À quoi servent les humanités ?

Couverture du livre « À quoi servent les humanités ? » de Robert Kopp aux éditions Pierre-guillaume De Roux
Résumé:

« Les hommes ne naissent pas hommes, ils le deviennent », disait Erasme dans son De pueris, un des traités d'éducation les plus célèbres à l'époque de la Renaissance. Ils le deviennent grâce aux studia humanitatis, à ces «études d'humanité », qui seules leur permettent d'accéder à cette... Voir plus

« Les hommes ne naissent pas hommes, ils le deviennent », disait Erasme dans son De pueris, un des traités d'éducation les plus célèbres à l'époque de la Renaissance. Ils le deviennent grâce aux studia humanitatis, à ces «études d'humanité », qui seules leur permettent d'accéder à cette humanitas attestant de leur statut d'être humain.
C'est grâce à elles que l'enfant, être humain en apparence, en une personne réellement humaine, guidé par la raison et capable de maîtriser ses passions. Ces idées étaient partagées par tous les humanistes, de Pic de la Mirandole à Machiavel, de Rabelais à Montaigne. Grâce à la lingua franca qu'était alors le latin et grâce à l'imprimerie, elles s'étaient répandues à travers l'Europe tout entière. Cet héritage, puisé dans les auteurs grecs et latins, ainsi que dans la Bible, c'est-à-dire auprès d'autorités intellectuelles et spirituelles indiscutables, n'avait besoin d'aucune justification.
Mais qu'en est-il cinq siècles plus tard ? Nous sommes évidemment loin de cette tranquille assurance. Partout, on entend la même question : « A quoi servent-elles, les humanités ? » En réalité, la question n'est point nouvelle. Mais elle est posée avec une insistance croissante depuis le milieu du XIXe siècle, depuis que la culture - au sens d'une culture humaniste - n'est plus l'apanage d'une élite de clercs et de lettrés, mais qu'elle est devenue un élément important de toute formation bourgeoise, avant toucher les classes populaires. Or, plus les publics s'élargissent et de diversifient, plus la culture humaniste paraît inadaptée aux intérêts et aux aspirations de cette nouvelle clientèle. N'ayant été conçue ni par elle ni pour elle, cette culture humaniste lui reste en bonne partie étrangère. Et de plus en plus, elle se voit opposée une autre culture, plus moderne, marquée par les sciences, sans parler des cultures alternatives ou des contre-cultures.
Mais rien que de poser la question à quoi « servent » ces humanités, n'est-ce pas déjà sous-entendre qu'elles pourront éventuellement ne servir à rien ? Que leur « utilité », qui n'était guère contestée pendant des siècles, ne va plus du tout de soi de nos jours. Aussi ressentent-elles un besoin toujours plus pressant de se justifier. Surtout depuis les années 1960, depuis que l'enseignement secondaire n'est plus réservé à quelques 5% d'une classe d'âge, issus des classes moyennes et supérieures, mais s'est transformé en un enseignement de masse, dont le but déclaré, depuis les années 1980, est d'amener 80% des jeunes au niveau du baccalauréat. A moins qu'il s'agisse de ramener les exigences du baccalauréat au niveau de ces 80%. On sait depuis Tocqueville que la démocratisation ne va pas sans nivellement vers le bas. Quant aux humanités au sens traditionnel du terme, désignant les lettres classiques et la culture générale qu'elles étaient censées fonder, elles ont progressivement disparu des programmes.
En réalité, l'interrogation concernant la place des humanités non seulement dans l'enseignement, mais dans notre culture en général, est bien plus ancienne. Elle remonte à l'époque de cette « crise de la conscience européenne » diagnostiquée par Paul Hazard entre les deux guerres et qu'il avait située dans les dernières décennies du règne de Louis XIV. Quant aux arguments des défenseurs desdites humanités, aussi bien que ceux de leurs détracteurs, ils sont plus ou moins les mêmes depuis trois siècles. Il ne sera pas inutile d'en rappeler quelques-uns et de les placer dans leur contexte historique. Non pas dans le but de fournir une nième justification des humanités pour aujourd'hui, mais afin de réfléchir sur ces débats qui ont accompagné la question de leur « utilité ». Un retour sur les arguments qui ont été avancés au fil des générations permettra non seulement de nous positionner dans la discussion actuelle, mais de comprendre que nous sommes arrivés à une nouvelle croisée des chemins, mais à un changement de paradigme culturel

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