Avant la longue flamme rouge

Couverture du livre « Avant la longue flamme rouge » de Guillaume Sire aux éditions Calmann-levy
Résumé:

« Il essaye de courir en poussant sa famille devant lui, mais un hurlement ouvre le ciel et une mitraillette frappe des millions de coups de hache partout en même temps. Dans le Royaume, il y a des vrombissements lointains. ».

1971 : le Cambodge est à feu et à sang. Saravouth a onze ... Voir plus

« Il essaye de courir en poussant sa famille devant lui, mais un hurlement ouvre le ciel et une mitraillette frappe des millions de coups de hache partout en même temps. Dans le Royaume, il y a des vrombissements lointains. ».

1971 : le Cambodge est à feu et à sang. Saravouth a onze ans. Sa petite soeur Dara en a neuf. Leur mère enseigne la littérature au lycée français. Leur père travaille à la chambre d'agriculture. Dans Phnom Penh assiégée, le garçon s'est construit un pays imaginaire : le « Royaume Intérieur ».

Mais un jour, la guerre frappe à sa porte. Les fondations du Royaume vacillent. Séparé de ses parents et de sa soeur, réfugié dans la forêt sur les rives du Tonlé Sap, Saravouth devra survivre dans un pays en plein chaos, animé par une volonté farouche de retrouver sa famille.

Inspiré d'une histoire vraie, ce roman restitue une épopée intérieure d'une rare puissance.

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Avis (8)

  • C’est l’histoire de Saravouth, un enfant de onze ans à l’imagination prolifique qui grandit avec sa petite sœur au Cambodge, tous les deux choyés par leurs parents.

    Mais c’est aussi l’histoire d’un pays qui se déchire, de la barbarie des hommes, du sang qui coule et de milliers de vies...
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    C’est l’histoire de Saravouth, un enfant de onze ans à l’imagination prolifique qui grandit avec sa petite sœur au Cambodge, tous les deux choyés par leurs parents.

    Mais c’est aussi l’histoire d’un pays qui se déchire, de la barbarie des hommes, du sang qui coule et de milliers de vies anéanties.

    Un soir, dans la forêt, les tirs d’une mitraillette font basculer la vie du jeune Saravouth et sonne le glas de son enfance. Il se retrouve seul et blessé. Où est sa famille?

    Ce roman, c’est le récit d’une quête, d’une lueur d’espoir que Saravouth portera toujours en lui, de l’acharnement d’un enfant qui au péril de sa vie fera tout pour retrouver les siens.

    Mais ce livre, c’est aussi le fruit d’une rencontre dans les rues de Montréal entre Guillaume Sire et Saravouth, un homme exceptionnel à l’aura magnétique.

    Une histoire où le lecteur devient le témoin impuissant de la violence, des atrocités de la guerre qui ont touché le Cambodge dans les années 1970 à travers les yeux de Saravouth. Les mots de l’auteur m’ont ébranlée, heurtée de plein fouet. Un récit qui prend aux tripes, que j’ai achevé les larmes aux yeux.

    Une incroyable histoire de survie, de courage face à l’indicible. Une lecture d’une grande force.

    https://mesechappeeslivresques.wordpress.com/

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  • Que dire d’un livre magique et merveilleux ? Comment ne pas dénaturer le récit et mon ressenti ?

    J’ai été éblouie par ce récit dès les premières pages, consciente de tenir entre les mains un livre rare. A la fois poétique, magique malgré la guerre et la barbarie.

    Nous sommes au Cambodge en...
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    Que dire d’un livre magique et merveilleux ? Comment ne pas dénaturer le récit et mon ressenti ?

    J’ai été éblouie par ce récit dès les premières pages, consciente de tenir entre les mains un livre rare. A la fois poétique, magique malgré la guerre et la barbarie.

    Nous sommes au Cambodge en 1971 ; Saravouth a 11 ans, il vit paisiblement à Phnom Penh auprès des siens, son père, sa mère, sa sœur.

    Le soir, sa mère lit des histoires aux enfants et les emmène dans des pays imaginaires. Saravouth est un garçon plein d’imagination, il s’est construit un Royaume Intérieur. Peter Pan, un château fort pour protéger les princesses, les douves, une pagode, son Royaume Intérieur ne cesse de se parer de splendides lumières, d’espèces merveilleuses aux noms étranges, des coquecigrues, des tapirs à monocle……

    Pourtant, le monde réel est menaçant, la guerre civile fait rage, c’est la montée en puissance des Khmers rouges et leurs lots d’atrocités. La folie des hommes brise et broie l’univers de Saravouth, elle charrie des monstres et la mort.

    Lorsque le pire est accompli, que Saravouth survit miraculeusement seul dans la forêt, le Royaume Intérieur devient son refuge. Pourtant grièvement blessé, pris en charge par une vieille femme, jamais il ne cesse de chercher sa famille.

    Durant son périple, il assistera au pire de ce que l’être humain peut faire, échappera à la folie. Il rencontrera des personnes formidables comme le Père Michel, missionnaire à la tête d’un orphelinat.

    La lecture est très éprouvante et insoutenable. Comment un enfant peut-il être confronté à de telles atrocités ? Et pourtant, Saravouth se laisse guider par son imaginaire, son Royaume Intérieur qui le porte. Il est rare qu’un texte célèbre avec autant de force la puissance des morts et de l’imaginaire.

    Saravouth a existé puisque l’auteur l’a rencontré en 2004, a échangé avec lui tous les jours durant trois ans.
    « Je ne suis pas mort » a-t-il dit à Guillaume SIRE «mais la mort, grâce à moi est vivante ».

    Saravouth devenu adulte n’aura jamais la certitude que ses parents et sa petite sœur sont morts, il a survécu à la guerre mais rien en lui n’a survécu.

    C’est une lecture inoubliable, un texte très fort né d’une rencontre. Comme conseillé par l’auteur, à prolonger en visionnant le documentaire « Odysseus’ Gambit » sur internet pour ne pas oublier, rendre hommage à cet homme exceptionnel, happé et marqué à vie par la guerre.

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  • Ce livre est un ciel immense. Je ne sais pas comment le dire autrement.

    Un ciel immense. Si bleu, au départ, avant qu'il ne s'embrase irrémediablement.

    Guillaume Sire, écrivain cerf-volant, tient au bout de ses doigts des mots bouleversants, des mots magnifiques et les fait tournoyer, au...
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    Ce livre est un ciel immense. Je ne sais pas comment le dire autrement.

    Un ciel immense. Si bleu, au départ, avant qu'il ne s'embrase irrémediablement.

    Guillaume Sire, écrivain cerf-volant, tient au bout de ses doigts des mots bouleversants, des mots magnifiques et les fait tournoyer, au gré du vent, légère brise puis tempête dévastatrice …

    Ce livre est indispensable, il me semble.

    Il commence comme un conte. Ou la littérature fait grandir un enfant solaire et éblouissant.

    Il s'appelle Saravouth. Et je ne l'oublierai jamais.

    Il s'appelle Saravouth. Il grandit, auprès de parents aimants et d'une petite soeur adorée. Mais en 1971, au Cambodge, l'innocence s'apprête à être ensevelie sous la barbarie. La guerre, ce mot dégueulasse, va venir larder de sa réalité d'éclairs impossible à oublier le ciel de Saravouth.

    Il s'appelle Saravouth et il va se battre, du haut de ses dix ans pour retrouver sa famille.

    Il s'appelle Saravouth et il n'aura d'autre choix que de devenir adulte. Seul, au milieu du désastre.

    Il dénonce et énonce une triste réalité. Celle que nous, chanceux d'ici et d'ailleurs, ne connaissons pas.

    Au-delà, ce livre est Beau. Ce livre est écrit à l'encre d'une poésie du désastre, au coeur de l'humanité. On s'y broie le coeur. On s'y brûle les ailes.
    Il commence comme un rêve d'enfant et s'achève sur la vision d'un homme hanté mais vivant.

    Vous l'aurez compris, ce livre fait désormais partie de ces ouvrages qui trôneront dans ma bibliothèque. Pour ne pas oublier. Pour tendre la main vers l'autre. Et pas uniquement pour la beauté du geste.

    Ce livre, incarné, où chaque mot paraît effleurer l'intérieur même de son lecteur, ne se lit pas à la légère. Ce livre ne s'oublie pas facilement. Il tape et cogne fort, encore longtemps après.

    Elle est là, la folle littérature, celle qui fait « trembler pour grandir ». Elle est là, entre les lignes de ce roman immense comme un ciel déchiré à jamais. Elle est là.

    Faites moi confiance, partez vite attraper la main de Saravouth. Et serrez-la, serrez-la jusqu'à ce que votre coeur explose …

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  • On fait la connaissance de la famille Inn en 1971, à Phnom Penh, alors que le Cambodge vacille, le prince Sihanouk ayant pris la fuite avec sa maîtresse, laissant le pays dans les mains d’un dictateur, soutenu par les Américains, le général Lon Nol complétement dérangé intellectuellement.

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    On fait la connaissance de la famille Inn en 1971, à Phnom Penh, alors que le Cambodge vacille, le prince Sihanouk ayant pris la fuite avec sa maîtresse, laissant le pays dans les mains d’un dictateur, soutenu par les Américains, le général Lon Nol complétement dérangé intellectuellement.

    « En 1971, Saravouth a onze ans. Sa petite sœur Dara en a neuf. Leur mère, Phusati, enseigne la littérature au lycée René-Descartes. Leur père, Vichéa, travaille à la chambre d’agriculture. »

    La vie, ou plutôt la survie (tout le monde surveille tout le monde) s’organise et très vite Saravouth imagine dans sa tête un lieu pour se réfugier, qu’il appelle le Royaume intérieur, peuplé de toutes les histoires, tous les livres que sa mère lui a lu depuis l’âge de cinq ans.

    « Après dix mois de travaux, il décida d’intituler son œuvre Le Royaume Intérieur. Aussitôt, il lui sembla qu’il fallait également donner un nom au monde où vivaient ses parents, Dara et les autres êtres humains. Ce serait L’Empire Extérieur. »

    L’arrestation de Bopha et Reth, des proches de la famille arrêtés en pleine messe, (célébrée par le père Michel, qui essaie de s’interposer) par « l’homme au complet bleu », aux ordres de Lon Nol. Personne n’a osé bouger, pas d’héroïsme à la Peter Pan.

    Dara cesse alors de se réfugier dans le Royaume intérieur et devient rebelle. Phusati ne récite plus de poésie, Vichéa pense qu’il faut partir, mais il n’a pas assez d’argent, et la mère de Phusati refuse de lui en prêter, sous prétexte qu’il n’y a pas de danger. Pourtant les sbires du dictateur, notamment Chamroun, le tiennent en ligne de mire, guettant le moindre faux-pas.

    Dara frappe un de ses camarades, à l’école où enseigne sa mère et refuse de s’excuser, les collègues en la soutiennent pas. Dara se renferme de plus en plus. Un jour la cuisinière disparaît, et lorsqu’on frappe à la porte, Phusati ne se méfie pas et ouvre : c’est l’homme au complet bleu avec « des policiers ». Il intime à la famille Inn de le suivre, prétendant les sauver.

    Phusati ne le croit pas mais Vichéa tente de faire confiance, ils sont ainsi embarqués et exécutés en pleine forêt. Saravouth a pris une balle dans la tête, et perd toute notion du temps. Il se « réveille » dans une hutte, où une vieille femme, Iaï, prend soin de lui, dans des conditions hygiène limites, avec des préparations pour aider la blessure au-dessus de son oreille droite à se refermer.

    Il compte les jours pour tenter de reprendre pied. Il compte en pensant à Pénélope et sa tapisserie, mais aucun son ne sort de sa bouche. Son Royaume intérieur a été abimé, donc il est difficile de s’y raccrocher. Il veut ses parents, entendre le bruit de la clé dans la serrure quand son père rentre du travail, ou les poèmes de René Char que sa mère lui récitait.

    Dorénavant, il va les rechercher sans cesse, dans le charnier où Iaï l’a trouvé, quand il peut enfin marcher, puis plus tard, quand il sera à l’orphelinat du père Michel et de Frère Bruno. Il explorera ainsi la ville où il est né, l’appartement de ses parents, noircissant des cartes de la ville…

    Mais la guerre est là, les communistes se rapprochent, les partisans du dictateur éliminent tous les gens qui ne lui plaisent pas : les Vietnamiens installés au Cambodge depuis longtemps, puis les catholiques, les ex partisans du roi … Il est soutenu par les USA, comme de bien entendu, Nixon les arme pour en finir avec les communistes, forcément sous l’influence de la Chine…

    Ce roman est un uppercut : Saravouth a à peine dix ans quand la guerre commence, et on va le suivre pendant environ cinq ans dans son pays en guerre. Pour survivre, il s’est construit un Royaume intérieur, inspiré de tous les livres que sa mère lui a lu, de Peter Pan à Ulysse, il y construit des palais, crée des forêts, des paysages, remplis d’arbres et de plantes aux noms qui font rêver (je suis nulle en botanique, alors je ne vais m’aventurer dans les descriptions…) il peut ainsi tenter de s’échapper de tout ce qui se passe autour, dans ce qu’il appelle l’Empire extérieur.

    Guillaume Sire décrit très bien, les étapes qui feront du petit garçon un adulte trop tôt, le déni de la mort de ses parents et de sa sœur qui l’aide à survivre, la difficulté à faire confiance en temps de guerre, où tout le monde dénonce tout le monde, ou l’armée cambodgienne revend aux communistes les armes offertes par Nixon…

    Il évoque, sans mettre de nom, ce qu’on appelle aujourd’hui le syndrome de stress post traumatique, et la douleur du survivant.

    Une scène touchante : Saravouth, lorsqu’il marche pendant des jours, à la recherche de ses parents, se retrouve dans une barque sur le Mékong, alors que cela tire de tous les côtés, que les autres passagers s’affalent les uns après les autres, et qu’il est lui-même blessé, essaie de prier, de se rappeler les paroles du Notre Père…

    On retrouve les génocides qui se répètent comme au bon vieux temps de la seconde guerre mondiale ; certes on connaît celui perpétré par les Khmers rouges, mais les Cambodgiens entre eux, ce n’était pas mieux.

    J’ai lu peu de romans sur cette guerre tragique, sur les Khmers rouges, sur toutes les guerres en Asie (la guerre de Corée, non plus) donc la capacité de résilience de ce gamin m’a donné envie de m’y intéresser davantage.

    L’écriture de Guillaume Sire est belle, alors qu’elle aurait pu être chirurgicale, vue l’a violence qui règne en permanence, un peu adoucie par le dévouement des deux prêtres, la camaraderie entre « les orphelins ».

    L’auteur rend hommage à la littérature, Homère, James Matthew Barrie, René Char, avec de jolies phrases pleines de poésie, sur les mots qui sont reliés entre eux par des « ficelles » qu’il faut attraper…

    Un immense merci, encore une fois, à NetGalley et aux éditions Calmann-Levy (que j’apprécie beaucoup) qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

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  • Livre très intéressant sur la période avant l'entrée des khmers rouges dans Phnom Penh

    Livre très intéressant sur la période avant l'entrée des khmers rouges dans Phnom Penh

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  • KO debout, quel livre ! Qui commence tout doux, tout calme, une famille à Phnom Pen au Cambodge, à la fin des années 60 au moment où débute la guerre civile cambodgienne : 1967/1975. Milieu de classe sociale moyenne, père fonctionnaire aux archives et mère métisse franco cambodgienne,...
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    KO debout, quel livre ! Qui commence tout doux, tout calme, une famille à Phnom Pen au Cambodge, à la fin des années 60 au moment où débute la guerre civile cambodgienne : 1967/1975. Milieu de classe sociale moyenne, père fonctionnaire aux archives et mère métisse franco cambodgienne, professeur de français au lycée. Elle lit des histoires et des contes à ses enfants Saravouth 11 ans et Dara 9. Le petit garçon a une imagination débordante et se construit un mode bien à lui , l'odyssée, Peter pan , un empire intérieur et le royaume extérieur, bien distincts !
    La crainte s'insinue au gré des avancées du Général Lon Nol et la démission du Prince Norodom Sihanouk, à juste titre puisque la famille disparaît sous le feu.
    Je ne vais pas vous raconter l'histoire, simplement vous dire de vous attendre au pire, au pire du pire et même encore plus, décrit d'une main de maître par l'auteur qui excelle dans l'art de vous prendre à la gorge, au cœur et aux tripes, vous faire hurler et lâcher le livre pour le poser et le reprendre encore et encore.
    Roman ? Fiction ? Documentaire ? Inqualifiable en fait, comme l'est l'histoire elle même, inqualifiable comme l'est la vie de ce petit garçon, inqualifiables la cruauté humaine et la bonté tout autant.
    Une fin inattendue, et pourtant, je suis assez âgée pour avoir regardé en direct les images dont le livre parle et tout à coup.. j'ai compris que c'était une histoire vraie !
    netgalley, merci

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  • Un livre pareil, on le sent très vite, ne peut pas avoir été écrit tout à fait normalement. Il a été porté, nourri. Sans doute évité longtemps, comme un obstacle que l'on ne se sent pas capable de franchir. Ou pas autorisé. Il a été écarté au profit d'autres ouvrages, très différents mais aux...
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    Un livre pareil, on le sent très vite, ne peut pas avoir été écrit tout à fait normalement. Il a été porté, nourri. Sans doute évité longtemps, comme un obstacle que l'on ne se sent pas capable de franchir. Ou pas autorisé. Il a été écarté au profit d'autres ouvrages, très différents mais aux thèmes plus proches de leur auteur. De très bons romans, au demeurant en tout cas pour les deux que j'ai lus, Où la lumière s'effondre et Réelle. Rien ne laisse deviner que derrière ces deux textes qui regardent la société du 21ème siècle, celle de l'image et de la communication, se construit peu à peu l'histoire qui hante Guillaume Sire depuis qu'il a croisé un homme, un regard, un destin. Une histoire au cœur de l'Histoire et de son cortège d'horreurs, comme seuls les hommes sont capables d'en inventer.

    Ce destin, c'est celui de Saravouth, jeune garçon âgé de onze ans lorsqu'en 1971, la guerre civile éclate au Cambodge, après le départ du prince Sihanouk, mettant le pays à feu et à sang avec notamment la montée en puissance des Khmers rouges. La famille de Saravouth fait partie de la classe moyenne de Phnom Penh : Vichéa Inn est cadre à l'institut d'Agriculture, sa femme Phusati enseigne la littérature au lycée français et ses livres nourrissent au quotidien l'imaginaire de Saravouth et de sa petite sœur Dara. Le garçon s'est bâti ce qu'il appelle "le Royaume intérieur", par la grâce de ses explorations de l'Odyssée, de Peter Pan et de toutes les histoires dont regorge la bibliothèque familiale. L'étau qui se resserre sur les populations du pays va faire voler en éclat d'abord la quiétude de la famille Inn dont l'image de réussite et de sérénité est propre à susciter les jalousies, puis leur existence même. En un claquement de doigts, Saravouth se retrouve isolé, laissé pour mort dans une forêt après une scène d'une violence indicible. Miraculeusement recueilli et soigné par une vieille femme, il n'aura plus qu'une obsession : regagner Phnom Penh et retrouver sa famille. Pourtant, à ce moment, la folie destructrice des hommes n'a pas encore donné sa pleine mesure et le lecteur, abasourdi, hébété, passant de l'écœurement à la colère, de la pitié au dégoût est embarqué dans cette épopée d'où émerge la puissance de la foi d'un gamin.

    Guillaume Sire accomplit ainsi un miracle : celui de glisser son lecteur dans l'esprit de Saravouth où se mêlent imaginaire de l'enfance et atrocités du réel, où les héros du Royaume intérieur servent de guide, d'échappatoire ou de modèle. Permettent au jeune garçon de ne pas devenir fou face à l'apocalypse en marche, aux destructions aveugles, à l'incompréhension ou au refus de comprendre des grandes nations qui contemplent de loin le chaos. Certaines scènes sont à la limite du soutenable mais il faut relativiser nos haut-le-cœur hein, nous simples lecteurs, tandis que ces scènes ont été réellement vécues par d'autres êtres humains. Guillaume Sire ne néglige pas non plus la mise en relief historique mais préfère la développer à hauteur d'hommes, ce qui lui donne une force incomparable. Et puis ce qui émerge, malgré tout, c'est ce destin exceptionnel, cette figure lumineuse dont on découvre le parcours avec un intérêt et une fascination croissants, jusque dans les toutes dernières pages qui permettent de prendre la mesure du travail et de l'engagement de l'écrivain.

    Impossible de ne pas être percuté par ce roman, véritable ode aux pouvoirs de l'esprit et de l'imaginaire comme derniers remparts face à d'autres cerveaux capables du pire. Au point de préférer, pourquoi pas, s'y réfugier définitivement.

    (chronique publiée sur mon blog : motspourmots.fr)

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  • C'est puissant, c'est envoûtant !
    J'ai fini l'année 2019 avec ce roman d'une authentique horreur. J'entends bien par horreur celle du thème évoqué, du cauchemar qu'a vécu Saravouth, cet enfant qui traverse l'histoire de son pays : le Cambodge, la guerre civile (1969-1975)
    Et dire que cette...
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    C'est puissant, c'est envoûtant !
    J'ai fini l'année 2019 avec ce roman d'une authentique horreur. J'entends bien par horreur celle du thème évoqué, du cauchemar qu'a vécu Saravouth, cet enfant qui traverse l'histoire de son pays : le Cambodge, la guerre civile (1969-1975)
    Et dire que cette histoire n'en est pas une mais le récit de la vie réelle de ce jeune garçon! C'est une fiction historique qui nous ramène à un état transformé en enfer, où oeuvrent les Khmers rouges, les Américains, les Vietnamiens...Certaines scènes me poursuivront longtemps, tant les évocations de ce périple sont puissantes, tant l'ignoble de la guerre suinte de cet ouvrage.
    Non horreur de l'écriture, qui au contraire, malgré ce cauchemar, oscille entre conte et poésie. Une sorte de conte de Perrault moderne qui montre toute la complexité de l'Histoire, la monstruosité des hommes, la condition des humains englués dans la raison d'Etat, ravagés par la violence.
    Saravouth cherche d'ailleurs sa place dans ce monde, son identité entre Peter Pan et Ulysse . Il tente de retrouver son identité, sa famille; c'est une quête universelle, celle des contes et légendes.
    C'est le propre de ce roman de mêler contes, légendes et réalité. L'homme n'est que le jouet du destin, de la guerre, comme le rappellent les références à l'Iliade, à l'Odyssée...
    Saravouth, ce jeune garçon cultivé, lettré et joueur d'échec se réfugiera lui aussi dans la fiction, dans un Royaume Intérieur, autre dramaturge de sa propre vie.
    C'est beau, atroce, affreux, c'est une vie au travers du prisme de la littérature. C'est grandiose et terrifiant.
    #Avantlalongueflammerouge #NetGalleyFrance

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