L'archipel du chien

Couverture du livre « L'archipel du chien » de Philippe Claudel aux éditions Stock
  • Date de parution :
  • Editeur : Stock
  • EAN : 9782234085954
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que  quelque chose allait se produire.
Ce fut déjà et cela dès l'aube une chaleur oppressante, sans  brise aucune. L'air semblait s'être solidifié autour de l'île,  dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait  ça et là... Voir plus

« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que  quelque chose allait se produire.
Ce fut déjà et cela dès l'aube une chaleur oppressante, sans  brise aucune. L'air semblait s'être solidifié autour de l'île,  dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait  ça et là l'horizon quand il ne l'effaçait pas : l'île flottait au milieu de nulle part. Le Brau luisait de reflets de  meringue. Les laves noires à nu en haut des vignes et des  vergers frémissaient comme si soudain elles redevenaient  liquides. Les maisons très vite se trouvèrent gorgées d'une haleine éreintante qui épuisa les corps comme les esprits.
On ne pouvait y jouir d'aucune fraîcheur.
Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à  propos de laquelle on aurait pu se dire qu'on l'avait rêvée,  ou qu'elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche,  de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. Mais d'heure en  heure l'odeur s'affirma. Elle s'installa d'une façon discrète,  pour tout dire clandestine. »

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  • Trois corps charriés par la mer, emmenés au bord d’une île. Commence la débandade de quelques personnages. Cacher le corps ? Révéler le fait aux autres habitants ? Le Maire préfère la tranquillité de son île. C’est le silence qu’on convoite de chacun. Aucun mot, aucune parole à propos des...
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    Trois corps charriés par la mer, emmenés au bord d’une île. Commence la débandade de quelques personnages. Cacher le corps ? Révéler le fait aux autres habitants ? Le Maire préfère la tranquillité de son île. C’est le silence qu’on convoite de chacun. Aucun mot, aucune parole à propos des cadavres d’hommes noirs. D’ailleurs des noirs, les insulaires n’en ont jamais vu. Hommes d’autres contrées qu’ils ne cotoient pas, n’espèrent pas, préfèrent rester à leur consanguinité blanche.

    Débute ainsi le fourmillement de la culpabilité. Sentiment s'immisçant entre les fissures, craquelures de l’âme de chacun. L’un souhaite comprendre d’où viennent ces hommes, d’autres s’accusent de l’absence de sépulture. Mais le silence gagne sur la verve qu’ils ne parviennent pas à phraser. Seule l’île ose s’exprimer, ce Brau qu’on entend à plusieurs reprises entre les pages, comme un avertissement, une colère frémissante sous les grains de sable.

    Un personnage chavire l’habitude. Etranger. Sa présence bouscule également le lecteur. De l’île, on pensait qu’aucun allochtone ne pouvait y venir. Impression d’un paradis, et peu à peu conscience qu’il s’agit d’une prison. Il se nomme Commissaire, n’en porte qu’un galon mensonger. On y suppose parfois une représentation du diable entre ses mots sibyllins. Il est venu avertir lui aussi, comme un écho au Brau, mais aussi à cette odeur pestilentielle (présente depuis le début du roman) qui s’agrippe aux narines, s’infiltre sous les vêtements.

    Les présages s’accumulent.
    Comme des plaies.

    La folie.
    La honte.
    La curiosité.
    Le plus ignoble de l’humain est montré.
    On le désosse de sa parure, on l’offre en pâture au lecteur.
    Comme un avertissement.

    Une fable cruelle.
    Reflet de notre société.

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  • Un récit noir et cynique, pourtant jubilatoire que j’ai dévoré d’une traite !
    Un huis clos court et efficace porté par une Voix (celle de la conscience ?) avec pour seul décor une île de l’Archipel du chien, vraisemblablement située dans le bassin méditerranéen. Une terre austère et rude,...
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    Un récit noir et cynique, pourtant jubilatoire que j’ai dévoré d’une traite !
    Un huis clos court et efficace porté par une Voix (celle de la conscience ?) avec pour seul décor une île de l’Archipel du chien, vraisemblablement située dans le bassin méditerranéen. Une terre austère et rude, dominée par le volcan Brau, en sommeil.
    Cette île est habitée par des personnages atypiques : le maire, le curé qui se consacre aux abeilles (tellement peu de fidèles dans son église), la vieille institutrice revêche, le docteur, le nouvel instituteur qui « n’est pas d’ici » et d’autres affublés de surnoms fantaisistes.
    Tout commence un matin par la découverte de trois corps échoués sur la plage ; trois hommes jeunes et noirs rejetés par la mer. Que faire ? Alerter les autorités ? Le risque alors est d’entacher la réputation de l’île et de compromettre un projet de thermes, aubaine pour l’économie locale.
    Le maire tranche, les autres suivent bon gré pour la majorité, mal gré pour l’instituteur. Les corps sont alors jetés dans les entrailles du volcan pour disparaître à jamais.
    C’est alors qu’un étrange personnage débarque, un commissaire, le plus sombre et le plus cynique de tous, qui boit sans trouver l’ivresse ; il va attiser les tensions et encourager le maire à prendre une décision bien cruelle.
    La colère du volcan sera terrible, des odeurs pestilentielles envahissent les lieux, il gronde et menace, fait trembler les choses et les êtres.
    Quand la rentabilité, la cupidité et les projets économiques priment sur la morale, quand la vie et la réputation d’un homme pèsent pour si peu, nul doute que l’auteur s’est inspiré de l’actualité et de ses contemporains pour livrer ce conte très noir. Bien sûr chacun pensera inévitablement aux images terribles de ces exilés qui fuient la mort et la misère, tentant de trouver une terre d’accueil trop souvent hostile.
    J’ai aimé cette noirceur, ce cynisme. Une fable cruelle, grinçante et dérangeante. Le lecteur devient voyeur malgré lui et s’interroge sur ses convictions.
    En résumé, un récit aux tréfonds les plus noirs de l’âme humaine à découvrir sans tarder !
    Merci à #netgalleyfrance# et aux Editions Stock de m’avoir permis cette lecture.

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  • Le Chien est une petite île mystérieuse en Méditerranée face aux côtes africaines et proche d'un volcan qui la domine. Les saisons, et plus particulièrement les hivers glacials et les étés brûlants, rythment la vie des paysans, des vignerons et des pêcheurs. Les jeunes, eux, choisissent de...
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    Le Chien est une petite île mystérieuse en Méditerranée face aux côtes africaines et proche d'un volcan qui la domine. Les saisons, et plus particulièrement les hivers glacials et les étés brûlants, rythment la vie des paysans, des vignerons et des pêcheurs. Les jeunes, eux, choisissent de tenter leur chance ailleurs. Chaque matin, une ancienne institutrice, surnommée " la vieille", se promène avec son chien, le long de la plage. Un jour, elle découvre les corps de trois jeunes noirs, apportés par le courant, sur cette plage inhospitalière. Les autorités et les notables de la ville choisissent de se taire et de faire disparaître les corps de ces migrants, pour éviter une publicité morbide. Mais l'instituteur, en désaccord avec eux, choisit de louer un bateau et d'étudier les courants marins pour essayer de comprendre ce qui leur est arrivé. Le maire de la ville décide de le faire taire!
    Le pacte de silence qui lie ces témoins est brisé par le nouvel Instituteur que le village regarde d’un drôle d’œil parce qu’il vient d’ailleurs. En désaccord avec eux, il est le seul à s’insurger contre ce traitement inhumain et rappelle à chacun son devoir de vérité. Il choisit de louer un bateau et d'étudier les courants marins pour essayer de comprendre ce qui leur est arrivé. Le maire de la ville décide de le faire taire!
    C’est alors que surgit du continent un policier énigmatique et secret. La menace de sa seule présence inquiète et une conjuration abominable se met en place pour étouffer la vérité. Par effet de meute, la communauté, qui veut du sang pour assouvir un vieux fond de haine rancie, va désigner un bouc émissaire, l’instituteur.
    Philippe Claudel écrit là un conte terrifiant sur la condition humaine, la lâcheté collective et le poids de la conscience. Ce récit peut être lu à différents niveaux et ouvre de nombreuses portes de réflexion intéressantes sur le genre humain.

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  • Quels procédés permettent à ce récit de prétendre au titre de fable, de conte des temps modernes?

    En premier lieu : l’universalité des thèmes abordés.

    L’exil a mis les peuples et les individus en danger depuis la nuit des temps, quelle que soit la cause : fuite d’un danger, bannissement,...
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    Quels procédés permettent à ce récit de prétendre au titre de fable, de conte des temps modernes?

    En premier lieu : l’universalité des thèmes abordés.

    L’exil a mis les peuples et les individus en danger depuis la nuit des temps, quelle que soit la cause : fuite d’un danger, bannissement, rêve d’un ailleurs meilleur...mais ce qui le distingue des migrations anciennes , c’est l’exploitation de la détresse des déracinés , détresse qui alimente la cupidité de passeurs sans scrupules. C’est pourquoi dans L’Archipel du chien la fable prend des airs de faits divers bien présents dans l’actualité.

    Puis la nature érigée au rang de personnage
    Gaia , la terre mère qui se rebelle par l’entremise d’un volcan pétomane, dont les pestilences s’insinuent partout.

    Enfin, la recherche d’un bouc émissaire, celui qui paiera le prix cher, juste pour masquer les odieuses pratiques des notables. A choisir de préférence parmi les plus récemment admis dans la communauté , cible désignée par la une fâcheuse propension à mettre le nez dans les affaires qui fâchent. Là aussi les légendes du monde grec et barbare n’ont pas fait mieux .

    Mais Philippe Claudel n’a pas oublié que ses lecteurs sont bien ancrés dans le 21e siècle , à travers un personnage qui apporte un peu de légèreté au propos, et qui prend les traits d’un enquêteur peu banal, mais tout de même très évocateur de ces limiers des temps modernes, malins mais profondément asociaux voire psychopathes.
    Drôle aussi la matérialisation d’un Dieu omniprésent et omniscient qui surveille ses ouailles de manière très technologique .

    Tout cela est fort bien ficelé , avec un art de l’écriture qui n’a plus à faire ses preuves . Tout à fait à la hauteur du Rapport de Brodeck ou des Ames grises.

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  • Ce roman, que j'aime appeler un conte ou une fable, va mettre en lumière des hommes et leurs vices.

    le lieu: une île volcanique de l'archipel du chien, perdue au milieu de l'océan. Huit clos implacable. En son centre, le Brau, volcan paisible, pour l'instant.
    le moment: un matin.
    Les...
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    Ce roman, que j'aime appeler un conte ou une fable, va mettre en lumière des hommes et leurs vices.

    le lieu: une île volcanique de l'archipel du chien, perdue au milieu de l'océan. Huit clos implacable. En son centre, le Brau, volcan paisible, pour l'instant.
    le moment: un matin.
    Les personnages: le Maire, le Curé, le Docteur, la Vieille, le Spadon, le C.... (qui arrivera un peu plus tard ...).
    le sujet: trois cadavres de jeunes noirs, qu'on suppose être des migrants, échouent sur la plage.
    Une question: que faire de ces corps sans compromettre la réputation de l'île (qui veut construire des thermes et donc attirer des touristes), sans ternir son image ni celle de ses habitants?

    La pièce peut commencer ! Claudel confronte ici différents points de vue, différentes morales illustrées par des personnages types. Chaque personne à son opinion sur la tragédie qui se joue.


    https://chroniquescroqueusedelivres.wordpress.com/

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  • Que feriez-vous face à trois cadavres anonymes échoués sur une plage, et venant potentiellement bouleverser vos petits projets? Telle est la question que nous pose Philippe Claudel dans l’Archipel du Chien.
    L’histoire a pour décor une île imaginaire volcanique en forme de chien. Les personnages...
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    Que feriez-vous face à trois cadavres anonymes échoués sur une plage, et venant potentiellement bouleverser vos petits projets? Telle est la question que nous pose Philippe Claudel dans l’Archipel du Chien.
    L’histoire a pour décor une île imaginaire volcanique en forme de chien. Les personnages ne sont pas nommés mais appelés par leur fonction ou par un surnom : le maire, le docteur, l’instituteur, le curé, la vieille, le commissaire, les pêcheurs. Le narrateur lui-même n’est pas nommé : la voix de notre conscience…
    Bien sûr Philippe Claudel aborde l’actualité de la crise des migrants qui frappe l’Europe. Que faire de celui qui s’impose à nous? Il en appelle également à notre morale mais aussi la part la plus vile qui sommeille en nous. Comment vivre dans le mensonge? Car mensonge il y aura. Jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour couvrir un mensonge collectif ou par opportunisme? Telles sont quelques unes des questions que nous pose Philippe Claudel, et qu’il adresse également au politique et au religieux.
    La vision de l’humanité qu’il nous propose est clairement sombre et sans complaisance. Serions-nous (tels les chiens qui vivent sur cet Archipel) manipulateurs, opportunistes, lâches, indifférents et finalement si peu courageux, dans le seul but de vivre tranquille et de ne pas affronter le monde? D’aucuns pourront y voir la description d’un enfer moderne. A chacun d’apporter ses propres réponses :-).
    Le tout sous forme de conte-thriller psychologique bien mené, avec une tension dramatique qui va crescendo, sous une plume aussi acide que rythmée.
    Un roman parabole fait pour déranger, d’une cruelle actualité mais aussi universel, pour dire l’exil et la difficulté d’accueillir l’Autre.
    Je terminerai par une mention spéciale au rôle de l’odeur et de la rumeur…. mais je vous laisse découvrir le livre pour comprendre et sentir!
    https://accrochelivres.wordpress.com/2018/05/28/larchipel-du-chien-philippe-claudel/

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  • L’île aux noyés

    C’est avec une fable très sombre que Philippe Claudel choisit de parler des migrants. L’occasion aussi de poursuivre son exploration de la nature humaine.

    Dès les premières lignes de ce roman aussi sombre que superbe Philippe Claudel nous avertit: « L’histoire qu’on va lire...
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    L’île aux noyés

    C’est avec une fable très sombre que Philippe Claudel choisit de parler des migrants. L’occasion aussi de poursuivre son exploration de la nature humaine.

    Dès les premières lignes de ce roman aussi sombre que superbe Philippe Claudel nous avertit: « L’histoire qu’on va lire est aussi réelle que vous pouvez l’être. Elle se passe ici, comme elle aurait pu se dérouler là. Il serait trop aisé de penser qu’elle a eu lieu ailleurs. Les noms des êtres qui la peuplent ont peu d’importance. On pourrait les changer. Mettre à leur place les vôtres. Vous vous ressemblez tant, sortis du même inaltérable moule. »
    Nous voici donc sur une île comme il existe beaucoup. Sans grandes perspectives économiques si ce n’est une économie de survivance. « Il y a des vignes, des oliveraies, des vergers de câpriers. Chaque arpent cultivé témoigne de l'opiniâtreté d'ancêtres qui l'ont arraché au volcan avec patience. Ici on est paysan ou pêcheur. Il n'y a pas d'autre choix. Souvent les jeunes gens ne veulent ni l'un ni l'autre. Ils partent. Les départs ne sont jamais suivis de retours. » Mais le maire caresse l’idée de construire un grand centre thermal pour revivifier ce coin de terre hostile.
    Inutile dans ce contexte de souligner que la découverte de trois cadavres de noirs venus s’échouer sur la plage tombe mal. Pour lui comme pour le curé, le docteur et l’instituteur qui sont dépêchés sur place, la solution consiste à nier ce drame, à faire comme s’il n’avait pas eu lieu. Après tout cette île n’était pas leur destination. « Ils ne la connaissaient sans doute même pas. Elle est devenue leur cimetière. Si j'avertissais la police et un juge, que se passerait-il? Nous verrions débarquer ici non seulement ces beaux messieurs qui nous regardent toujours de haut comme si nous étions des crottes de rats, mais aussi derrière eux quantité de journalistes, avec leurs micros et leurs caméras. Notre île du jour au lendemain deviendrait l'île aux noyés. Vous savez que ces chacals sont forts pour les formules. »
    Décision est donc prise de transporter les cadavres jusqu’aux failles rocheuses et de les jeter au fond sans plus de procès. Mais très vite, l’instituteur a des scrupules. Sans rompre sa parole, il se met à étudier les courants, à tenter de comprendre comment les trois hommes ont pu dévier de leur route. Une occupation qui ne plaît pas du tout au maire persuadé « que si le monde tournait si mal, c’était la faute aux hommes comme l’Instituteur, empêtrés d’idéaux et de bonté, qui cherchent jusqu’à l’obsession l’explication du pourquoi du comment, qui se persuadent de connaître le juste et l’injuste, le bien et le mal, et croient que les frontières entre les deux versants ressemblent au tranchant d’un couteau, alors que l’expérience et le bon sens enseignent que ces frontières n’existent pas, qu’elles ne sont qu’une convention, une invention des hommes, une façon de simplifier ce qui est complexe et de trouver le sommeil. » Sans oublier que l'instituteur n'était pas né sur l'île.
    Et alors que l’instituteur se persuade que «les morts allaient faire payer aux vivants leur indifférence» et allaient les punir, le maire doit chercher une parade. Le commissaire qui vient de débarquer pourrait même lui apporter son concours. À moins que son cynisme ne cache une volonté farouche de mettre à jour les âmes noires qui hantent l’île, des « négriers, des marchands de corps, des trafiquants de rêve, des voleurs d'espoir, des meurtriers ».
    La plume de Philippe Claudel, on le sait, fait merveille dans ce registre tragique, lorsqu’il s’agit d’explorer la nature humaine, notamment quand elle est inhumaine. Attendez-vous donc à un final en apothéose. De ceux qui marquent durablement par leur implacable férocité. http://urlz.fr/6Vds

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  • L’île est vilaine.
    Dans cette île de L'archipel du chien qui vit au rythme de coutumes ancestrales de la pêche ou de la vigne, et des caprices du volcan Brau lorsque trois corps d’hommes- noirs de surcroît, s’échouent sur la plage, c’est un véritable tsunami. Aussitôt, un pacte du silence est...
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    L’île est vilaine.
    Dans cette île de L'archipel du chien qui vit au rythme de coutumes ancestrales de la pêche ou de la vigne, et des caprices du volcan Brau lorsque trois corps d’hommes- noirs de surcroît, s’échouent sur la plage, c’est un véritable tsunami. Aussitôt, un pacte du silence est scellé par le petit groupe qui a fait la découverte macabre, ce catalyseur qui vient ébranler toutes les ambitions personnelles de ce petit microcosme insulaire, qui exacerbe le côté sombre et diabolique de chacun et qui pousse à désigner un bouc-émissaire, l’Etranger du groupe.

    Dans l’excellent “Inhumaines” Philippe Claudel faisait une critique acerbe des travers de notre société contemporaine en décrivant au vitriol, en un roman d’anticipation, une société sans régles ni tabous, aux moeurs débridées, sorte de dystopie (ou utopie suivant les affinités de chacun.) A nouveau, il excelle en nous contant une fable tragico-comique qui interpelle chacun d’entre nous sur notre indifférence et notre lâcheté face à la tragédie des migrants.

    La description des personnages vaut son pesant d’or, anonymes pour mieux incarner un caractère universel, ils portent le nom de leur fonction le Maire, le Docteur, l’Instit, le Curé , le Commissaire ou de leur caratéristique la Vieille, le Spadon, Fourrure , autant de représentations caricaturales mais truculentes de ce huis clos.
    Seule la petite fille Mila (celle qu’on mit là) porte un prénom comme une actrice dans ce drame où elle tient un rôle clef: la scène de son apparition théâtrale pour la confrontation est grandiose.
    L’auteur réussit la prouesse d’osciller entre différents genres: on passe d’une pseudo tragédie grecque avec les oracles d’une pythie en début et en fin de roman, à un roman policier avec cadavres, meurtre, enquête d’un Commissaire atypique et cocasse, et multiples rebondissements, tout en déclinant les mots avec la poésie d’un peintre. Il s’agit là d’un véritable exercice de style, où l’auteur maîtrise les mots et les manipule à l’envi éveillant non seulement tous les sens du lecteur mais aussi sa conscience.
    4 étoiles

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  • Coup de cœur , jubilatoire !!!! Cela pourrait être également un excellent roman noir et comme toujours chez Philippe Claudel un roman intelligent et humaniste

    Coup de cœur , jubilatoire !!!! Cela pourrait être également un excellent roman noir et comme toujours chez Philippe Claudel un roman intelligent et humaniste

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  • « L’Archipel du Chien » de Philippe Claudel est LE livre qui fait grandir en humanité. Son souffle insulaire est une sacrée leçon de vie. 280 pages qui, telles des vagues dénonciatrices répondent aux rochers assassins. L’écriture est d’une beauté inouïe. Chacune des phrases apporte son flot...
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    « L’Archipel du Chien » de Philippe Claudel est LE livre qui fait grandir en humanité. Son souffle insulaire est une sacrée leçon de vie. 280 pages qui, telles des vagues dénonciatrices répondent aux rochers assassins. L’écriture est d’une beauté inouïe. Chacune des phrases apporte son flot d’écumes déchirantes et peut s’octroyer le miracle d’une riche littérature. Cette merveille à l’aube-née, digne d’un génie évident est de loin le plus puissant langage pour donner à voir ce que la cartographie de « L’archipel du Chien » emblématise. L’incipit « Vous convoitez l’or et répandez la cendre. »inaugure les affres qui vont se dérouler sur cette île. L’idiosyncrasie accélère son champ d’action. Cette satyre des temps modernes, plus qu’une caricature, devient une mise en abîme du paroxysme du déni. Ce récit sombre, grave, caustique parfois, bouscule et dérange. Il ouvre la voie de cette contemporanéité qui ne peut laisser indifférent. La voix qui conte balaye des yeux chaque mouvement sur l’île. Elle sonde la conscience de ses hôtes. Asexuée, en prisme, elle en devient levier. Le lecteur assiste au pire huis-clos, au fur et à mesure que les évènements vont monter crescendo. Le chaos arrive sur cette île lorsque trois corps de migrants échouent tels les naufragés du « Radeau de la Méduse » de Théodore Géricault. Que faire de cette macabre découverte ? « Notre terre qui est fameuse pour ses sources d’eau chaude, ses paysages, son vin, son huile, ses câpres, deviendrait celle sur laquelle viennent s’échouer des cadavres venus d’Afrique ? Nos eaux pures seraient celles dans lesquelles des morts trempent, marinent et pourrissent ? » L’auteur resserre cette fable âpre autour de 7 protagonistes, le Maire, le Curé, le Docteur, Une vieille femme, l’Instituteur le Pêcheur, le Commissaire. Une réunion a lieu chez le Maire, un soir, comme si le crépuscule atténuait les craintes et la culpabilité de l’après. Repousser du pied ce radeau parabolique. L’Instituteur non sédentaire qui vient d’un entre-monde humaniste va déjouer les plans du Maire qui veut à tout prix bannir l’emblème migratoire à des fins de conformisme et de tranquillité. Ce vil personnage ne pense qu’à son futur hôtel thermal encore en projet. Sa lâcheté devient une épreuve pour l’Instituteur qui, dans sa solitude fraternelle, sera l’unique lien avec la vérité. « Pourquoi il ferait ça ? Par orgueil dit La Vieille, par vanité dit le Curé, par innocence dit le Docteur »Cet instituteur est une bouée de sauvetage, un appel à la rédemption et aux vertus altruistes. Il va donc devenir une carte à abattre. « Il ne semblait pas souffrir de l’extrême chaleur, ni de son effort, tant il était exalté par sa décision et par son acte. Le sentiment d’être dans le juste et le vrai lui donnait littéralement des ailes. »L’île semble devenir démoniaque. Le lecteur cherche une issue de secours, tremblant de honte. La dualité cornélienne de l’histoire mêle toutes les contradictions du genre humain avec une plausible repentance, mais de si courte durée, qu’elle s’évapore subrepticement. Ce récit est une gifle, une bousculade. Le lecteur prend tout de plein fouet. « Qu’est-ce que la honte, et combien la ressentirent ? Est-ce la honte qui rattache les hommes à l’humanité ? Ou ne fait-elle que souligner qu’ils s’en sont irréversiblement éloignés ? »Rien ne s’échappe des entrailles de l’île qui en devient anthropomorphique. C’est elle, le miroir de nos intériorités et de nos faiblesses et lâchetés. Seule l’odeur nauséabonde qui s’élève prégnante, jugera le point final de cette fable caustique. Le rêve du Docteur en pages finales rejette à la surface des eaux troubles ce que son âme aurait voulu. L’hédonisme aurait pu y trouver son heure de gloire. Le Vivre-Ensemble répondre à La Voix. Il en sera rien. « Le Brau » sonne le glas. On ne sort pas indemne d’une telle lecture. Le lecteur reste longtemps immobile après le silence brusque de La Voix. Il voudrait changer l’ordre des choses et se mettre lui aussi dans le versant des faibles. Ce roman majestueux, sublime, est à lire d’urgence sur une île et vous verrez comme tout change. Publié par Stock Roman avec une subtile jaquette dessinée par Lucille Clerc, « L’Archipel du Chien » est en lice pour Le Prix Relay des Voyageurs Lecteurs 2018.

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