"Pourquoi tu danses quand tu marches ?" Le nouveau Waberi est une pavane africaine

vendredi 06 septembre 2019

Un splendide récit de transmission retenu dans la première liste du Prix Renaudot

"Pourquoi tu danses quand tu marches ?" Le nouveau Waberi est une pavane africaine

A la faveur d’une question posée par sa fille sur le chemin de l’école, le narrateur replonge dans les souvenirs d’une enfance âpre à Djibouti.

Pourquoi tu danses quand tu marches ? (JC Lattès) est la question mais aussi le titre du nouveau roman d’Abdourahman Waberi.

 

Enfant malade, fiévreux, délaissé par sa mère qui craint cet enfant, « une boule de douleurs, de larmes », Aden Robleh grandit dans les jambes de sa grand-mère, qui, à défaut de lui donner des caresses, finira par lui prodiguer un peu d’attention.

Centrale, la grand-mère, qu’il affuble du nom de l’impassible chef indien Cochise, est la grande figure de transmission du livre. Elle incarne la seule certitude du lien que peut construire cet enfant dans une famille où l’on ne lui parle pas. Le « gringalet », l’« avorton » persécuté par les autres enfants, contracte la poliomyélite à 7 ans, quand un frère éclatant de santé s’ajoute à la famille.

La lecture, frénétique, devient plus qu’une béquille pour cet enfant qui peine à marcher droit dans la vie.

 

Cette enfance commence au milieu des années 60, quand Djibouti, qui ne le deviendra qu’en 1977, est encore le Territoire français des Afars et des Issas. Abdourahman Waberi traverse l’histoire de son pays d’origine à travers l’itinéraire de ce vilain petit canard qui trouvera dans les livres, l’exil et le déchirement, l’occasion d’être enfin lui-même.

Pourquoi tu danses quand tu marches ? est un roman de la transmission, celle d’un papa qui révèle à son enfant l’extraordinaire histoire que c’est, qu’avoir été soi-même un enfant avant d’être un parent. Mais c’est aussi l’histoire d’un pardon, celui qu’on donne à ceux qu’on a désespérément aimés et qui n’ont pas su aimer. L’écriture est souple, le ton confident sans connivence déplacée, la chair du livre est tendre et l’on devine tout ce que l’auteur a pu mettre de pudeurs et de sentiments dans ce roman.

Le jury Renaudot l’a retenu sur sa première liste, on ne s’en étonnera pas.

 

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