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Le chagrin des vivants

Couverture du livre « Le chagrin des vivants » de Anna Hope aux éditions Gallimard
  • Date de parution :
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782070147250
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Durant les cinq premiers jours de novembre 1920, l'Angleterre attend l'arrivée du Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Alors que le pays est en deuil et que tant d'hommes ont disparu, cette cérémonie d'hommage est bien plus qu'un simple symbole, elle recueille la peine d'une nation... Voir plus

Durant les cinq premiers jours de novembre 1920, l'Angleterre attend l'arrivée du Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Alors que le pays est en deuil et que tant d'hommes ont disparu, cette cérémonie d'hommage est bien plus qu'un simple symbole, elle recueille la peine d'une nation entière.À Londres, trois femmes vont vivre ces journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué et qui travaille au bureau des pensions de l'armée ; Ada, qui ne cesse d'apercevoir son fils pourtant tombé au front ; et Hettie, qui accompagne tous les soirs d'anciens soldats, sur la piste du Hammersmith Palais pour six pence la danse.Dans une ville peuplée d'hommes incapables de retrouver leur place au sein d'une société qui ne les comprend pas, rongés par les horreurs vécues, souvent mutiques, ces femmes cherchent l'équilibre entre la mémoire et la vie. Et lorsque les langues se délient, les coeurs s'apaisent.En évoquant avec une grande précision historique le deuil national et les tourments intimes de ses personnages, Anna Hope recrée l'état d'esprit de l'Angleterre à la suite de la Grande Guerre. Au fil des pages, le désir d'émancipation se heurte à l'impossibilité d'oublier, et ce n'est finalement que dans l'union du chagrin pour un cercueil anonyme que toutes ces âmes blessées trouveront un nouveau chemin.

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Articles (3)

Avis (30)

  • Nous sommes à Londres le 7 novembre 1920. La première guerre mondiale s'est achevée deux ans auparavant laissant derrière elle des millions de morts et disparus, de veuves et d'orphelins et de parents privés de leur enfants morts au combat.
    Durant les cinq jours qui précèdent les commémorations...
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    Nous sommes à Londres le 7 novembre 1920. La première guerre mondiale s'est achevée deux ans auparavant laissant derrière elle des millions de morts et disparus, de veuves et d'orphelins et de parents privés de leur enfants morts au combat.
    Durant les cinq jours qui précèdent les commémorations de la guerre et la cérémonie où sera enterré le soldat inconnu, nous allons suivre le parcours de trois femmes que d'invisibles liens unissent. Ada voit le fantôme de son fils décédé. Evelyn, qui a perdu son fiancé, travaille au bureau des pensions destiné aux anciens combattants et à un frère ancien combattant. Et enfin Hettie, dont le frère est revenu quasi muet de ce conflit, qui, contre six pence, accorde une danse et accompagne d'anciens soldats venus se changer les idées.
    Toutes les trois à leur manière cherchent à combler des failles, à avancer malgré la douleur, à se reconstruire. Car le combat, tout le monde l'a mené et pas seulement sur le front.
    Ce premier roman évoque avec beaucoup de retenue et de sensibilité le chagrin de ceux qui ont survécu à ce conflit. C'est aussi un hommage délicat et juste à toutes les victimes de cette guerre. Magnifique !

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  • « Je me souviendrai de vous quand je bourrerai ma pipe.
    Je me souviendrai de vous quand je lèverais ma chope.
    Je me souviendrais de vous dans les bons jours comme dans les mauvais. Dans la lumière de l’été, je me souviendrai de vous » (page 359).

    Le chagrin des vivants est le premier roman...
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    « Je me souviendrai de vous quand je bourrerai ma pipe.
    Je me souviendrai de vous quand je lèverais ma chope.
    Je me souviendrais de vous dans les bons jours comme dans les mauvais. Dans la lumière de l’été, je me souviendrai de vous » (page 359).

    Le chagrin des vivants est le premier roman d’Anna Hope et une belle réussite. J’ai été véritablement conquise et séduite par ce récit autour d’une époque assez peu traitée en général. Et surtout, le fait que l’auteur y intègre les côtés sombres et honteuses de la guerre dont les fusillés pour l’exemple.
    Le roman est un peu long à se mettre en route, mais c’est avec surprise que les personnages finissent par s’entrecroiser et qu’Anna Hope met en scène leur rencontre. Notamment celle d’Edouard et Hettie, si romantique.

    Le chagrin des vivants se déroule dans une limite temporelle très marquée, cinq jours du dimanche 7 novembre 1920 au jeudi 11 novembre 1920. Durant ce laps de temps où le corps du soldat inconnu transite de la France jusqu’à l’Angleterre, on suit trois femmes de milieux modestes qui doivent faire face aux conséquences de la guerre.
    « Pourquoi ne peut-il pas passer à autre chose ?
    Pas seulement lui. Tous autant qu’ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une planche accrochée autour du cou. Tous vous rappellent un événement que vous voudriez oublier. Ça a suffisamment duré. Ella a grandi sous cette ombre pareille à une grande chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie.
    (…)
    La guerre est terminée, pourquoi ne peuvent-il donc pas tous passer à autre chose, bon sang ? » (page 101).
    Hettie danseuse et sœur d’un soldat revenu de la guerre, Evelyn travaille au bureau des pensions de l’armée a perdu son fiancé mort au front alors qu’elle était enceinte, et enfin Ada dont le fils est mort mais sans informations complémentaires, elle le voit déambuler partout. Ces trois femmes aux âges et vies différentes partagent le même chagrin et les traces indélébiles de cette drôle de guerre. Pourtant en elles, on retrouve l’élan des suffragettes qui secoue le pays à cette époque. Un message féministe, notamment porté par les plus jeunes Evelyn et Hettie qui doivent affronter leur mère et les carcans que celles-ci veulent leur imposer.
    « Des acclamations tonitruantes retentissent sur la piste de danse, Hettie se retourne et voit le chanteur encourager ses musiciens pour les pousser à continuer. Ils sont américains, sûr. (…) Et les gens : ils dansent comme des fous, comme s’ils se fichaient complètement du qu’en-dira-t-on. Si seulement sa mère pouvait voir ça. Respectable est son mot préféré. Si elle voyait ces gens, s’amuser, elle ferait une attaque » (page 24).

    Ce roman est un véritable coup de cœur, Anna Hope a su mêler Histoire, amour, sentiment, tristesse et justesse. Un petit chef d’œuvre pour une première de l’auteur. J’ai espéré en refermant le livre une suite pour ces femmes dans la nouvelle société avec de nouveaux droits pour elles, mais aussi l’après pour ces soldats marqués à jamais.

    Une dernière note sur un passage remarquable à la portée universelle sur la guerre.
    « Cela pourrait aider les gens à se sentir mieux, et cela pourrait les aider à faire leur deuil. Ça pourrait même m’aider moi. Mais à ça ne mettra pas un terme à la guerre. Et quoi qu’on puisse en penser ou en dire, l’Angleterre n’a pas gagné cette guerre. Et l’Allemagne ne l’aurait pas gagnée non plus.
    - Qu’est-ce que tu veux dire ?
    - C’est la guerre qui gagne. Et elle continue à gagner, encore et toujours » (page 345).

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  • Elle n’en finit pas de creuser ses tranchées, jusque dans les mémoires et sous la peau de ceux qui ne finiront jamais tout à fait d’en revenir, la Grande Guerre, la Der des Der, la cruelle et meurtrière épreuve qui pèse encore du poids de toutes ses peurs, de tous ses morts, dans les rues de...
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    Elle n’en finit pas de creuser ses tranchées, jusque dans les mémoires et sous la peau de ceux qui ne finiront jamais tout à fait d’en revenir, la Grande Guerre, la Der des Der, la cruelle et meurtrière épreuve qui pèse encore du poids de toutes ses peurs, de tous ses morts, dans les rues de Londres comme d’ailleurs en ce mois de novembre 1920. Ceux qui n’ont pas l’âme trop lourde où le corps trop estropié peuvent tenter d’y danser, ceux dont les nuits et les jours ne sont pas peuplés de trop de fantômes peuvent essayer de s’y relever, ceux dont la conscience est restée sans tâche peuvent espérer oublier, mais sont-ils si nombreux ?
    Sous la plume déjà si belle et si sensible d’Anna Hope en ce premier roman, ils s’avancent, en une lente procession venue rendre hommage à cet homme symbolique, ce soldat inconnu tombé pour une terre étrangère, ce christ d’un genre nouveau offert au chagrin des vivants pour transcender la douleur dont chacun porte sa part. Et comme ils nous touchent, tous, comme elle sait les rendre attachants ces hommes et ces femmes aux blessures apparentes ou cachées, cette auteure qui, déjà, sait si bien raconter leur histoire , trouver les mots pour nous les peindre, le rythme pour construire son récit, le ton pour les rendre inoubliables et vivants, si vivants malgré leur chagrin.

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  • J’ai lu son 2ème livre « la salle de bal » dans le cadre du grand prix de Elle et j’avais envie de lire son premier roman. Il se déroule en Angleterre en 1920 lors du retour du soldat inconnu rapatrié de France. Là encore trois beaux portraits de femme.

    J’ai lu son 2ème livre « la salle de bal » dans le cadre du grand prix de Elle et j’avais envie de lire son premier roman. Il se déroule en Angleterre en 1920 lors du retour du soldat inconnu rapatrié de France. Là encore trois beaux portraits de femme.

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  • Novembre 1920 - Dans les plaines du Nord de la France, un colonel de l'Armée Britannique donne des ordres au sergent pour que dans quatre champs de bataille, soit déterré la dépouille d'un soldat non identifié.
    Dans ces quatre combattants , un seul sera choisi et retrouvera sa terre lors d'une...
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    Novembre 1920 - Dans les plaines du Nord de la France, un colonel de l'Armée Britannique donne des ordres au sergent pour que dans quatre champs de bataille, soit déterré la dépouille d'un soldat non identifié.
    Dans ces quatre combattants , un seul sera choisi et retrouvera sa terre lors d'une cérémonie officielle de recueillement et de souvenirs, ce sera " le soldat inconnu ".
    Pendant ce temps en Angleterre des mères, des épouses, des soeurs, des fiancées ne peuvent oublier leurs proches décédés.
    Certaines familles ont reçu un avis officiel de décès indiquant le lieu d'inhumation mais d'autres savent que leur soldat est décédé mais où est le corps ?? Aucune indication, rien reste l'attente et l'espoir d'une erreur.
    Evelyn, travaille au bureau de pension et a perdu son fiancé.
    Ada voit son fils partout ..... et espère qu'il n'est pas mort car elle n'a reçu aucune adresse de sépulture.
    Hettie, qui doit subvenir au besoin de sa famille accompagne tous les soirs d'anciens soldats sur une piste de danse.
    Le 11 novembre 1920 , jour du recueillement la foule est dense pour honorer ce soldat inconnu que tous espèrent être leur " cher disparu ".
    Une triste période de l'Histoire bien décrite avec les mots choisis qui sonnent juste.

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  • Le roman se déroule sur 5 jours en novembre 1920 en Angleterre.
    5 jours correspondant à l'exhumation du corps du soldat inconnu dans le nord de la France et son acheminement jusqu'à Londres (Abbaye de Westminster)
    Autour de ces 5 jours, l'auteur tisse l'histoire de 3 femmes.
    Ada, mariée à...
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    Le roman se déroule sur 5 jours en novembre 1920 en Angleterre.
    5 jours correspondant à l'exhumation du corps du soldat inconnu dans le nord de la France et son acheminement jusqu'à Londres (Abbaye de Westminster)
    Autour de ces 5 jours, l'auteur tisse l'histoire de 3 femmes.
    Ada, mariée à Jack depuis 25 ans, qui habite une banlieue ouvrière de Londres. Elle a perdu son fils Mickael pendant la guerre et ne cesse -depuis- de voir son fantôme dans les rues.
    Evelyn, 30 ans, en deuil de son amour de jeunesse Fraser. Elle travaille au bureau des pensions et ne parvient pas à refermer sa blessure. La figure charismatique de son frère Edward joue un rôle important dans le roman.
    Hettie, la plus jeune, est danseuse de compagnie au Hammersmith Palais. Elle veut oublier la guerre et vivre à 100 km/h.

    Au fil des pages, un lien tenu va relier les 3 femmes mais seul le lecteur en aura connaissance. Ces 3 femmes ne se rencontreront jamais.

    Une oeuvre intelligente, sensible, humaine et terriblement bien documentée.
    En 1920, la Guerre est terminée mais son pouvoir d'attraction est dramatiquement présent.
    La force de la mémoire et le désintérêt de l'état ravivent les douleurs.
    Des fulgurances parsèment ce roman et on aime lire et relire certains passages.(voir pages 268/ 301/ 356 de l'édition Folio)
    Un roman autour de la mémoire, du rite de l'enterrement et de la cérémonie.
    Pour ne pas oublier les vivants à trop penser aux morts !

    PS: un clin d'oeil cynique en fin de roman ou un soldat irlandais -qui a combattu pour l'armée britannique- s'interroge sur l'opportunité de commettre un attentat pendant la cérémonie du 11 novembre ( préfigure l'émergence du Sinn Féin)

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  • Le roman d'Anna Hope se déroule sur cinq jours, cinq jour de 1920, du 7 au 11 novembre, les cinq jours avant la cérémonie en l'honneur du soldat inconnu, ce soldat choisi parmi les nombreux corps gisant sur les champs de bataille en France, parallèlement nous suivons trois femmes que la guerre a...
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    Le roman d'Anna Hope se déroule sur cinq jours, cinq jour de 1920, du 7 au 11 novembre, les cinq jours avant la cérémonie en l'honneur du soldat inconnu, ce soldat choisi parmi les nombreux corps gisant sur les champs de bataille en France, parallèlement nous suivons trois femmes que la guerre a frappé, trois femmes touchées par le deuil et qui tente de vivre avec leur chagrin, avec la perte d'un être cher.
    Evelyne Montfort est ce que l'on nommait une vieille fille, son amour a perdu la vie en France. Sa colère et son amertume lui ont fait prendre le risque de travailler dans les usines d'armement malgré leur dangerosité, aujourd'hui c'est au bureau des pensions militaires qu'elle travaille et y rencontre nombres d'anciens soldats, qu'elle y retrouve les dégâts de la guerre. C'est un personnage fort du roman qui m'a beaucoup intéressé, Evelyne se protège de la douleur et du chagrin par une colère sourde, se coupant du monde et de sa famille, pour elle il lui est totalement impossible de continuer à sourire.
    Ada Hart est une mère de famille dont le fils unique a perdu la vie à la guerre, le corps n'ayant pas été rapatrié elle a du mal à faire son deuil et voit son fils partout, elle refuse ce qui est pourtant évident au point de devenir elle même un fantôme. Ce qu'elle attend c'est une explication, qu'est-il arrivé à son fils? mais surtout pourquoi l'avoir laissé partir. Le chagrin et la culpabilité ne font pas bon ménage. C'est un personnage très meurtri.
    Henrietta Burns est une jeune femme de 19 ans danseuse de compagnie au Palais à Hammersmith où se réunissait la classe ouvrière, son père n'est pas revenu du front et son frère ne se remet pas des atrocités vues à la guerre. Elle rencontre toutes sortes de soldat sur la piste de danse et repère les faiblesses physiques de chacun, jusqu'à sa rencontre avec un homme qu'elle a du mal à cerner, ses blessures à lui sont d'un autre ordre. C'est le seul personnage qui porte un peu d'espoir en l'avenir.
    Ces trois femmes vont être liées par un fil invisible pendant ces cinq jours qui leurs feront reprendre goût à la vie en osant enfin parler.

    Ce livre est un hommage aux femmes de la classe ouvrière de cette époque qui n'ont pas pu faire entendre leur voix et crier leur chagrin; elles sont restées silencieuses car ça ne se faisait pas d'étaler ses émotions pourtant elles auraient aimé comprendre, auraient aimé qu'on leur explique pourquoi le corps d'un mari, d'un frère, d'un père n'a pas été rapatrié. Sans corps il est difficile de faire son deuil, la tombe du soldat inconnu, fil conducteur du roman, constitue donc la tombe de tous ceux qui n'ont pas pu rentrer chez eux et participe ainsi à la guérison de cette blessure collective. L'Angleterre toute entière sera désormais unie dans le deuil.

    Un premier roman remarquable qui nous fait vivre l'époque difficile de la reconstruction, le climat social de l'époque est bien rendu, tous ces hommes revenus de la guerre souvent infirme obligés de mendier ou de devenir colporteur s'ils ont un peu de chance. L'intrigue est délicate et le récit poignant, le côté historique du roman m'a vraiment passionné, l'état d'esprit de tous ces survivants de la boucherie que fût la première guerre demeurent d'un grand intérêt.

    Un grand merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour cette fabuleuse découverte ainsi que pour la rencontre organisée avec Anna Hope, un moment très sympathique pendant lequel l'auteur a pu nous dire un petit mot sur son prochain roman.

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  • Londres, novembre 1920. La ville et le pays tout entier s'apprêtent à accueillir le soldat inconnu. Un corps anonyme extirpé du charnier français pour être enterré avec les honneurs à l'abbaye de Westminster. Une manière pour le peuple anglais de faire le deuil de tous ceux qui sont restés...
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    Londres, novembre 1920. La ville et le pays tout entier s'apprêtent à accueillir le soldat inconnu. Un corps anonyme extirpé du charnier français pour être enterré avec les honneurs à l'abbaye de Westminster. Une manière pour le peuple anglais de faire le deuil de tous ceux qui sont restés là-bas, ensevelis dans la boue, le corps explosé, sans sépulture, ou sous une simple croix blanche avec un numéro de matricule pour seule épitaphe. Une façon pour ceux qui ont survécu au cauchemar des tranchées de partager un moment solennel avec leurs compatriotes.
    Trois femmes vont vivre les cinq jours précédant l'évènement avec leurs blessures et leur chagrin. Evelyne, bientôt 30 ans, a perdu son fiancé dont le corps n'a jamais été retrouvé. Avec lui sont morts son avenir et ses espoirs de bonheur. Elle a participé à la guerre en fabriquant des munitions, elle construit la paix en travaillant au bureau des pensions. Ses proches la disent aigrie, elle est simplement d'une infinie tristesse. Ada, la cinquantaine, a vu son fils unique, Michaël, partir pour le front à tout juste 18 ans. Comme tant d'autres, il n'est pas revenu. Une simple lettre du ministère pour dire qu'il avait disparu sur le champ de batailles. Pas d'explication mais des questions sans réponses. Depuis, Ada voit Michaël partout, incapable de faire son deuil sans savoir où est son corps et connaître les circonstances de sa mort. Hettie a 19 ans à peine et imagine un avenir meilleur, loin de sa mère amère, loin de son frère revenu des combats totalement apathique. Tous les soirs, elle danse au Palais Hammersmith, avec des survivants, des estropiés, des hommes meurtris qui paient 6 pences pour la faire tournoyer sur la piste de danse pendant qu'elle rêve au prince charmant.

    Un magnifique roman, juste et pudique, qui évoque les blessures, encore à vif en cette année 1920, de la première guerre mondiale. Londres montre encore les séquelles des bombardements et les hommes et les femmes, touchés dans leur chair, dans leur cœur et dans leur âme, essaient de faire le deuil de ces années d'horreur. Oubliés, délaissés, gênants, les rescapés sont un rappel constant de cette génération qu'on a sacrifiée sur les champs de batailles. Ils se taisent, gardent au plus profond d'eux-mêmes ce qu'ils ont vécu et pourtant, raconter est une telle libération. Mais qui veut entendre les corps noyés dans la boue, les jeunes hommes explosés, les membres épars, les défections, la peur et les larmes ?
    A travers le portrait de trois femmes touchées par la perte, Anna Hope raconte les drames de la Grande Guerre mais aussi la volonté d'aller de l'avant vers un avenir plus souriant. Le Soldat inconnu sert de fil rouge, de son exhumation en terre française à sa lente progression sur le sol anglais, jusqu'à son arrivée à Londres le 11 novembre, symbole de tous ses pères, fils, frères, amants, amis qui sont tombés et sont restés là-bas, loin de leur famille. Un jour de deuil national, un moment rare où toute une nation pleure ses morts pour enfin pouvoir retrouver le goût du bonheur.
    Un premier roman maîtrisé qui augure d'un très bel avenir littéraire pour Anna Hope qui sait raconter, toucher, et faire aimer ses personnages. Coup de cœur !

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