Le livre que je ne voulais pas écrire

Couverture du livre « Le livre que je ne voulais pas écrire » de Erwan Larher aux éditions Quidam

4.875

8 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Quidam
  • EAN : 9782374910635
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

Un témoignage littéraire sur l'attentat du Bataclan en novembre 2015. L'écrivain, blessé pendant les événements, évoque l'absurdité, le bouleversement, la violence et l'émotion provoqués par les assassinats terroristes.

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  • 0.25

    Livre vivement conseillé par des amis et la chance de rencontrer Erwan Larher au salon « Livres en Vigne ». Je n’avais pas lu ses précédents romans et j’étais assez curieuse de savoir comment le romancier avait pu écrire un livre qu’il ne voulait pas écrire...
    Sans détailler notre conversation, vous dire que j’ai rencontré un homme sensible, chaleureux, enthousiaste … je ne peux l’éviter tant j’ai été marquée par cette belle rencontre.
    Aussi penserez-vous que, aveuglée par la séduction, ce commentaire est frappé de subjectivité; je vous assure qu’il n’en est rien, c’est un « objet littéraire » comme le souhaitait son auteur, « objet littéraire » que je qualifierai de « rare ».
    Erwan Lahrer ne s’exprime pas en victime, il parle de celui qui a vécu une soirée d’enfer, pas celle où il aurait pu s’éclater mais l’enfer sous les tirs des kalachnikovs, des » HURLEMENTS », de la douleur, du doute, de la peur…
    Les auteurs de cet acte immonde, il les imagine à travers leur parcours et ses méandres pour se glisser dans leur peau ; il ne les connaît pas mais il les nomme.
    Bref, inutile d’ajouter des détails au scenario, la plume d’Erwan Larher a transformé un récit qui aurait pu être des plus trashs en une polyphonie magistrale et pudique, qui m’a bouleversée. Pour dépasser le « récit » ou le « roman », il a composé avec les voix extérieures de ses proches qui ponctuent le livre de messages forts et qui font de cette histoire « une aventure collective ».
    « La littérature n'arrête pas les balles. Par contre, elle peut empêcher un doigt de se poser sur une gâchette. Peut-être. Il faut tenter le pari".
    Ce livre est un vecteur d’humanité ; au-delà des émotions qu’il procure, des valeurs qu’il réveille, c’est pour moi la découverte d’un écrivain talentueux dont je vais explorer « à reculons » ses autres romans.

    Je m’aperçois qu’il m’a fallu pas mal de temps pour écrire ce pauvre avis sans grand intérêt, parce que ce livre est particulier et marquant, il m’est difficile d’en parler. Finalement, oubliez tout, LISEZ-LE !

  • 0.25

    http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2017/09/26/35710316.html

    Août 2017, le livre est entre mes mains, enfin. Une fois commencé, je n’ai pas pu le lâcher. La lecture a pourtant été âpre, en apnée et je suis ressortie complètement groggy. C’est un récit sensible, touchant, qui donne mal au bide quand il décrit l’attaque, qui surprend aussi quand il tente de se mettre à la place des terroristes. La narration volontairement au « tu » permet une mise à distance entre lui et le récit. Peut-être parce que c’est plus facile à écrire qu’avec le « je ». Peut-être parce que ce récit pourrait aussi être fait par une autre victime, un autre rescapé du Bataclan. Peut-être aussi pour m’inclure en tant que lectrice, en tant que citoyenne ayant vécu à ma façon le Bataclan. Car, si Erwan Larher a voulu « écrire autour » du Bataclan, s’il a voulu en faire un « objet littéraire », c’est aussi parce qu’il a pris conscience qu’au-delà de son drame personnel – que nul ne peut se représenter – il y a toute une dimension collective de cette nuit-là. Je me souviens très bien de cette soirée, hypnotisée par BFM TV. Je me souviens d’avoir envoyé des SMS à mes proches pour m’assurer qu’ils allaient bien. Je me souviens aussi d’avoir été prise de tremblements terribles. Mes dents claquaient et je me suis blottie dans une couverture polaire alors que c’était une belle soirée douce où on pouvait presque sortir sans veste. J’ai ressenti de la peur, pourtant à l’abri chez moi, et cette peur me donnait froid.

    Pour autant, le « je » absent en tant que pronom ne l’est pas en tant qu’individu. Erwan n’occulte rien de son vécu lors de cette tragédie : les HURLEMENTS, l’odeur du sang et de la poudre, cette personne qui lui tenait le mollet pendant qu’il « faisait le mort ». Après être sorti de la salle, à l’hôpital, nous découvrons toutes ses peurs, ses attentes, sa culpabilité de n’avoir pas su penser à ses proches pendant l’attaque, ses larmes, ses douleurs.

    Si je devais résumer ce récit par un premier mot, ce serait le mot VIE. La vie plus forte que tout, celle à laquelle il se raccroche en se déconnectant pendant l’attaque : « Je suis Sigolène, je suis un caillou ». La vie sauvée grâce à ceux qui consacrent justement leurs vies à sauver des vies : les secouristes, le personnel médical et paramédical. La vie qui fait qu’Erwan finit par avoir plus peur de ne plus bander que de faire des cauchemars. Sa peur de ne pas pouvoir rebander est évoquée plusieurs fois et cela m’a fait sourire parce que c’est une preuve qu’il est tourné à ce moment-là vers son avenir et plus sur ce qu’il a vécu. Et puis... si la vie avait volontairement mis cette épreuve sur son chemin pour en donner un nouveau sens ? Diabolique Lachésis qui a joué la vie d'Erwan sur un fil mais lui a permis de rebondir avec un optimisme ravageur !

    Si je devais aussi résumer ce récit par un second mot, ce serait le mot AMOUR. Ce mot clôture d’ailleurs le livre grâce au récit de Loulou Robert, « l’amoureuse ». L’amour transpire par tous les pores de l’ouvrage à travers le récit d’Erwan mais aussi celui de ses proches dans ces témoignages « Vu du dehors ». Que ce soit des membres de sa famille ou ses amis, chacun raconte son vécu de cette nuit du 13 novembre et l’attente de ses nouvelles. Erwan a une chance folle d’être entouré de gens qui l’aiment profondément et qui lui ont aussi sûrement donné la force de se rétablir physiquement et moralement. Cette bulle d’amour distillée dans le livre permet de rendre la lecture moins rude et surtout montre que l’horreur, même la plus absolue, ne pourra jamais enlever cet essentiel.

  • 0.25

    Octobre 2017 est un mois riche en rencontres littéraires et hier soir, j’en ai eue une de plus avec Erwan Larher dans ma librairie très active pour cela. Au fait, il faudrait que je la cite un peu : c’est « L’Attrape-Mots », rue Paradis à Marseille, avec Agnès qui a mené l’interview.

    D’habitude je dis, à la fin de ma critique : « Merci » à l’auteur mais cette fois je le dis au début : « Merci Erwan d’être venu nous parler de votre livre : Le Livre que je ne voulais pas écrire ». Merci de votre présence si amicale, chaleureuse, enthousiaste, pleine de drôlerie.

    Il n’est pas facile d’écrire sur un sujet aussi grave.
    Venons-en à ce livre que j’avais déjà lu avant cette rencontre et pour lequel, poussé par votre entourage, vous vous êtes décidé à l’écrire alors que pour vous l’idée ne vous était pas venue à l’esprit car c’était un fait divers personnel. Vous vous êtes dit que cette « mésaventure » n’était plus tellement uniquement la vôtre mais qu’elle était « collective ».

    Quand vous commencez à raconter les faits, vous écrivez en page 18 : « La violence ? Elle arrive ». Mais aussi « Tu es le paradigme d’une civilisation défiée, de la liberté agressée. Tu n’as compris cette identification que très tard, même si depuis ce 13 novembre 2015, sans cesse on te demande, (puisque vous êtes écrivain) si tu vas écrire dessus.
    Non. Tu vas écrire autour » (page 38).

    Vous vous trouviez donc au Bataclan, ce vendredi 13 novembre 2015, au mauvais endroit, au mauvais moment et votre lecture du passage de l’achat de votre billet d’entrée a été faite de façon bien amusante. D’ailleurs, ce livre est truffé d’humour malgré l’horreur de l’événement. Et vos santiags ?

    Pour vous, écrire c’est « défendre la civilisation, questionner le monde ». Et votre ambition est que vos livres soient lus encore dans cinquante ans. C’est bien ce que l’on vous souhaite.
    Certes vous vous en êtes sorti vivant, mais avec de nombreuses blessures (à une fesse) et donc une hospitalisation : là aussi votre description du transport en ambulance est sacrément comique, bien que votre place ne soit pas à envier et que vous ne racontez que la vérité, aussi incroyable soit-elle.

    Le récit commence par : « Tu écoutes du rock. Du rock barbelé de guitares et de colère ». Le rock, il en est bien question puisque ce soir-là, vous êtes allé au concert de EODM (Eagles of Death Metal) et lorsque les premières balles commencent à fuser, on pense à des pétards. Mais bien vite, des HURLEMENTS (majuscules utilisées dans le livre, on verra plus tard l’explication) s’élèvent avec des blessés et des morts qui tombent ; C’est un carnage mais finalement vous êtes secouru (au bout d’un long moment) avec la peur de l’hémorragie, la peur de mourir sous les balles de Kalachnikov.

    Ce roman est à plusieurs voix car vous avez incorporé des textes dans des chapitres intitulés : « Vu du dehors », des textes de proches sans nouvelles de vous car vous aviez oublié votre portable !
    Vous parlez à Iblis, un terroriste (ce nom que vous lui avez attribué correspond à un djinn, mais dont la racine arabe est : désespérance), en vous demandant comment on peut arriver à vouloir se suicider.

    Votre écriture alterne du « je » eu « tu », des allers-retours, mais à la fin du livre c’est le « tu » qui prédomine et là vous pensez : « délivrance ». Du coup le lecteur se met à votre place. Cette écriture a été très laborieuse, avez-vous dit, mais finalement elle a été rapide puisque l’ouvrage a été publié en octobre 2017. Que dire de votre éditeur qui ne voulait pas de bas de pages et de votre façon de l’entourlouper en les incorporant dans le texte : bien joué.

    De votre point de vue, vous n’êtes pas un moraliste mais un romancier. Le lecteur doit avoir changé son point de vue en fermant le livre.
    A signaler vos moments de lectures (demandées à l’unanimité par un nombreux public présent : vous avez fait salle comble) et vous avez choisi des passages humoristiques,. L’humour, toujours l’humour qui émane de vous. Vous avez également cité cette phrase, présente dans le texte : « Un romancier doit jouer avec le lecteur et ne doit pas se jouer des lecteurs ».
    Pour vous, du moment qu’il y a de l’authenticité, peu importe ce qui est vrai ou pas. Ce qui compte c’est la justesse, la reconstitution des faits.
    Que rajouter de plus sans dévoiler le reste de l’intrigue ? Un point sur la graphie : des pages presque blanches avec un seulement un texte court et que vous avez joué avec la typographie, notamment avec le mot HURLEMENTS en majuscules.

    Pour ma part, il faut tout de même que j’en arrive à la conclusion car autrement je raconterais le livre et je vous adresse à nouveau un grand MERCI. Merci d’avoir décidé finalement d’écrire « Le livre que je ne voulais pas écrire ». J’aurais aimé écrire encore plus sur cette soirée et sur votre livre, mais toute bonne chose a une fin.
    Ç’aurait été tellement dommage de ne pas partager ces moments avec vous le rescapé du Bataclan.
    A présent, il me reste à lire « Margot n’aime pas ses fesses » (encore une histoire de fesses) qui m’attend. A mon avis, je vais encore y trouver beaucoup d’humour malgré le fond de l’histoire et certainement encore des pépites.

    Je voudrais juste rajouter cette petite critique : « L’horreur selon Larher. Un récit qui échappe à tous les cadres. » (Pierre Vavasseur, Le Parisien et qui travaille aussi à France Inter).

  • 0.25

    Erwan Larher, écrivain majeur, était au Bataclan le soir de la tuerie, astre musical fauché en plein rythme libertaire. « Le livre que je ne voulais pas écrire » est puissant, tragique. L’écriture aérienne est sublime. Manichéenne construction verbale où la beauté des lignes foudroie l’horreur en plein vol. Les narrateurs, en polyphonique récit sont de force et vérité. Pas de pathos, de plaintes, juste la plus réelle des horreurs en majuscules dans chaque ligne de ce récit qui se lit comme si un haut-parleur hurlait de fermer le livre avant que le lecteur ne meurt aussi. En filigrane, les cris des blessés ensanglantent ces morceaux d’architecture, pourtant d’une rare et délicate beauté. Erwan Larher, majestueux écrivain, s’éloigne subrepticement afin d’écrire ce que le recul et le lâcher prise ont propulsé de mots sur la page du plus jamais. Le basculement du tu au je est une gloire, une conquête, une rédemption. Le tu, en face à face avec l’emblème du terroriste est extraordinaire. Il touche la vérité et l’éclatante précision est un honneur pour toute cette jeunesse fauchée en plein ciel et en pleine musique. Cette partie retourne le jeu de cartes et le vivre-ensemble éclate à la face de ces terroristes. « Tu n’as pas de conscience politique, pas de racines dans le passé. Tu es un geste, un doigt sur la gâchette dans le présent de la post modernité. Tu es le néant l’Apocalypse. Tu n’as jamais lu le Coran. »Ce livre est bouleversant. Sa tragique réussite langagière est une preuve de don. Donner à entendre, comprendre, résister et dire. Cette osmose entre l’offrande d’écriture d’Erwan Larher, la conception d’une littérature de haute voltige, les faits horribles, renforcent ce récit d’une aura de maître. On lit les évènements en direct, en pleine conscience. De l’intériorité du lecteur vibre les mots de l’auteur pliés à jamais dans le mouchoir des temps qui pleurent.
    Je sais, moi, que dès à présent je ne regarderai plus une paire de santiags de la même façon qu’au préalable de cette grande lecture. Même si elles ressurgissent pavloviennes et fusionnelles avec Erwan Larher, leurs chants sur le trottoir ne sera plus jamais le même.
    En lice pour le Grand Prix 2017 Hors concours, dans les cinq finalistes, ce livre est une bouée de sauvetage, un livre mémoriel, une page de notre plus malheureuse Histoire de France.

  • 0.2

    Le soir du 13 novembre 2015, Erwan Larher se trouvait dans la fosse de la salle de concert du Bataclan. Blessé par balle, rescapé de l’horreur, l’auteur ne voulait pas au départ témoigner sur ce drame. Heureusement pour nous, ses amis ont réussi à le faire changer d’avis.

    Erwan Larher a choisi de faire de ce récit « un objet littéraire », comme il le nomme dans son livre. Un témoignage qui se démarque par sa forme. En effet, à la voix de l’auteur se mêle celles de ses proches et j’ai beaucoup aimé cette dimension collective lors de ma lecture.

    Il évoque l’attaque, les heures d’attente dans la fosse mais également sa convalescence. L’autre qualité que j’ai apprécié, c’est l’absence de ton larmoyant et de voyeurisme. Au contraire, en nous restituant son histoire, Erwan Larher fait preuve de beaucoup d’humour et d’autodérision.

    Un témoignage percutant et bouleversant que nous livre Erwan Larher qui était présent lors de la fusillade du Bataclan. A travers un magnifique récit choral et grâce à son sens de l’humour, l’auteur offre au lecteur une belle leçon de vie, pleine d’humanité.

  • 0.25

    Erwan Larher, je l’ai croisé pour la première fois le 28 mai 2016, lors de la Comédie du Livre à Montpellier. Une amie lectrice m’avait demandé de lui faire la bise de sa part. Belle mission. Sans doute aurait-il préféré rencontrer une femme jeune et jolie, mais fort courtois, il m’accueillit avec un franc sourire, une immense chaleur dans le regard et une drôlerie communicative. Bises il y eut, donc, et même photos gentiment prises par son adorable voisine de stand Simonetta Greggio. Et je repartis, lestée d’un roman dans lequel il était déjà question de fesses, celles de Marguerite, joliment dédicacé. C’est seulement le lendemain que j’ai appris la nouvelle, dans une sorte de chuchotement "Tu sais, Erwan était au bataclan, il a été blessé." Dieu merci, je ne l’avais pas su avant, j’avais pu le regarder sans crainte, ne pas me poser de questions, ne pas hésiter sur la bonne attitude à adopter.

    Là, je viens de terminer son dernier récit, "son Bataclan". Oui Erwan y était, oui il a été blessé, oui il a vécu des moments difficiles, pendant, après. Oui ses proches ont tremblé. Alors ce livre, il ne voulait pas l’écrire, mais il l’a fait et il a fichtrement bien fait. Et sa famille, ses amis ont participé. Tous ont écrit, même ceux qui ne voulaient pas le faire et ils ont fichtrement bien fait. Mais moi, comment pourrais-je mettre des mots derrière tout ça ? Comment pourrais-je, moi la pauvre lectrice lambda, moi qui ne sais pas écrire, comment pourrais-je donner mon point de vue, expliquer, ratiociner ? Comment pourrais-je parler de ces douleurs, ces peurs, de cette mise à nu d’un homme meurtri ? C’est tellement intime, tellement profond, tellement privé, tellement courageux. Je ne peux pas, je reste muette.

    Je souhaite seulement dire que "Le livre que je ne voulais pas écrire" d’Erwan Larher m’a émue, touchée, secouée, bouleversée. Et, pour une fois, je voudrais crier : "lisez-le !" Ceux qui ne connaissent pas l’auteur rencontreront un homme d’une grande humanité et ceux qui le connaissent, ne serait-ce qu’un tout petit peu, le retrouveront tel qu’en lui-même.

    Merci Erwan, chapeau Monsieur Larher.

  • 0.25

    http://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2017/08/le-livre-que-je-ne-voulais-pas-ecrire.html

    "Tu étais au mauvais endroit au mauvais moment, tu es un miraculé pas une victime "

    J'ai eu la chance de croiser Erwan Larher lors de la soirée du 9 décembre 2016 qui clôturait la session 2016 des 68 premières fois, les organisatrices avaient convié des auteurs de premiers romans mais également quelques auteurs amis dont Erwan, la soirée s'est terminée en petit comité dans un restaurant. A l'époque je ne connaissais ni l'écrivain, ni l'homme, ni le drame qu'il avait vécu.

    Le 13 novembre 2015 Erwan assiste seul à un concert de rock au Bataclan, "À partir de là commence une histoire que je ne voulais pas raconter." Dans un premier temps Erwan refuse de témoigner comme rescapé du Bataclan, il résiste à la pression de son entourage qui le pousse à partager son expérience, à écrire sur cet événement puisqu'il était le seul écrivain présent ce soir-là dans la salle.

    Dans une première partie écrite à la première personne, Erwan nous relate ses interrogations, son cheminement pour aboutir à ce qu'il nomme un projet B : il va écrire autour de l'évènement comme un romancier, son livre ne sera ni un récit ni un témoignage, il ambitionne d'en faire un objet littéraire en prenant la posture d'écrivain et non de victime. Il reprendra le "Je" de l'écrivain à la toute fin du texte.

    Il demande à quatorze de ses proches de lui fournir un texte sur la façon dont ils ont vécu cette nuit-là. On retrouve ces écrits sous la forme de chapitres insérés régulièrement et intitulés "vu du dehors", ils ne sont pas signés mais la liste des quatorze proches figure en début de livre. On apprend ainsi que cette nuit-là, sa compagne Jeanne crée un groupe sur Facebook pour tenir leurs amis informés, elle y a inclus tous ceux qui s'inquiétaient pour Erwan sur leur mur Facebook. Sur les réseaux sociaux Erwan est devenu "l'ami du Bataclan". Tous sont restés sans nouvelles de lui de 22h à 4h du matin...Il n'avait pas pris son portable...

    Erwan passe au "Tu" pour raconter l'indicible, il commence par se mettre dans la peau des terroristes, il tente de comprendre leur colère, leur désespoir. Il évoque l'attaque, les hurlements (HURLEMENTS dans son texte), la balle qu'il reçoit dans la fesse alors qu'il est protégé par un pilier puis le silence durant lequel il se répète à l'infini "Je suis Sigolène, je suis un caillou" (Son amie Sigolène Vinson a publié un roman "Le caillou" et était présente dans les locaux de Charlie le 7 janvier) en faisant le mort avec quelqu'un accroché désespérément à son mollet. Puis les gémissements autour de lui après l'assaut et enfin le calvaire de l'attente des secours.
    Il parle de la panique qu'il ressent chez certains jeunes sauveteurs, des larmes dans les yeux de certains soignants, des quelques jours passés en réanimation, de l'amour et de l'amitié qui l'aident à ne pas sombrer dans la mélancolie "Le corps ne se retape pas sans amour; il faut lui donner une raison de lutter.", de l'hôpital où il réapprend à se tenir debout et à marcher "Tu as fait connaissance avec ta mort, allongé sur le sol du Bataclan; tu rencontres maintenant ta vieillesse à venir" puis, après deux semaines d'hospitalisation, de sa convalescence chez ses parents dans le sud.
    Ses journées sont alors rythmées par des séances de kiné, d'ostéopathie, d'hypnothérapie pour traiter sa perte de sommeil et par la correction du manuscrit de son prochain roman qui doit paraître quelques mois plus tard, il a un besoin impérieux de corriger ce texte pour ne pas craquer, il vient d'en choisir le titre et ce sera "Marguerite n'aime pas ses fesses", ce qui ne manque pas de sel lorsqu'on pense à la localisation de ses blessures... La douleur physique est omniprésente mais l'infirmité qui l'angoisse le plus est sa perte de libido et de ses capacités érectiles "Tu aspires à être reconnu tout à la fois comme un individu aimable, un écrivain respectable et un amant notable"

    Il refuse clairement d'être considéré comme un héros, pour lui ce sont les pompiers et les soignants qui sont des héros, il leur rend un vibrant hommage. Il parle des sentiments qu'il a éprouvés, de la culpabilité qu'il a ressenti de ne pas s'être comporté en héros car, comme tous, il a fait le mort. Il évoque la culpabilité de ne pas s'être raccroché aux siens par la pensée, il dit qu'il a simplement subi, qu'il a simplement attendu.

    Ce récit donne bien entendu des frissons mais Erwan Larher a atteint son objectif, ce livre qu'il ne voulait pas écrire est un bel objet littéraire. Il y fait preuve d'une incroyable pudeur, d'un humour et d'une autodérision à toute épreuve, il faut dire que la localisation de sa blessure lui a donné matière à de belles tirades... La question de sa légitimité à écrire sur le Bataclan traverse son texte de part en part "La littérature n'arrête pas les balles. Par contre, elle peut empêcher un doigt de se poser sur une gâchette. Peut-être. Il faut tenter le pari"
    J'ai apprécié la grande sincérité de ce récit très intime où il se met à nu sans aucun apitoiement sur lui-même sans aucun voyeurisme. J'ai aimé son idée d'avoir inclus dans son récit les témoignages de ses proches, les regrets de certains d'entre eux sont particulièrement émouvants. Il est intéressant de voir comment son entourage le perçoit.
    Réfractaire à toute forme de violence, n'ayant jamais rien vécu de traumatisant avant le Bataclan, Erwan tente de trouver un sens à cet évènement. Une mise à l'épreuve? Une ouverture sur autre chose? Dans quelques passages son propos devient plus politique, cet évènement enrichit son perpétuel questionnement sur le monde.
    En tout cas ce texte qu'Erwan ne voulait pas écrire et qu'il a vraiment bien fait d'écrire le rend encore plus sympathique.
    La quatrième de couverture et la jaquette de ce récit avec une paire de santiags (seules chaussures qu'Erwan portent) sont particulièrement réussies. Bravo aussi à l'éditeur !

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