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Du rififi chez les Bourbons : Cabale à la cour de Louis XIV avec Jean-Michel Delacomptée

Une excellente porte d’entrée dans le Grand Siècle pour les collégiens et lycéens

Du rififi chez les Bourbons : Cabale à la cour de Louis XIV avec Jean-Michel Delacomptée

Face à la calomnie, nul, petit ou puissant, n’est protégé de la chute. Cabale à la cour de Jean-Michel Delacomptée (Robert Laffont) raconte un dialogue fictif mais cruellement plausible à la cour de Louis XIV, quand la rumeur manqua jeter en prison le gendre du roi lui-même. Un texte qui ferait une pièce réjouissante, et une excellente porte d’entrée dans le Grand Siècle pour les collégiens et lycéens.

 

On ourdit, on complote à la cour du vieux roi Louis XIV en ce début d’année 1710. Et quand on veut se débarrasser d’un arrogant, on recourt à la rumeur et à la calomnie pour faire tomber sa réputation. Le concubinage de fait entre Philippe d’Orléans, neveu et gendre du roi, et Mme d’Argenton contrarie le roi qui ne souffre pas que sa fille naturelle, la duchesse d’Orléans, soit humiliée ainsi devant la Cour. On dit même que Philippe envisagerait de se débarrasser de la duchesse pour épouser d’Argenton ! Des bruits courent encore au sujet d’un mot malheureux qu’il aurait eu et qui aurait froissé la Maintenon, ou propagent la rumeur que Philippe briguerait le trône d’Espagne, à la barbe de son roi, le propre petit-fils de Louis.

Au début de ce XVIIIe siècle, l’on découvre le pouvoir immense qu’ont les femmes sur le sort des hommes, et les rivalités terribles qui opposent épouses et maîtresses.

 

Hormis l’histoire d’amour entre Philippe et son amante, rien n’est vrai. Mais à l’époque, le grand réseau social qu’est la Cour du roi est largement aussi pernicieuse que les Twitter et Facebook de notre temps. Le philosophe Jean-Michel Delacomptée s’est amusé à déplacer le sujet du lynchage médiatique dans une autre époque que la nôtre pour en faire jaillir le sel autant que l’exemplarité.

 

Un consentement, ça s’obtient, parfois moins par la raison d’état ou l’intérêt personnel que par la culpabilité et le scrupule. Philippe D’Orléans, neveu de Louis XIV et petit-fils de Louis XIII, est prêt à subir l’opprobre pour ne pas quitter sa maîtresse qu’il adore. Il faudra à son ami Saint-Simon toute la ruse et le sens de la manipulation pour l’amener à revenir dans les grâces du roi. Pour flatter l’amour-propre des puissants, ou se mettre la Maintenon dans la poche, Saint-Simon, courtisan chevronné qui navigue dans les eaux de l’intrigue en skipper émérite, connaît son affaire. A l’époque, il n’a pas encore entrepris son grand travail de mémorialiste mais étudie déjà de près le règne de Louis XIV.

 

Cabale à la cour est un long dialogue tendu comme un rapport de forces entre ces deux hommes du même âge, l’un vertueux et fraîchement noble, l’autre débauché et de sang royal. Saint-Simon dépeint la situation du royaume de France comme désastreuse, avec un peuple mécontent et un roi vieilli qu’il admire et méprise. « Personne ne peut plus souffrir dans un petit-fils de France ce que le magistrat et la police auraient châtié depuis longtemps chez n’importe qui d’autre » : les aristocrates seraient-ils des bourgeois comme les autres ? Menaces, flatterie, enjôlement, sacrifice : la panoplie du parfait manipulateur est déballée par Saint-Simon, qui veut à tout prix et sincèrement sauver son ami de la geôle. Mais au fond, la loyauté de Saint-Simon est-elle vraiment exempte d’intérêts personnels ?

Sincérité et duplicité se chevauchent en permanence dans ce texte qui fait saillir les ambiguïtés des relations humaines tissées de rapports de force. Un texte dense, enlevé, forcément intelligent et parfaitement accessible à tous.

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