Swing time, le pas de danse de Zadie Smith

jeudi 13 septembre 2018

Destins croisés de deux femmes dans une Angleterre sans concession

Swing time, le pas de danse de Zadie Smith

Son cinquième roman vient d’être publié et on l’attendait avec impatience, depuis que son premier livre publié en 2000, Sourires de loup, a fait de Zadie Smith une rock star.

La voici de retour dans la rentrée littéraire française avec Swing Time. Comme souvent, quand on attend trop longtemps un bel événement, certains ont été un peu déçus. Et puis il est de bon ton, aussi, de critiquer un roman dès lors qu’il entre directement dans le classement des meilleures ventes, à peine sorti.

 

Comme dans Sourires de loup, Swing time met en scène les destins croisés de deux personnages.

On fait leur connaissance quand ces deux fillettes ont 7 ans et se découvrent au cours de danse, jusqu’à leur trentaine, un peu moins glorieuse. Les deux filles sont métisses : Tracey a une maman blanche et un papa noir, dont les absences sont justifiées par sa participation à la troupe de danseurs de Mickael Jackson. Thriller vient à peine de révolutionner la musique et sa représentation visuelle, ça donne envie d’y croire.

La narratrice, dont on ne connaît pas le nom, est la fille d’une maman jamaïcaine et d’un papa anglais. Comme Zadie Smith, du reste, qui plante ici son décor dans l’Angleterre thatchérienne. La mère de la narratrice est une femme opiniâtre, qui lit des ouvrages savants, de la sociologie, de l’histoire politique, de la philosophie. Elle veut sortir de sa condition de femme de la cité, et finira par y parvenir. Elle impose à sa fille une exigence, une dureté que ne subit pas Tracey. Au contraire, celle-ci est soutenue par une maman aux ambitions modestes qui rêve par procuration de la réussite de sa petite danseuse très douée.

 

C’est l’histoire d’une amitié entre deux petites filles métisses à taches de rousseur, rassemblées par leur amour pour la danse, séparées par des mères antagonistes. La danse est le moteur du livre qui résonne des chorégraphies musicales de Fred Astaire et Jeni LeGon. L’une des deux est une danseuse-née et fera de la danse son métier, l’autre a les pieds plats mais excelle à l’école. Cela suffira-il d’avoir du talent pour réussir ?

 

L’écriture de Zadie Smith est vive, directe, incarnée, son propos est implacable, mais sans excès. Il n’y a pas de fioriture dans le parcours réaliste de ces deux femmes dans l’Angleterre contemporaine.

L’égalité des chances n’existe pas, le manque de confiance en soi est un corollaire de  la pauvreté, la racine de ce qu’on appelle aussi « le plafond de verre ». Il y a comme une fatalité dans Swing time, une ironie grinçante qui accompagne et fait trébucher les héroïnes du livre. Le titre est joyeux, la danse est omniprésente. Mais la partition est celle d’une société occidentale brutale et sans concession.

Un roman terrible et juste.

 

Crédit photo : Photo by Shelby Miller on Unsplash

 

Découvrez la chronique de Karine Papillaud sur Swing Time dans Vive les livres ! sur CNEWS

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