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Le rocher blanc

Couverture du livre « Le rocher blanc » de Anna Hope aux éditions Le Bruit Du Monde
Résumé:

Comment une petite dizaine d'individus du monde entier se sont-ils retrouvés à l'intérieur d'un minibus aux confins du Mexique, sur des routes brinquebalantes, en compagnie d'un chaman ?
S'ils semblent tous captivés par ce rocher blanc auquel la tribu locale des Wixarikas attribue l'origine du... Voir plus

Comment une petite dizaine d'individus du monde entier se sont-ils retrouvés à l'intérieur d'un minibus aux confins du Mexique, sur des routes brinquebalantes, en compagnie d'un chaman ?
S'ils semblent tous captivés par ce rocher blanc auquel la tribu locale des Wixarikas attribue l'origine du monde, l'une d'entre eux, écrivaine, tente de prendre soin de sa fille, tout en réfléchissant à la course du monde et à l'écriture de son prochain roman. Autour de ce rocher se sont déroulées d'autres histoires qui pourraient bien l'inspirer...
En remontant le fil du temps, Anna Hope décrit les rêves et la folie qui ont animé les hommes dans leur entreprise de conquête. Elle s'attache pour cela à quelques personnages, à leurs contradictions et en s'appuyant sur l'intensité dramatique de chaque existence, compose un roman d'une puissance irrésistible.

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  • « Il y a un rocher blanc là-bas, dans l'océan, où les indiens disent que le monde est né. » Ce rocher blanc existe, côte Nord de l'Etat de Nayarit au Mexique, il émerge de l'océan pacifique au large de San Blas. C'est un lieu sacré, rattaché à la cosmogonie du peuple autochtone des Wixárikas qui...
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    « Il y a un rocher blanc là-bas, dans l'océan, où les indiens disent que le monde est né. » Ce rocher blanc existe, côte Nord de l'Etat de Nayarit au Mexique, il émerge de l'océan pacifique au large de San Blas. C'est un lieu sacré, rattaché à la cosmogonie du peuple autochtone des Wixárikas qui venère toute cette zone sous le nom de « Tatéi Haramara » ( « Notre mère océan » ). Personne n'y viendrait par hasard, imagine Anna Hope.

    Son roman symphonique se compose en quatre tableaux, quatre récits de vie qui se répondent à travers les siècles autour ce rocher blanc. Anna Hope les orchestre très audacieusement : quatre premières parties dans un ordre chronologique décroissant ( 2020, 1969, 1907, 1775 ) puis le chapitre central sur le rocher blanc, avant de repartir du passé vers le présent ( 1775, 1907, 1969, 2020 ). Cette construction atypique est risquée car elle coupe et découd le flux du récit. Elle peut fortement dérouter en faisant croire à des nouvelles, mais c'est elle qui offre de l'ampleur au récit justement, apportant de la hauteur au lecteur, un temps de recul qui accentue l'aspect contemplatif et méditatif du roman.

    2020, ce sont les chapitres de l'écrivaine en laquelle on ne peut s'empêcher de voir un double de l'autrice : dans son bus brinquebalant pour touristes occidentaux accompagnés d'un chaman wixárika, elle semble être là en quête de sens à un moment de sa vie difficile, au bord du divorce, à moins que cela soit un pèlerinage mystique, ou encore pour trouver l'inspiration.

    Les deux chapitres 1969 mettent en scène le chanteur, jamais nommé même si on reconnait aisément un Jim Morrison en perdition, venu à l'hôtel Playa hermosa ( là qu'il a écrit LA Woman pour les fans ) pour se ressourcer et fuir le monde.

    Les chapitres 1907 sont ceux qui m'ont le plus touchée, sur les pas d'une fillette yoeme arrachée à sa terre qui s'accroche à sa soeur, à son enfance, à sa culture pour tenter de survivre. En cette année, sous Portfirio Diaz, les Yoemen, peuple amérindien originellement établi dans l'Etat de Sonora au Mexique, ont subi une terrible déportation : vendus comme esclaves dans des plantations du Yucatan afin de laisser place libre aux immigrants américains sans entraver le « progrès ».

    En enfin, en 1775, nous voguons aux côtés d'un lieutenant espagnol ( inspiré de Juan de Ayola ), premier européen à découvrir la baie de San Francisco et à la cartographier, qui va faire l'expérience de la folie et de la désillusion avec son capitaine.

    De prime abord, il est difficile d'appréhender aisément où veut en venir Anna Hope avec ces différents personnages et ces différentes temporalités ainsi structurées. Difficile également d'interpréter en quoi le rocher blanc peut constituer un véritable point de rencontre.

    Dans ce voyage à travers le temps et l'histoire, le rocher résonne avec le tragique des destinées humaines, une force immuable face à la folie des hommes, témoin silencieux de leur volonté de déprédation et de la vanité de leur existence. Ce n'est ainsi pas anodin que les deux histoires les plus anciennes ( 1775 et 1907 ) mettent en lumière la brutalité de la conquête coloniale et du capitalisme en Amérique latine, alors que les deux dernières ( 1969 et 2020 ) présentent ironiquement des représentants de l'Occident en quête de spiritualité auprès de peuples que leurs ancêtres ont tenté d'anéantir, qui plus est dans un contexte sombre d'épidémie et de réchauffement climatique.

    L'oeil aiguisé d'Anna Hope et l'élégance de son écriture font merveille dans ce roman atypique, sans doute le plus intime et le plus personnel d'une autrice anglaise qui ose sortir du confort d'un romanesque classique.

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  • Comment se confronter à la fin ? C'est une question à laquelle chacun se heurte dans sa vie quotidienne, et plus encore ces dernières années face aux alertes qui dépassent la simple dimension personnelle. Fin d'un couple, temps suspendu de la vieillesse et menace de la décrépitude qui...
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    Comment se confronter à la fin ? C'est une question à laquelle chacun se heurte dans sa vie quotidienne, et plus encore ces dernières années face aux alertes qui dépassent la simple dimension personnelle. Fin d'un couple, temps suspendu de la vieillesse et menace de la décrépitude qui l'accompagne, réchauffement climatique, épidémies... Comment ne pas se sentir perdu, démuni voire coupable ? Comment faire face à la peur qui étreint le ventre du parent en pensant aux nuages de plus en plus noirs au-dessus de la tête de son enfant ? On peut essayer d'agir. Prier parfois. S'en remettre aux légendes ancestrales, écrire pour tenter de comprendre.

    C'est ce qui étreint l’Écrivaine sur les routes du Mexique, dans un bus qui transporte des "pèlerins" de différentes nationalités accompagnés d'un chaman. Direction le Rocher blanc au large d'une petite ville de la côte mexicaine baignée par l'océan, c'est là que les voyageurs comptent déposer leurs offrandes, et ainsi leurs espoirs. L’Écrivaine est là pour remercier. Elle est avec sa fille de 3 ans et son mari qui ne le sera bientôt plus ; en Europe elle sait son père proche de la fin et les populations en proie au virus. Ce lieu particulier et sacré pour certains peuples a été témoin de tant d'événements au cours des siècles, il est - d'après les croyances locales - peut-être l'endroit où tout commence et où l'on peut enfin se régénérer. C'est de là que sont partis les premiers bateaux de la flotte espagnole coloniale à rallier la baie de San Francisco au 18ème siècle, là que des milliers de déportés Yoemen ont transité au début du 20ème siècle. Même Jim Morrison y a séjourné deux ans avant son décès, loin du bruit et de la fureur. Il faut peut-être remonter à la source pour trouver l'énergie de continuer à avancer.

    Dans une construction en creuset, habilement dosée, Anna Hope invite le lecteur à remonter le temps jusqu'à l'émergence du Rocher blanc avant de repartir vers notre présent. Dans ce voyage se mêlent les histoires des peuples spoliés et martyrisés, des histoires d'amour aussi, d'autres de terres volées et pillées, de conquérants oppresseurs et d'êtres qui cherchent à fuir. Quelque chose qui ressemble à l'histoire de l'humanité. De ce récit émergent les questions qui nous taraudent sur notre environnement, nos modes de vie et cette quête permanente du sens de l'existence devenant au fil du temps de plus en plus complexe. Anna Hope confronte l'individu à l'universel, bouscule les frontières du vivant, et vient puiser dans l'éclat d'un rayon de soleil et le rire d'enfants en train de jouer les quelques grammes d'espérance nécessaires à la poursuite genre humain. Formidable démonstration du pouvoir de l'écrivain qui transcende ses peurs et ses colères pour livrer un solide matériau littéraire dont l'écho résonne au plus profond de nos entrailles.

    (chronique publiée sur mon blog : motspourmots.fr)

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