Aloooors, qu’est-ce qu’il donne le nouveau Bojangles, pardon, le nouveau roman d’Olivier Bourdeaut ?

jeudi 01 février 2018

Aloooors, qu’est-ce qu’il donne le nouveau Bojangles, pardon, le nouveau roman d’Olivier Bourdeaut ?

Vous êtes au moins 500 000 à vous poser la question de savoir si Pactum salis (Finitude) va séduire autant qu’ En attendant Bojangles, le fulgurant premier roman de l’étonnant Olivier Bourdeaut.

 
Dans Pactum Salis, l’auteur prend le parti de n’évoquer en rien l’atmosphère de Bojangles. Il s’agit là d’une histoire d’amitiés masculines sur fond de marais salants, à Guérande. Jean est paludier et prend un plaisir ravi et serein à ramasser la fleur de ses marais salants. Michel est marchand de biens, son meilleur ami est le prix du mètre carré, sa marotte, les grands hôtels et son péché mignon une Porsche, qu’il nomme Pursche, parce qu’il faut bien trouver un nom à son animal de compagnie.

 

Ils sont tous deux à un moment de leur parcours, le début de la trentaine, où la vie leur a apporté exactement ce qu’ils cherchaient : le succès pour Michel, la tranquillité pour Jean. Ces deux-là n’avaient aucune raison de se rencontrer, à peine de se croiser, et pourtant. Une cuite indigne roulée à terre près du marais salant de Jean, et voici Michel en posture de rencontrer le mutique paludier en de savoureux dialogues.

 

A mesure que ces deux-là font connaissance entre travail du sel le jour, et soirées bien arrosées, le souvenir de son amitié désuète pour Henri, un truculent personnage, réactionnaire autant qu’alcoolique notoire, revient dans la mémoire de Jean. Avec lui, ses années d’études, débarrassées de la lourde et culpabilisante emprise parentale, et la découverte d’une solitude choisie dans un Paris trop âpre. Pour cet Henri aux envolées dignes de celle d’un Cyrano, Bourdeaut invente une expression qui fera flores à n’en pas douter, celle du « dédé », le débauché de droite, qui propose un heureux pendant au sempiternel « bobo ». Elle est caractéristique du regard Bourdeaut, cette expression : une distance élégante avec son temps, qui se méfie des prétentions qu’on aurait, la plus éloignée de la vulgarité, la plus proche de la petite musique de la nostalgie intérieure.

 

Pactum salis signifie « le pacte du sel », un serment censé sceller les amitiés indéfectibles. Le sel du livre est justement l’horizontalité de l’atmosphère des marais, terriblement présente dans sa mélancolie, dans les couleurs dorées puis orangées des fins de journées maritimes. Dans l’intrusion d’une modernité tapageuse et séculière, celle de l’agent immobilier, qui bouscule l’atemporalité d’un métier qui se pratique depuis l’Antiquité. Il y a chez Olivier Bourdeaut une bonne dose de dérision choisie dans ce titre. A à vrai dire, il ne se passe pas grand-chose dans Pactum salis. Il y a ces deux hommes, leurs aventures éphémères au cœur d’un été qui se meurt, la manière dont s’ébauche et se cherche une relation amicale. Pactum salis est un roman sur les amitiés masculines, mais aussi forcément sur la douceur surannée d’une nostalgie de moments qui auraient pu ne pas être vécus.

Olivier Bourdeaut a gagné le pari de nous ravir au charme de Bojangles pour nous entrainer dans la rudesse et la jovialité pudique des liens d’hommes, sans céder d’un pouce sur son univers mélancolique et tendre.

 

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