Le lambeau

Couverture du livre « Le lambeau » de Philippe Lancon aux éditions Gallimard
  • Date de parution :
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782072689079
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

Le 6 janvier 2015, Philippe Lançon assiste à la représentation de La Nuit des Rois de Shakespeare dans un petit théâtre d'Ivry. Il a pris ses billets pour les Etats-Unis où il donnera des cours de littérature à Princeton et rejoindra sa nouvelle compagne. Le lendemain matin, Houellebecq est... Voir plus

Le 6 janvier 2015, Philippe Lançon assiste à la représentation de La Nuit des Rois de Shakespeare dans un petit théâtre d'Ivry. Il a pris ses billets pour les Etats-Unis où il donnera des cours de littérature à Princeton et rejoindra sa nouvelle compagne. Le lendemain matin, Houellebecq est interviewé sur France Inter pour la parution de Soumission ; Lançon, qui a écrit un papier élogieux dans Libé, écoute en faisant sa gymnastique sur un tapis qu'il a rapporté d'Irak en 1991, deux jours avant les bombardements américains. S'il n'était pas rentré, il serait devenu reporter de guerre et non journaliste littéraire.
A la conférence de Charlie Hebdo, tout le monde parle de Houellebecq, puis des banlieues.
Tignous dit que l'Etat les a abandonnées et a fabriqué des islamistes et des délinquants. Bernard Maris s'insurge. Lançon montre un livre de jazz à Cabu, quand les tueurs arrivent.
Philippe Lançon ne cherche pas à expliquer l'attentat. Il écrit sans pathos, sans complaisance pour lui-même, ce qui n'empêche pas l'émotion et la profondeur (sur la mémoire, la perception d'une vie). L'avant et le pendant sont d'une très grande intensité, la scène de l'attaque est extrêmement saisissante. Dans ce livre de survie, Philippe Lançon s'attache à décrire sa vie qui bascule, lui qui, défiguré, reçoit « une blessure de guerre » dans un pays « en paix ».

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  • J’étais impatient de lire Le Lambeau. Depuis la reparution de Charlie Hebdo, après le 7 janvier 2015, j’ai lu avec beaucoup d’attention et d’émotion chacune des chroniques de Philippe Lançon, chroniques pour lesquelles il avait conservé le cadre originel : Dans le jacuzzi des ondes.

    Depuis...
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    J’étais impatient de lire Le Lambeau. Depuis la reparution de Charlie Hebdo, après le 7 janvier 2015, j’ai lu avec beaucoup d’attention et d’émotion chacune des chroniques de Philippe Lançon, chroniques pour lesquelles il avait conservé le cadre originel : Dans le jacuzzi des ondes.

    Depuis longtemps, il avait délaissé les médias pour traiter la culture, domaine où il excelle mais là, chaque semaine, il a confié ses souffrances, ses doutes, sans délaisser d’autres sujets. Chaque semaine, je l’ai donc lu et apprécié mais là, sur plus de 500 pages, Philippe Lançon est encore plus impressionnant, livrant un texte d’une qualité incroyable au ton si juste et tellement précis.
    C’est le récit de quelques années d’une vie avec des retours en arrière indispensables qui permettent de mieux comprendre l’homme, l’écrivain assoiffé de culture. Ses voyages, ses reportages sont évoqués mais, ce matin du 7 janvier 2015, il pouvait aller aussi bien à Libération qu’à Charlie. Il choisit l’hebdomadaire dans lequel Philippe Val, directeur à l’époque, l’avait convié à écrire, car il veut assister à la première conférence de rédaction de l’année et revoir Wolinski. Il a sur lui un livre de jazz : Blue Note qu’il veut montrer à Cabu, ce qui lui sauvera la vie car il aurait croisé les tueurs dans l’escalier… La réunion étant déjà commencée, il s’assoit entre Bernard Maris et Honoré : « Nous étions une bande de copains plus ou moins proches dans un petit journal désormais fauché, presque mort. »
    Avec les trois dessinateurs et le journaliste déjà cités, il y avait Fabrice Nicolino, Elsa Cayat, Tignous, Laurent Léger et Franck Brinsolaro, le garde du corps de Charb qui était en retard. À Charlie, il avait connu Cavanna et il parle de son enterrement, le 6 février 2014.
    Philippe Lançon s’insurge à raison contre le manque de solidarité après la publication des caricatures de Mahomet, en 2006 : «…honte professionnelle et morale. Elle a contribué à faire de Charlie, en l’isolant, en le désignant, la cible des islamistes. » Voilà où on en arrive après tant de lâcheté ! Les pages qui suivent, pour l’attentat, sont écrites avec une simplicité et une rigueur admirables. C’est terrible de délicatesse et de tragique. Il était un homme dissocié en deux : « celui que je devenais » et « celui qui n’était pas tout à fait mort. » Entre les corps de Bernard Maris et de Tignous, mort le stylo à la main : « nous avions été les victimes des censeurs les plus efficaces, ceux qui liquident tout sans avoir rien lu. »
    « J’étais un blessé de guerre dans un pays en paix. » Philippe Lançon m’a fait partager ses sensations, ses souffrances, ses espoirs, son désespoir et sa vie en milieu hospitalier avec une protection policière permanente. Heureusement, famille et amis sont là et son frère agit remarquablement pour organiser sa vie à La Pitié-Salpêtrière. Il nous parle aussi de Gabriela, de Marilyn, son ex-femme qu’il a connue à Cuba, une île qu’il évoque souvent.
    Surtout, il parle de celles et ceux qui soignent, de Chloé, la chirurgienne qui greffe un morceau de son péroné pour remplacer la mâchoire emportée par la balle : « Elle était la fée imparfaite qui, penchée sur mon berceau, m’avait donné une seconde vie. » C’est elle qui fait ce lambeau, cette autogreffe qui va tant le faire souffrir et nécessiter beaucoup d’autres passages au bloc opératoire.

    En plus, Philippe Lançon fait visiter les Invalides où il se retrouve en rééducation avant de réapprendre à sortir à nouveau. Tout est dit avec discrétion, sans apitoiement, faisant de ce livre LE LIVRE DE L’ANNÉE tant par l’écriture que par sa richesse, ses sujets traités et son humanité.

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  • Quel livre ! Un futur référent sans doute dans le vécu post-attentat . La reconstruction et la résilience de Mr Lançon sont remarquables . C'est une lecture dont j'ai été à chaque page marquée et bouleversée . L'élégance, la fluidité de son style ainsi que les parallèles littéraires...
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    Quel livre ! Un futur référent sans doute dans le vécu post-attentat . La reconstruction et la résilience de Mr Lançon sont remarquables . C'est une lecture dont j'ai été à chaque page marquée et bouleversée . L'élégance, la fluidité de son style ainsi que les parallèles littéraires n'enlèvent rien à cette lecture mémorable.

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  • Comment raconter l’inconcevable ?
    Philippe Lançon, victime gravement blessée, défigurée mais survivante, de la tuerie abominable dans les locaux du journal “Charlie Hebdo” le 7 janvier 2015, nous offre ici un témoignage magnifiquement écrit, un témoignage sur l’avant et l’après, d’une...
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    Comment raconter l’inconcevable ?
    Philippe Lançon, victime gravement blessée, défigurée mais survivante, de la tuerie abominable dans les locaux du journal “Charlie Hebdo” le 7 janvier 2015, nous offre ici un témoignage magnifiquement écrit, un témoignage sur l’avant et l’après, d’une puissance littéraire inexprimable.
    Impossible de ne pas me sentir bouleversée par les mots choisis, d’une immense délicatesse et d’une profonde pudeur. Sa souffrance est palpable à chaque phrase (j’avais presque l’impression d’avoir été présente auprès de ces hommes et femmes frappés aussi cruellement.)
    Et puis vient pour le journaliste le temps de la peur, de la culpabilité d’être toujours là, de la lente reconstruction dans les hôpitaux …
    Le lecteur est à deux doigts de toucher la douleur physique de Philippe Lançon, et sa douleur psychique aussi : “je n’avais pas de chagrin, j’étais le chagrin” …
    Un très beau texte, qui va à l’essentiel, la lecture d’une tragédie dont vous ne ressortez pas indemne …

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  • Témoignage à vif, bouleversant d'un rescapé de l'attentat de Charlie Hebdo. On comprend bien la frontière, le gouffre, entre sa vie avant l'attentat et après. Une ode aux prouesses réalisées par les médecins et un hommage à sa chirurgienne Chloé qui est très présente dans le livre.

    3 mois...
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    Témoignage à vif, bouleversant d'un rescapé de l'attentat de Charlie Hebdo. On comprend bien la frontière, le gouffre, entre sa vie avant l'attentat et après. Une ode aux prouesses réalisées par les médecins et un hommage à sa chirurgienne Chloé qui est très présente dans le livre.

    3 mois après avoir lu ce livre il reste encore très présent dans ma mémoire, pour moi c'est le livre de cette année 2018 et je guette désespérément sa nomination dans un des prix littéraires de la rentrée. C'est inadmissible qu'un tel livre chargé d'humanisme ne soit pas nominé pour le prix Goncourt. J'invite toute notre communauté de lecteurs qui on lus "le lambeau" à s'insurger.

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  • C'est juste horrible, et horriblement juste. Philippe Lançon a repris le chemin de l'écriture (qu'il n'avait en fait jamais quitté avec son ardoise et son feutre) pour nous livrer sa vie avant, pendant et surtout après le 7 janvier 2015. Journaliste à Libération et Charlie Hebdo, il est un...
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    C'est juste horrible, et horriblement juste. Philippe Lançon a repris le chemin de l'écriture (qu'il n'avait en fait jamais quitté avec son ardoise et son feutre) pour nous livrer sa vie avant, pendant et surtout après le 7 janvier 2015. Journaliste à Libération et Charlie Hebdo, il est un survivant de l'attentat dans lequel Cabu, Wolinski et bien d'autres sont morts. Un roman très dur sur l'humanité, la solidarité, la vie brisée, les rêves avortés...Une vie qui tourne autour de Chloé, la chirurgienne, une branche à laquelle Philippe s'accroche et se raccroche....Une bouée!

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  • C 'est le témoignage de Philippe Lançon, rescapé de l'attentat de Charlie -Hebdo...Je refuse de résumer le contenu, ni même d'en faire un bref compte-rendu. Je laisse à celle ou celui qui ouvrira ce livre toute sa liberté d'interprétation. Chaque mot, chaque phrase, chaque page est un point de...
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    C 'est le témoignage de Philippe Lançon, rescapé de l'attentat de Charlie -Hebdo...Je refuse de résumer le contenu, ni même d'en faire un bref compte-rendu. Je laisse à celle ou celui qui ouvrira ce livre toute sa liberté d'interprétation. Chaque mot, chaque phrase, chaque page est un point de suture et de greffe qui va lui redonner un visage réparé et doucement mais aussi douloureusement l'éloigner de l'homme qu'il aura été avant le 7 janvier.. C'est bien plus qu'un témoignage, c'est le cri silencieux d'un survivant qui désormais doit apprendre à vivre avec ce qu'il reste de lui et sans ceux qui ne sont plus… Je m'incline face à cet écrit bouleversant !

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  • La veille il est allé au théâtre, il a d'abord été reporter, il est devenu critique par hasard, il travaille à Libération et à Charlie, un petit journal désormais fauché, presque mort, une bande de copains, libres, insouciants il vient d'apprendre qu'il a été retenu pour enseigner la littérature...
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    La veille il est allé au théâtre, il a d'abord été reporter, il est devenu critique par hasard, il travaille à Libération et à Charlie, un petit journal désormais fauché, presque mort, une bande de copains, libres, insouciants il vient d'apprendre qu'il a été retenu pour enseigner la littérature un semestre à Princeton. Nous sommes le 7 janvier 2015. La rapidité du massacre, comme la lave qui a saisi les habitants de Pompéi, une petite salle saturée de sang, de corps emmêlés de poudre, la cervelle de Bernard Maris étalée à côté de lui. Cinq minutes d'horreur qui liquident tant d'années de souvenirs. A la place de son menton et de la partie droite de la lèvre inférieure, un cratère de chair détruite et pendante, un monstre, on ne distingue plus la chair de l'os, une bouillie.

    Philippe Lançon nous raconte ses 282 jours d'hôpital protégés par quatre policiers armés, les multiples opérations, tant qu'il y a du bloc il y a de l'espoir. La douleur, il ne peut ni manger, ni boire, ni sourire, ni parler, il est comme un moine trappiste, il communique avec une ardoise et un feutre, il essaye de hiérarchiser ses maux, soutenu et accompagné par les soignants, les amis, la famille,Marilyn Gabriela, les femmes qu'il a aimées, les collègues, il est un élément d'une chaine humaine, celle des tisserands qui vont l'aider à refaire la tapisserie déchirée. Ses blessures sont aussi les leurs. Il est un blessé de guerre dans un pays en paix. Chloé, la chirurgienne, la branche à laquelle comme un naufragé il se raccroche et tout le personnel de l'assistance publique, des gens héroïques qui travaillent avec un matériel fatigué pour un maigre salaire et qui cachent leurs propres blessures. le patient est un vampire, il est égoïste, il n'a que très peu à offrir, tout est tourné vers son combat mental et chirurgical. Il a des sentiments pour ses amis, mais plus d'amour pour personne, il n'est plus possible de relancer la machine à aimer.

    Nous partageons son quotidien et toutes les étapes de sa reconstruction, la greffe d'un péroné sur ce qui reste de mâchoire pour combler le déficit d'os. L'arrivée de la nuit, l'heure de l'angoisse où les souvenirs d'enfance et de jeunesse défilent alimentant les rêves ou les cauchemars attenants avec de faux souvenirs et la confusion, heureusement il y a la sonnette d'appel comme un doudou qui tranquillise la vie du patient. Six mois de rééducation à l'hôpital militaire des invalides. Entre les séances de Kiné, il écrit ses articles pour Libération et Charlie. Les livres lus, les films regardés dans la chambre, la musique de Bach, les premières sorties dans les jardins, au théâtre, au cinéma avec toujours deux policiers à ses côtés. le bonheur du premier aliment ingéré par la bouche, un simple yaourt après deux mois d'alimentation exclusivement par sonde, une renaissance , un retour vers la vie. L'inquiétude de devoir quitter l'hôpital, la liberté enfin de marcher seul, sans aide, sans policier, et puis lors d'un séjour à New York l'annonce de l'attaque au Bataclan, des morts, des blessés, et il sent que tout recommence. Et cette question qu'avons-nous manqué ? Que n'avons-nous pas su faire ? Philippe Lançon nous pose cette question, lui il n'a pas la réponse et les balles qu'il a reçues ne la lui donnent pas davantage.

    Un livre très intime, parsemé de portraits puissants, les autres malades, tous rescapés d'une horreur, les soignants, les amis, Cabu, Wolinski, Tignous, son frère, ses grands-mères, jamais on n'a senti une telle proximité avec la douleur, l'auteur sait avec un talent rare nous faire pénétrer littéralement dans son corps brisé, mais aussi au coeur du service hospitalier français. Même si parfois on a l'impression de certaines longueurs, mais c'est du vécu de Lançon dont il s'agit, ce livre inclassable ne peut laisser indifférent ni pas sa forme, ni par son fonds.

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  • https://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2018/05/le-lambeau-de-philippe-lancon.html

    Victime de l'attentat du 7 janvier 2015, Philippe Lançon livre ici un témoignage qui va pour moi au delà du simple coup de cœur, c'est un véritable coup de poing...

    Philippe Lançon, critique culturel à...
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    https://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2018/05/le-lambeau-de-philippe-lancon.html

    Victime de l'attentat du 7 janvier 2015, Philippe Lançon livre ici un témoignage qui va pour moi au delà du simple coup de cœur, c'est un véritable coup de poing...

    Philippe Lançon, critique culturel à Libération et chroniqueur à Charlie Hebdo, se définit comme un journaliste bourgeois, il aime travailler pour ces journaux où les journalistes se sentent libres et insouciants, il aime l'esprit de Charlie, journal moribond devenu la cible des islamistes après la publication des caricatures de Mahomet en 2006 et l'incendie criminel de leurs locaux en 2011.
    En janvier 2015, Philippe Lançon s'apprête à partir à Princeton enseigner la littérature. Le 7 janvier, il se rend à la conférence de rédaction de Charlie pour y vivre comme chaque mercredi un moment libre et convivial. Les journalistes présents échangent sur "Soumission" de Houellebecq dont la parution, prévue le jour même, occupe le terrain médiatique.

    Philippe Lançon commence par nous raconter sa soirée du 6 janvier au théâtre avec son amie Nina, dernier moment de ce qu'il nomme sa vie d'avant. Puis il relate l'attentat qui ne dure que deux minutes, ce récit ne couvre qu'un seul chapitre suivi d'un chapitre sur les minutes qui l'ont suivi. Il décortique ses sensations multiples au moment de l'attaque, son impression de temps suspendu. Puis c'est le temps du silence et du sang. Il n'a pas senti la balle qui a emporté le tiers inférieur de son visage, ne souffre pas et fait le mort en état de choc "dans un cocon où tout est sourd et immobile". Des terroristes il n'aperçoit que les jambes noires et n'entend que leurs voix dans une scène vécue au ralenti comme dans un rêve. Avant d'être pris en charge, il a eu juste le temps d'apercevoir dans son portable le trou qui remplace le bas de son visage.

    Dans les quinze chapitres suivants il retrace sa lente reconstruction de "gueule cassée". Hospitalisé de longs mois sous protection policière, protégé par "ces ombres derrière la porte", il subit pas moins de dix-sept interventions chirurgicales multipliant les allers- retours au bloc opératoire dans "le monde d'en bas". Soutenu par ses parents, son frère, Gabriella avec qui il projetait de vivre et ses amis qui se relaient à son chevet jour et nuit. Un entourage avec qui il ne pourra, tant qu'il sera trachéotomisé, communiquer que par écrit avec difficulté car ses mains ont été également touchées. Il trouve le réconfort auprès de Proust, Bach et Kafka et de sa chirurgienne Chloé avec qui il établit un lien qui va lui devenir vital. Une greffe de son péroné sera pratiquée pour reconstituer sa mâchoire. Après quelques semaines à la Pitié Salpêtrière, il est transféré à l'hôpital des Invalides où commence sa lente et douloureuse rééducation.

    Ce qui m'a frappée d'emblée dans ce récit c'est la volonté de Philippe Lançon dès le départ de prendre de la distance et son obsession de retrouver tous les détails pour restituer son histoire, son obsession de ne rien oublier, pour cela il se replonge dans ses mails et recherche les souvenirs de son entourage. Son refus de céder à la colère et à la mélancolie et sa volonté de comprendre le sens de ce qu'il a vécu traversent également son récit. Aucune haine des terroristes, aucune haine des musulmans dans ce texte, aucune révolte...

    Réaliste mais d'une extrême sobriété quand il relate l'attentat, Philippe Lançon fait preuve d'une grande capacité à mettre en mots ses sensations. Le récit de sa reconstruction tout en pudeur est bouleversant, jamais dans la plainte, il n'évoque que furtivement ses douleurs et les pleurs qui parfois le submergent. Il se montre très honnête quand il dit ne jamais avoir éprouvé la culpabilité du survivant et quand il indique que, très peu impliqué dans la vie quotidienne de Charlie, ses compagnons ne sont devenus ses proches qu'à l'instant où ils disparaissaient.

    Philippe Lançon est un homme qui sait porter de l'attention aux autres, dans ce huis-clos qui lui est imposé, il observe le personnel soignant découvrant peu à peu leur propre histoire avec leur lot de drames. Soucieux de ce qu'il impose à son entourage, il veut être à la hauteur de ce qui lui est arrivé et de ce que font ses amis pour l'aider. Ce récit est également un magnifique hommage à l'univers hospitalier dont il restitue minutieusement le quotidien. Il décrit bien son appréhension lorsqu'il est question qu'il quitte l'hôpital où il a créé des liens très forts, où il se sent comme dans un cocon protecteur "Il n'est pas si facile de remettre les deux pieds sur la rive des vivants".

    Ce livre n'est pas le simple témoignage d'une victime. Philippe Lançon est un homme brillant, extrêmement cultivé, sa plume magnifique et très littéraire fait de ce récit un grand livre au sens littéraire. Mais c'est également un grand livre au sens général car Philippe Lançon pousse sa réflexion très loin avec une capacité d'introspection étonnante. J'ai donc découvert à la fois un grand écrivain et un homme aux qualités humaines impressionnantes et doté d'une exceptionnelle force de caractère.
    Un récit magistral d'une rare intelligence. Un livre grave, dense, sincère, bouleversant et essentiel, de ceux qui ne peuvent que marquer durablement. C'est un livre qu'il ne faut pas avoir peur de lire, il ne comporte aucun voyeurisme, aucune interprétation des événements, le récit de l'attentat est bref et sobre, c'est le récit étonnamment apaisé d'une reconstruction à la fois physique et mentale.
    Ce récit renvoie à celui d'Erwan Lahrer, victime du Bataclan, Le livre que je ne voulais pas écrire. Deux grands écrivains qui ont magnifiquement su mettre en mots ce qu'ils ont vécu.

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  • Je ne lis pas de témoignages. Si j'ai souhaité lire Le lambeau, c'est uniquement parce que je savais que ce texte avait une dimension littéraire. J'ai besoin du filtre de l'art pour m'intéresser au réel. Cela dit, je n'ai jamais pensé que l'art rendait le réel supportable. Bien au contraire. Au...
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    Je ne lis pas de témoignages. Si j'ai souhaité lire Le lambeau, c'est uniquement parce que je savais que ce texte avait une dimension littéraire. J'ai besoin du filtre de l'art pour m'intéresser au réel. Cela dit, je n'ai jamais pensé que l'art rendait le réel supportable. Bien au contraire. Au fond, ce que je recherche, c'est une lecture, une interprétation de ce réel à l'aune des événements vécus. Quels qu'ils soient. Le monde doit se trouver incarné, sans cela, il ne m'intéresse pas.

    J'ai donc commencé à lire Le lambeau. J'ai peu dormi la première nuit. Je n'arrivais pas à me débarrasser de l'état de stupeur dans lequel le récit m'avait plongée. J'en parlais à des amis. Ils m'assuraient qu'eux ne liraient jamais ce texte. Je voulais aller jusqu'au bout mais j'avoue que les cent premières pages furent terribles. J'ai craint de ne pouvoir poursuivre.

    J'ai eu alors l'idée de « croiser » Le lambeau avec un autre texte que je possédais et que je n'avais pas encore lu : À contre-courant d'Antoine Choplin. C'est le récit d'une marche le long de l'Isère, de son point de confluence avec le Rhône jusqu'au glacier où elle prend sa source.

    J'aime cet auteur, il m'est très familier, je me sens, avec lui, sur la même longueur d'onde. Dans ce récit, il raconte sa marche qu'il rattache à l'acte d'écrire, commente le paysage et les lumières changeantes qui l'enchantent.

    J'ai donc, lâchement peut-être, régulièrement, c'est certain, abandonné Philippe Lançon dans sa chambre d'hôpital pour progresser auprès d'Antoine Choplin sur les sentiers longeant l'Isère.

    Et en fait, contrairement à ce qu'on peut imaginer, plus j'avançais dans le livre de Philippe Lançon, moins je ressentais la nécessité de m'en échapper.

    Était-ce parce qu'on allait vers la « cicatrisation des plaies », vers la « guérison » ?

    Non, pas du tout.

    Si je restais auprès de Philippe Lançon, c'est uniquement parce qu'il s'était tellement mis à nu que dorénavant, par extraordinaire, rien de ce qu'il disait ne m'était étranger, à moi qui n'avais évidemment jamais rien vécu de semblable. Car au fond, au-delà des événements dont il est question (ai-je le droit de dire « au-delà » dans la mesure où ils sont de l'ordre de l'expérience fondatrice, à l'origine même de ce qu'est devenu l'auteur), c'est la capacité même qu'a Philippe Lançon de se mettre à nu qui m'a saisie. Après de tels événements, on ne peut plus mentir ou se mentir. De la même façon, on fuit les paroles inutiles, le jeu social. Bas les masques. On est au-delà de la mascarade. Comme il le déclare à Proust dans une vigoureuse interpellation : «Mais arrête de jouer au plus fin, tu ne sais pas de quoi tu parles dans ta cage dorée, il te manque quelques degrés dans l'échelle du désastre pour arriver au moment où, sans être artiste, on ne ment plus ! »

    Donc, plus je découvrais toute l'humanité de cet homme nu, parlant avec une sincérité absolue, moins je souhaitais le quitter. Non seulement je comprenais ce qu'il disait, mais il devenait un ami : je pleurais à l'évocation de sa douleur et de ses peurs (que faire d'autre?), j'avais envie de serrer dans mes bras et de consoler le petit garçon qu'il était redevenu, parfois même, je dois l'avouer, il m'exaspérait.

    Tout en comprenant ses peurs, j'aurais aimé l'entraîner sur les bords de l'Isère, auprès d'Antoine Choplin, le sortir de là. Je les imaginais tous deux marchant et devisant sur l'art, goûtant ici et là l'envolée majestueuse d'une grue ou le spectacle des pentes escarpées d'une montagne.

    C'est donc un homme nu que j'ai rencontré dans Le lambeau, un homme comme on a rarement la possibilité d'en rencontrer, un homme, comme dirait Rousseau dans le préambule de ses Confessions, « dans toute la vérité de la nature » (même si Rousseau, on le sait, ne s'est pas gêné pour arranger cette nature, mais y a t-il rien de plus humain que cela ?)

    Les Confessions s'ouvrent en effet sur une épigraphe tirée de la Satire III du poète latin Perse : « Intus, et in cute » (intérieurement et sous la peau). Il m'a semblé que, autant Rousseau échouait dans son projet de se révéler (mais on lui pardonne, on l'aime tellement), autant Philippe Lançon jouait le jeu - peut-être, sans en avoir vraiment le choix : « comment pourrais-je créer la moindre fiction alors que j'ai moi-même été avalé par une fiction ? »

    Il lui fallait, afin de ne pas rester seul sur sa rive et rejoindre lentement le monde de ceux du dehors, analyser le nouveau rapport qu'il allait entretenir avec les autres en tentant de trouver un chemin qui ne pouvait passer que par une introspection, une réflexion vraie et sincère sur ce que les événements avaient fait de lui.

    En effet, Philippe Lançon raconte la façon dont il a vécu cette rupture entre le monde d'avant et celui d'après, sa volonté de se protéger du monde du dehors et de rester, sans télévision ni radio, confiné dans sa chambre-cocon de l'hôpital « la chambre était mon royaume et nous y vivions hors du temps », avec une déesse veillant sur lui : sa chirurgienne Chloé, ses anges infirmières et ses gardes armés. Serge, l'infirmier anesthésiste, capable de trouver la veine où piquer et l'infirmière surnommée « La Marquise des anges » assez douée pour refaire clandestinement le VAC (Vacuum Assisted Closure) prennent dans la vie de l'auteur les premières places. Le reste du monde est ailleurs, ce sont des étrangers.

    Le jour de la grande marche, Philippe Lançon « n'est pas Charlie, [il est] Chloé ».

    Quant aux autres, il s'en protège. « La vérité était que tout ce qui n'était pas présent dans cette chambre, là, sous mes yeux, s'éloignait. Je n'attendais rien de ceux qui n'étaient pas là. » « J'avais tissé mon cocon de petit prince patient, suintant, nourri par sonde et vaseliné autour d'un frère, de parents, de quelques amis et des soignants. Je ne voulais plus sortir du cocon, je m'en sentais incapable. La seule idée de quitter l'enceinte de l'hôpital m'effrayait. Ce n'était pas le lieu où j'étais tout-puissant ; c'était le lieu où mon expérience était vivable. »

    Il fallait écrire pour dire la douleur, la souffrance, ne rien oublier de ce qui avait été vécu avant, récupérer tout ce qui était récupérable. Les souvenirs, les voyages, les rencontres. Les objets aussi. Si le téléphone portable, le petit sac noir, le bonnet rouille et le vélo vert étaient définitivement perdus, Blue note, le gros livre de jazz, serait retrouvé, abîmé, certes, mais là, et les souvenirs du monde d'avant reviendraient eux aussi, par bribes, pièces isolées d'un immense puzzle impossible à reconstituer à l'identique mais dont les bords finiraient un jour ou l'autre par coïncider, plus ou moins.

    De toute façon, l'homme avait changé.

    Le monde aussi d'ailleurs, et ce qui faisait rire une bande de grands potaches facétieux devenait presque tabou.

    C'était comme ça.

    Maintenant, tout ce qui serait vécu par l'auteur n'aurait de sens que par rapport à cette « expérience » terrible à laquelle il lui faudrait trouver un sens. Pas la comprendre. Comment peut-on comprendre l'incompréhensible ? Non, comprendre l'implication qu'elle aurait dans sa vie, l'orientation qu'elle lui donnerait. « Ce qui échappe à mon expérience, ce qui ne peut être traité par elle, ne m'intéresse pas : je n'ai rien à dire ni à penser de ce que je ne peux directement éprouver et décrire. »

    Et un jour, peut-être, finir par l'accepter comme faisant partie de soi.

    J'ai rencontré un homme. Désormais, rien de ce qu'il dit ne me fait plus peur.

    Sa voix va me manquer comme celle d'un ami avec lequel on a passé du temps et qui a fini par rentrer chez lui. Je chercherai maintenant cette voix dans la presse, j'aimerais pouvoir la retrouver aussi dans la littérature et qu'il me parle encore de ses voyages, de ses lectures, des expos qu'il visite avec la sincérité, la sensibilité et la magnifique écriture qui est la sienne.

    Ce serait bien de cheminer de nouveau à ses côtés.


    Et de le retrouver.

    LIREAULIT, le blog

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