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Les sources

Couverture du livre « Les sources » de Marie-Helene Lafon aux éditions Buchet Chastel
Résumé:

La cour est vide. La maison est fermée. Claire sait où est la clef, sous une ardoise, derrière l'érable, mais elle n'entre pas dans la maison. Elle n'y entrera plus. Elle serait venue même sous la pluie, même si l'après-midi avait été battue de vent froid et mouillé comme c'est parfois le cas... Voir plus

La cour est vide. La maison est fermée. Claire sait où est la clef, sous une ardoise, derrière l'érable, mais elle n'entre pas dans la maison. Elle n'y entrera plus. Elle serait venue même sous la pluie, même si l'après-midi avait été battue de vent froid et mouillé comme c'est parfois le cas aux approches de la Toussaint, mais elle a de la chance ; elle pense exactement ça, qu'elle a de la chance avec la lumière d'octobre, la cour de la maison, l'érable, la balançoire, et le feulement de la Santoire qui monte jusqu'à elle dans l'air chaud et bleu.

Années 1960. Isabelle, Claire et Gilles vivent dans la vallée de la Santoire, avec la mère et le père. La ferme est isolée de tous.

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Avis (10)

  • Depuis maintenant une vingtaine d'années, Marie-Hélène Lafon ne cesse de sonder le monde paysan dont elle est originaire.
    C'est donc tout naturellement dans le Cantal que se déroule son dernier récit.
    Nous sommes en 1967 au cœur de la vallée de la Santoire. L'épouse, dont on ne connaît pas le...
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    Depuis maintenant une vingtaine d'années, Marie-Hélène Lafon ne cesse de sonder le monde paysan dont elle est originaire.
    C'est donc tout naturellement dans le Cantal que se déroule son dernier récit.
    Nous sommes en 1967 au cœur de la vallée de la Santoire. L'épouse, dont on ne connaît pas le prénom, a trente ans, huit ans de mariage et trois enfants. Elle vit dans une ferme aux côtés d'un mari qui l'insulte, l'humilie, la frappe. Elle tait les actes dont elle est la victime, mais son corps, « saccagé » « de vache fourbue », parle pour elle.
    Avec une économie de mots, une plume descriptive, précise et visuelle, un style « à l'os » comme cette grande admiratrice de Flaubert aime définir son écriture, l'autrice signe une chronique familiale à la fois noire et pleine d'espoir et un portrait saisissant d'un monde disparu.

    EXTRAITS
    Chez eux, personne ne parle.
    Elle se dégoûte, il la dégoûte, il est pire qu'une bête.
    Ils se sont mariés un 30 décembre, et elle pense souvent qu'elle est entrée, en se mariant avec lui, dans une sorte d'hiver qui ne finira pas.

    http://papivore.net/litterature-francophone/critique-les-sources-marie-helene-lafon-buchet-chastel/

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  • Les images disent ce qu’on ne peut expliquer. Sous les mots la peur.
    Il faudrait le courage
    Tout le monde sait mais personne ne s’oppose. Une vie de silence martyrisée de petites phrases qui laissent planer la rage dans les draps sales le corps gras les après-midis à vaisselles feutrées....
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    Les images disent ce qu’on ne peut expliquer. Sous les mots la peur.
    Il faudrait le courage
    Tout le monde sait mais personne ne s’oppose. Une vie de silence martyrisée de petites phrases qui laissent planer la rage dans les draps sales le corps gras les après-midis à vaisselles feutrées.
    La ferme grince le privilège en vide et la violence flotte. Le matin au seuil dépassé elle respire. Et si la mort l’avait pris en Algérie ?
    Quand la nature si belle ne compense pas un voile noir se dépose autour de la mère et ses petits agrippés jupe.
    Le courage pour la survie.

    A l'économie grattée au plus près. J’aurais voulu plus, il me manque des bouts à décliner, je reste un peu en attente mais le texte est superbe j’aime l’autrice et ses personnages si humains dans leurs désaccordements. Marie Hélène Lafon conte à merveille les existences ordinaires teintées sang.

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  • Dans trois semaines, elle aura trente ans, trente ans, trois enfants, une belle ferme, une grande maison, un vacher, un commis, une bonne. Il crie qu'il est seul pour tout faire, qu'elle est un boulet, un tas. C'est vrai, il a raison, elle est devenue un tas, un gros tas. Il cogne dedans, dans...
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    Dans trois semaines, elle aura trente ans, trente ans, trois enfants, une belle ferme, une grande maison, un vacher, un commis, une bonne. Il crie qu'il est seul pour tout faire, qu'elle est un boulet, un tas. C'est vrai, il a raison, elle est devenue un tas, un gros tas. Il cogne dedans, dans les jambes, dans le ventre. Ne plus l'entendre, ne plus le sentir, surtout les nuits où elle le laisse faire. Il est le père de ses enfants, il est son mari, il a des droits. Elle n'en parle à personne, il faut faire semblant devant les gens, même sa mère, son père et ses soeurs. Ils se sont mariés un 30 décembre, en se mariant avec lui, elle est entrée dans une sorte d'hiver qui ne finira pas. Elle est comme une vache lourde, une vache fatiguée : elle rumine et elle attend.

    La voix d'une femme abimée par ses grossesses et la transformation de son corps, une femme abimée par les coups de son mari. La parole d'un homme confronté à la vie rude dans une ferme isolée du Cantal dans les années 60 et qui traite sa femme comme ses bêtes et cela lui paraît normal. Les sensations de la fille cadette qui revient quarante ans après refermer la grille de la ferme et clore cette terrible histoire de famille dans un bref épilogue de 4 pages.

    C'est un roman très dur comme la vie dans la France rurale de cette époque, un texte court (120 pages) mais intense, tout est suggéré, chaque mot a son importance. La plume si belle de Marie-Hélène Lafon nous raconte les choses simples de la vie quotidienne derrière lesquelles se cachent de terribles souffrances, l'isolement des lieux et la solitude d'une femme. Avec ses mots ciselés, elle nous raconte les secrets enfouis, un texte court mais à l'écriture précise qui nous touche au plus profond de nous. Un petit bijou donc à lire tout doucement pour bien en apprécier toute la puissance.

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  • "Ils se sont mariés un 30 décembre et elle pense souvent qu'elle est entrée, en se mariant avec lui, dans une sorte d'hiver qui ne finira pas."

    Vous aurez compris à travers cette courte citation que le dernier roman de Marie-Hélène Lafon traite de violences conjugales. Encore un roman sur ce...
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    "Ils se sont mariés un 30 décembre et elle pense souvent qu'elle est entrée, en se mariant avec lui, dans une sorte d'hiver qui ne finira pas."

    Vous aurez compris à travers cette courte citation que le dernier roman de Marie-Hélène Lafon traite de violences conjugales. Encore un roman sur ce sujet, me direz-vous ? Oui, mais avec le style sobre et inimitable de l'autrice qui place son histoire comme souvent dans le Cantal, à la fin des années 60, en plein monde paysan où le qu'en-dira-t-on et la fierté du rang à tenir régissent les rapports sociaux et les enveloppent d'un silence opaque. On sait, mais on se tait.

    Le roman est construit en trois parties inégales.
    La première, la plus longue, le temps d'un week-end nous mène au plus près des pensées, des émotions, des blessures d'une jeune femme tellement brisée, humiliée, niée qu'elle n'a pas de prénom, qui au détour d'une conversation lors du repas dominical chez ses parents va entrevoir la possibilité d'une issue de secours pour ses enfants. Elle va prendre une décision inattendue et courageuse.

    La seconde, sept ans après ce dimanche là, donne la parole au père, plein de fiel et d'aigreur, un rustre qui ne s'est jamais remis en question, encore sidéré par le cours qu'a pris sa vie ce jour là !

    La troisième, à peine quatre pages qui mettent en scène Claire la plus jeune des filles environ cinquante ans après dans la cour de la ferme, est d'une douceur étonnante...

    C'est âpre et tendu, sans aucun pathos. C'est d'une concision absolue, il n'y a pas un mot de trop, tout est juste et à sa place. ❤️

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  • Des mots, jaillit le gâchis
    Dès les premiers mots, l’atmosphère est pesante, elle écrase tout comme lorsque la chaleur caniculaire pose sa chappe de plomb sur le monde.
    Elle, lui et les trois enfants : Isabelle, Claire et Gilles.
    Peu de temps avant son mariage, son père lui avait dit : «...
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    Des mots, jaillit le gâchis
    Dès les premiers mots, l’atmosphère est pesante, elle écrase tout comme lorsque la chaleur caniculaire pose sa chappe de plomb sur le monde.
    Elle, lui et les trois enfants : Isabelle, Claire et Gilles.
    Peu de temps avant son mariage, son père lui avait dit : « J’aime pas ton fiancé, j’aime pas comment il te regarde. »
    Dans cette ferme prospère du Cantal qui ferait des envieux, une famille et du personnel pour faire tourner l’exploitation. Tout appartient pour moitié aux époux et madame a son permis de conduire. Nous sommes en 1967, c’est chose rare, c’est sa mère qui a insisté pour qu’elle ait cette autonomie.
    Il faut tenir son rang, Elle sait que certaines choses échappent à sa vigilance, que les employés ont deviné, que la tante Jeanne sait.
    Aux yeux de beaucoup, c’est elle qui passe pour quelqu’un de faible, pas assez ceci ou cela, elle s’est laissé aller même sa gaine super renforcée ne peut pas cacher ce désastre. Ce n’est pas comme cela que l’on retient son homme…
    Cet objet symbole d’enferment et de respectabilité apparente.
    En ce dimanche, où la famille se réunit tout va basculer.
    La jeune fille mince d’avant le mariage s’est transformée en « gros tas », la graisse a tout envahi, comme le chiendent dans la nature. Depuis son mariage elle se renie, se fait disparaitre tout en maintenant certaines apparences, les enfants doivent être impeccables et ignorer ce qui se passe, les parents et beaux-parents ne doivent pas savoir. Elle n’a pas le droit de se plaindre, il lui faut avancer. Mais trop c’est trop, et elle finit par se « vider » face à sa mère en ce dimanche, une mère maîtresse-femme, qui ne tergiverse pas et fait ce qu’il faut faire.
    C’est un drame absolu en trois actes.
    Le premier 1967, c’est Elle, sa parole.
    « En se mariant elle est entrée dans un hiver qui ne finira pas. »
    Le deuxième 1974, l’élection de Giscard, c’est Lui. Visiblement, il rumine, ne dort plus et n’a pas compris, ne comprendra jamais. Il est tout puissant, décide de ce qui est bien, mal, qui il respecte ou dédaigne, il n’y a pas de nuance, jamais. C’est tranchant et définitif.
    Le troisième et dernier acte 1981.
    Claire revient en ce lieu une dernière fois, et le feulement de la Santoire l’accompagne.
    Histoire banale, glauque, tragique de la violence domestique mais l’auteur en mots pesés, en un texte court, dit tout de cette vie bousillée, écrasée et des répercussions sur les victimes collatérales.
    Elle nous laisse pressentir, ses mots et sa façon unique d’écrire pénètrent notre chair. Notre âme crie.
    Un récit avec entre chaque phase, sept ans de distance. Sept est le chiffre de la spiritualité, la vie et le mouvement , la maîtrise de l’esprit sur la matière.
    Pour Marie-Hélène Lafon c’est un matériau qu’elle travaille et retravaille à chaque histoire. Ses personnages ont une chair et la gestuelle qui leur est propre, cette acuité à leur donner vie est la marque de fabrique (artisanat d’art) de son écriture.
    Elle laisse le lecteur digérer l’enfermement et les gestes manqués dans ces années de mariage et cette vie foutue à jamais.
    Les mots portent haut les bleus à l’âme et leurs cicatrices.
    On imagine la vie d’après à pas comptés, le corps empêché.
    Et les dernières pages sont comme un rayon de soleil au milieu de l’hiver.
    Magistral, une fois de plus, une pierre à l’édifice d’une œuvre singulière et lumineuse.
    ©Chantal Lafon
    https://jai2motsavousdire.wordpress.com/2023/01/27/les-sources/

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  • Un écrivain que j aime bien une histoire à découvrir avec le suspens garanti bien sûr, un bon déroulement d une vie parfois cahotique à découvrir

    Un écrivain que j aime bien une histoire à découvrir avec le suspens garanti bien sûr, un bon déroulement d une vie parfois cahotique à découvrir

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  • Elle vit à la ferme, et avec l'homme depuis dix ans. Dix ans de mariage, de douleurs, de silence, de honte sans partage.
    Trois enfants, deux filles et un fils, qu'elle aime et élève du mieux qu'elle peut.
    Mais il l'avait bien dit le père, je ne le sens pas ton fiancé. Vingt-six mois de service...
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    Elle vit à la ferme, et avec l'homme depuis dix ans. Dix ans de mariage, de douleurs, de silence, de honte sans partage.
    Trois enfants, deux filles et un fils, qu'elle aime et élève du mieux qu'elle peut.
    Mais il l'avait bien dit le père, je ne le sens pas ton fiancé. Vingt-six mois de service au Maroc, de courriers échangés. de mots dits et autant de mots tus, car à qui dire, avec qui partager la honte des roustes, des coups, des bleus, des insultes du mari.
    Pourtant elle est propriétaire de la moitié de la ferme, descend en voiture au village pour aller à la messe avec ses trois enfants, c'est important de montrer ses forces, ses richesses, sa puissance aux autres, ceux du village qui la connaissent et colportent ce qu'ils ont vu.

    Et les années passent, dix ans déjà, de souffrance de douleur de silence jusqu'au jour où, plus envie de revenir à la ferme, juste envie de tout quitter.
    Quotidien ordinaire d'une paysannerie aisée de province, où la vie n'est pas toujours facile mais où les apparences sont sauves. Jusqu'au moment où tout doit changer.

    Trois parties inégales dans ce roman, la mère, l'homme, la fille aînée. Trois époques, 1967, 1970, 2021.
    Trois moments importants dans une vie de femme, mariage, divorce, et après.

    Une fois de plus <a href="/auteur/Marie-Helene-Lafon/34557" class="libelle">Marie Hélène Lafon</a> a les mots simples pour tout dire, l'amour, la souffrance le silence l'abandon la révolte l'incompréhension la famille la solitude la douleur la vie. Impossible de lâcher ce roman avant la fin, et aussitôt l'envie de tout reprendre à zéro tant les mots sont pesés, travaillés posés précis comme ils le sont roman après roman.
    Les mots pour dire la vie en province dans les années 60 la famille les violences silencieuses qui détruisent aussi sûrement que les coups, mais les violences physiques aussi, isolées dans le silence dévastateur du qu'en dira-t-on et de l'honneur.

    chronique en ligne sur le blog Domi C Lire https://domiclire.wordpress.com/2023/01/13/les-sources-marie-helene-lafon/

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  • J’attendais impatiemment ce livre. Marie-Hélène Lafon est l’une de mes écrivaines chouchous dont je ne rate aucun roman. La magie a encore opéré avec celui-ci. Elle est toujours aussi précise dans le choix de ses mots, allant à l’essentiel. L’image d’une dentellière ou d’une orfèvre me vient à...
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    J’attendais impatiemment ce livre. Marie-Hélène Lafon est l’une de mes écrivaines chouchous dont je ne rate aucun roman. La magie a encore opéré avec celui-ci. Elle est toujours aussi précise dans le choix de ses mots, allant à l’essentiel. L’image d’une dentellière ou d’une orfèvre me vient à l’esprit quand je pense à son écriture.
    On retrouve les thèmes chers à l’autrice, la campagne et la vie à la ferme. Le roman se divise en trois parties inégales avec trois points de vue. La première partie est racontée par la mère. Elle décrit le calvaire qu’elle vit avec son mari qui la bat. A trente ans, elle est fatiguée et ne reconnaît plus son corps « haché par les cicatrices des trois césariennes ». Après son mariage, elle a rapidement eu trois enfants, rapprochés, deux filles et un garçon : Isabelle, Claire et Gilles. Sa vie tourne autour de la maison et des enfants : ranger, nettoyer, cuisiner. A cette époque, en 1967 et dans la campagne où ils vivent, le Cantal, il y a des choses qu’il faut taire et montrer une certaine respectabilité, l’honneur prime. Ce premier chapitre fait le portrait d’une femme jusqu’au samedi 10 juin et dimanche 11 juin 1967 où elle ose dire à sa mère ce qu’elle endure.
    Puis le second chapitre se situe en mai 1974, du point de vue du mari, Pierrot. Un homme à l’éducation patriarcale, qui rejette la faute sur son ex-femme et ne se remet pas en question.
    La dernière partie est la plus courte et se passe fin octobre 2021. C’est la sœur cadette, Claire, qui prend la parole.
    Comme toujours, c’est très bien écrit. J’entends la voix de Marie-Hélène Lafon avec son intonation si particulière marteler les phrases et faire ressortir les mots.
    Ce roman compte un peu moins de 120 pages que j’ai lues d’une traite. J’aurais aimé encore rester un peu dans cette famille, connaître le point de vue des frères et sœurs, ainsi que leur vie après ce 11 juin 1967. J’espère que cela fera l’objet d’un autre roman. En tout cas je pourrais poser la question dimanche soir lors de la rencontre Vleel. D’ailleurs vous pouvez encore vous inscrire, ce sera à 19h.

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