Emilie Frèche vous répond : "J’étais une enfant et surtout une adolescente très en colère"

jeudi 18 octobre 2018

"Vivre ensemble" (Stock), le roman français arrivé en tête du palmarès de la rentrée littéraire 2018

Emilie Frèche vous répond : "J’étais une enfant et surtout une adolescente très en colère"

Vivre ensemble (Stock) est le roman français que les explorateurs ont préféré lire cet été. Il est arrivé en tête des votes et du palmarès des 50 romans préférés de la rentrée 2018 sur lecteurs.com.

Emilie Frèche, son auteur, a réagi tout de suite quand nous l’avons contactée, heureuse d’arriver en tête de ce classement et de ce plébiscite des lecteurs. Elle a eu la gentillesse de répondre généreusement aux questions que les explorateurs avaient très envie de lui poser. Un grand merci à Maëlle et Marie-Julie pour leur pertinence, leur enthousiasme et leur implication dans ce grand événement d’été sur lecteurs.com.

 

- Vous arrivez en tête d’un classement effectué par des lecteurs. Se sentir choisie, c’est forcément une grande joie, mais qu’est ce que ça change d’être plébiscité par ses pairs ou par les lecteurs ?

Quand vous avez les lecteurs, vous voulez la critique, et quand vous avez la critique, vous voulez les lecteurs, mais je ne sais pas si, quand vous avez les deux, vous êtes enfin heureux ! En ce qui me concerne, chaque personne qui aime mon livre me procure une joie immense, qu’il s’agisse d’un anonyme dans la rue ou d’un écrivain que j’admire. Mais d’arriver en tête de ce palmarès-là pour ce livre me touche tout particulièrement, car cela signifie que les lecteurs n’ont pas été dupes de l’attaque dont j’ai été victime de la part de l’épouse du ministre de l’écologie, qui,  avant même la sortie du roman, brandissait l’atteinte à la vie privée de son fils pour tenter de m’abîmer publiquement.  Les lecteurs ont bien compris qu’il s’agissait là d’un coup bas comme nombre d’ex-femmes ou d’ex-maris en sont capables quand ils ont mal vécu leur séparation, et que  Vivre ensemble était un roman. Et ils l’ont jugé comme tel. 

 

- Si vous deviez résumer votre enfance à un des garçons de votre roman, vous seriez plus Léo ou Salomon ?

Salomon, sans aucun doute. J’étais une enfant et surtout une adolescente très en colère, même si je ne l’exprimais pas avec la même violence. J’aimais lire aussi, beaucoup, et être seule. Mais j’avais, moi, la chance d’avoir été désirée. Ce qui n’est pas le cas de Salomon. 

 

- Votre roman est particulièrement réaliste de par les actualités que vous évoquez tout au long de l’histoire. Vous êtes-vous aussi inspirée d’une histoire vraie pour ce qui est de la vie de famille qui nous est présentée ?

Je vis moi-même en famille recomposée, mon expérience de cette situation a donc naturellement nourri mon inspiration, mais Vivre ensemble n’est pas un récit, la plupart des situations sont donc inventées, tout comme les personnages. Je ne connais pas d’enfant, par exemple, qui comme Salomon porterait un cartable continuellement sur le dos, ou aurait menacé sa belle-mère avec un couteau de cuisine. 

 

- Un deuxième tome sur la suite de cette vie de famille recomposée est-elle envisagée ?

Non, car cela impliquerait de refermer la porte que je laisse ouverte à la fin du livre. Et comme c’est un roman sur la violence, laquelle nous interroge essentiellement sur la question du passage à l’acte, j’aime que ce soit le lecteur, en dernier ressort, qui y réponde. Il peut en effet décider que Léo porte un coup fatal à Salomon, ou qu’au contraire, dans un éclair de conscience, celui-ci repose le couteau de cuisine. 

 

- Comment vous est-il venu à l’idée d’écrire un livre sur le sujet si complexe de la famille recomposée ?

L’idée de ce livre est née au lendemain des attentats du 13 novembre et de la colère que j’éprouvais d’entendre partout et tout le temps parler du « Vivre-ensemble ». Cette expression substantivée devenue l’élément de langage préféré des hommes et femmes politiques ne recouvrait aucune réalité. La politique avait donc vidé de son sens ces deux mots, et je pensais que par la littérature, il était possible de tenter d’en retrouver, en donnant à voir ce que cela signifiait réellement que de vivre ensemble - cette fois sans tiret et sans article devant.

L’idée de la famille recomposée est venue ensuite, comme une des déclinaisons de cette proposition. Mais ce n’est pas la première fois que je fais résonner la petite histoire d’un de mes personnages avec ce qui se passe dans le monde. Chouquette, par exemple, qui est un livre sur l’obscénité du monde de l’argent comme des femmes qui refusent de vieillir, raconte le naufrage d’une d’entre elles en pleine crise des subprimes. Le monde de la finance s’écroule comme le corps de Chouquette, mais personne ne veut arrêter de faire la fête et prendre le chemin de l’austérité. Idem dans Deux étrangers : la rébellion d’Elise face à la tyrannie paternelle et la violence de leurs rapports sont racontés alors qu’elle va le rejoindre au Maroc après des années de rupture, en plein printemps arabe. Et en elle comme en tous ces peuples, souffle le même vent de liberté. 

 

- Si un jour votre roman venait à être projeté au cinéma, qui verriez-vous jouer cette petite famille ?

J’adorerais que Deborah soit jouée par Charlotte Gainsbourg, Pierre par Yvan Attal , et Driss par Sami Bouajila. Quant à MdeS, le personnage de l’ex-femme, je pense que nous en ferions l’économie à l’écran puisqu’elle n’existe qu’au travers du harcèlement textuel qu’elle exerce sur le père de Salomon. 

 

- Auprès de quel personnage de votre roman vous sentiriez-vous le plus à l’aise ?

Driss. Il est sage. Et il est loin. 

 

-Quelle est la part de fiction dans ce roman ?

Tout est une fiction, excepté le fait que je vive, comme Deborah, dans une famille recomposée. Mais je n’ai pas emménagé avec mon compagnon au lendemain des attentats du 13 novembre, il n’est pas avocat comme Pierre l’est dans le roman et n’a jamais non plus mis les pieds à Calais. Nous avons par ailleurs quatre enfants sous notre toit et non pas deux, et le fils de mon compagnon, contrairement à ce que sa mère a voulu faire croire, n’est pas tel Salomon un garçon marginalisé, mal dans sa peau, violent et sans ami. Il est même délégué, plébiscité donc par ses camarades, c’est dire le gouffre qu’il existe entre la réalité et la fiction... 

 

Propos recueillis par Karine Papillaud, avec les questions de Maëlle et Maju Twin Books.

Téléchargez ici l'intégralité du palmarès qui vous servira de guide pour vos prochaines lectures ! N'hésitez pas à le commenter, le partager, l'imprimer et à en discuter avec votre libraire préféré ou avec la communauté lecteurs.com.

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