissent comme une fleur que l’on aurait coupée. Il n’y a pas la place au merveilleux, aux plaisirs de l’innocence qui pourtant se terminent mais qui durent parfois encore un peu. Leurs enfants après eux ne vivent pas une vie meilleure, comme leurs parents, c’est le travail qui ride et qui fatigue, c’est l’amour qui décampe, c’est la vie qui fouette le visage. Pas de concession, ils font tous comme ils peuvent, la galère et les désillusions comme destin héréditaire.

    « Les hommes parlaient peu et mouraient tôt. Les femmes se faisaient des couleurs et regardaient la vie avec un optimisme qui allait en s’atténuant. Une fois vieilles, elles conservaient le souvenir de leurs hommes crevés au boulot, au bistrot, silicosés, de fils tués sur la route, sans compter ceux qui s’étaient fait la malle. »

    C’est une lecture qu’on ne dévore pas, parce qu’elle plombe un peu, mais on ne la lâche pas, parce que c’est furieusement bien écrit. Ce roman est troublant de réalisme, il nous fait rencontrer ceux qui n’ont pas la vie facile et qui vivent sans trop d’espoir. Même les scènes d’amour en manquent, c’est animal, c’est cru, c’est une joie jamais réciproque. Même si parfois c’est comme dans un poème adolescent – « Elle faisait envie comme une plage, comme une pâtisserie, comme le chocolat » -, cela ne dure jamais, la réalité rattrape les fantasmes. En bref, ce n’est pas la vie que l’on rêve de vivre, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais c’est nécessaire parce que cela existe, parce que c’est aussi ça la vie pour certains d’entre nous.

    La suite sur mon blog (avec une illustration originale) : https://ducalmelucette.wordpress.com/2018/10/29/lecture-leurs-enfants-apres-eux-de-nicolas-mathieu-mrl18/

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  • Anthony, Hacine, Stéphanie et leurs amis sont de jeunes ados en cet été 1992, ne se souciant guère d’autre chose que de drogue, d’alcool et de sexe. Chacun rêve de liberté mais dans cette France d’entre-deux il n’est pas aisé de se faire une place. Durant quatre étés, jusqu’en 1998 nous les...
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    Anthony, Hacine, Stéphanie et leurs amis sont de jeunes ados en cet été 1992, ne se souciant guère d’autre chose que de drogue, d’alcool et de sexe. Chacun rêve de liberté mais dans cette France d’entre-deux il n’est pas aisé de se faire une place. Durant quatre étés, jusqu’en 1998 nous les suivons. Ces gosses sont-ils condamnés, programmés pour vivre comme leurs parents ? Vont-ils mettre toutes les chances de leur côté et réussir leur vie ?

    Un roman qui parle de jeunesse insouciante, aux mille rêves et qui très vite déchante d’une réalité si dure, si crue, si impardonnable. J’ai eu 14 ans (et oui !) je vivais de premières amours, d’heures de colle et de clope. On ne se doute pas de ce qui nous attend. De cette vie où l’on perd des plumes à chaque tentative d’avenir meilleur. Nicolas Mathieu signe un texte fort, réaliste, juste de cette perte d’innocence, de cette quête d’identité et de ces rêves qui planent au-dessus de nos têtes. Peut-être qu’un jour ils se réaliseront…qui sait !

    #MRL18

    http://www.mesecritsdunjour.com/archives/2018/10/26/36810198.html

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  • 1992, Heillange, une ville sinistrée de Lorraine, Anthony vient d'avoir quatorze ans, ses parents sont des cons, à la maison les disputes peuvent partir pour n'importe quoi, il a sans cesse envie de cogner, de se faire mal, de foncer dans les murs. C'est les vacances, à la rentrée ce sera la...
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    1992, Heillange, une ville sinistrée de Lorraine, Anthony vient d'avoir quatorze ans, ses parents sont des cons, à la maison les disputes peuvent partir pour n'importe quoi, il a sans cesse envie de cogner, de se faire mal, de foncer dans les murs. C'est les vacances, à la rentrée ce sera la troisième. Il rêve de foutre le camp, il n'y a pas grand-chose à faire, le désoeuvrement, les cyclomoteurs qui ne font que tourner en rond, les habitants accoudés à leur fenêtre, jouer à la console en fumant des pet », rejoindre les potes sur la dalle, se marrer, penser aux filles. le dernier haut fourneau dresse sa carcasse, tout autour prolifère une jungle de rouille. L'usine a sifflé, gémi, brûlé pendant six générations et il ne reste que ça, une grille fermée par un petit cadenas. Jouer au billard, aux fléchettes, picoler avec les copains, les périodes de vaches maigres, les plans sociaux, le chômage, le syndicalisme, la politique, coller des affiches pour le FN.

    De 1992 à 1998, pendant quatre étés Nicolas Mathieu nous raconte la vie ou plutôt les galères de trois adolescents. Anthony fils d'ouvrier déclassé après son licenciement de l'usine, « Il n'allait quand même pas finir comme son vieux, bourré la moitié du temps à gueuler devant le JT ou à s'engueuler avec une femme indifférente. Où était la vie, merde ? », Steph fille de parents petits parvenus qui essayent de s'acheter une notabilité, « Steph et Clem découvraient que le destin n'existait pas, il fallait en réalité composer son futur comme un jeu de construction, une brique après l'autre, et faire les bons choix. Et Hacine fils d'immigré résigné, jamais intégré “Car ses pères restaient suspendus, entre deux langues, deux rives, mal payés, peu considérés, déracinés, sans héritage à transmettre. Leurs fils en concevaient un incurable dépit.”

    J'ai beaucoup apprécié la façon dont Nicolas Mathieu nous raconte la lente agonie de la France ouvrière à travers les destins mêlés de ces trois adolescents. Un roman social ancré dans son époque, le texte sonne juste, les mots sont vrais, crus, percutants. Un portrait hyper réaliste de cette France de petits pavillons où l'on s'aime sans rien se dire et on se déteste de la même façon. Des hommes qui meurent tôt, leurs femmes une fois vieilles qui conservent le souvenir de leurs maris crevés au boulot, au bistrot, silicosés, de fils tués sur la route, sans compter ceux qui se sont fait la malle. La mondialisation où les usines sont remplacées par l'économie souterraine où le trafic est aux mains de mômes de quatorze ou quinze ans, les plus jeunes employés comme guetteurs, et les familles qui servent de nourrice. “Se faire en un jour ce que son vieux gagnait jadis en six mois”. L'auteur nous entraîne à la suite de ces trois jeunes jusqu'à l'illusion de la coupe du monde de football de 1998 où chacun se plonge dans l'épopée nationale pour mieux oublier le drame quotidien, le sentiment utopique que la victoire va balayer la crise et trois décennies de déveines. Un roman remarquable sur le désenchantement d'une jeunesse qui rêve de jours meilleurs.
    « Chez eux, on était licencié, divorcé, cocu ou cancéreux. On était normal en somme. »

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