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Anna Seghers

Anna Seghers
Femme de lettres allemande d'origine juive, Anna Seghers (1900-1983) publie plusieurs romans sur sa résistance envers le régime nazi. Son premier ouvrage, L'Insurrection des pêcheurs de St-Barbara paraît en 1928 et remporte le prix Kleist. En 1930, ses livres sont mis à l'index et brûlés. El... Voir plus
Femme de lettres allemande d'origine juive, Anna Seghers (1900-1983) publie plusieurs romans sur sa résistance envers le régime nazi. Son premier ouvrage, L'Insurrection des pêcheurs de St-Barbara paraît en 1928 et remporte le prix Kleist. En 1930, ses livres sont mis à l'index et brûlés. Elle s'expatrie au Mexique en 1941. En 1942 paraît son roman le plus célèbre, La Septième croix. Elle publie Les morts restent jeunes en 1949, puis d'autres livres en Allemagne, dont Traversée, en 1970.

Avis sur cet auteur (1)

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    Couverture du livre « La septième croix » de Anna Seghers aux éditions Metailie

    Colette LORBAT sur La septième croix de Anna Seghers

    Nous sommes en hiver, le camp de Westhofer abrite (si peu et si mal) des prisonniers allemands hostiles au régime d’Hitler. Sept hommes arrivent à s’enfuir du camp : Heisler, Wallau, Beutler, Pelzer, Belloni, Füllgrabe, Aldinger. Dans le camp, les prisonniers, malgré un regain de brimades, ne...
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    Nous sommes en hiver, le camp de Westhofer abrite (si peu et si mal) des prisonniers allemands hostiles au régime d’Hitler. Sept hommes arrivent à s’enfuir du camp : Heisler, Wallau, Beutler, Pelzer, Belloni, Füllgrabe, Aldinger. Dans le camp, les prisonniers, malgré un regain de brimades, ne peuvent cacher leur sentiments sur ces évasions, malgré les brimades qui suivirent. « Notre sentiment, nous étions incapables de le cacher, excitait encore davantage nos tortionnaires. Pour la plupart d’entre nous, ces évadés étaient à ce point une partie de nous-même qu’il nous semblait que nous les avions envoyés en émissaires. Même si nous avions tout ignoré du projet, nous avions l’impression d’avoir réussi une entreprise rare. »

    Commence alors une véritable chasse à l’homme. Non seulement le système policier et militaire est déclenché, mais, la population, surtout masculine, se met à la recherche des fuyards.
    Quatre sont repris, le cinquième est mort d’épuisement à la vue de son village et le sixième s’est rendu… Il n’en reste qu’un, Georg Heisler.
    Le commandant Fahrenberg, qui dirige le camp, fait abattre 7 arbres et dresser 7 croix pour y crucifier les fuyards. En attenant le septième, les autres y ont droit chaque soir
    Georg Heisler a réussi, jusqu’à présent, à ne pas se faire reprendre. Présentement, il se cache dans une ferme à Bucheneau qui est fouillée par des SA, dont le propre propriétaire de la ferme. Voici les paroles de sa seconde femme « Ces enfants que j’avais remis debout, en suant sang et eau, ils sont redevenus l’engeance impertinente qui en fait correspond à leur nature première. Albrecht (son mari) est redevenu la vraie brute qu’il était. Hélas ! » Oui, ils sont devenus SA, font partie, pour les enfants, des jeunesses hitlériennes. »
    « Tous ces garçons et ces filles, là dehors, une fois qu’ils avaient derrière eux la Hitler Jugend, l’organisation des jeunesses hitlériennes, puis le service de travail et l’armée, ils étaient semblables aux enfants de la légende qui, élevés par des bêtes, finissent par déchirer leur propre mère »
    « Il pensait à ses propres fils… Au-dehors, ils enfilaient tous deux les chemises qu’on leur demandait de porter et criaient Heil quand on l’attendait d’eaux. Avait-il fait tout ce qui était en son pouvoir pour stimuler leur opposition ? Pas le moins du monde ! Parce que ça aurait signifié la destruction de la famille, la prison, le sacrifice de ses fils. Il aurait été obligé de choisir -c’est là que se creusait un fossé. Pas seulement pour lui, Gültscher, mais pour bien des gens. »

    Pour certains, porter la chemise brune n’est pas forcément fait de gaieté de cœur mais « Non qu’il fût impossible de vivre sans porter une chemise brune, mais il voulait pouvoir travailler, se marier et hériter en paix, ce qui dans le cas contraire, lui aurait sans aucun doute été rendu impossible. » ou, « Il y a un an et demi, il était entré dans la SA parce que le souvenir de ses cinq années de chômage le terrifiait… Si tu n’adhères pas aujourd’hui, demain tu perds ton boulot lui avait-on dit. »
    D’autres, au contraire l’arborer avec fierté et orgueil. ‘Maintenant, nous n’avons plus besoin d’un Fûrher, d’un guide...Nous en avons déjà un, et le monde entier nous l’envie. »
    Les maisons des juifs expulsés sont rénovées et « assainies » pour que de bons allemands puissent y vivre et prospérer, c’est le travail d’Alfons Mettenheimer, peintre en bâtiment. D’ailleurs cet homme est convoqué par la Gestapo. Sa fille a épousé le fugitif, même si l’union n’a duré que quelques semaines, ils l’interrogent, l’intimident
    Etre convoqué à la police signifie peur « La peur qui n’a rien à voir avec la conscience, la peur des pauvres, la peur de la poule devant le vautour, la peur des poursuites de l’État. C’est cette peur ancestrale qui montre mieux que toutes les constitutions et les livres d’histoire de quel côté se place l’État. »

    A partir de ce postulat, Anna Seghers décrit l’Allemagne nazifiée. L’organisation de la police est stupéfiante. Les allemands sont obligés de se taire, tout le monde espionne tout le monde. Les résistants allemands sont emprisonnés, séquestrés, torturés. Ceux qui ont eu la chance d’y échapper font profil bas.
    Georg ne peut plus se fier à se anciennes maîtresses, ses vieux copains, il ne sait plus dans quel camp ils se trouvent maintenant. Seul Paul, pourtant marié et chargé de famille aura le courage de l’aider et, grâce à lui, un réseau se reconstitue. Petite lueur d’espoir, comme quoi l’humanité n’est pas encore morte face à la Bête.

    « Et si tu oublies… C’est ce qu’ils attendent... » Alors, n’oublions pas et rappelons-nous que l’histoire peut bégayer.

    Superbe lecture, prenante

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