L'archipel du chien

Couverture du livre « L'archipel du chien » de Philippe Claudel aux éditions Stock
  • Date de parution :
  • Editeur : Stock
  • EAN : 9782234085954
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que  quelque chose allait se produire.
Ce fut déjà et cela dès l'aube une chaleur oppressante, sans  brise aucune. L'air semblait s'être solidifié autour de l'île,  dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait  ça et là... Voir plus

« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que  quelque chose allait se produire.
Ce fut déjà et cela dès l'aube une chaleur oppressante, sans  brise aucune. L'air semblait s'être solidifié autour de l'île,  dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait  ça et là l'horizon quand il ne l'effaçait pas : l'île flottait au milieu de nulle part. Le Brau luisait de reflets de  meringue. Les laves noires à nu en haut des vignes et des  vergers frémissaient comme si soudain elles redevenaient  liquides. Les maisons très vite se trouvèrent gorgées d'une haleine éreintante qui épuisa les corps comme les esprits.
On ne pouvait y jouir d'aucune fraîcheur.
Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à  propos de laquelle on aurait pu se dire qu'on l'avait rêvée,  ou qu'elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche,  de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. Mais d'heure en  heure l'odeur s'affirma. Elle s'installa d'une façon discrète,  pour tout dire clandestine. »

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  • Philippe Claudel écrit sans concessions et nous livre un roman percutant, envoûtant qui nous tient en haleine, nous stupéfie et nous glace les sangs.
    Le roman fait référence à la tragédie des migrants et prend allure de tragédie antique, de conte intemporel et de thriller.
    Une voix s’adresse...
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    Philippe Claudel écrit sans concessions et nous livre un roman percutant, envoûtant qui nous tient en haleine, nous stupéfie et nous glace les sangs.
    Le roman fait référence à la tragédie des migrants et prend allure de tragédie antique, de conte intemporel et de thriller.
    Une voix s’adresse au lecteur et d’emblée avertit : je suis témoin et mes propos seront gênants.
    Trois corps rejetés sur la plage d’une île vont bousculer le quotidien de sa communauté. Les rebondissements vont révéler les travers, l’égoïsme, la vilénie de cette petite communauté paisible.
    On retrouve des thèmes familiers dans l’œuvre de monsieur Claudel. Les migrants (La petite fille de monsieur Linh), la noirceur de l’homme, les dérapages d’un microcosme (Le rapport de Brodeck).
    La face sombre de l’Homme semble fasciner monsieur Claudel (ou l’agacer ?) il s’y confronte et nous invite à le suivre. Humanité et inhumanité, deux facettes de notre existence au monde ; saura-t-il réveiller la première ?
    Car, sans nul doute, l’écrivain est sensible, il s’indigne, dénonce et, en même temps, son livre est comme une bouteille jetée à la mer bercée par un credo idéaliste : que les mots peuvent servir d’ambassadeurs et secouer les consciences.
    MERCI monsieur Claudel d’être ce témoin gêneur , vous êtes un virtuose des mots et en faites bel usage.

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  • Combien de fois ai-je pris ce livre en main dans ne librairie et l’ai reposé.
    Pourquoi ? Je ne sais pas trop. J’avais entendu dire que c’était sombre, pessimiste.
    Mais j’aime beaucoup Philippe Claudel, alors, ça y est, je l’ai enfin acheté.
    La première page m’a mise mal à l’aise,...
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    Combien de fois ai-je pris ce livre en main dans ne librairie et l’ai reposé.
    Pourquoi ? Je ne sais pas trop. J’avais entendu dire que c’était sombre, pessimiste.
    Mais j’aime beaucoup Philippe Claudel, alors, ça y est, je l’ai enfin acheté.
    La première page m’a mise mal à l’aise, dérangée.
    Je l’ai ressentie comme une leçon de morale adressée à chaque lecteur, en préambule.
    Mr Claudel semble vraiment en pleine désillusion quant à la nature humaine, c’est ce que j’avais ressenti en lisant « Inhumaines »
    Bon, passée la première page, on entre dans l’histoire.
    Trois migrants sont retrouvés ports sur une plage de l’archipel du chien. Seules quelques personnes seront au courant de cette macabre découverte. Elle pourrait compromettre un projet touristique de thermalisme sur l’île.
    Se dévoile alors la noirceur des âmes. Entre psychologie sans concession des êtres humains et enquête policière, on assiste à une lente descente aux enfers.
    C’est bien, fort bien écrit. La construction du récit est impeccable. Tout tient la route.
    On referme le livre avec une sensation d’écoeurement, de saccage, et une certaine désillusion sur la nature humaine
    Mais bon, ne nous laissons pas gagner par le pessimisme de Philippe Claudel.
    S’il est vrai que la situation actuelle est inquiétante, notamment par rapport aux migrants, tout le monde n’est pas indifférent et de belles actions sont réalisées par de nombreuses personnes

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  • Trois migrants morts sont découverts sur la plage d'une île volcanique.
    Que faire de leurs cadavres?
    Les principaux responsables de la cité prennent une décision qui sera lourde de conséquences pour le devenir de l'île dominée par un volcan qui tel un dieu vengeur fait peser la menace de...
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    Trois migrants morts sont découverts sur la plage d'une île volcanique.
    Que faire de leurs cadavres?
    Les principaux responsables de la cité prennent une décision qui sera lourde de conséquences pour le devenir de l'île dominée par un volcan qui tel un dieu vengeur fait peser la menace de son éruption.
    Seul l'Instituteur s'oppose à la solution adoptée. La conscience d'un seul risque de ruiner la prospérité de tous, attachés à un projet de thermes marins assurant la prospérité.
    Tout s'enchaîne alors en une succession de péripéties et de coups de théâtre jusqu'au drame final qui mêle hommes et forces de la nature.

    L'écriture épurée de l'auteur est comme un acide corrosif au service d'un regard désabusé. Elle donne force et puissance à ce beau roman à valeur universelle qui, usant de métaphores dépréciatives, révèle la part d'animalité dans l'homme et qui, en analysant le fonctionnement d'une petite communauté, porte sur les rôles et les responsabilités au sein d'une cité.
    Il donne aussi à entendre la voix collective, celle de la foule aveugle et cruelle.
    Le message politique qui s'en dégage est sans illusions. Une voix l'annonce en introduction, elle le rappelle dans l'épilogue.

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  • La douceur d’une île baignée par le soleil, dominée par le volcan, peuplée des notables : maire, docteur, instituteur, curé, de paysans et de pêcheurs. Ils vivent entre eux, dans des conditions rudimentaires, portés par la tradition.

    Lorsque trois corps noirs échouent sur la plage, le petit...
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    La douceur d’une île baignée par le soleil, dominée par le volcan, peuplée des notables : maire, docteur, instituteur, curé, de paysans et de pêcheurs. Ils vivent entre eux, dans des conditions rudimentaires, portés par la tradition.

    Lorsque trois corps noirs échouent sur la plage, le petit groupe des autorités accourt, étouffe quelques embarras ou voix dissidente pour garder secret l’incident et laisser place nette au « Projet de Thermes ». Puis, face aux preuves excluant tout phénomène surréaliste, les armes les plus nauséabondes se déploient et une étrange solidarité s’installe.

    Tous, y compris le lecteur, comprendront vite que l’isolement d’une île n’est aujourd’hui plus obstacle à l’œil du Cyclope et seront face à leurs démons.

    Philippe Claudel signe un roman pessimiste mais hélas, combien éclairé de réalisme. Dès les premières phrases le verbe est cinglant, les mots percutent, les surnoms des habitants de l’île façonnent les portraits et les mentalités, leurs faits et gestes sont scrutés et traduits parfois sur un ton ironique qui parvient à alléger le drame.
    « La voix » qui raconte a la force de celles qui interpellent et invitent à l’introspection.

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  • Un jour, la mer rejette le corps de trois hommes, jeunes et noirs, qu'on imagine avoir fui l'Afrique et son lot de misère et de guerre. Que se passe-t-il alors dans la tête de ceux et celles qui, spectateurs ou acteurs, ont à répondre à cet événement dramatique mais gênant ? Le récit se déroule...
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    Un jour, la mer rejette le corps de trois hommes, jeunes et noirs, qu'on imagine avoir fui l'Afrique et son lot de misère et de guerre. Que se passe-t-il alors dans la tête de ceux et celles qui, spectateurs ou acteurs, ont à répondre à cet événement dramatique mais gênant ? Le récit se déroule sur une période courte dans ce lieu imaginaire où le volcan Brau est un personnage en lui-même, qui gronde, se réveille, se rendort comme une conscience, une vieille culpabilité à laquelle ne peut échapper celui qui aimerait pouvoir fermer les yeux et passer à autre chose.

    Ce texte est un conte, une fable ou même un thriller à la tension narrative grandissante. Il se lit ainsi, avec son lot de pensées contradictoires, de l‘humour et des humeurs, un peu de poésie quand s’envolent les abeilles coquines et une grande douleur au fond de soi d’assister à un drame qui se joue là, sous nos yeux. Et moi lectrice, jusqu’où suis-je capable d’aller - ou ne pas aller - par peur de l’étranger, par lâcheté, par vanité, ou au contraire par courage, par volonté de changer le monde ?

    Philippe Claudel ne craint pas de nous mettre sous les yeux des évidences et, même s’il peut paraître moralisateur ou donneur de leçon, j’ai apprécié pour ce qu’il ose me dire.

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  • Une île où rien ne pousse, une île où il y a si peu de terre que les morts sont enterrés debout, une île de l’archipel du Chien où les habitants mènent une chienne de vie. Sauf que Monsieur le maire a décidé d’accepter l’offre de construction d’un centre balnéo-thalasso-thermes de grand...
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    Une île où rien ne pousse, une île où il y a si peu de terre que les morts sont enterrés debout, une île de l’archipel du Chien où les habitants mènent une chienne de vie. Sauf que Monsieur le maire a décidé d’accepter l’offre de construction d’un centre balnéo-thalasso-thermes de grand luxe.
    Le projet est presque achevé, le moment de la concrétisation arrive et l’île deviendra un paradis pour touristes friqués, adieu la pêche, vive la thalasso. La mécanique est bien huilée, sauf qu’un grain de sable fait dérailler le pédalier.
    Un beau matin, alors que l’ancienne institutrice promène son chien, elle découvre trois cadavres sur la plage. Trois cadavres de migrants venus s’échouer là où ils n’auraient pas dû échouer. Maire, toubib, alertés, décident de cacher les cadavres dans l’usine frigorifique appartenant au maire jusqu’à ce que ces migrants soient définitivement oubliés, car personne ne viendra réclamer les corps. Bref, il faut les faire disparaitre définitivement au nom du progrès et des affaires et, SURTOUT, ne rien dire.
    L’instituteur, qui faisait son cross quotidien, le curé appelé, et deux autres autochtones à la solde du maire sont au courant. Seul, l’instit n’est pas d’accord avec la loi du silence. Il y a des morts, il faut prévenir les autorités. Ah bon ! Mais que nenni, les continentaux n’ont pas à venir fourrer leur nez dans les affaires de l’île, pas certain que les fonds du projet soient bien clairs, bien propres, et puis, on est chez nous.
    Les cadavres soigneusement balancés dans un des gouffres du Brau, le volcan local, chacun retourne à ses occupations ou ses préoccupations, les remords encore sous le mouchoir ressortiront et ils devront vivre avec ce poids, cet acte tout le reste de leurs vies.
    Par un beau jour, débarque un homme entre deux âges, entre deux ivresses, un homme banal. C’est un policier qui demande à rencontrer le maire. Pourquoi est-il là, qui l’a envoyé ? Sa seule présence enflamme l’île. Pour faire diversion, les protagonistes vont trouver un bouc émissaire en la personne de l’instituteur. Après tout, il n’est pas de l’île, c’est un étranger. Quelle machination, quel traquenard le maire n’ourdit-il pour que les Thermes voient le jour et sonne sont heure de gloire, même au prix de la déchéance et la mort d’un homme ! La meute est lâchée et tient à son os
    Le policier est-il un vrai ou un faux policier ? Le curé croit plus en ses abeilles qu’en dieu, le médecin sourit continuellement pour mieux cacher sa vérité. L’ancienne institutrice ne semble pas avoir digérer l’arrivée du nouvel enseignant et ses méthodes, le maire tire les ficelles car il connait quelques secrets. Tout ce petit monde se tait. Sur l’île, l’odeur, je devrais plutôt dire la puanteur se répand de plus en plus
    Tout aussi mystérieux, envoûtant, oppressant que le Rapport de Brobek, Philippe Claudel raconte la lâcheté humaine, le rapport aux vilainies dont le mécanisme impitoyable broie tout sur son passage. Le peu de poids des migrants, leur marchandisation, le lucre des marchands d’humains. Genre thriller psychologique sur fond social, difficile à lâcher avant la dernière page.
    Oppressant, glaçant et si réaliste.
    Un coup de cœur.

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  • L’auteur a choisi un lieu imaginaire pour planter son décor, que l’on peut imaginer proche des Iles Canaries. Sur cet archipel du Chien, un volcan menace de se réveiller, la pêche est la seule ressource, un consortium veut créer un centre balnéaire.
    Un matin, le chien de la Vieille, l’ancienne...
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    L’auteur a choisi un lieu imaginaire pour planter son décor, que l’on peut imaginer proche des Iles Canaries. Sur cet archipel du Chien, un volcan menace de se réveiller, la pêche est la seule ressource, un consortium veut créer un centre balnéaire.
    Un matin, le chien de la Vieille, l’ancienne institutrice acariâtre, découvre trois cadavres échoués sur la plage. Que faire, qu’en faire ?
    Dans le village, tout ce qui compte comme autorité a un mot à dire, le maire, représentant de l’autorité sur l’ile, le prêtre et ses abeilles, le commissaire, le docteur, puis l’instituteur.
    Chacun va défendre l’ile, les habitants, leur futur tranquille et sans histoire à sa façon, pensant qu’il a les meilleures raisons du monde tout en ayant à la fois tord et raison… Ils vont devoir vivre avec le souvenir du drame. Mais tout ne se passera pas comme ils l'ont imaginé... là il est difficile d’en dévoiler davantage.
    Le parti pris de l’auteur est intéressant, qui nous montre que l'on peut être dans le vrai et pourtant se fourvoyer, chacun a ses raisons pour faire avancer le monde qui l’entoure, fort de ses attributions ou de son rôle, mais la morale, la vérité et le bien commun ne sont pas toujours pris en compte. Voilà assurément un roman qui pousse à la réflexion, comme sait si bien nous les offrir Philippe Claudel et sa belle écriture.
    Chronique complète sur le blog : https://domiclire.wordpress.com/2018/04/04/larchipel-du-chien-philippe-claudel/

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  • L’archipel du chien, est un lieu indéfini mais austère et plutôt hostile, à l’image du nouveau roman plutôt noir de Philippe Claudel.
    Il faut bien dire qu’il n’a jamais été un grand étendard du roman « détendant » mais là, encore, le pari sur la désolation et le cynisme est atteint.
    Trois...
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    L’archipel du chien, est un lieu indéfini mais austère et plutôt hostile, à l’image du nouveau roman plutôt noir de Philippe Claudel.
    Il faut bien dire qu’il n’a jamais été un grand étendard du roman « détendant » mais là, encore, le pari sur la désolation et le cynisme est atteint.
    Trois jeunes hommes noirs échouent sur l’ïle, passée, la stupéfaction de la découverte, six figures incontournables de ses habitants, vont décider de les faire disparaître, par crainte que ce ne soit leur projet de station thermale qui prenne l’eau.
    Mais le remord et l’envie d’explication de l’instituteur vont provoquer une suite de drames, que bien sûr, il serait dommage de dévoiler.
    Le premier quart du livre met un peu de temps à démarrer, les sujets sont assez convenus, ou peut être l’actualité se charge t’elle, de rendre cette situation récurrente et finalement banale.
    La suite est violente, triste et malheureusement réaliste.
    Ne comptez pas sur une happy end mais plutôt sur un triste constat de l’âme humaine. Un roman sans concession, à découvrir mais un jour de moral au beau fixe !!!

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  • Si L’Archipel du Chien sort tout droit de l’imagination de Philippe Claudel, tout ce qu’il raconte existe ou a existé, c’est un drame actuellement, un drame qu’aucun responsable politique ne veut résoudre malgré tous les appels à plus d’humanité.

    La vie n’est pas facile sur la seule île...
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    Si L’Archipel du Chien sort tout droit de l’imagination de Philippe Claudel, tout ce qu’il raconte existe ou a existé, c’est un drame actuellement, un drame qu’aucun responsable politique ne veut résoudre malgré tous les appels à plus d’humanité.

    La vie n’est pas facile sur la seule île habitée de l’archipel. Les jeunes partent, les saisons sont contrastées et, si l’habitat est classé au patrimoine de l’humanité, les maisons ne sont guère confortables au pied de ce volcan, Le Brau, qui se manifeste régulièrement.
    Ce n’est pas de lui que vient le cataclysme qui va emporter la vie sur l’île mais de ces trois cadavres découverts, un matin, sur la plage. L’auteur nomme ses personnages à sa façon de manière très classique : le Maire, le Docteur, l’Instituteur, le Curé, ou avec des noms comme la Vieille, Amérique, le Spadon, Fourrure… C’est écrit sans fioriture et c’est raide, sans artifice, comme l’atmosphère qui règne là.
    Tous se connaissent depuis toujours sauf l’Instituteur qui n’est pas de l’île : « Un étranger donc. » Il est détesté par la Vieille car il lui a succédé, et sa femme, infirmière, n’a pas de travail. L’Instituteur est choqué par ce que décident le Maire et le Docteur qui fait de l’humour. Il veut prévenir les autorités quand … « le Curé apparut, avec ses lunettes de myope et son cou glabre de coq anémié, étranglé par le faux col de sa soutane qui jadis avait été blanc, mais que la crasse et le temps avaient rendu aussi gris qu’une corde de pendu. »
    On l’a compris, deux optiques s’opposent et l’Instituteur est bien seul. Il inquiète le Maire car il est trop curieux et veut comprendre : « C’est toujours pareil avec les hommes qui ont étudié. » Pour l’élu, il n’est pas question que cette affaire s’ébruite car il tient à ce que son projet de thermes voit le jour. Tout pourrait se calmer quand débarque un homme qui se dit policier et qu’on appelle aussitôt Commissaire.
    À partir de là, le roman prend un tour encore plus tragique avec une démonstration réussie d’une mécanique infernale visant à éliminer une personne gênante, à ne reculer devant rien pour éliminer un innocent. Lorsqu’il est accusé de caresser les enfants, l’Instituteur s’insurge : « Vous appelez cela des caresses et donnez tout de suite une connotation perverse. Il ne s’agissait que de gestes de sympathie, d’encouragement, une façon de les récompenser. » Mais le Commissaire va au bout de sa logique : « Que je vous croie ou non n’a aucune importance et que vous soyez innocent n’en a pas davantage. » Il poursuit : « Mais qui s’intéresse à la vérité, monsieur l’Instituteur ? Tout le monde s’en fiche, de la vérité ! Ce qu’ils veulent, c’est votre tête… »

    Une fois clos ce chapitre extrêmement tendu, le roman perd beaucoup de son intensité malgré l’épisode de la S’tunnello, la chasse au thon. Philippe Claudel conclut son livre de façon lucide, énigmatique aussi mais tellement réaliste car ces êtres humains qui fuient des conditions de vie insoutenables, qui laissent tout derrière eux pour affronter les pires dangers, sont exploités par des gens sans scrupules, prêts à toutes les ignominies afin d’assurer leur commerce.

    J’ai retrouvé, dans L’Archipel du Chien, une atmosphère me rappelant Le Rapport de Brodeck, cette ambiance lourde, vite insoutenable ne pouvant se résoudre que dans le drame.

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  • Trois corps charriés par la mer, emmenés au bord d’une île. Commence la débandade de quelques personnages. Cacher le corps ? Révéler le fait aux autres habitants ? Le Maire préfère la tranquillité de son île. C’est le silence qu’on convoite de chacun. Aucun mot, aucune parole à propos des...
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    Trois corps charriés par la mer, emmenés au bord d’une île. Commence la débandade de quelques personnages. Cacher le corps ? Révéler le fait aux autres habitants ? Le Maire préfère la tranquillité de son île. C’est le silence qu’on convoite de chacun. Aucun mot, aucune parole à propos des cadavres d’hommes noirs. D’ailleurs des noirs, les insulaires n’en ont jamais vu. Hommes d’autres contrées qu’ils ne cotoient pas, n’espèrent pas, préfèrent rester à leur consanguinité blanche.

    Débute ainsi le fourmillement de la culpabilité. Sentiment s'immisçant entre les fissures, craquelures de l’âme de chacun. L’un souhaite comprendre d’où viennent ces hommes, d’autres s’accusent de l’absence de sépulture. Mais le silence gagne sur la verve qu’ils ne parviennent pas à phraser. Seule l’île ose s’exprimer, ce Brau qu’on entend à plusieurs reprises entre les pages, comme un avertissement, une colère frémissante sous les grains de sable.

    Un personnage chavire l’habitude. Etranger. Sa présence bouscule également le lecteur. De l’île, on pensait qu’aucun allochtone ne pouvait y venir. Impression d’un paradis, et peu à peu conscience qu’il s’agit d’une prison. Il se nomme Commissaire, n’en porte qu’un galon mensonger. On y suppose parfois une représentation du diable entre ses mots sibyllins. Il est venu avertir lui aussi, comme un écho au Brau, mais aussi à cette odeur pestilentielle (présente depuis le début du roman) qui s’agrippe aux narines, s’infiltre sous les vêtements.

    Les présages s’accumulent.
    Comme des plaies.

    La folie.
    La honte.
    La curiosité.
    Le plus ignoble de l’humain est montré.
    On le désosse de sa parure, on l’offre en pâture au lecteur.
    Comme un avertissement.

    Une fable cruelle.
    Reflet de notre société.

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