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La race des orphelins

Couverture du livre « La race des orphelins » de Oscar Lalo aux éditions Belfond
  • Date de parution :
  • Editeur : Belfond
  • EAN : 9782714493484
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Je m'appelle Hildegard Müller. Ceci est mon journal.
Je m'appelle Hildegard Müller. En fait, je crois que je ne m'appelle pas.
J'ai soixante-seize ans. Je sais à peine lire et écrire. Je devais être la gloire de l'humanité. J'en suis la lie.

Qui est Hildegard Müller ? Le jour où il la... Voir plus

Je m'appelle Hildegard Müller. Ceci est mon journal.
Je m'appelle Hildegard Müller. En fait, je crois que je ne m'appelle pas.
J'ai soixante-seize ans. Je sais à peine lire et écrire. Je devais être la gloire de l'humanité. J'en suis la lie.

Qui est Hildegard Müller ? Le jour où il la rencontre, l'homme engagé pour écrire son journal comprend que sa vie est irracontable, mais vraie.

J'ai besoin, avant de mourir, de dire à mes enfants d'où ils viennent, même s'ils viennent de nulle part.

Oscar Lalo poursuit son hommage à la mémoire gênante, ignorée, insultée parfois, toujours inaccessible. Il nous plonge ici dans la solitude et la clandestinité d'un des secrets les mieux gardés de la Seconde Guerre mondiale.

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Articles (1)

Avis (13)

  • "Je suis une orpheline de guerre. J'ai besoin de faire la paix avec mon enfance. La petite. Qui aura duré trop longtemps. Qui dure toujours. Qui est dure toujours. Une orpheline aura toujours l'âge auquel elle a perdu ses parents. Je les ai perdus avant de naître. (p32)"

    A 76 ans Hildegard...
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    "Je suis une orpheline de guerre. J'ai besoin de faire la paix avec mon enfance. La petite. Qui aura duré trop longtemps. Qui dure toujours. Qui est dure toujours. Une orpheline aura toujours l'âge auquel elle a perdu ses parents. Je les ai perdus avant de naître. (p32)"

    A 76 ans Hildegard Müller témoigne. Elle est née dans un Lebensborn, un de ces centres où les SS, durant la deuxième guerre mondiale avaient, sous la houlette de Himmler, jamais à cours d'idées, imaginé des sortes de "pondoirs" où naîtraient des enfants de pure race aryenne....  Les parents étaient sélectionnés par leurs caractéristiques "parfaites et représentatives" de cette pureté. Elle ne connaît rien de ses parents, imagine un père SS et une mère peut-être norvégienne, n'a aucune trace administrative de son existence, n'a reçu aucune affection, aucune tendresse puisque sa naissance se résume à une procréation anonyme pour le bien idéologique. Toute sa vie sera marquée du sceau de l'infamie de ses origines, du manque non seulement de ses racines mais également de savoir ce qu'elles étaient. Elle veut laisser un témoignage de ce que qu'elle ressent à être née de personne, de porter comme seule identification la croix gammée qui est inscrit dans ses gênes, dans son sang et même sur ses traits, pense-t-elle.

    Une surprise en découvrant le roman car l'auteur opte pour de courtes phrases, de courts chapitres, comme un journal de pensées qui viennent à la narratrice quand il s'agit de dicter à un scribe silencieux (elle sait à peine lire et écrire) ce qu'elle veut porter à la connaissance de sa descendance afin qu'ils sachent d'où elle vient, pour ne plus se taire et pour évoquer toutes les questions qui, malgré ses recherches, resteront sans réponse.

    "Peu de lignes par page. Déjà un miracle qu'il y ait ces mots sur ces pages que vous tenez entre vos mains. Vous auriez pu tenir du vide. Mon histoire n'a pas de début. Pas de chapitres non plus. J'ai perdu mon enfance. Ma vie, ce vide. (p37)"

    Je connaissais l'existence et le fonctionnement de ces lebensborn durant la guerre, donc ce ne fut pas une totale découverte en dehors de la manière dont les enfants étaient laissés à l'abandon (cela m'a fait penser aux orphelinats sous la présidence d'un autre tyran, Nicolae Ceaucescu en Roumanie), pratiquement sans soins et aborder le sujet à travers le ressenti de ces enfants, de leurs questionnements et des répercussions sur leurs propres existences.

     Dans un premier temps les paroles de Hildegard sont des coups de poing, secs, percutants et j'ai pensé que la construction donnait de la force à chacun de ses mots mais peu à peu j'ai trouvé que cela tournait en rond, qu'il y avait des répétitions comme des obsessions impossibles à évacuer par la narratrice et de ce fait le rendu est réussi mais dans la deuxième partie mon attention s'est relâchée, j'ai pris plus de distances avec le personnage.

    Elle veut nous donner beaucoup d'informations mais reste bloquer sur certains éléments, y revient sans cesse et occulte également d'autres comme sa rencontre avec Olaf, si j'ai bien compris, issu lui-même d'un lebensborn. Je dis issu car justement il y a également la fragmentation de son témoignage et des ellipses qui font que j'ai peut-être raté certains détails, Hildegard Müller ne révèle que ce qui lui semble essentiel. Les pages se tournent mais en dehors de la détresse de cette femme, ses interrogations sur sa véritable identité, j'aurai aimé plus de linéarité dans son récit et surtout en savoir un peu plus sur la femme, la mère qu'elle est devenue.

    L'auteur joue sur les mots, leur sens pour les appliquer au contexte et il le fait avec brio mais trop souvent et replacés dans la narration d'une femme sans éducation ni instruction il y a un côté improbable. Il n'en reste pas moins qu'il est toujours utile de laisser des témoignages de certains actes, de certaines exactions, de ce que certains hommes sont capable d'inventer pour assurer la pérennité d'une race : à la fois d'en exterminer une autre et de se vouloir "créateur" d'une autre.

    "J'ai besoin, avant de mourir, de dire à mes enfants d'où ils viennent, même s'ils viennent de nulle part. Je me dois de leur raconter leur père et leur mère qui sont peut-être frère et sœur. Il paraît que non. Mais je ne crois plus personne. Personne ne m'a jamais crue. (p18)"

    J'ai aimé.

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  • « J’ai soixante-seize ans. Je sais à peine lire et écrire. Je devais être la gloire de l’humanité. J’en suis la lie. »
    C’est en ces termes que se décrit la narratrice de ce roman , Hildegard Muller. Et elle poursuit :
    « J’ai besoin avant de mourir de dire à mes enfants d’où ils viennent, même...
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    « J’ai soixante-seize ans. Je sais à peine lire et écrire. Je devais être la gloire de l’humanité. J’en suis la lie. »
    C’est en ces termes que se décrit la narratrice de ce roman , Hildegard Muller. Et elle poursuit :
    « J’ai besoin avant de mourir de dire à mes enfants d’où ils viennent, même s’il viennent de nulle part. »

    Car Hilldegard Muller est née dans un Lebensborn. Elle ne connaît pas avec exactitude sa date de naissance. De ses parents biologiques elle ne sait strictement rien.
    Toute sa vie elle a dû se contenter du peu qu’on a bien voulu lui dire.
    Elle a aussi dû porter le poids de la culpabilité et de la honte.
    Celles d’être née d’un projet absolument dément, imaginé par un homme fou qui rêvait de dominer le monde.
    On apprend que les allemands sous la direction de Hitler et de Himmler ont débuté le Lebensborn Programm en 1936. Le but annoncé de ce projet était de purifier la race germanique.
    Des milliers d’enfants sont nés durant la seconde guerre mondiale de parents de type aryen sélectionnés par les responsables avec pour unique mission de s’accoupler, au sens le plus trivial du terme pour enfanter des « hommes-machines » génétiquement parfaits aux yeux des nazis et programmés pour obéir aveuglement sans se poser de questions. Ont ainsi été crées trente quatre maternités implantées principalement en Allemagne mais aussi en Europe du Nord.
    Ces enfants devaient ensuite être adoptés par des familles allemandes et être élevés dans le plus pur respect doctrinal.
    A l’inverse le programme Action T4 se chargeait d’euthanasier les enfants qui ne correspondaient pas au programme, les enfants qui naissaient avec un handicap.
    Hildegard Muller et son mari Olaf appartiennent à la première catégorie. Elle serait née en Norvège, lui serait né dans un Lebensborn francophone. L’hypothèse n’est pas vérifiable car toutes les archives ont été détruites par les allemands à la fin de la guerre.
    Mais Hildegard pense qu’elle se doit de trouver des réponses. Pour ses enfants, avant tout.
    Alors, qu’aidée par le scribe qu’elle a engagé pour l’écriture de son journal, elle se heurte dans ses recherches à une série de réponses négatives, elle réalise que la meilleure façon qu’elle a d’aider ses enfants est de mettre tout en œuvre pour leur donner ce qu’elle même n’a pas eu : une famille aimante et protectrice au sein de laquelle ils pourront se construire un avenir.

    Voilà un livre qui avait piqué ma curiosité mais qui ne l’a pas vraiment satisfaite, et même si j’ai appris des choses que je ne connaissais pas sur cette partie de la seconde Guerre Mondiale, le sujet méritait d’être plus approfondi.
    Je remercie les éditions Belfond et Netgalley France pour cette lecture.

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  • Certains livres nous attirent comme des aimants, sans que l’on sache pourquoi.

    Certains livres font sens et sont le catalyseur de la douleur pour y mettre un baume qui pourrait l’adoucir.

    Certains auteurs ont le talent de savoir utiliser les mots pour parler des maux. Il ne suffit pas de...
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    Certains livres nous attirent comme des aimants, sans que l’on sache pourquoi.

    Certains livres font sens et sont le catalyseur de la douleur pour y mettre un baume qui pourrait l’adoucir.

    Certains auteurs ont le talent de savoir utiliser les mots pour parler des maux. Il ne suffit pas de savoir parler des maux. Le plus important étant d’utiliser les mots justes.

    Oscar Lalo, accompagne son personnage à travers sa renaissance. Elle est née la première fois dans un Lebensborn, la deuxième fois, elle naît quand elle commence à parler de sa douleur. Il n’y a pas pire douleur que de ne pas savoir d’où l’on vient. Être rejeté est une chose, mais connaître ses racines est le fondement, le socle sur lequel nous nous construisons. Sans cette base, les fondements manquent de stabilité. Comment construire sur des bases instables sa vie, une vie de famille. Comment aimer l’autre, quand on ne s’aime pas ?

    Être née dans un Lebensborn est la croix gammée que Hildegarde a portée toute sa vie.

    À travers le récit que pose le scribe, les langues se délient et posent la douleur de ne pas être reconnue. La souffrance de l’annihilation de son identité, doublée de l’évitement du sujet, ne peut aider un enfant à grandir.

    L’accompagnement vers une acceptation, vers la reconnaissance de l’état de victime permet d’avancer et de se construire. J’ai été très touchée par Hildegarde qui s’est sentie coupable toute sa vie d’être née dans un Lebensborn. Oscar Lalo, se met en retrait pour lui laisser la place, pour lui laisser la parole, mais surtout lui laisse la possibilité de poser enfin son fardeau. La culpabilité qu’elle porte en elle pèse près de 6 millions de personnes tuées. Sa culpabilité pèse, car elle est vivante, et eux sont morts. Elle est vivante et morte à la fois, elle marche à la lisière de sa vie, qu’elle n’aura pu vivre pleinement, car elle est la face visible et encore vivante du nazisme.

    Les mots comme des coups de scalpel qui permettent de retirer cette carapace dont s’est recouverte Hildegarde. Les mots claquent comme un fouet, comme une balle. Les mots étouffent Hildegarde qui les crachent pour vomir sa haine de ce qu’elle est. Elle est le visible de l’invisible qui plane sur 70 ans d’Histoire. Elle voudrait être invisible, mais elle crie sa rage.

    C’est un livre court, très court dont les mots sont habilement alignés, grâce à une plume incisive qui claque pour éveiller notre conscience sur un sujet très peu évoqué. Un sujet qui démontre l’impossibilité de reconnaître l’enfant victime du côté oppresseur.

    Des mots qui touchent, qui évoquent avec retenue, avec respect, avec poésie parfois pour mettre de la musicalité sur l’horreur.

    Hildegarde a été oubliée par l’Histoire et grâce aux mots, elle trouve une sérénité. Le scribe s’efface, la guide, c’est une thérapie par les mots, par la littérature. C’est un médicament sans ordonnance qui permet d’entendre la voix de la victime qui est l’enfant.

    C’est l’enfant en Hildegarde qui parle, c’est l’enfant qui souffre et c’est Oscar Lalo qui lui donne la parole.

    La forme du roman est atypique, puisque chaque page évoque une idée ou un sentiment. Loin du roman-fleuve qui pourrait déliter les sentiments, ici chaque page raisonne et fait sens. Chaque page réconcilie l’enfant avec l’adulte, chaque page est un pas vers l’acceptation, vers la délivrance.

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  • Je viens de refermer le roman de Oscar LALO: la race des orphelins.
    Ce livre est bouleversant, sidérant.
    La race des orphelins, raconte l'histoire d'Hildegard Muller, née en 1943 dans un Lebensborg, ces maternités conçues par les nazis pour créer la "race supérieure".
    Elle va faire appel à un...
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    Je viens de refermer le roman de Oscar LALO: la race des orphelins.
    Ce livre est bouleversant, sidérant.
    La race des orphelins, raconte l'histoire d'Hildegard Muller, née en 1943 dans un Lebensborg, ces maternités conçues par les nazis pour créer la "race supérieure".
    Elle va faire appel à un scribe pour l'aider à écrire son journal, Hildegard est orpheline, elle ne sait rien de sa naissance, elle éprouve alors à l'âge de 76 ans le besoin de savoir mais surtout de raconter l'horreur de ces enfants qui seront toute leur vie, coupables, alors que ce sont des victimes du nazisme.
    J'ai aimé le choix d'écriture, de récits brefs, mais tellement intenses, les mots sonnent justes.
    Et que dire du silence, de la honte, après la guerre!! L'Allemagne à pris grand soin d'effacer toutes traces de ces "maternités".
    C'est un témoignage glaçant mais nécessaire.
    Un véritable coup de coeur pour moi!!!

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  • Comment parler de ce livre ?
    Il me semble important de commencer par la forme. Un fragment plus ou moins long par page.
    Oscar Lalo est la plume courante, celle qui trace les mots en belles lettres pour faire affleurer les maux, les mettre au jour sans les trahir. C'est-à-dire sans pathos de...
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    Comment parler de ce livre ?
    Il me semble important de commencer par la forme. Un fragment plus ou moins long par page.
    Oscar Lalo est la plume courante, celle qui trace les mots en belles lettres pour faire affleurer les maux, les mettre au jour sans les trahir. C'est-à-dire sans pathos de mauvais aloi.
    Pour cela je suis persuadée qu'il faut beaucoup d'humilité et de grandeur pour se mettre au service d'une naissance.
    Celle d'Hildegarde Müller, 76 ans, quasi analphabète car née de la folie Hitlérienne et en particulier de celle d'Himmler.
    Privée de parents identifiés, de famille reconnue, d'éducation et d'instruction parce que née dans un Lebensborn, une fabrique à bébés de race pure.
    Une existence niée et entérinée par la non-reconnaissance au procès de Nuremberg de ces crimes comme entités, noyés dans la masse comme une banalité.
    « La banalité de mon mal, c'est d'avoir endossé l'uniforme de mon père pendant si longtemps. La banalité de mon mal, c'est l'idée que mon SS de père soit un homme normal, un bon mari, un bon père de famille. Cette banalité-là m'est insupportable. »
    Je ne vous en dirai pas plus sur Hildegarde Müller car je crois que chaque lecteur doit lui offrir sa naissance.
    Et pour moi, c'est en cela que ce livre est essentiel. Peu de livres font état de ce phénomène mais en le généralisant, le risque est de faire "un" une multiplicité. Alors qu'il est indispensable de légitimer chacun pour lui ouvrir la porte de sa prison intérieure, car leur naissance est un piège qui s'est refermé sur eux.
    « Nous sommes des orphelins maudits. »
    La forme m'a paru essentielle car si Hildegarde n'a pas les mots et a besoin d'un scribe, elle nous livre combien ses vides sont pleins à ras bord.
    C'est tellement fort, que le lecteur peut palper l'osmose qu'il y a entre Oscar et Hildegarde.
    Cette naissance fait que le lecteur a besoin de remontée à la surface à chaque page pour ne pas se noyer et faire honneur à la femme qu'est Hildegarde Müller.
    Chaque lecture sera l'étreinte fraternelle qui lui est due.
    Soyez nombreux à la prendre dans vos bras, à la serrer fort pour lui dire qu'elle existe et que son existence n'est pas vaine.
    Merci à Oscar Lalo sans qui... Cela n'a pas dû être facile et les stigmates doivent être là "encrées".
    ©Chantal Lafon-Litteratum Amor 12 décembre 2020.

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  • La seconde guerre mondiale, comme toutes les guerres, charrie son lot d’atrocités, de barbarie ; si nous avons tous en mémoire la Shoah, les camps, l’extermination à grande échelle d’un peuple, les Lebensborn restent dans l’ombre.

    Que sont devenus tous ces enfants, ces orphelins à la fin de...
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    La seconde guerre mondiale, comme toutes les guerres, charrie son lot d’atrocités, de barbarie ; si nous avons tous en mémoire la Shoah, les camps, l’extermination à grande échelle d’un peuple, les Lebensborn restent dans l’ombre.

    Que sont devenus tous ces enfants, ces orphelins à la fin de la guerre ?

    L’une d’elle magnifiquement incarnée par l’auteur, Oscar Lalo, livre son histoire : Hildegard, soixante-seize ans a choisi de parler. Elle se confie à un scribe chargé de reconstruire son passé, un journal intime par personne interposée. Son passé et son présent renaissent.

    Hildegard et tous ces enfants ont supporté une double peine. En effet, ils n’ont pas de passé, d’identité et de filiation et ils n’ont pas de place dans un monde nouveau où l’idéologie nazie est bannie.

    Plongée donc dans un monde terrifiant où des enfants payent le prix fort. Un passé honteux plongé dans l’oubli et un présent sans avenir, rejetés et maltraités, incarnant à jamais le régime nazi. « Nous sommes la vitrine d’une boutique qui représente le mal absolu , l’échantillon toujours en vie de l’Allemagne nazie » résume Hildegard.

    Le récit est fort, les mots d’Hildegard percutent. La forme du texte, petits paragraphes qui se succèdent, contribue à cet effroi – une construction qui peut surprendre au départ mais qui insuffle un vrai rythme.
    A noter que le texte est par ailleurs très documenté.

    J’ai particulièrement été atterrée par le sort réservé à ces enfants et notamment la description des orphelinats abandonnés que les américains découvrent à la libération. Les SS et les puéricultrices n’avaient pas hésité à prendre le large laissant sur place des bébés et de très jeunes enfants sans soin, sans alimentation.

    C’est un texte glaçant et émouvant sur une page d’histoire trop souvent méconnue qu’il m’a été donné de lire et que je n’oublierai pas.

    J’ai d’ailleurs prolongé la quête d’Hildegarde en fouillant sur le net les photos d’archive et les quelques témoignages de ces orphelins sacrifiés.

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  • Hildegard Müller a été conçue dans un Lebensborn : une « maternité » où l’on choisissait les parents sur catalogue, pour qu’ils soient des Aryens, les plus purs possible : un père SS, une mère qui répond aux critères, choisie de préférence dans les pays nordiques, notamment la Norvège qui se...
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    Hildegard Müller a été conçue dans un Lebensborn : une « maternité » où l’on choisissait les parents sur catalogue, pour qu’ils soient des Aryens, les plus purs possible : un père SS, une mère qui répond aux critères, choisie de préférence dans les pays nordiques, notamment la Norvège qui se rapproche le plus de la race pure comme la concevait la folie nazie, construite sur des légendes… On mesurait les parents sous toutes les formes, taille, la hauteur des pommettes (pour éviter toute possibilité de contamination par les Slaves !), la hauteur des oreilles, le nez… il fallait que ces bébés soient parfaits, blonds aux yeux bleus…

    Une fois le couple sélectionné, on surveillait (?) la grossesse, et on regardait si le bébé était conforme aux espérances, sinon, sélection oblige, on les tuait. Les nazis n’étaient pas à une élimination près… après on les séparait de leur mère très vite pour les élever selon les principes mis au point par Himmler (où a-t-il eu son diplôme de médecin ?), la préparation du plat protéiné en question et le moins possible de contact physique, pas de scolarité… Les nazis s’occupaient mieux de la pâtée et de la santé de leurs chiens…

    Hildegard décide à soixante-seize ans d’écrire son histoire. Elle a réussi à survivre, à se marier avec Olaf, issu comme elle d’un Lebensborn et avoir des enfants mais comme elle sait à peine lire et écrire, elle se confie à un scribe pour retranscrire ce qu’elle ressent.

    Après avoir regroupé tous les enfants nés de cette ignominie, sans le centre principal situé en Allemagne, les nazis ont brûlé toutes les archives concernant le projet Lenbensborn, avant de vider les lieux, laissant les enfants, le plus souvent des nourrissons, sans soins, en ayant emporté avec eux les réserves alimentaires. Quand les Américains sont arrivés ils ont trouvé les restes de l’autodafé…

    Comment se construire, car il ne s’agit même pas de reconstruction ici, quand on vous découvre âgée de dix-huit mois, ne pouvant pas s’exprimer, se faire entendre (le problème de la langue mais aussi l’absence de soins qui rend mutique), quand on sait seulement que sa mère est Norvégienne et le père illustre inconnu, quand on ne sait même pas s’il s’agit seulement d’un acte charnel sur commande, ou si cela a été encore pire.

    Hildegard dit, elle-même, que « sa vie est un cadenas sans combinaison ».

    J’ai appris en lisant ce livre qu’il existait des Lebensborn non seulement en Allemagne mais partout où les nazis ont sévi et notamment qu’il y en avait un en France, et un en Belgique.

    « Le projet Lebensborn date de 1935. Le sombre projet de remplacer la race inférieure par la race supérieure. La seule race que les SS aient créée est la race des orphelins. »

    J’ai bien aimé le cheminement d’Hildegard, la manière ironique dont elle parle de ses bourreaux, des atrocités nazies, ou quand elle compare son récit au journal d’Anne Franck, même si cela m’a dérangée au début, ainsi que la manière dont ces enfants ont été ignorés ou presque car ils représentaient la folie nazie, alors qu’ils n’y étaient pour rien. Aidée de son scribe, comme elle l’appelle, qui lui apporte des documents administratifs, ou des livres, des romans qu’il lui fait découvrir, elle va suivre sa quête, tentée de retrouver les traces de sa mère, savoir si elle était vraiment Norvégienne, alors que son époux préfère rester en dehors.

    Une image forte : ces enfants se sont retrouvés dans un couvent qui accueillaient aussi des enfants plus âgés qui avaient survécu à l’enfer des camps et perdu toute leur famille, et ce sont eux qui s’occupaient de ces bébés Lebensborn, leur donnaient le biberon…

    J’ai bien aimé la construction du récit que nous livre Oscar Lalo, des petits chapitres, avec parfois des phrases qui se répètent, mais pas tout à fait à l’identique, comme si Hildegard cherchait le mot le plus approprié, la nuance, elle qui nous dit qu’elle sait à peine lire et écrire, qu’elle a appris avec ses enfants.

    J’ai lu de nombreux ouvrages, romans ou documentaires, sur les nazis, car c’était leur mécanisme de fonctionnement qui m’intéressait, ou les camps d’extermination, la » solution finale » mais j’ai très peu fouillé du côté des Lebensborn et des médecins nazis car c’était inconcevable pour moi que des médecins se comportent ainsi. J’ai lu quelques ouvrages sur Mengele (ne comptez pas sur moi pour l’appeler docteur !) à l’adolescence et j’en ai fait des cauchemars…

    Ces médecins apprentis sorciers inoculaient des maladies, (la syphilis notamment les passionnait) pour publier de magnifiques descriptions, étaient obsédés par la génétique ou la gémellité …

    On ne sort pas indemne de ce livre, car le dégoût est souvent là, mais l’empathie pour Hildegard l’emporte, et Oscar Lalo m’a donné envie d’en savoir plus, et de m’immerger dans le sujet, et notamment dans le livre de Boris Thiolay : « Lebensborn, la fabrique des enfants parfaits » (cf. les liens ci-dessous)

    Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce livre ainsi que son auteur.

    #LaRacedesorphelins #NetGalleyFrance 9/10

    https://leslivresdeve.wordpress.com/2020/09/27/la-race-des-orphelins-doscar-lalo/

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  • La race des orphelins, c'est celle de ces enfants nés dans les Lebensborn, des maternités dans lesquelles les Nazis ont tenté de créer une « race supérieure » de Germains nordiques, des lieux sordides où des femmes racialement sélectionnées donnent la vie à des bébés blonds aux yeux bleus nés de...
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    La race des orphelins, c'est celle de ces enfants nés dans les Lebensborn, des maternités dans lesquelles les Nazis ont tenté de créer une « race supérieure » de Germains nordiques, des lieux sordides où des femmes racialement sélectionnées donnent la vie à des bébés blonds aux yeux bleus nés de rencontres furtives avec des SS avant de les abandonner au parti. Entre 9 et 12.000 enfants seraient nés dans des Lebensborn allemand, norvégien et même français ( le manoir de Lamorlaye dans l'Oise ). Près de 10.000 enfants aux caractéristiques physiques aryennes ont également été arrachés à leurs parents dans les territoires conquis par les Nazis pour être placés dans ces centres de germanisation.

    C'est forcément très intéressant de voir comment un écrivain peut s'emparer d'un sujet aussi puissant et finalement méconnu ( les Nazis ont effacé toute trace de cette folie eugéniste à la fin de la guerre ), et l'occurence, le résultat est ici très impressionnant.

    La race des orphelins se présente comme le journal de Hildegarde Müller, née dans un Lebensborn norvégien, aujourd'hui vieille femme en quête de son histoire qui est passé à la trappe de la grande Histoire. Oscar Lalo refuse une forme purement narrative pour faire le choix très pertinent d'un récit composé de bribes, de fragments, chacun sur une page, parfois juste quelques lignes. Cette économie de mots est remarquablement maitrisée, chaque mot à sa place. Ces mots hurlent la mémoire figée de la petite enfance inaccessible, crient les trous béants de ne pas connaître l'identité de ses parents. Les mots se répètent pour dire ils crient l'indicible et l'éternelle culpabilité d'être née de la volonté d'Hitler.

    « Dans mon jeu de cartes, mon roi et ma reine ne valent rien. J'ai tout fait pour l'en guérir, pour divorcer de mes parents. Mais on m'oppose un vide juridique : on ne divorce pas du vide. On baigne dedans, comme dans une piscine sans eau.(...) Comme vous le savez, je n'ai pas de légendes à inscrire sous les photos de ma petite enfance. Normal : je n'ai pas de photos. Alors j'ai recours aux images et, tant qu'à faire, à des images absurdes. Ma naissance est absurde. Je suis née sans cordon. Ma piscine sans eau, c'est parce que je suis obligée de sortir d'un liquide amniotique qui n'existe pas. Une déplacée sans placenta. J'ai perdu les eaux. »

    Ce roman court et intense sidère et prend aux tripes, et il le fait sans pathos aucun mais avec une charge émotionnelle qui semble pouvoir surgir à tout moment.

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