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Un loup quelque part

Couverture du livre « Un loup quelque part » de Amelie Cordonnier aux éditions Flammarion
  • Date de parution :
  • Editeur : Flammarion
  • EAN : 9782081512757
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

« Paupières closes coupées au canif, lèvres parfaitement dessinées, l'air imperturbable. Royal même. Au début, elle a cru qu'il lui plaisait, ce petit. Seulement voilà, cinq mois plus tard, elle a changé d'avis. Ça arrive à tout le monde, non ? Elle voudrait le rapporter à la maternité. Qui n'a... Voir plus

« Paupières closes coupées au canif, lèvres parfaitement dessinées, l'air imperturbable. Royal même. Au début, elle a cru qu'il lui plaisait, ce petit. Seulement voilà, cinq mois plus tard, elle a changé d'avis. Ça arrive à tout le monde, non ? Elle voudrait le rapporter à la maternité. Qui n'a pas un jour rendu ou renvoyé la chemise, le pantalon, le pull, la ceinture ou les chaussures qu'il venait d'acheter ? » Que fait cette tache, noire, dans le cou de son bébé ? On dirait qu'elle s'étend, pieds, mains, bras, visage. Mais pourquoi sa peau se met-elle à foncer ? Ce deuxième enfant ne ressemble pas du tout à celui qu'elle attendait. Aucun doute, il y a un loup quelque part.
Avec une écriture aussi moderne qu'acérée, Amélie Cordonnier met en scène une femme paniquée de ne pas réussir à aimer son enfant et dont l'affolement devient de plus en plus inquiétant.

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Articles (1)

Avis (15)

  • D'une écriture vive, acérée, mordante l'autrice met en scène une femme, qui découvre que son bébé de 5 mois ne correspond pas à ce qu'elle espérait, et qu'elle n'arrive pas/plus à aimer, à nommer par son prénom, affolée par les pensées noires et violentes qui lui traversent l'esprit, habitée par...
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    D'une écriture vive, acérée, mordante l'autrice met en scène une femme, qui découvre que son bébé de 5 mois ne correspond pas à ce qu'elle espérait, et qu'elle n'arrive pas/plus à aimer, à nommer par son prénom, affolée par les pensées noires et violentes qui lui traversent l'esprit, habitée par une paranoïa galopante la conduisant à une indifférence toute aussi maltraitante pour un bébé que certains gestes eux-mêmes. Une révélation de son père va provoquer un tsunami de questions. Elle s'enferme alors dans un processus obsessionnel terrible de mensonge... Cette première partie ( les 2/3 du roman) est déstabilisante, dérangeante. Le style syntaxique moderne, phrases courtes et incisives, hachées induit une tension grandissante et le cœur serré, on se demande où va l'emmener cette folie...

    Dans le dernier tiers du roman, cette maman terrifiée prend ses enfants( car elle a une petite-fille de 8 ans qui adore son petit frère et lui prodigue la tendresse qu'elle, sa mère lui refuse) et file chez son père. Elle va dénouer les fils compliqués de son histoire, apprivoiser ses douleurs d'enfant jamais apaisées, sa honte, sa peur de la différence...

    "Soudain l'enfance en elle palpite.[...] Se fraie un passage entre ses trous au cœur, cette douleur qui a toujours refusé de lui donner la main et de se tenir tranquille, irrigue ses artères et panse au passage ses plaies mal cicatrisées."

    Un très beau roman sur l'amour maternel (dans notre société normative, il est malséant pour une mère de ne pas aimer son enfant. Comme si l'instinct maternel allait de soi. Or en l'état actuel des connaissances scientifiques, rien ne permet de l'affirmer), la transmission familiale, les secrets de famille qui peuvent se transformer en bombes à retardement... L'écriture elle aussi s'apaise dans cette partie. Tout au long de ma lecture, je me suis demandé comment j'aurais réagi, moi, à la place de cette maman...

    Un roman puissant qui prend aux tripes et me donne très envie de découvrir "Trancher", le premier roman d' Amélie Cordonnier

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  • J'ai beaucoup aimé ce livre. Il se dévore et je n'ai pas pu le lâcher. L'écriture d'Amélie Cordonnier est ciselée et le sujet du livre dérangeant : Il s'agit d'une femme, maman pour la seconde fois. Si elle accueille avec bienveillance ce "bébé-surprise", tout bascule le jour où elle lui...
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    J'ai beaucoup aimé ce livre. Il se dévore et je n'ai pas pu le lâcher. L'écriture d'Amélie Cordonnier est ciselée et le sujet du livre dérangeant : Il s'agit d'une femme, maman pour la seconde fois. Si elle accueille avec bienveillance ce "bébé-surprise", tout bascule le jour où elle lui découvre une tâche foncée sur la peau. Il y a un loup quelque part...
    Et c'est le début du désamour. Amélie Cordonnier décrit avec finesse et précision la descente aux enfers de cette mère, qui n'arrive plus à aimer son fils et n'assume pas son absence "d'instinct maternel". Au fil des pages de ce texte brut, choc, sur un sujet tabou, on craint pour cette mère et son sentiment de dégoût vis-à-vis de son enfant, mais aussi d'elle-même. Un livre qui ne laisse pas indifférent.

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  • Elle dont on ne connaîtra jamais le prénom patiente dans la salle du pédiatre avec son deuxième enfant, un petit garçon prénommé Alban. Ce qui ne devait être qu’une visite de routine pour les 5 mois du bébé va finalement être le point de départ d’une descente aux enfers maternels, tout ça à...
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    Elle dont on ne connaîtra jamais le prénom patiente dans la salle du pédiatre avec son deuxième enfant, un petit garçon prénommé Alban. Ce qui ne devait être qu’une visite de routine pour les 5 mois du bébé va finalement être le point de départ d’une descente aux enfers maternels, tout ça à cause d’une petite tache plus foncée sur la peau d’Alban. Comment s’attacher à un enfant qu’on ne reconnaît pas et qui nous fait horreur ? Une question qu’aucune mère ne peut formuler mais combien sont-elles à se la poser ?

    Et me voilà encore une fois confrontée à un roman qui fait l’unanimité moins une voix… la mienne. J’ai eu beau chercher des avis négatifs pour me rassurer un peu, je n’en ai pas trouvés. Suis-je vraiment la seule à ne pas avoir réussi à aller au bout de ce roman ? J’ai tout de même lu le dernier chapitre pour voir si ça valait la peine de persévérer mais celui-ci m’a confortée dans l’idée qu’il valait mieux écourter cette lecture.

    Alors, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné cette fois ? Je dirais que j’ai retrouvé dans ce livre un peu les mêmes travers que dans Marche blanche de Claire Castillon : un résumé qui laisse entrevoir un sujet très fort et très dur me permettant d’espérer des montagnes russes d’émotion et une lecture finalement dominée par l’ennui le plus total une fois le décor planté et les failles du personnage principal révélées. A partir du moment où l’auteure est parvenue à créer son univers et à dépeindre les scènes marquantes de son livre on ne fait plus qu’une resucée (nuancier, bain, habillage, esquive, nuancier, bain, habillage, esquive, etc. tout ça ponctué de pourquoi ? et de comment ?). Ma curiosité n’étant plus du tout titillée, je suis comme les cancres au fond de la classe, j’ai commencé à regarder ailleurs en attendant que ça passe.

    Dans mon avis sur Marche blanche j’évoquais le fait que la narration personnage était peut-être ce qui m’avait gênée dans ce roman et j’émettais l’hypothèse qu’avec un narrateur omniscient j’aurais pu entrer plus facilement dans cette histoire. La lecture d’Un loup quelque part me prouve le contraire : le problème n’est pas là puisque avec un narrateur extérieur dans le cas présent je me retrouve exactement au même point à l’arrivée.

    Le problème est donc à chercher ailleurs et j’espère commencer à le cerner. Ces romans sont très esthétiques mais manquent de chaleur humaine. On est dans l’intime, dans la tête d’une mère qui déraille mais on en occulte tout ce qui gravite autour et qui fait le sel d’un roman pour moi. J’aime les interactions entre les personnages, les scènes variées qui permettent de les voir évoluer dans différents contextes, les dialogues (je ne comprends pas comment on peut se passer de dialogues dans un roman psychologique) qui permettent de se faire une idée de leur caractère ou de leurs valeurs. J’aime les histoires complexes faites de méandres et de chausse-trappes car la vie c’est ça : totalement imprévisible. Or avec ces romans intimes on a l’impression d’être tellement focalisé sur le mal-être du personnage principal qu’il n’existe rien d’autre autour et que le monde est figé en attendant que le personnage sorte de son état. Ça manque d’horizon et dans ce fonctionnement en vase clos je me sens à l’étroit et j’étouffe.

    Dans Il faut qu’on parle de Kevin de Lionel Shriver qui traite aussi d’un lien maternel impossible à créer et des sentiments de rejet d’une mère envers son fils, le ressenti est totalement différent. Cette histoire-là m’a chamboulée, bouleversée et même traumatisée car en regard du témoignage de cette mère qui s’interroge sur ce qu’elle a pu mal faire pour en arriver là, on retrouve une histoire incroyable. Ça tape fort, ça marque définitivement les esprits et c’est précisément ce que je recherche en littérature.

    Au fond, peut-être que la littérature américaine et anglo-saxonne correspondent mieux à mes goûts. L’esthétisme des romans français ne suffit pas à mon bonheur, il me faut un côté hollywoodien pour m’embarquer dans l’histoire. Il n’y a donc pas de problème particulier avec Un loup quelque part, le problème est à chercher plutôt du côté de mon choix de lecture. C’est sans doute pour ça que je n’ai pas trouvé d’autres avis négatifs sur ce livre d’ailleurs…

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  • Après « Trancher » la journaliste Amélie Cordonnier poursuit son chemin littéraire avec les méandres des dérapages familiaux. De la violence conjugale elle passe aux relations parfois ombrageuses entre une mère et son enfant.

    Une jeune femme met au monde un garçon en parfaite santé, Alban,...
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    Après « Trancher » la journaliste Amélie Cordonnier poursuit son chemin littéraire avec les méandres des dérapages familiaux. De la violence conjugale elle passe aux relations parfois ombrageuses entre une mère et son enfant.

    Une jeune femme met au monde un garçon en parfaite santé, Alban, qui fait la joie de ses parents et de sa grande sœur Esther. Tout va donc pour le mieux pour le meilleur des mondes. Sauf qu’à cinq mois, le bébé entame une mue, des tâches sombres apparaissent puis sa peau se fonce de plus en plus. Stupéfaction, il est métis. Le pédiatre la rassure mais la maman est en état de choc. Cet enfant est pourtant le fruit de la relation intime avec son mari, alors que s’est-il passé ? Un loup avance masqué… et la vésanie pose progressivement des petits cailloux. Jusqu’où ira-t-elle ? Quel est le passé de cette jeune femme ? Elle va s’interroger en sentant monter une colère parce que les cartes humaines sont trop souvent faites, soit de mensonges soit de non-dits. Dans les arcanes des corps et des esprits.

    Un roman dur, parfois âcre, tant, presque inconsciemment, on imagine le désespoir d’un bébé rejeté par sa mère en essayant de comprendre l’incompréhensible. Amélie Cordonnier a saisi magistralement toutes les subtilités de la langue française et ses finauderies pour mettre en relief les tourments d’une femme prise entre ses démons et l’amour des siens. Son écriture est une immersion totale sur les errances qui suivent le même rythme qu’un cœur en défaillance. Elle utilise nombre de métaphores pour renforcer les souffrances psychiques en y apportant toutes les demi-teintes de l’écriture. Une écriture sans bande son mais avec un rayonnement lumineux : celui des couleurs. Les fantômes qui s’agitent deviennent des visions spectrales dans l’univers de la sémantique et des confusions de l’âme.
    Une finesse de plume qui tranche avec le rugueux du récit.

    Blog => https://squirelito.blogspot.com/2020/05/une-noisette-un-livre-un-loup-quelque.html

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  • Un roman percutant qui déstabilise et me laisse sans voix !!!
    Déjà , un coup de cœur pour son premier roman « Trancher » qui abordent les violences verbales au sein du couple.
    Une écriture acérée, dynamique, des phrases courtes qui rythment cette histoire ahurissante dans laquelle Amélie...
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    Un roman percutant qui déstabilise et me laisse sans voix !!!
    Déjà , un coup de cœur pour son premier roman « Trancher » qui abordent les violences verbales au sein du couple.
    Une écriture acérée, dynamique, des phrases courtes qui rythment cette histoire ahurissante dans laquelle Amélie Cordonnier nous emmène. Une maman qui ne parvient pas à aimer son petit garçon né avec la peau blanche et qui commence à foncer à cinq mois !!!!
    Et là, c’est la dérive de cette maman, la panique, l’angoisse , un sentiment de rejet se développe jusqu’à la maltraitance !!! Elle surveille la couleur de la peau qui devient de plus en plus marron,, elle le couvre de vêtements à outrance afin de le cacher, lui met du fond de teint, cela devient une obsession maladive. Jusqu’où peut-elle aller ?
    J’étouffe, je suffoque, je suis écoeurée, je ne juge pas et ai une certaine empathie pour cette maman.
    Et puis vient l’apaisement , la rencontre avec son père qui a élevé seul sa fille m’a bouleversée, cette relation fusionnelle qui va aider cette maman à refaire surface.
    Un COUP DE CŒUR, pour ce deuxième roman dérangeant, mais magnifique !!!
    Livre lu dans le cadre des « 68premières fois »

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  • "L'amour maternel est infiniment complexe et imparfait. Loin d'être un instinct, il faut plutôt un petit miracle pour que cet amour soit tel qu’on nous le décrit." - Élisabeth Badinter, "XY, de l’identité masculine"

    "À défaut de pouvoir l’échanger, elle voudrait recommencer son...
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    "L'amour maternel est infiniment complexe et imparfait. Loin d'être un instinct, il faut plutôt un petit miracle pour que cet amour soit tel qu’on nous le décrit." - Élisabeth Badinter, "XY, de l’identité masculine"

    "À défaut de pouvoir l’échanger, elle voudrait recommencer son bébé."

    Après un 1er roman aussi réussi que "Trancher" (Flammarion, 2018) qui braquait sa lumière crue sur la violence au sein du couple, j’attendais le 2e avec l’impatience de la lectrice qui devine qu’Amélie Cordonnier n'est pas de celles qui rechignent à s’emparer d’un sujet fort.
    Et mon attente n'a pas été déçue.
    Le sujet d'"Un loup quelque part" est d’autant plus dérangeant qu’il est tabou. Une mère peut-elle ne pas aimer son enfant ? Comment faire le deuil de l’enfant fantasmé quand l’enfant paraît ? En tournant les pages de ce roman terrible s’est mise à danser devant mes yeux la phrase qui ouvre le 2e roman de Gabrielle Tuloup, "Sauf que c’étaient des enfants", paru en ce début d'année aux Éditions Philippe Rey et embarqué lui aussi dans cette aventure des #68premieresfois :

    "Le réel ne prend pas de gants."

    Le réel n’a pas pris de gants, en effet, avec cette femme que l’autrice ne nommera jamais tout au long des 272 pages de ce roman écrit à la 3e personne, bien qu’il adopte le point de vue de cette professeure de français de 35 ans.
    Heureuse, mariée à Vincent, mère d’une adorable Esther, 8 ans, elle a mis au monde un petit garçon en parfaite santé, Alban.

    "Ce bébé n’a peut-être pas été voulu, mais il a été attendu."

    À l’occasion d’une visite de routine chez le pédiatre dont la salle d'attente est noire de monde, elle va déceler une tache infime, presque rien ou si peu, au cou de son fils.

    "Les gigotements d’Alban l’empêchent de boutonner le polo rapidement. Elle rajuste le col et c’est alors qu’elle la remarque. Une tache. Noire. Toute ronde. De la taille d’un petit pois. Extrafin, le petit pois. C’est la première fois qu’elle la voit."

    Un grain de beauté, peut-être ?
    Alban a à peine 5 mois et le pédiatre ne paraît pas convaincu par cette hypothèse sur un enfant aussi jeune. Par contre, il se pourrait bien que…
    Le choc et avec lui l'effondrement qui précède la chute, vertigineuse.
    Alban ! Quelle ironie, ce prénom, quand on y pense !
    Très vite la situation devient kafkaïenne – les références à Gregor Samsa envahissent le texte comme les taches noires le petit corps de l’innocent Alban. Elle bascule, n'en finit plus de tomber

    "L'amour ne lui vient pas. C'est comme si elle l'avait perdu. On peut perdre l'appétit et même ses esprits. Alors pourquoi pas l'amour ? Elle a perdu la tendresse, toutes les caresses."

    et devient bourreau à son corps défendant qui se met à refuser toute nourriture et tout repos :

    "Elle n’en peut plus de se forcer. Se forcer à s’occuper de lui, se forcer à aller le chercher quand il crie. N’en peut plus de devoir prendre sur elle pour le nourrir, l’habiller, le baigner. S’en veut de réprimer un mouvement de recul chaque fois que les doigts d’Alban agrippent son pull. Culpabilise de ne jamais le bercer. De ne pas savoir le consoler. A honte de ne pas aimer le regarder, le toucher. De ne pas l’aimer tout court."

    Pour le "petit miracle" dont parle Élisabeth Badinter, on repassera !
    Pour ne plus le voir, pour que les autres ne voient pas l’objet de sa honte, elle ensevelit le gamin sous des couches de vêtements insensées où il étouffe, le laisse macérer dans sa couche des journées entières, oublie de le nourrir, de le laver, le laisse pleurer et, pour enfin le faire taire, l’assomme de médicaments dosés à la va-vite.
    La maltraitance est là ; la folie guette cette femme à la dérive qui évite de peu le geste irréparable.

    "Elle récupère le petit, attrape la serviette, l’y enveloppe, se penche pour retirer la bonde et c’est à ce moment que l’envie lui vient de jeter le bébé avec l’eau du bain."

    La prouesse d'Amélie Cordonnier est de montrer, sans fard, la douleur d'une femme perdue si bien qu'il nous est impossible de la détester tout à fait. Bien au contraire, le lecteur souffre avec elle et avec son petit garçon, pareillement.

    "Elle gravit son calvaire sur les marches de la nuit. Aucune force de rien. Deux semaines qu’elle ne dort plus, ne mange plus. Deux semaines qu’elle respire avec peine."

    La métamorphose n'est pas que celle d'Alban, c’est la sienne aussi. De mère aimante à mère maltraitante n'y a-t-il vraiment qu'un pas ?

    #balancetongosse

    Alban maigrit, finit par ne plus pleurer, ne plus réclamer son attention ; il sent bien, ce petit bonhomme résigné, que quelque chose ne va pas chez sa maman qui, de son côté, sait qu’elle ne renvoie pas l’image de la mère attentionnée,

    "Elle se fait honte. Comment peut-elle avoir autant aimé son premier enfant et ressentir du dégoût pour le suivant ?"

    sent les regards lourds posés sur elle, celui de Vincent qui s’inquiète sincèrement que son mariage ne puisse y résister, mais aussi celui de la rayonnante Esther à qui on ne la fait pas !

    "Maman, t’étais méchante comme ça aussi avec moi, quand j’étais bébé ? lui a innocemment demandé Esther. Dans sa voix, il n’y avait ni reproche ni jugement. Juste de l’étonnement."

    La candeur de l'enfance et ses questions sans détour !

    Elle se doute que, pour lever l’obstacle qui l’empêche de renouer avec son petit garçon, elle va devoir interroger sa propre histoire, celle d’une enfant qui a perdu sa mère trop tôt et qui découvre, à 35 ans, le secret qui entoure sa naissance et que son père, faute de courage, lui a tu tout ce temps.
    S’accepter elle pour l’accepter lui.

    Amélie Cordonnier adopte un style nerveux. Ses phrases sont courtes, amputées ici d’un verbe, là d’une coordination, elles courent à la catastrophe et nous nous essoufflons avec elles. Leur instabilité nous désarçonne comme leur musicalité forcée. J’avais noté dans son précédent roman combien l'autrice aimait déjà à jouer avec les sonorités, les allitérations, les assonances, à créer des rimes sur lesquelles viennent mourir ses phrases dont on devine le dernier mot avant même qu’il ne soit écrit.

    "Il n’y a pas de carton, mais c’est une vraie invitation que Vincent formule à son intention."
    "Pour un oui ou pour un non. Un bleu ou un cheveu blond. Et toujours elle répond. Elle participe à tous les fils de discussion, se montre concernée par toutes les interrogations. Mais elle a visiblement disparu de la circulation."
    "Le petit, lui, caquette, ouvre grand les mirettes pour ne pas en perdre une miette."
    "Ses chagrins la font chanceler, pauvre chevalier chenu."

    Une seule syllabe sépare user d'abuser. Ici, le procédé est usé jusqu'à la corde, filé sur des pages et des pages au risque de flirter avec l’artificialité et je reconnais en avoir été agacée. La petite musique est vite devenue un lancinant crincrin aussi douloureux à écouter que l’est, pour la mère, son enfant à regarder.
    Heureusement, le style s’adoucit quand enfin elle prend la route avec enfants et bagages pour renouer le dialogue avec son père. Leur relation, qui a marqué le pas à cause de l’incompréhension, du ressentiment et de la frustration, est belle de mots tus. Le duo père-fille est à tordre le cœur et c’est logiquement auprès de cet homme que la vie a abimé et qui, comme elle aujourd’hui, s’est retrouvé à terre à la mort de son épouse, qu’elle va trouver l’apaisement, la force de se relever pour retisser le lien à son fils, patiemment, timidement, humblement.

    "Un père pareil, ça colle la pression. Si l'instinct maternel existe, lui il l'a."

    L’amour que lui voue son père, immense et inconditionnel, lui montre la voie et la fin est bouleversante.

    "Pendant un instant elle ne voit plus le contraste de sa peau foncée sur ses seins blancs. C’est un équinoxe de douceur. La torpeur de ce moment gomme les couleurs. Efface toutes les douleurs. Alban a les yeux fermés. Pourtant il ne somnole pas. Elle le sait car de sa bouche s’échappe un bruit régulier, très léger. […] Ce n’est pas un ronflement. Ni un ronronnement. Plutôt un roucoulement. Comme pour signifier que la vilaine tourterelle est pardonnée."

    Élisabeth Badinter, toujours elle, a écrit que "l’amour maternel n’est qu’un sentiment humain. Et comme tout sentiment, il est incertain, fragile et imparfait" et c’est cela qui est questionné ici. Amélie Cordonnier appuie là où ça fait mal, sonde cet amour qui ne va pas forcément de soi au travers de cette histoire de résilience dont on sent qu’elle aurait pu tout aussi bien basculer dans l’horreur absolue.
    Et moi, lectrice malmenée et inquiète, j’accueille cette fin, heureuse, comme une délivrance.

    "Il n’est aucune beauté qui n’ait sa tache noire. Même le coquelicot. Au cœur porte la sienne, que chacun peut voir." - Dicton marocain

    https://www.calliope-petrichor.fr/2020/06/02/un-loup-quelque-part-amélie-cordonnier-flammarion/

    2e roman, lu pour la sélection anniversaire 5 ans des #68premieresfois

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  • «Le dos lui-même avait foncé. Ça a l’air fou, mais elle lui assure que c’est vrai. Il n’y a pas photo: une démarcation très nette s’est faite au niveau des fesses. C’est comme si quelqu’un avait pris un pinceau. Ou comme une marque de maillot plutôt. Oui, on dirait qu’Alban a bronzé.» Dans son...
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    «Le dos lui-même avait foncé. Ça a l’air fou, mais elle lui assure que c’est vrai. Il n’y a pas photo: une démarcation très nette s’est faite au niveau des fesses. C’est comme si quelqu’un avait pris un pinceau. Ou comme une marque de maillot plutôt. Oui, on dirait qu’Alban a bronzé.» Dans son second roman, Amélie Cordonnier confronte une femme à son bébé dont la peau noircit au fil des jours. Et pose des questions essentielle sur la filiation, l’amour maternel et la transmission.

    C’est avec un premier roman choc Trancher que nous avions découvert Amélie Cordonnier. Elle y sondait la psychologie d’une femme subissant jour après jour les agressions verbales de son mari. C’est le même sillon qu’elle creuse avec Un loup quelque part qui met aux prises une femme confrontée à un lourd secret de famille et à un fils dont la peau noircit au fil des jours. Une épreuve douloureuse qu’elle va devoir affronter à vif. Car rien n’aurait pu lui laisser imaginer qu’un beau matin la peau de son fils allait se consteller de petites tâches. Alban était né «normal» comme sa sœur Esther. À 35 ans, avec Vincent, son mari, elle s’était réjouie de voir la famille s’agrandir. Mais tout va changer lorsqu’elle constate cette pigmentation bizarre, comme si son fils avait bronzé. «Elle a tellement flippé cette nuit et toute la matinée, qu’elle a fait des kilomètres de recherches sur Internet, et franchement, elle le regrette. Il n’y a que des horreurs sur Doctissimo. Elle a tout lu à propos des maladies de peau du style impétigo (…) A fait tout un tas d’élucubrations.»
    Le second choc viendra du pédiatre qui lui explique que la couleur de la peau des bébés n’est pas fixée à la naissance, qu’elle est déterminée par la quantité et la nature des mélanines contenues dans la peau. Et que le teint est d'abord une question de génétique. Autrement dit, il faut rechercher un ancêtre noir dans sa famille. Pressé de questions, son père comprend qu’il n’a plus le choix. «Alors tout à coup, il avoue: "Tu as été abandonnée à la naissance, on t’a adoptée quand tu avais trois mois." Puis le souffle court, ajoute: "On avait prévu avec maman de te le dire pour tes douze ans. Mais sans elle, je n’ai jamais trouvé le courage…" La grenade qu’il lâche fait tout exploser. La terre s’ouvre sous ses pieds. Chute sans fin dans un puits sans fond. Un silence de mort la cueille. Et quelque chose meurt d’ailleurs en elle à cet instant-là. Qui ne saurait se résumer à l’insouciance ou à la joie. Une force lui est arrachée. Comme un membre amputé, qu’elle sent déjà en moins.»
    C’est non seulement un sentiment de trahison mais aussi de honte avec lequel elle doit désormais affronter le regard des autres. Aussi décide-t-elle de cacher ce mal qui la ronge, de nier sa souffrance en cachant cette peau, en rejetant cet enfant du malheur. En concentrant son amour sur sa fille Esther. «C’est choquant mais comme ça. Faut pas croire que ça la fasse rire, elle est la première à souffrir. Si l’amour maternel pouvait s’inoculer, ce serait déjà fait.»
    À l’aide d’un nuancier de couleurs qu’elle a trouvé chez Leroy-Merlin, elle note au jour le jour l’évolution des teintes de la peau d’Alban, élabore des stratégies pour cacher ces zones qui s’assombrissent, enfilant des gants et allant même jusqu’à tricoter une cagoule, manquant presque d’étouffer son fils sous les couches de vêtements.
    Quand Vincent part en déplacement professionnel en la laissant avec ses angoisses, elle craque. Se rappelle le texte étudié en troisième: «À croire que Kafka s’est enkysté en elle. C’est comme si elle avait contracté La Métamorphose il y a des années, et que celle-ci avait attendu la naissance d’Alban pour se réveiller et les contaminer.» Alors elle s’enfuit, prend la route vers le sud pour rejoindre son père, sans pour autant pouvoir se débarrasser de ses idées noires. «Elle ne sait que faire de cette peau, mais pressent qu’elle risque d’y laisser la sienne.»
    Amélie Cordonnier confirme ici tout son talent. En confrontant cette femme à une épreuve aussi inédite que traumatisante, elle nous parle de l’amour maternel, de la nécessité de connaître ses origines, de la force des liens familiaux. L’écriture se fait au scalpel, mettant à vif les sentiments. Car ici encore, pour guérir, il faut d’abord Trancher.
    https://urlz.fr/dmEg

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  • J’avais beaucoup aimé « Trancher » le premier livre d’Amélie Cordonnier, elle confirme son talent avec ce deuxième ouvrage.
    La narratrice est heureuse entre Vincent son mari, Esther sa fille de 8 ans et Alban son fils de 5 mois. C’est « un accident de stérilet » mais toute la famille s’est...
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    J’avais beaucoup aimé « Trancher » le premier livre d’Amélie Cordonnier, elle confirme son talent avec ce deuxième ouvrage.
    La narratrice est heureuse entre Vincent son mari, Esther sa fille de 8 ans et Alban son fils de 5 mois. C’est « un accident de stérilet » mais toute la famille s’est réjouie de son arrivée qui a été préparée en commun.
    Sa vie bascule quand elle découvre une tâche dans le dos de son fils et que le pédiatre confirme que l’enfant est métis. Elle est blanche de même que son mari et sa fille. Elle va alors rejeter cet enfant et vouloir le cacher à grand renfort de gants, cagoule, fond de teint…
    Je n’en dirais pas plus sur l’intrigue.
    Amélie Cordonnier sait trouver les mots justes pour décrire le désarroi de cette mère . On souffre avec elle mais on souffre aussi avec ce petit à qui sa mère ne parle plus, laisse pleurer et qui finit par refuser de manger.
    Malgré ce sujet très délicat à traiter c’est une ode à l’amour, à l’amour maternel mais aussi paternel. La fin est remarquable de lucidité.
    Un grand livre que je recommande.

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