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Avec Bas Jan Ader

Couverture du livre « Avec Bas Jan Ader » de Thomas Giraud aux éditions La Contre Allee
Résumé:

Avec ce nouveau roman, Thomas Giraud s'approche peut-être encore davantage qu'il ne l'avait fait jusque-là d'une de ces figures fulgurantes et insaisissables, celles qui n'ont fait que passer, qui ont expérimenté et qui nous laissent au bout du compte avec beaucoup d'interrogations, à peu près... Voir plus

Avec ce nouveau roman, Thomas Giraud s'approche peut-être encore davantage qu'il ne l'avait fait jusque-là d'une de ces figures fulgurantes et insaisissables, celles qui n'ont fait que passer, qui ont expérimenté et qui nous laissent au bout du compte avec beaucoup d'interrogations, à peu près autant de passions, de frissons même. Si de Bas Jan Ader, artiste hollandais, nous savons peu de choses, endécouvrant ce qui aurait pu être son histoire, selon Thomas Giraud, on se demande forcément d'où lui vient cette fascination pour les chutes ? Qu'entend-il montrer en tombant à vélo dans un canal ou en se lâchant d'une branche d'arbre ? Est-ce là uniquement le goût d'aller contre un ordre établi du monde matériel ? D'y trouver ce qui fait s'écouler les montagnes immobiles ? D'éprouver le fait d'être au monde ? D'aller contre l'immobilité de ce qui semble inscrit dans l' éternité...? Ou faut-il chercher du côté de la petite enfance et de cet équilibre introuvable qui fait tomber à longueur de temps ? Ou encore d'avoir grandi dans l'absence et pourtant avec la figure omniprésente d'un père héros de guerre ? Avec Bas Jan Ader, sommes-nous devant une scène sans fin de la chute du père, fusillé par des soldats allemands ? Sommes-nous pris par l' immense solitude ressentie, causée par cette absence, par le manque ? Si Bas Jan Ader semble avoir laissé peu, c'est en même temps déjà beaucoup, pour penser, imaginer, construire, inventer. Bas Jan Ader a mené bon nombre d'expériences et de performances spectaculaires. Jusqu'à cette toute dernière dont il ne reviendra pas : la traversée de l'Atlantique à bord d'un bateau trop léger sans doute, In Search of the Miraculous... Thomas Giraud s'enquiert de son histoire, traverse l'océan à ses côtés et dresse son portrait à travers les âges, de son enfance à sa vie d'adulte, sa vie d'artiste.

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Avis (3)

  • Connaissez-vous ou avez vous déjà entendu parler de Bas Jan Ader ? Moi je n'en avais jamais entendu parlé mais les personnalités un peu hors norme m'intéressent car j'aime découvrir ou du moins tenter de découvrir ce qui les anime, ce qui les pousse à se lancer des défis, parfois dangereux, et...
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    Connaissez-vous ou avez vous déjà entendu parler de Bas Jan Ader ? Moi je n'en avais jamais entendu parlé mais les personnalités un peu hors norme m'intéressent car j'aime découvrir ou du moins tenter de découvrir ce qui les anime, ce qui les pousse à se lancer des défis, parfois dangereux, et c'est le cas pour Bas Jan Ader.

    Thomas Giraud, dont c'est le quatrième ouvrage, s'est posé les mêmes questions et explorer les pistes sur les motivations de ce performiste-photographe néerlandais né en 1942 et qui disparaîtra, en 1975 entre Cap Code et l'Irlande, à bord d'une petite embarcation, un Guppy l'Ocean Warve, nullement adapté pour ce genre de traversée. Ayant très peu d'éléments à sa disposition pour répondre à toutes les questions, il choisit de s'adresser à Bas lui-même en lui dressant ce qui lui semble être son portrait et ses hypothèses sur ses motivations. Se lancer des défis, mettre sa vie en danger et finalement la perdre à 33 ans, seul, dans l'immensité d'un océan, sachant dès le départ les risques encourus : performance, disparition volontaire ou suicide ?

    Dans une démarche très intime, avec une économie de moyens Bastiaan (Bas) Jan Ader va se lancer dans des performances le plus souvent centrées sur la chute, filmées par Sue Anderson, sa compagne, des films en noir et blanc, des mini-scènes à la manière de Buster Keaton ou Charlie Chaplin, des séquences muettes où on le voit tomber, impassible, avec un vélo dans un canal ou chuter d'un toit, assis sur une chaise ou observer la manière dont retombent des vêtements lancés sur le fait d'une maison.

    "Tomber, s'écrouler sans se rattraper. Disparaître de l'endroit où l'on est, de la surface que l'on occupe pour se retrouver plus bas, invisible presque, car mélangé avec le sol. (p100)"

    Et pour ce faire, remonter à la naissance, à l'absence de ce père auréolé d'une gloire posthume, dont il porte le même prénom et qu'il a réduit à Bas, car peut-être un prénom trop lourd à porter, qui s'écroula lui aussi mais pendant la guerre sous les balles ennemies pour avoir aider les opprimés, mettre en parallèle la chute de celui-ci et tenter d'éprouver la sensation, de ressentir ce qu'elle imprime dans le corps, dans l'esprit, tenter de retrouver les sensations de ce que son père a dû ressentir au moment où ses jambes ont fléchi, recherche personnelle et intime pour le rejoindre dans l'ultime dernière pensée, sensation, pensée ? Les mots sont inutiles, seulement des images.

    "Tu te montres, te démontres à toi-même et aux autres : la consistance et l'étendue de ta pensée dispersée, maladroite, émouvante, instable. (p126)"

    Dans ce huis-clos entre l'auteur et son sujet, cette intimité toute en sensibilité et pudeur, Thomas Giraud développe ses arguments et tente d'analyser les pellicules en imaginant la personnalité de cet homme à la beauté fulgurante et fragile, qui n'hésite pas à se filmer pendant deux minutes en pleurs (j'ai approfondi mes connaissances sur internet) en montrant la fragilité sans pudeur d'un homme, de l'effet de la tristesse sur son visage.

    J'ai beaucoup aimé l'ambiance de cet essai, la manière de restituer la démarche d'un artiste, d'en tracer les contours sans pour autant apporter des réponses, simplement des suppositions, l'écriture approchant le concept de l'artiste, sa sobriété, sa pudeur, lui posant parfois des questions ou lui fournissant également des explications puisque celui-ci n'a laissé aucun autre message que ces scénettes muettes qui pourraient sembler comiques pour qui ne connaît rien de son auteur-acteur.

    "Certains ont dit que c'était un suicide déguisé, que tu n'avais plus soif de rien, qu'on ne traversait pas l'Atlantique avec si peu de moyens, avec ce bateau inapproprié sans en attendre quelque chose. Personne ne sait, personne ne peut savoir, personne ne pourra savoir. Il faut faire avec, ce peut-être qui, je crois, était le peut-être que tu acceptais aussi : les choses n'étaient probablement pas tout à fait claires pour toit entre le fait de vivre, de mourir ou même d'être entre les deux ou, par moment, au-delà. (p166)"

    J'ai trouvé le ton particulièrement adapté à la personnalité de l'artiste, une intimité comme si Thomas Giraud voulait conserver la discrétion de l'homme, son mystère, sa fragilité mais en l'exposant afin de lui rendre hommage et sens. L'art de la chute sous ses différentes formes, aura été une recherche permanente de Bas Jan Ader cherchant les implications qu'elles peuvent avoir sous ses différentes formes : humaines, objets, esprits et à la lecture, ouvrant le lecteur et le spectateur sur la démarche de certains artistes, leurs quêtes et investigations qui peuvent nous paraître étranges, dérangeantes et pourtant révélatrices parfois d'une souffrance, d'une quête.

    Une découverte à la fois d'un homme, Bas Jan Ader, mais également d'un auteur, Thomas Giraud dont j'ai beaucoup aimé la manière feutrée et intime de mettre en lumière un homme habité comme ses films de noir et blanc, de zones visibles et obscures, l'auteur se faisant un révélateur discret, au plus près avec le "je" et le "tu", mais en lui conservant toute sa part de mystère.

    J'ai beaucoup aimé.

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  • J’ai commencé ce récit avec beaucoup de curiosité car je ne connaissais pas du tout cet artiste hollandais. Défini comme « artiste conceptuel »…. Ce qui ne me disait pas grand-chose.
    Thomas Giraud reprend deux éclairages pour comprendre Bas Jan Ader : ses derniers jours en pleine mer et le...
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    J’ai commencé ce récit avec beaucoup de curiosité car je ne connaissais pas du tout cet artiste hollandais. Défini comme « artiste conceptuel »…. Ce qui ne me disait pas grand-chose.
    Thomas Giraud reprend deux éclairages pour comprendre Bas Jan Ader : ses derniers jours en pleine mer et le poids de son père, héros de la seconde guerre mondiale et fusillé en 1944.
    L’auteur s’adresse directement à Bas Jan Ader en le tutoyant. Ainsi, il le rend proche de nous, comme si l’artiste présent écoutait le récit de son histoire.

    J’ai bien compris l’importance du passé de Bas Jan Ader, mais je suis restée sur ma faim : l’auteur ne donne pas vraiment de clefs pour saisir l’œuvre, le moment de la fracture, du plongeon. A un moment, il explique brièvement : « la chute finale t’intéresse moins que le moment où l’on perd pied, le processus, le passage du haut vers le bas… ce qui compte, c’est de montrer comment quelqu’un tombe, la manière dont on passe du déséquilibre au basculement, ces quelques grammes qui équilibraient tout le corps sur une ligne très fine et entraînent, t’entraînent, à présent vers le sol. C’est ce qui est beau, cette chose à peine insaisissable tant il est question de fragments de secondes, dans le mouvement vers l’eau du canal ou vers le sol. »

    Comprendre le parcours très singulier de cet artiste, l’essence de son œuvre est un véritable challenge.
    Pari plutôt réussi pour la biographie, mais pas pour le décodage de l’œuvre artistique.

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  • En plus de me divertir j’aime qu’un livre m’apprenne quelque chose et dans ce roman intitulé Avec Bas Jan Ader de Thomas Giraud, je peux dire que j’ai découvert un artiste singulier. De toi Bastiaan, Bas, je ne connaissais rien, ni le nom ni l’œuvre ! Est-ce aussi étonnant que cela quand on sait...
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    En plus de me divertir j’aime qu’un livre m’apprenne quelque chose et dans ce roman intitulé Avec Bas Jan Ader de Thomas Giraud, je peux dire que j’ai découvert un artiste singulier. De toi Bastiaan, Bas, je ne connaissais rien, ni le nom ni l’œuvre ! Est-ce aussi étonnant que cela quand on sait que tu es mort à 33 ans en plein Atlantique lors d’une performance intitulée « In Search of the Miraculous » à bord d’un Guppy 13, l’Ocean wave, qu’on retrouvera vide quelques mois plus tard. Mort ou plutôt disparu car le mystère demeure : ton corps n’ayant jamais été retrouvé, beaucoup se demanderont si cette disparition ne faisait pas partie de l’œuvre tant tu faisais corps avec elle.
    Si je te tutoie ici Bastiaan, Bas, c’est parce que c’est ainsi que s’adresse à toi Thomas Giraud dans ce très beau roman qui retrace les moments forts et les œuvres importantes de ta trop courte carrière. J’ai aimé, en faisant des recherches sur ton œuvre grâce à des photographies ou vidéos, découvrir un dandy triste qui en très peu de temps et de manière fulgurante, a développé une œuvre marquée par des thèmes récurrents comme la tristesse ou la chute.
    On y apprend très tôt que toi, l’artiste hollandais, tu as été comparé à ton père, ce pasteur fusillé par les nazis durant la seconde guerre mondiale alors que tu avais à peine 2 ans. Est-ce la chute de ce héros tombé sous les armes ennemies qui a conditionné ton attirance pour les effets de la gravité dans ton œuvre ? Toi te mettant en scène chutant d’un canal à bicyclette, ou du toit de la maison, ou bien, toi suspendu à une branche ? Toutes ces choses semblaient improvisées, mais pourtant on y apprend que c’est avec un soin tout particulier que tu filmais ou photographiais tout ça en compagnie de tes amis, ton frère Erik ou encore et surtout, Sue, ta femme. D’ailleurs c’est certainement grâce à eux que ton œuvre te survit.
    Cet engouement que tu as suscité en moi toi l’artiste hors norme ne doit pas faire oublier la plume de l’auteur Thomas Giraud qui pourtant né un an après ta mort semble te connaitre intimement, l’emploi du tutoiement confère une proximité et m’a donné l’impression d’un ami qui se souvient d’un autre et ce style nous rapproche un peu plus de toi, allant jusqu’à saisir tes états d’âme.
    De par son talent et à sa manière très originale de s’adresser directement à toi Thomas Giraud te parle au-delà de ta disparition qui fut certainement ton œuvre ultime.
    Ce tutoiement que j’ose humblement reprendre ici tout a long de cette chronique m’a sincèrement touchée. Ce roman fut pour moi une belle découverte, tant littéraire, qu’artistique.

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