Le Peintre disgracié de Dominique Cordellier ou comment faire de l’échec un art

lundi 20 mars 2017

Le Peintre disgracié de Dominique Cordellier ou comment faire de l’échec un art

Inutile d’inventer des personnages dramatiques contemporains quand l’Histoire sait donner l’une des plus belles figures sur l’ambiguïté de la réussite artistique.

 

 

Quand un expert du Louvre se met à écrire un roman sur un peintre, on peut redouter de se retrouver dans un roman pudding indigeste et savant, sec sur les côtés et trop riche d’ingrédients. Dominique Cordellier, conservateur en chef au cabinet des dessins du Louvre nous fait la très agréable surprise de dévier de cette route ordinairement empruntée par ses coreligionnaires. On lui en sait gré, d’autant que son roman, consacré à un peintre méconnu de l’âge d’or de la peinture, est aussi court qu’épatant.  Le Peintre disgracié (Le Passage) s’attache à la figure de Michael Sweerts, contemporain de Poussin, Vermeer, Le Nain ou La Tour, qui accompagne une grande partie du XVIIe siècle au rythme de ses voyages et de ses toiles.

 

Pas simple de parler d’un peintre sans passer totalement à côté de sa chair et son moteur, c’est à dire son art et sa représentation. Par chance pour Dominique Cordellier, Sweerts est un peintre méconnu, c’est à dire ni totalement anonyme, ni empêtré dans les scories de la notoriété. Le cheminement de l’auteur a été celui des toiles : c’est en suivant l’aventure picturale de son sujet que Dominique Cordellier a trouvé le droit fil pour en raconter sa vie. Dans un style très élégant, piquant parfois et toujours enlevé, l’auteur sait mettre en œuvre le suc de son érudition sans empeser le tissu de son propos. Il lui faudra 140 pages tout juste pour raconter à traits rapides la vie aventureuse et romanesque d’un peintre né à Bruxelles en 1618 qui ira mourir au cœur de l’Inde, 45 ans plus tard au terme d’une vie agitée par les querelles - l’homme a le caractère difficile -, et les voyages : d’abord Rome, puis la France, avant de s’embarquer à la quarantaine pour l’Orient : la Syrie, l’Arménie, puis Goa, où il finira ses jours.

 

Pourquoi Sweerts ? Parce que cet homme qui disait qu’« on peint non avec le pinceau, non avec la main, non avec le bras, mais avec le troisième bouton de la chemise » est un des rares artistes à avoir aussi bien su associer l’échec au panache. Peut être aussi parce qu’il est un des peintres dont les œuvres se rapprochent le plus de la poésie. Né dans le siècle d’or hollandais, son œuvre est jalonnée de visages bouleversants d’expressivité, dévouée souvent à la représentation de la jeunesse, dans des transparences et des profondeurs de champ impressionnants. Il corrobore en cela une conviction de l’auteur pour qui l’histoire de l’art est littérature. Un très beau premier roman.

 

 

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