14

Couverture du livre « 14 » de Jean Echenoz aux éditions Minuit
  • Date de parution :
  • Editeur : Minuit
  • EAN : 9782707322579
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d'entre eux. Reste à savoir s'ils vont revenir. Quand. Et dans quel état.

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Le courrier des auteurs

Jean Echenoz répond à nos questions ! (10/12/2012)

«Le choix des mots» par Jean Pruvost, grand amoureux des mots... Cher Jean Echenoz, Les noms de vos personnages, la précision des chiffres, voilà qui me touche profondément dans vos romans. C'est en orfèvre que vous les choisissez. Et, destin oblige, le nom que vous n'avez pas pu choisir, le vôtre, gagne tout autant à être radiographié. Il nous installe en effet en Gaule profonde puisqu'il s'agit du diminutif de Echene, «en les chênes», ès chênes, que les étymologistes situent initialement en Franche-Comté sous la forme Echenoz, en passant donc par une variante orthographique du mot gaulois, le chêne. On ne trouvera pas 39 dans nos dictionnaires, mais on n'échappe pas à 14, le titre de votre roman, la langue est passée par là, avec «repartir comme en quatorze», attesté - seulement - en 1962. Dans 14, ils sont 5 amis à partir au front. Et Blanche, qui reste, évidemment. Elle fait partie de l'ABC du roman : A, comme Anthime, B comme Blanche et C comme Charles, frère aîné d'Anthime. Anthime, c'est le héros discret, avec un prénom désignant en latin la camomille odorante, très fleurie et fébrifuge : anthemis nobilis ; quant à Charles qui, pour son uniforme fera «arrogamment toute une histoire», il a un prénom germanique signifiant «mâle, vigoureux». Entre les deux frères, il y a Blanche, «prénom fréquent au siècle dernier», Blanche Bonne, antinomie de la guerre, qui espère leur retour rapide, prévu dans les 15 jours. Mais qui reviendra ? Au bout des 4 années... Au front, tout se mesure, avec une précision qui fait mouche : le sac, vide, 600 grammes, 35 kilos plein, «une tonne» dans l'épreuve. Quant au bras perdu : ce sont 3,5 kg de perdus. L'horreur de la guerre est dans le détail : un pied arraché est encore dans sa chaussure ; ce qui reste d'une tête, un oeil, nous regarde, isolé. Un obus est passé par là. On part sous le signe du sourire. Je m'en vais. J'arrive : voir l'oeuvre antérieure. On revient aveugle ou manchot. Un «atome de sourire», méprisant de Charles à Anthime, avant l'horreur. Et puis Blanche adressant «un sourire fier de son maintien martial» à Charles, mais une «variété de sourire plus grave et même [...] un peu ému» pour Anthime. On n'oubliera pas les animaux. Au départ la pêche et ses poissons d'où l'amitié des 5. Puis la tranchée, boueuse, sans poisson, mais des poux, des rats, des moustiques, «à 13 h», rongeant, pompant la chair humaine, la «chair militaire» dites-vous. Et, chapitre 12, des victimes collatéralement sacrifiées : chevaux, chiens, colombidés, chevreuils, sangliers, hérissons... Il faut survivre. Entre silences et fracas, les oiseaux. Surtout. Tout d'abord «le silence... griffé par des cris d'oiseaux», avant que ne sonne le tocsin de la déclaration de la guerre, ensuite à l'arrivée, en sortant du train, «les oiseaux... commençant de s'accorder, s'apprêtant à sonner la fin du jour», puis encore les oiseaux, plantant leur bec dans la «chair militaire». Enfin Blanche apprenant qu'elle est enceinte d'un homme «qui ne reviendra pas», regardant la fenêtre, «dans le cadre de laquelle rien n'est passé, ni le moindre oiseau ni rien». Quatorze est déjà dans le dictionnaire. 14, par Jean Echenoz, va y entrer, gravé dans le chêne. Magistral, cher Jean Echenoz. Du latin «magister», maître. Et maintenant, 39 ? Jean Pruvost

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    Le centenaire du commencement de la guerre de 1914 arrive, les livres qui en parlent aussi. Après Echenoz et son 14 l’an dernier (ed de Minuit), Au revoir là-haut, de Pierre Lemaître (Albin Michel) est l’un de ceux dont on parle le plus en ce moment.

Avis(19)

  • 14, c’est bien sûr 1914 et les trois années qui suivent. Jean Echenoz a bien fait d’aborder le sujet en pleine période de centenaire de la Première guerre mondiale. Il le fait à sa manière, en s’attachant aux pas de jeunes hommes mobilisés, rassemblés avec toute la population par le tocsin : «...
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    14, c’est bien sûr 1914 et les trois années qui suivent. Jean Echenoz a bien fait d’aborder le sujet en pleine période de centenaire de la Première guerre mondiale. Il le fait à sa manière, en s’attachant aux pas de jeunes hommes mobilisés, rassemblés avec toute la population par le tocsin : « Tout le monde avait l’air très content de la mobilisation : débats fiévreux, rires sans mesure, hymnes et fanfares, exclamations patriotiques, striées de hennissements. »

    Ils sont partis. Charles (27 ans), Anthime (23 ans), Padioleau, Bossis, Arcenel, chacun son matricule. Marche, défilé, le train et Blanche, comme les autres femmes, les enfants, les vieux, est restée, attendant ce retour qui ne devait pas tarder...
    Le moral baisse au fil des kilomètres, puis le capitaine Vayssière rassure : « Vous reviendrez tous à la maison… Si quelques hommes meurent à la guerre, c’est faute d’hygiène. Car ce ne sont pas les balles qui tuent, c’est la malpropreté qui est fatale et qu’il vous faut d’abord combattre. » Jean Echenoz, toujours de son style simple et efficace, très agréable à lire, suit ces hommes jusqu’à ce qu’ils entendent le bruit du canon.
    Sur un ton presque enjoué, badin, en une description anodine, comme au cours d’une conversation, l’auteur décrit une des premières batailles aériennes, montrant au passage l’impréparation de nos avions et de leurs pilotes malgré leur grand courage.
    Il n’oublie pas de revenir au pays pour nous montrer la vie qui se poursuit avec Blanche, l’usine de chaussures qui a du travail pour équiper l’armée. Cette armée, justement, où les hommes tombent, doit évoluer, remplacer le pantalon rouge trop criard, fournir une cervelière, sorte de calotte en acier, pour arriver enfin au casque en septembre 1915. Rien n’épargne les soldats, comme « les gaz aveuglants, vésicants, asphyxiants, sternutatoires ou lacrymogènes que diffusait très libéralement l’ennemi à l’aide de bonbonnes ou d’obus spéciaux, par nappes successives et dans le sens du vent. »

    Terrible est la séquence où Arcenel s’en va seul, est arrêté par les gendarmes, traduit en conseil de guerre et fusillé le lendemain, pour l’exemple ! Enfin, il y a le retour d’Anthime dont il ne faut rien dire pour laisser découvrir une histoire qui se termine par une pirouette dont Jean Echenoz (voir Ravel) a le secret.

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  • De la veille festive du départ, quand tous partaient joyeux pour une quinzaine de jours au plus, le temps de chasser l’envahisseur, à la fin, quatre ans plus tard, c’est avec un talent exceptionnel que Jean Echenoz nous livre en 120 pages, un tableau complet, très imagé et réaliste de la guerre...
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    De la veille festive du départ, quand tous partaient joyeux pour une quinzaine de jours au plus, le temps de chasser l’envahisseur, à la fin, quatre ans plus tard, c’est avec un talent exceptionnel que Jean Echenoz nous livre en 120 pages, un tableau complet, très imagé et réaliste de la guerre de 14/18 et d’une France vidée de ses hommes tous partis sur le front. Pour ce faire, il va suivre 4 soldats et une jeune femme d’un même village.
    Je suis toujours épatée par la mécanique, la technique, le vocabulaire, l'écriture minimaliste et pourtant la richesse d’informations, le détail exposant tout un panorama, l’acrobatie grammaticale et ses mille et un petits pièges et subtilités, le style agrémenté de tout plein de petits jeux de mots dont la pratique de ses fameux zeugmes sans compter l’humour et la légèreté du texte même sur un sujet aussi grave que la guerre.
    « …un regard, le plus court et le plus long possible, se forçant à le charger du moins d’expression disponible tout en suggérant le maximum… »
    « … on entend l’ennemi piocher sourdement au-dessous de cette tranchée même, au-dessous de soi-même, creusant des tunnels où il va disposer des mines afin de l’anéantir, et soi-même avec.
    On s’accroche à son fusil, à son couteau dont le métal oxydé, terni, bruni par les gaz ne luit plus qu’à peine sous l’éclat gelé des fusées éclairantes, dans l’air empesté par les chevaux décomposés, la putréfaction des hommes tombés puis, du côté de ceux qui tiennent encore à peu près droit dans la boue, l’odeur de leur pisse et de leur merde et de leur sueur, de leur crasse et de leur vomi, sans parler de cette effluve envahissant de rance, de moisi, de vieux, alors qu’on est en principe à l’air libre sur le front. Mais non : cela sent le renfermé … »
    En ce qui me concerne, « 14 » est un des meilleurs témoignages littéraires de la 1ere guerre mondiale, tiré des carnets de guerre de Constant Oheix, grand oncle de son épouse et qui sont exposés au Centre Pompidou à l’expo « Roman, rotor, stator » dédiée à l’œuvre de Jean Echenoz jusqu’au 5 mars 2018.

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  • Je m'étais régalée en lisant Envoyée spéciale alors que je le lisais dans le cadre du Prix des Lecteurs BFM/L'Express, je découvrais alors la prose particulière de Jean Echenoz et je m'étais promis de lire certains de ses autres romans.

    14 faisait partie de ces œuvres qui m'intriguent : très...
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    Je m'étais régalée en lisant Envoyée spéciale alors que je le lisais dans le cadre du Prix des Lecteurs BFM/L'Express, je découvrais alors la prose particulière de Jean Echenoz et je m'étais promis de lire certains de ses autres romans.

    14 faisait partie de ces œuvres qui m'intriguent : très courtes alors qu'elles traitent d'un sujet difficile.

    J'ai retrouvé avec le même plaisir l'humour très décalé de l'auteur, sa façon de glisser des remarques mordantes, le rythme singulier de sa narration.
    J'ai aimé également les personnages : fleur au fusil lors de la mobilisation générale d'août 1914, on les retrouve cabossés si toutefois ils s'en sortent vivants…

    "(…) on ne quitte pas cette guerre comme ça. La situation est simple, on est coincés : les ennemis devant vous, les rats et les poux avec vous et, derrière vous, les gendarmes."

    J'ai aimé cette lecture dont chaque phrase se savoure, chaque fois lourde en évocations et je salue la prouesse de l'auteur d'avoir réussi un roman touchant sur un sujet si lourd.

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  • très bien documenté, magnifique

    très bien documenté, magnifique

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