Philippe Ségur vous répond : "L’amour humain, l’amour divin, tout le monde en parle, on ne sait pas ce que c’est"

jeudi 18 octobre 2018

"Le chien rouge" (Buchet-Chastel) est l'un des cinq romans de littérature française du palmarès de la rentrée littéraire

Philippe Ségur vous répond : "L’amour humain, l’amour divin, tout le monde en parle, on ne sait pas ce que c’est"

Le chien rouge (Buchet-Chastel) fait partie des cinq romans que ces lecteurs privilégiés que sont les Explorateurs ont préférés dans cette rentrée sur lecteurs.com.

Philippe Ségur, l’auteur de ce roman et un homme qui aime décidément les chiens, comme vous le verrez dans cet interview, a accepté de répondre aux questions que les Explorateurs lui ont posées. Cela donne un passionnant entretien sur les coulisses de la création littéraire.

Laissons-lui la parole, d’abord avec un remerciement dont il a souhaité faire son préambule : « Je voudrais d’abord vous remercier de l’intérêt que vous avez porté à mon roman. Et je réponds très volontiers à vos questions. C’est une formule agréable qui laisse le loisir de la réflexion et... de l’espace pour s’expliquer ! ».

On retrouve Philippe Ségur plus amplement ci-dessous.

 

 

- J'ai été très touchée par le personnage de Peter Seurg, ressentez-vous comme lui ce besoin viscéral de vous défaire de ce qui vous ennuie, vous embarrasse au risque de vous perdre ?

J’ai bien peur que oui. Il y a dans le dépouillement, la rupture et l’abandon une quête de pureté et de perfection qui rejoint peut-être l’obsession de posséder, de maintenir, de conserver du collectionneur. Je ne connais que la première de ces tentations, mais chercher à ne plus rien avoir ou à tout avoir me paraissent deux formes d’expression d’un même besoin d’absolu. Si ce n’est que cela, c’est du pur idéalisme. Quant au risque de se perdre, il n’est pas goût du risque ni fin en soi, mais surgit de manière impromptue et toujours indésirable. Il y a beaucoup de bêtise – ou d’innocence – chez Peter Seurg : il est comme un enfant qui ne voit pas venir la chute alors qu’il court sur une ligne de crête, lacets défaits. C’est qu’il se donne sans s’économiser et qu’il regarde ailleurs. C’est aussi ma complexion depuis toujours, ma qualité peut-être et mon défaut sûrement : je regarde ailleurs.

 

- L'imagination et l'écriture implosive de votre roman secouent le lecteur, quel est votre secret pour donner un tel mouvement dans le roman ?

D’abord la sincérité, même si s’agissant du résultat final, je n’y crois pas beaucoup en littérature. Au moment de l’écriture, je m’efforce, du moins, de ne pas tricher avec mes pensées et mes émotions. Comme la nature m’a doté d’une certaine énergie que ma culture m’a contraint à brider, sa libération dans l’écrit peut être explosive. Ensuite, il y a beaucoup, beaucoup de travail : entre le premier jet et la version finale de ce roman, plus de deux cents pages ont été supprimées. La cadence, c’est la coupe. Le rythme lui aussi naît de la soustraction.

 

- Le souhait de Peter de s’extraire du monde est plutôt autodestructeur finalement, pourquoi ?

C’est autodestructeur pour lui et à ce moment-là de sa vie. Son propos initial n’est pas de rejeter le monde, mais de s’en retirer pour se connaître lui-même. N’oubliez pas qu’il considère qu’il lui est impossible d’accéder à une forme de liberté personnelle sans prendre conscience du social qui le détermine. Mais dans cette mise à plat, Peter Seurg est rattrapé par une problématique intime qu’il voit et ne voit pas venir à la fois. L’Appel du chien rouge, c’est une percée spontanée dans sa propre profondeur : elle lui vient comme un avertissement, mais trop tard pour qu’il l’entende. Ce qui lui a manqué dans cette quête de soi, c’est de reconnaître la valeur d’une transmission, l’expérience de ceux qui ont frayé ce chemin avant lui, c’est d’admettre qu’il ne pouvait pas, sans danger, tout découvrir tout seul. En définitive, il s’est fourvoyé par orgueil. La compréhension finale de l’humilité nécessaire est, à mes yeux, un grand espoir et une vraie guérison. Je crois que Peter Seurg n’a pas dit son dernier mot.

 

- "Métaphysique du chien", "Le Chien Rouge", faut-il y voir une forme d’obsession ?

Metaphysique du chien raconte l’histoire d’un homme jeune qui quitte le monde pour vivre en disciple d’un chien errant, mais dont la relation est interrompue par la mort de l’animal. Le chien rouge raconte l’histoire d’un homme mûr qui quitte le monde pour vivre en animal solitaire, mais qui redécouvre la relation, notamment avec Hesse, dans le face-à-face avec la mort. Disons que, du premier à mon dernier roman, la boucle pourrait bien être bouclée.

 

- Le personnage de Peter cherche-t-il une solution à son mal être, né de ses difficultés amoureuses, ou de manière générale ?

L’expérience amoureuse « désillusionne l’Homme pour qu’il pense, agisse, forme sa réalité comme un Homme désillusionné, devenu raisonnable, pour qu’il se meuve autour de lui et par suite autour de son véritable soleil ». Je détourne à dessein cette belle pensée de Marx, qui ne parle pas d’amour, mais de religion, parce que c’est en fait la même chose : l’amour humain, l’amour divin, tout le monde en parle, on ne sait pas ce que c’est. La déception amoureuse est un grand enseignement, car toute l’expérience humaine est expérience de la perte. Or, ce n’est pas la fin de tout, c’est un commencement. Y compris pour l’amour, à condition d’admettre que dans l’ensemble, on nous a dit beaucoup de mensonges à son sujet. Peter Seurg cherche une chose très simple, en réalité : le bonheur par la connaissance de lui-même.

 

Propos recueillis par Karine Papillaud, avec les sagaces questions de Régine Roger et Christlbouquine.

Téléchargez ici l'intégralité du palmarès qui vous servira de guide pour vos prochaines lectures ! N'hésitez pas à le commenter, le partager, l'imprimer et à en discuter avec votre libraire préféré ou avec la communauté lecteurs.com.

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