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La race des orphelins

Couverture du livre « La race des orphelins » de Oscar Lalo aux éditions Belfond
  • Date de parution :
  • Editeur : Belfond
  • EAN : 9782714493484
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Je m'appelle Hildegard Müller. Ceci est mon journal.
Je m'appelle Hildegard Müller. En fait, je crois que je ne m'appelle pas.
J'ai soixante-seize ans. Je sais à peine lire et écrire. Je devais être la gloire de l'humanité. J'en suis la lie.

Qui est Hildegard Müller ? Le jour où il la... Voir plus

Je m'appelle Hildegard Müller. Ceci est mon journal.
Je m'appelle Hildegard Müller. En fait, je crois que je ne m'appelle pas.
J'ai soixante-seize ans. Je sais à peine lire et écrire. Je devais être la gloire de l'humanité. J'en suis la lie.

Qui est Hildegard Müller ? Le jour où il la rencontre, l'homme engagé pour écrire son journal comprend que sa vie est irracontable, mais vraie.

J'ai besoin, avant de mourir, de dire à mes enfants d'où ils viennent, même s'ils viennent de nulle part.

Oscar Lalo poursuit son hommage à la mémoire gênante, ignorée, insultée parfois, toujours inaccessible. Il nous plonge ici dans la solitude et la clandestinité d'un des secrets les mieux gardés de la Seconde Guerre mondiale.

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Avis (7)

  • Hildegard Müller a été conçue dans un Lebensborn : une « maternité » où l’on choisissait les parents sur catalogue, pour qu’ils soient des Aryens, les plus purs possible : un père SS, une mère qui répond aux critères, choisie de préférence dans les pays nordiques, notamment la Norvège qui se...
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    Hildegard Müller a été conçue dans un Lebensborn : une « maternité » où l’on choisissait les parents sur catalogue, pour qu’ils soient des Aryens, les plus purs possible : un père SS, une mère qui répond aux critères, choisie de préférence dans les pays nordiques, notamment la Norvège qui se rapproche le plus de la race pure comme la concevait la folie nazie, construite sur des légendes… On mesurait les parents sous toutes les formes, taille, la hauteur des pommettes (pour éviter toute possibilité de contamination par les Slaves !), la hauteur des oreilles, le nez… il fallait que ces bébés soient parfaits, blonds aux yeux bleus…

    Une fois le couple sélectionné, on surveillait (?) la grossesse, et on regardait si le bébé était conforme aux espérances, sinon, sélection oblige, on les tuait. Les nazis n’étaient pas à une élimination près… après on les séparait de leur mère très vite pour les élever selon les principes mis au point par Himmler (où a-t-il eu son diplôme de médecin ?), la préparation du plat protéiné en question et le moins possible de contact physique, pas de scolarité… Les nazis s’occupaient mieux de la pâtée et de la santé de leurs chiens…

    Hildegard décide à soixante-seize ans d’écrire son histoire. Elle a réussi à survivre, à se marier avec Olaf, issu comme elle d’un Lebensborn et avoir des enfants mais comme elle sait à peine lire et écrire, elle se confie à un scribe pour retranscrire ce qu’elle ressent.

    Après avoir regroupé tous les enfants nés de cette ignominie, sans le centre principal situé en Allemagne, les nazis ont brûlé toutes les archives concernant le projet Lenbensborn, avant de vider les lieux, laissant les enfants, le plus souvent des nourrissons, sans soins, en ayant emporté avec eux les réserves alimentaires. Quand les Américains sont arrivés ils ont trouvé les restes de l’autodafé…

    Comment se construire, car il ne s’agit même pas de reconstruction ici, quand on vous découvre âgée de dix-huit mois, ne pouvant pas s’exprimer, se faire entendre (le problème de la langue mais aussi l’absence de soins qui rend mutique), quand on sait seulement que sa mère est Norvégienne et le père illustre inconnu, quand on ne sait même pas s’il s’agit seulement d’un acte charnel sur commande, ou si cela a été encore pire.

    Hildegard dit, elle-même, que « sa vie est un cadenas sans combinaison ».

    J’ai appris en lisant ce livre qu’il existait des Lebensborn non seulement en Allemagne mais partout où les nazis ont sévi et notamment qu’il y en avait un en France, et un en Belgique.

    « Le projet Lebensborn date de 1935. Le sombre projet de remplacer la race inférieure par la race supérieure. La seule race que les SS aient créée est la race des orphelins. »

    J’ai bien aimé le cheminement d’Hildegard, la manière ironique dont elle parle de ses bourreaux, des atrocités nazies, ou quand elle compare son récit au journal d’Anne Franck, même si cela m’a dérangée au début, ainsi que la manière dont ces enfants ont été ignorés ou presque car ils représentaient la folie nazie, alors qu’ils n’y étaient pour rien. Aidée de son scribe, comme elle l’appelle, qui lui apporte des documents administratifs, ou des livres, des romans qu’il lui fait découvrir, elle va suivre sa quête, tentée de retrouver les traces de sa mère, savoir si elle était vraiment Norvégienne, alors que son époux préfère rester en dehors.

    Une image forte : ces enfants se sont retrouvés dans un couvent qui accueillaient aussi des enfants plus âgés qui avaient survécu à l’enfer des camps et perdu toute leur famille, et ce sont eux qui s’occupaient de ces bébés Lebensborn, leur donnaient le biberon…

    J’ai bien aimé la construction du récit que nous livre Oscar Lalo, des petits chapitres, avec parfois des phrases qui se répètent, mais pas tout à fait à l’identique, comme si Hildegard cherchait le mot le plus approprié, la nuance, elle qui nous dit qu’elle sait à peine lire et écrire, qu’elle a appris avec ses enfants.

    J’ai lu de nombreux ouvrages, romans ou documentaires, sur les nazis, car c’était leur mécanisme de fonctionnement qui m’intéressait, ou les camps d’extermination, la » solution finale » mais j’ai très peu fouillé du côté des Lebensborn et des médecins nazis car c’était inconcevable pour moi que des médecins se comportent ainsi. J’ai lu quelques ouvrages sur Mengele (ne comptez pas sur moi pour l’appeler docteur !) à l’adolescence et j’en ai fait des cauchemars…

    Ces médecins apprentis sorciers inoculaient des maladies, (la syphilis notamment les passionnait) pour publier de magnifiques descriptions, étaient obsédés par la génétique ou la gémellité …

    On ne sort pas indemne de ce livre, car le dégoût est souvent là, mais l’empathie pour Hildegard l’emporte, et Oscar Lalo m’a donné envie d’en savoir plus, et de m’immerger dans le sujet, et notamment dans le livre de Boris Thiolay : « Lebensborn, la fabrique des enfants parfaits » (cf. les liens ci-dessous)

    Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce livre ainsi que son auteur.

    #LaRacedesorphelins #NetGalleyFrance 9/10

    https://leslivresdeve.wordpress.com/2020/09/27/la-race-des-orphelins-doscar-lalo/

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  • La race des orphelins, c'est celle de ces enfants nés dans les Lebensborn, des maternités dans lesquelles les Nazis ont tenté de créer une « race supérieure » de Germains nordiques, des lieux sordides où des femmes racialement sélectionnées donnent la vie à des bébés blonds aux yeux bleus nés de...
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    La race des orphelins, c'est celle de ces enfants nés dans les Lebensborn, des maternités dans lesquelles les Nazis ont tenté de créer une « race supérieure » de Germains nordiques, des lieux sordides où des femmes racialement sélectionnées donnent la vie à des bébés blonds aux yeux bleus nés de rencontres furtives avec des SS avant de les abandonner au parti. Entre 9 et 12.000 enfants seraient nés dans des Lebensborn allemand, norvégien et même français ( le manoir de Lamorlaye dans l'Oise ). Près de 10.000 enfants aux caractéristiques physiques aryennes ont également été arrachés à leurs parents dans les territoires conquis par les Nazis pour être placés dans ces centres de germanisation.

    C'est forcément très intéressant de voir comment un écrivain peut s'emparer d'un sujet aussi puissant et finalement méconnu ( les Nazis ont effacé toute trace de cette folie eugéniste à la fin de la guerre ), et l'occurence, le résultat est ici très impressionnant.

    La race des orphelins se présente comme le journal de Hildegarde Müller, née dans un Lebensborn norvégien, aujourd'hui vieille femme en quête de son histoire qui est passé à la trappe de la grande Histoire. Oscar Lalo refuse une forme purement narrative pour faire le choix très pertinent d'un récit composé de bribes, de fragments, chacun sur une page, parfois juste quelques lignes. Cette économie de mots est remarquablement maitrisée, chaque mot à sa place. Ces mots hurlent la mémoire figée de la petite enfance inaccessible, crient les trous béants de ne pas connaître l'identité de ses parents. Les mots se répètent pour dire ils crient l'indicible et l'éternelle culpabilité d'être née de la volonté d'Hitler.

    « Dans mon jeu de cartes, mon roi et ma reine ne valent rien. J'ai tout fait pour l'en guérir, pour divorcer de mes parents. Mais on m'oppose un vide juridique : on ne divorce pas du vide. On baigne dedans, comme dans une piscine sans eau.(...) Comme vous le savez, je n'ai pas de légendes à inscrire sous les photos de ma petite enfance. Normal : je n'ai pas de photos. Alors j'ai recours aux images et, tant qu'à faire, à des images absurdes. Ma naissance est absurde. Je suis née sans cordon. Ma piscine sans eau, c'est parce que je suis obligée de sortir d'un liquide amniotique qui n'existe pas. Une déplacée sans placenta. J'ai perdu les eaux. »

    Ce roman court et intense sidère et prend aux tripes, et il le fait sans pathos aucun mais avec une charge émotionnelle qui semble pouvoir surgir à tout moment.

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  • Elle s’appelle Hildegard Müller et elle a soixante-seize ans. Enfant du Lebensborn Programm, orpheline sacrifiée à la volonté de l’Allemagne nazie de créer une race supérieure. A la fin de la guerre en 1945, elle a dix-huit mois. Sa mère ? Peut-être une norvégienne. Son père ? Probablement un...
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    Elle s’appelle Hildegard Müller et elle a soixante-seize ans. Enfant du Lebensborn Programm, orpheline sacrifiée à la volonté de l’Allemagne nazie de créer une race supérieure. A la fin de la guerre en 1945, elle a dix-huit mois. Sa mère ? Peut-être une norvégienne. Son père ? Probablement un SS. Son identité ? Totalement inconnue. Niée, oubliée, détruite avec toutes les notes et les archives de ces lieux destinés à élever les enfants du futur d’une Allemagne régnant sur le monde. Son nom est-il seulement son nom ? 

    Comment raconter l’histoire d’une personne qui ne sait pas d’où elle vient, qui elle est, qui n’a aucun souvenir de son enfance, qui s’est construite sur du vide. Le vide abyssal d’un programme fou qu’on a ensuite voulu oublier et les enfants qui en étaient issus avec.

    C’est le tour de force d’Oscar Lalo qui sait nous rendre palpable à la fois l’extrême détresse de cette femme et l’incommensurable horreur de ce qui a été vécu. 

    Et Hildegard s’interroge : peut-elle établir un parallèle entre son histoire et ce qu’ont traversé des milliers d’enfants juifs, déportés et tués ? N’avoir aucun souvenir ni aucune idée de qui sont ses parents, avoir été totalement occultée par l’histoire et le pays qui l’a fait naître sont-ils préférables aux souvenir atroces que d’autres enfants ont rapporté de ces années de guerre ? Comment se construire et tout simplement être dans un monde qui vous refuse toute légitimité et toute existence réelle ? Comment vivre avec ce sentiment de culpabilité et d’illégitimité qui ne vous quitte jamais ?

    Si je connaissais l’existence de ses pouponnières (je ne savais pas par contre qu’il y en avait eu une en France), je n’avais jamais réfléchi aux conséquences que cela pouvait avoir eu sur les enfants qui y avait été élevés. Car ils ont été privés non seulement de leurs parents mais aussi de chaleur humaine et d’identité propre pour finir par être totalement rejetés. Dans le cas d’Hildegard même la plus élémentaire éducation ne lui a pas été donnée : elle sait à peine lire et écrire. Et que dire de leur sortie de ces lieux ? Ballotée d’orphelinats en familles d’accueil, Hildegard a été condamnée et rejetée à cause de ses origines. Comme si une enfant de dix-huit mois portait dans ses gènes à la fois le germe nazi et la honte qu’elle pouvait représenter. 

    En chapitres brefs qui sont autant de pensées, Hildegard nous conte son histoire grâce à celui qu’elle nomme son scribe et qui l’aide à transcrire ses pensées et à rechercher les traces de son existence. Car même si elle a construit un foyer, eu des enfants, elle reste cette orpheline victime de la folie la plus effrayante. Pour tous ces enfants ignorés et broyés par une machine implacable ce livre est un récit indispensable, un éclairage et un travail de mémoire nécessaires et un hommage vibrant pour dévoiler ce terrible secret.

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  • Dans ce roman, Oscar Lalo explore l’un des programmes les plus secrets des nazis, celui des «Lebensborn». Des femmes spécialement sélectionnées mettaient au monde des enfants de type aryen, destinés à asseoir la supériorité de cette race.

    Pour son second roman, Oscar Lalo n’a pas cherché la...
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    Dans ce roman, Oscar Lalo explore l’un des programmes les plus secrets des nazis, celui des «Lebensborn». Des femmes spécialement sélectionnées mettaient au monde des enfants de type aryen, destinés à asseoir la supériorité de cette race.

    Pour son second roman, Oscar Lalo n’a pas cherché la facilité. La race des orphelins s’attaque à un dossier sensible, celui des Lebensborn, dont Wikipédia nous apprend qu’il s’agissait de centres conçus par Himmler où «des femmes considérées comme aryennes pouvaient concevoir des enfants avec des SS inconnus, puis accoucher anonymement dans le plus grand secret et remettre leur nouveau-né à la SS en vue de constituer l’élite du futur "Empire de mille ans"».
    Hildegard Müller est née en 1943 dans l’un de ces centres. Elle éprouve aujourd’hui le besoin de «cracher sa vie irracontable» et convoque pour ce faire un «scribe» chargé de recueillir et mettre en forme son témoignage. Une tâche des plus ardues, car son dossier est surtout constitué de trous béants. Hildegard Müller ne sait pas grand chose de ses origines, sinon une date de naissance. «Issus de parents interdits, on est orphelins. On naît orphelins. Frappés du sceau de la trahison. Je suis une orpheline dont les parents sont restés lettre morte. Les mots ne peuvent pas vivre avec des lettres mortes.»
    Car l’Allemagne, au sortir de la Guerre, a pris soin de faire disparaître les traces de cette folie eugéniste pour laquelle tout avait été pensé et planifié: «On avait droit aux meilleurs soins. Les meilleurs soins selon Himmler, c’est une infirmière après qu’on nous a arraché notre mère. Un plat protéiné dont il composait lui-même le menu. L’industrialisation de notre éducation. La rationalisation de cette industrie du bébé parfait. De l’amour mesurable, quantifiable, identifiable. Un amour théorique. Un oxymore.»
    Ce qui fait la force et sans doute la réussite de ce roman, c’est son rythme, son découpage. Construit sur les réflexions d’Hildegard, il est fait de courts chapitres, la plupart n’excédant pas une page et reflétant la difficulté, le tragique de cette histoire: «Peu de lignes par page. Déjà un miracle qu’il y ait ces mots sur ces pages que vous tenez entre vos mains. Vous auriez pu tenir du vide. Mon histoire n’a pas de début. Pas de chapitres non plus. J’ai perdu mon enfance. Ma vie, ce vide.»
    Et pourtant il faut bien vivre, essayer de remplir ce vide. Alors Hildegard choisit un mari, un Français qui partage avec elle un passé indéchiffrable. «Savoir que son conjoint n’en sait pas plus que soi est un réconfort. Nous savions notre enfance sans substance. Ensemble, notre passé nous tenait moins froid.» Mais ce passé, à l’heure où la mort rôde, ne peut pas se dissoudre dans un oubli qui signifierait que les bourreaux avaient gagné la partie. Comment dire «plus jamais ça» s’il n’y a pas eu de «ça»? Alors faute de pouvoir retracer le parcours d’Hildegard Müller, on peut essayer de trouver les traces de ses compagnons d’infortune, essayer de savoir ce que sont devenus les autres enfants des Lebensborn. Et tous les autres enfants victimes de guerres
    Avec beaucoup de sensibilité et de pudeur, Oscar Lalo nous offre un livre poignant et percutant, un témoignage glaçant.
    https://urlz.fr/dSwi

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  • Hildegard Müller est une enfant du IIIe Reich. Issue d’un Lebensborn, elle ne connaîtra ni l’identité de son père, selon toute vraisemblance un SS, ni celle de sa mère. À 76 ans, elle le vit très mal et n’a toujours pas refermé ses blessures. Elle fera appel à un scribe afin qu’il l’aide à...
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    Hildegard Müller est une enfant du IIIe Reich. Issue d’un Lebensborn, elle ne connaîtra ni l’identité de son père, selon toute vraisemblance un SS, ni celle de sa mère. À 76 ans, elle le vit très mal et n’a toujours pas refermé ses blessures. Elle fera appel à un scribe afin qu’il l’aide à retranscrire ses mémoires dans une sorte de journal intime.

    J’ai lu très peu de romans traitant des Lebensborn, et j’avoue que, jusqu’il y a peu de temps, j’ignorais tout de ce pan de l’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale. Ce récit est percutant, empli de tragédie, et surtout, incroyablement humain. Hildegard se servira de ce journal intime comme d’un exutoire et elle se livrera à son lecteur avec toute la sincérité possible.

    Le lecteur suivra, au travers des courtes entrées qui composent ce journal, une femme brisée et en peine afin de se reconstruire. Elle se sent oubliée, ignorée. C’est un témoignage poignant et très dur à découvrir. Hildegard ne prendra pas de pincettes et livrera ses émotions sans fards.

    La plume de l’auteur est incisif. Les mots résonnent fortement et c’est extrêmement poignant. Les chapitres sont très courts, composés de quelques pensées jetées en vrac de la part d’Hildegard. J’ai été déroutée de me retrouver avec un tel schéma narratif au début, mais par la suite, je l’ai trouvé totalement judicieux, octroyant ainsi du caractère à ce récit.

    Un roman percutant sur une thématique peu abordée en littérature. J’ai lu le journal de la protagoniste avec beaucoup de tristesse et ce récit ne vous laissera pas indifférent. À lire.

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  • Hildegard Müller, 76 ans. Elle devait être la gloire de l'humanité, elle en est la lie.
    Elle nous propose un journal, son journal , mais ce n'est pas elle qui l'a écrit, elle a engagé un scribe, un traducteur à qui elle raconte sa vie pour essayer de comprendre ce qui ne peut l'être. En...
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    Hildegard Müller, 76 ans. Elle devait être la gloire de l'humanité, elle en est la lie.
    Elle nous propose un journal, son journal , mais ce n'est pas elle qui l'a écrit, elle a engagé un scribe, un traducteur à qui elle raconte sa vie pour essayer de comprendre ce qui ne peut l'être. En français en plus c'est très bien car la langue allemande, celle qui donne des ordres, langue torturée par les SS, elle ne peut plus l'entendre.

    Pour réveiller sa mémoire et les souvenirs inexistants, le scribe lui lit des livres et des silences surgissent des bribes. Elle veut quitter le silence qui a fait d'elle une figurante de sa vie et témoigner, raconter l'irracontable car il n'existe pas. Elle souhaite pour ses enfants que ce journal soit "le cadeau de sa naissance avant qu'elle meure" pour qu'ils sachent d'où ils viennent.

    Mais qui est Hildegard ? Elle préfère qu'on la nomme Sara sans H car certaines lettres évoquent des douleurs, elle est enfant du 3ème Reich.

    H comme Hitler, comme Himmler surtout à son origine et celle du Lebensborn Programm, de 34 centres répartis en Europe durant la seconde guerre qui vont créer "la race des orphelins" en ayant la volonté de créer une race parfaite supérieure engendrant la volonté d'exterminer d'une part et de procréer, entendez par là de créer professionnellement.

    Des mères de type aryenne, de préférence norvégienne car race pure sans mélange et des SS qui obéissent aux ordres et offrir des enfants au Führer pour une Allemagne de race supérieure !

    Notre narratrice est conçue et abandonnée par un fantôme, le TOTALITARISME.

    Une horreur, une abomination qui laisse comme racine la douleur de l'ABSENCE. Impossible de retrouver des traces de ses racines, de ses "parents" car toute preuve, tout document ont été détruits à la mort d'Hitler.

    Elle est face à un mur, pire face à un DÉNI puisque ces centres semblent n'avoir jamais existé, seule la souffrance existe car appartenant à l'État, elle est et restera toujours du côté des persécuteurs, des SS, c'est tout ce que l'on voit d'elle; le mal, l'horreur, la persécution alors que c'est elle la victime, elle qui est du côté de la souffrance.

    Elle est un cadeau empoisonné, officiellement conçue par PERSONNE avec uniquement ses incertitudes quand à son nom, le lieu et la date de sa naissance, l'identité de ses parents.

    C'est une victime accusée d'être coupable.

    Oscar Lalo nous offre un roman dont la construction est originale, très intéressante. Son écriture est puissante, percutante, avec retenue, pudeur et fermeté. Peu à peu on apprivoise Hildegard et l'empathie très présente nous l'a fait ressentir murmurant sa vie à notre oreille.

    Sur chaque page, des textes courts mais extrêmement percutants. Avec une économie de mots l'indicible nous est conté. C'est fort, très fort en émotions, j'en ai pris des claques. La langue est somptueuse, chaque mot choisi à la perfection. L'envie de méditer, de prendre une respiration m'a accompagnée car chaque phrase est travaillée, ciselée et percute, fait mouche en plein cœur, m'a fait chavirer. Ce texte est dur, très dur mais essentiel et la beauté des mots l'emporte.

    Oscar Lalo nous livre ici un réel plaidoyer pour réhabiliter Hildegard, la faire exister et surtout mettre en avant la mémoire oubliée, gênante dont la honte peut-être fait qu'elle soit toujours inaccessible, oubliée.

    J'avais envie de connaître la vie d'Hildegard, de voir si sa quête de savoir, de vérité allait enfin aboutir et en même temps, j'avais envie de lire lentement pour la garder un peu plus longtemps près
    de moi. Une chose est certaine c'est que je ne sors pas indemne de son histoire et qu'elle restera encore très longtemps dans ma mémoire.

    Ce récit nous apprend beaucoup sur un sujet dont les livres d'histoire sont trop discrets, en le lisant je pensais à "Kinderzimmer" de Valentine Goby mais aussi au livre de mon compatriote Jean-Louis Aerts qui évoque le Lebensborn de Wégimont dans son roman "Un demi-siècle de mensonges"

    J'ai encore envie de vous dire beaucoup de choses sur cette pépite, mais le plus simple est sans doute que vous vous rendiez chez votre libraire indépendant et le découvriez à votre tour.

    C'est un immense coup de coeur, c'est LE livre dont j'ai envie de parler à cette rentrée littéraire.
    Un véritable chef-d'œuvre ♥♥♥♥♥


    Les jolies phrases

    La pire des puanteurs; c'est le silence. Il a fait de moi la figurante de ma vie.

    Mon corps n'a pas de voix. Il a tout vécu mais je n'y ai pas accès. Mon corps me sait mais mon corps se tait. Lui aussi me traite comme une enfant. Toutes ces choses qu'il ne dit pas devant moi. Il les dit quand je dors. Parfois, ça me réveille. Alors, il fait semblant de dormir. Et je reste coincée dans ce rêve muet.

    J'ai vu tomber le mur de Berlin. Mais mon mur du silence, il est toujours debout.

    Il dit que les livres sombres sont souvent lumineux. Il dit que la bibliothérapie et la luminothérapie c'est la même chose : une lampe frontale pour fouiller sa vie.

    Votre enfance est une flamme étouffée mais jamais éteinte. C'est pour ça qu'elle brûle encore.

    Le viol est une arme de guerre comme une autre. Il laisse moins de traces. Il tue sans la tuer celle qui est victime. Je suis peut-être une de ces traces.

    Les Juifs obligés de se cacher, et les enfants de SS qu'on cache, ça a commencé à peu près à la même époque.

    Quand on se cache en temps de guerre, un jour ça prend fin. On vous trouve, on vous arrête, on vous tue ! Avec un peu de chance la guerre prend fin. Quand on se cache en temps de paix, ça ne prend jamais fin un jour. C'est la nuit en continu. La nuit continue. Ce journal pour savoir où, comment, et par qui j'ai vu le jour.

    Mon scribe m'apprend qu'on appelle les Juifs "le peuple du livre". Du coup, je comprends mieux l'autodafé organisé par Hitler devant l'Opéra de Berlin le 10 mai 1933. Un avant-goût d'Auschwitz. Cette nuit-là, les auteurs juifs sont partis en fumée. Tout le monde n'y a vu que du feu.

    J'ai demandé à mon scribe de me lire d'autres livres. Pas juste des extraits. Non. Des livres en entier. Il a accepté. Il lit le matin. On parle l'après-midi. C'est le bon ordre. Sa lecture est un détonateur à souvenirs. On commence tôt le matin. Sa lecture réveille délicatement ma mémoire. Elle dépose des mots sur des images sans légendes. Des images jaunies, floues, rangées il y a presque un siècle dans mes tiroirs les plus inaccessibles. Des pellicules argentiques que sa lecture développe.

    Ces crimes n'ont pas suffi à faire condamner les dirigeants du Lebensborn Programm. De toute façon, je n'ai pas accès au théâtre judiciaire. Ma seule tribune, c'est ce journal. Mon seul recours, c'est d'être cette voix imprimée, silencieuse, qui murmure en langue des signes cette page d'histoire qui ne veut pas s'écrire. En langue des signes, car je m'adresse à des sourds. Il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Cette face cachée du nazisme est une langue étrangère que personne n'a envie d'apprendre.

    Je suis non seulement fille de l'Allemagne, mais je suis fille de Berlin. Comme Berlin, je suis une ville de débris. Une ville dont on a bombardé la mémoire. Une ville dont on a rasé l'histoire. Je suis née ruine. Je respire la poussière. C'est difficile de se construire sur des gravats.

    Comment parler d'un secret dont on a honte ? Ces secrets-là nous rongent comme des métastases. Ce journal, c'est ma chimio. Ce journal, c'est aussi la radiographie du secret de ma naissance, son scan, son IRM. Il paraît que ces machines permettent de voir ce qui ne se voit pas. Toute cette technologie saura-t-elle montrer ce secret que j'ignore? J'écoute le médecin habilité à lire ce genre de clichés. Il ne parvient pas à définir ces ombres qui se terrent tout au fond du champ magnétique. Mauvaise nouvelle : il nous apprend qu'un noyau atomique instable est supposé radioactif. Mais il refuse de se prononcer d'avantage. Comme on le presse, il lâche vaincu : "Je ne peux pas vous aider. Il doit s'agir dune maladie orpheline."

    Ma vie est une erreur judiciaire. Ma vie est ce cauchemar éveillé où les victimes sont présumées coupables et accusées comme telles dès leur plus tendre enfance, et où les coupables, barbares infanticides, ne sont pas inquiétés. Tout ça est incompréhensible. Comme ma vie n'a cessé de l'être. Ce journal pour comprendre ce qui ne se comprend pas.

    En ne condamnant pas les responsables du Lebensborn Programm, le tribunal de Nuremberg nous a tous condamnés à ne jamais être reconnus comme victimes. L'innocence des dirigeants est la négation de la nôtre.

    Analphabète en tout. Ni lire, ni écrire, ni aimer, ni toucher, ni enlacer. Même notre amour ânonne.

    Vous le savez depuis les toutes premières pages. Ce n'est pas moi qui écris ce livre. C'est mon scribe. C'est lui qui écrit peu de lignes par page. Il écrit peu mais il travaille beaucoup. Comme un orpailleur. Il déterre des tonnes de gravier pour quelques poussières de métal précieux. Mais il veut bien le relire. Ne pas peser. Ne pas déformer. Juste passer au tamis toute la documentation qu'il s'avale. Pour provoquer des mots en moi. Certains brillent parfois. Petites particules d'or enfin libérées des anfractuosités rocheuses de ma mémoire.

    Qu'est-ce qui est le plus douloureux ? Ne plus avoir ou n'avoir jamais eu ? On me répond : ne plus avoir. Qu'est-ce qu'on en sait ? Je suis fatiguée qu'on réponde à ma place.

    Ils trouvaient des mots pour décrire l'indicible, mais devenaient muets de douleur à l'évocation de leurs parents. Alors ils nous prenaient sur leurs genoux. Je pense que nous servions à ça. Nous jouions pour eux ce rôle : devenir eux-mêmes parents. Ils avaient besoin de toucher nos petits corps pour parcourir leur enfance dévastée. Ils nous donnaient le biberon. Sans le savoir, ils prenaient soin de celles et de ceux qu'on accuserait toute leur vie d'avoir été responsables, sinon complices, du crime de leurs parents.

    Je suis une oubliée de l'Histoire, mais on ne m'oublie pas pour autant. Tout ça parce que je suis issue d'une institution qui ne manquait de rien, dans un pays qui manquait de tout. On oublie que je n'étais issue d'aucune famille. Le Troisième Reich m'a enfantée, mais le Troisième Reich n'est pas une famille. Je n'en finis pas d'être accusée de ce dont je suis victime.

    Nos libérateurs nous voient comme le prolongement de leurs bourreaux.

    Ma naissance est absurde. Je suis née sans cordon. Ma piscine sans eau, c'est parce que je suis obligée de sortir d'un liquide amniotique qui n'existe pas. Une déplacée sans placenta. J'ai perdu mes eaux.

    https://nathavh49.blogspot.com/2020/08/la-race-des-orphelins-oscar-lalo.html

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  • "Je m'appelle Hildegard Muller. Ceci est mon journal. Mon journal a de particulier que ça n'est pas moi qui l'écris. J'ai engagé un écrivain, un scribe; un traducteur en quelque sorte."
    Voici comment débute ce roman assez court qui va évoquer la filiation, ou plutôt l'absence de filiation...
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    "Je m'appelle Hildegard Muller. Ceci est mon journal. Mon journal a de particulier que ça n'est pas moi qui l'écris. J'ai engagé un écrivain, un scribe; un traducteur en quelque sorte."
    Voici comment débute ce roman assez court qui va évoquer la filiation, ou plutôt l'absence de filiation d'Hildegard, née dans un Lebensborn. A soixante seize ans elle essaie de parler de cette enfance ratée, gâchée par le manque d'amour, d'éducation, d'instruction mais aussi par l'empreinte indélébile des crimes nazis dont elle est le résultat.
    L'écriture est à la fluide et répétitive, ce qui m'a semblé être un parti pris de l'auteur pour nous faire ressentir le manque et l'obsession de la naissance qui anime cette femme. Les chapitres sont très courts et progressent de manière hypnotique autour du thème traité, sans vraiment progresser car toute progression est impossible: les archives de ces usines à bébé aryens ont disparues.
    Un roman très poignant qui laisse une impression de malaise, à l'image du sourire figé de la petite fille en couverture...
    Merci à #netgalleyfrance pour cette découverte.

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