Victor Jestin

Victor Jestin

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Avis (14)

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    Couverture du livre « La chaleur » de Victor Jestin aux éditions Flammarion

    Fabienne DEFOSSE sur La chaleur de Victor Jestin

    Victor Jestin est jeune. Il a vingt-cinq ans, est diplômé du Conservatoire européen d'écriture audiovisuelle et signe un étonnant premier roman, La Chaleur publié chez Flammarion.

    Oscar est mort parce que je l'ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d'une...
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    Victor Jestin est jeune. Il a vingt-cinq ans, est diplômé du Conservatoire européen d'écriture audiovisuelle et signe un étonnant premier roman, La Chaleur publié chez Flammarion.

    Oscar est mort parce que je l'ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d'une balançoire. Ainsi commence ce court et intense roman qui nous raconte la dernière journée que passe Léonard, dix-sept ans, dans un camping des Landes écrasé de soleil. Cet acte irréparable, il ne se l'explique pas lui-même. Rester immobile, est-ce pareil que tuer ? Dans la panique, il enterre le corps sur la plage. Et c'est le lendemain, alors qu'il s'attend chaque instant à être découvert, qu'il rencontre une fille.

    La Chaleur est l'histoire d'un adolescent, Léonard, étranger au monde qui l'entoure, un adolescent mal dans sa peau. Il ne sait pas jouer le jeu, celui de la séduction, de la fête, des vacances, et s'oppose, passivement mais de toutes ses forces, à cette injonction au bonheur que déversent les haut-parleurs du camping. La légèreté, Léonard ne connaît pas. D'ailleurs, il n'aime pas les vacances, la plage, le soleil et encore moins les jeunes de son âge, qu'ils soient de sexe féminin ou masculin. Il tue le temps comme il peut au camping. Léonard n'attend qu'une chose, que son calvaire prenne fin ce, d'autant plus depuis qu'il a traîné le corps d'Oscar et qu'il l'a enseveli sur la plage. Rien n'explique son geste surtout lorsque l'on sait que cet adolescent n'a fait que peu de bêtises en dix-sept ans. Léonard n'est pas un criminel. Il est plutôt du genre timide, mal dans sa peau. Heureusement, il ne reste plus qu'une journée de vacances avant de boucler les valises et d'oublier. Mais La chaleur assommante rend cette dernière journée interminable et insupportable.

    La chaleur est un court roman puissant particulièrement angoissant. Il se lit d'une traite et quasiment en apnée tellement le suspense est fort. Et c'est là tout le talent de Victor Jestin. Tenir en haleine le lecteur, faire grossir cette boule qui prend le ventre, coupe le souffle. Au fil des pages, Léonard agace, énerve mais attendrit également tant ce jeune homme est mal dans sa peau et maladroit. Même si finalement il ne se passe pas grand chose, peu importe, l'essentiel est ailleurs. Il est dans l'ambiance oppressante qui monte crescendo et qui est servie par la plume de Victor Jestin. Bien que simple son écriture est particulièrement visuelle. Pas étonnant au vu de la formation de l'auteur. Impossible de ne pas imaginer les scènes, de ne pas entendre la musique. Il y a du Ozon, du Rohmer, du Hitchcock dans La chaleur. L'ambiance est si bien rendue que c'est poisseux et les viscères complètement nouées que l'on referme ce roman. Tout est là et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle La chaleur figure dans les sélections du prix Renaudot, du prix Médicis et du prix Femina.
    Sous un soleil de plomb, quelque part dans un camping des Landes, un auteur est né.
    https://the-fab-blog.blogspot.com/2019/10/mon-avis-sur-la-chaleur-de-victor-jestin.html

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    Couverture du livre « La chaleur » de Victor Jestin aux éditions Flammarion

    EmilieG sur La chaleur de Victor Jestin

    ttention risque de coup de chaud ! Voici un roman qui divise les lecteurs des 68 premières fois ! Plume prometteuse ou phénomène de rentrée ? Voici un roman qui fait débat.

    Voici la présentation de l’éditeur – Flammarion

    «Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est...
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    ttention risque de coup de chaud ! Voici un roman qui divise les lecteurs des 68 premières fois ! Plume prometteuse ou phénomène de rentrée ? Voici un roman qui fait débat.

    Voici la présentation de l’éditeur – Flammarion

    «Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire.» Ainsi commence ce court et intense roman qui nous raconte la dernière journée que passe Léonard, 17 ans, dans un camping des Landes écrasé de soleil. Cet acte irréparable, il ne se l’explique pas lui-même. Rester immobile, est-ce pareil que tuer? Dans la panique, il enterre le corps sur la plage. Et c’est le lendemain, alors qu’il s’attend chaque instant à être découvert, qu’il rencontre une fille.

    Ce roman est l’histoire d’un adolescent étranger au monde qui l’entoure, un adolescent qui ne sait pas jouer le jeu, celui de la séduction, de la fête, des vacances, et qui s’oppose, passivement mais de toutes ses forces, à cette injonction au bonheur que déversent les haut-parleurs du camping.

    L’auteur, Victor Jestin, est un jeune auteur de 25 ans qui s’inscrit dans la continuité d’Albert Camus. En effet, dès les premières pages, je n’ai pas pu m’empêcher de voir l’esprit de l’Etranger flotter sur ce roman. Le soleil éclatant et aveuglant de l’Etranger trouve son écho dans la chaleur étouffante des Landes en ce mois de juillet. Léo pourrait être le fils de Meursault. Comme lui, il est en décalage dans les relations aux autres et en particulier avec les jeunes filles. Comme étranger au monde qui l’entoure, Léo est la figure de l’adolescent moderne.


    Alors certes, ce roman est peu crédible… Enterrer le corps d’un adolescent à mains nues et que ce dernier ne soit pas découvert est peu crédible, tout comme l’attitude de la mère d’Oscar qui ne remue pas ciel et terre pour retrouver son fils disparu. Mais est ce bien là l’enjeu de ce premier roman ? N’est pas ce plutôt le portrait d’une adolescence en mal de compréhension, inscrite dans un monde qui ne la comprend pas et qu’elle ne comprend pas ?

    Ce roman est bien écrit et on sent le potentiel de l’auteur mais il montre quelques faiblesses par manque de réalisme notamment.

    En résumé : un auteur à suivre !

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    Couverture du livre « La chaleur » de Victor Jestin aux éditions Flammarion

    CalliPetri sur La chaleur de Victor Jestin

    "Comme si les chemins familiers tracés dans les ciels d'étés pouvaient mener aussi bien aux prisons qu'aux sommeils innocents." - Camus, "L’Étranger"

    "Oscar est mort parce que je l'ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d'une balançoire, comme les enfants dans les...
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    "Comme si les chemins familiers tracés dans les ciels d'étés pouvaient mener aussi bien aux prisons qu'aux sommeils innocents." - Camus, "L’Étranger"

    "Oscar est mort parce que je l'ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d'une balançoire, comme les enfants dans les faits divers. Oscar n'était pas un enfant. On ne meurt pas comme cela sans le faire exprès, à dix-sept ans. On serre le cou pour éprouver quelque chose. Peut-être cherchait-il une nouvelle façon de jouir. Après tout nous étions tous ici pour jouir. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas bougé. Tout en a découlé."

    Quelle frustration pour la lectrice que je suis et qui attendait beaucoup (trop ?) de ce premier roman encensé par les critiques ! Un premier roman tout récemment distingué par le prix littéraire de la Vocation décerné par la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet ; un premier roman inscrit sur les listes de prix prestigieux (Renaudot, Médicis, Femina) ; un premier roman pressenti donc pour succéder au "Lambeau" de Philippe Lançon (Femina), au "Sillon" de Valérie Manteau (Renaudot), à "l’Idiotie" de Pierre Guyotat (Médicis). Excusez du peu…

    Quel gâchis ! Pourquoi, mais pourquoi donc avoir bousillé une idée de départ si engageante ! Parce qu’au-delà de cet incipit incisif, il ne se passe rien, absolument rien : une vacuité à perte de pages.

    Il m’est toujours délicat d’écrire contre un roman dont l’auteur débute à peine. Indélicat, pour l’éditeur cette fois, de composer une 4e de couverture qui place d’emblée "La chaleur" de Victor Jestin à l’ombre aveuglante de "L’Étranger" de Camus :

    "Ce roman est l’histoire d’un adolescent étranger au monde qui l’entoure, un adolescent qui ne sait pas jouer le jeu […]", un adolescent qui comme Meursault est rétif au jeu social, un adolescent qui vient d’expédier Oscar en quelques phrases.

    Unité de temps, de lieu, d’action, la trame dramaturgique de ce court roman épouse le schéma du théâtre classique. Malheureusement, le tissu narratif, lui, est cousu d’incohérences, d’invraisemblances, de platitudes oiseuses.

    Morceaux choisis :
    Comment croire...
    • qu’un garçon maigrichon comme Léo ("je me suis promené torse-nu, sans gesticuler pour masquer ma maigreur") traîne le corps d’Oscar sur plusieurs mètres, lui fasse gravir la dune pour l’enterrer sur cette plage landaise, même si "[Oscar] n’était pas si lourd" ;
    • que personne ne découvre le cadavre enterré à mains nues ;
    • que la mère d’Oscar ne soit pas dévorée par l’inquiétude en n’ayant aucune nouvelle de son fils.
    Par contre, que "l’aube [soit] passée depuis longtemps : le soleil [ait] traversé le ciel et [dérive] déjà vers la mer" : là, pour le coup, on y croit... parce que, bon sang, trois pages avant, il est écrit qu’il est "dix-huit heures" !

    N’en jetez plus…

    L’écriture, le style n’ont rien d’impérissable. Les phrases sont courtes – ce qui n’est pas un défaut -, parfois creuses – voilà qui est plus ennuyant. Les métaphores sont gauches et usées, le vocabulaire, étréci. Et ce "Je", qui sue le mal-être, porte la voix inconsistante d’un ado caricatural, empêchant toute empathie.

    Alors oui, il est fort probable que je sois passée lamentablement à côté de ce roman dont le meilleur atout est d'engluer le lecteur dans la torpeur du récit. Je ne saurais dire combien je regrette que la matière de départ, fertile, n’ait pas été exploitée pour nourrir un roman que j’aurais lu en apnée parce que tout y aurait été irrespirable. Tout était pourtant là :

    "Oscar est mort à cause de moi qui n'ai pas bougé, et je n'ai pas bougé car à cet instant je ne pouvais pas, je préférais mourir, comme lui, et nous nous sommes regardés mourir l'un l'autre, pendant que les autres dansaient."

    "Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better", soi-disant cette phrase de Samuel Beckett est l’une des préférées de l’auteur, et c’est le souhait que je forme pour lui.

    Premier roman lu pour la session automne 2019 des #68premieresfois

    https://www.calliope-petrichor.fr/2019/10/04/la-chaleur-victor-jestin-éditions-flammarion/

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    Couverture du livre « La chaleur » de Victor Jestin aux éditions Flammarion

    Nicole Grundlinger sur La chaleur de Victor Jestin

    "Le camping avait ses propres lois. Deux semaines de vacances, c'était une vie entière. On y arrivait comme on naît, pâle et seul. On en repartait dans un soupir de tristesse ou de soulagement comme on meurt".

    Victor Jestin est un tout jeune homme de 25 ans dont la fraîcheur des traits ne...
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    "Le camping avait ses propres lois. Deux semaines de vacances, c'était une vie entière. On y arrivait comme on naît, pâle et seul. On en repartait dans un soupir de tristesse ou de soulagement comme on meurt".

    Victor Jestin est un tout jeune homme de 25 ans dont la fraîcheur des traits ne laisse rien présager de la maîtrise narrative dont il fait la démonstration avec ce premier roman. Ce novice vous tisse une ambiance, vous enroule une atmosphère avec la dextérité du chef étoilé montant une mayonnaise en un tour de poignet. C'est ce qui m'a impressionnée, autant que la façon dont il saisit les sensations particulières qui étreignent un adolescent, tout en déséquilibre, en questionnements, en difficultés à être.

    Cet adolescent c'est Léo, 17 ans, en vacances en famille dans un camping des Landes ; il fait très chaud, c'est le dernier jour ce qui a plutôt tendance à réjouir le jeune homme mal à l'aise avec la notion de vacances et son lot d'injonctions au bonheur ("souris, c'est les vacances !"). Ce qu'il ne s'explique pas cependant c'est sa passivité au moment où il aperçoit un autre adolescent, Oscar, en train de s'étrangler avec la corde d'une balançoire. Jeu dangereux d'un gamin après une soirée trop alcoolisée ? Geste volontaire ? Quoi qu'il en soit, Léo le regarde s'étrangler et mourir. Ce sont les premières lignes du livre, et le début de cette ultime journée pour Léo dont les parents, la sœur et le frère ne soupçonnent évidemment rien du drame. Non seulement Léo n'a pas bougé, n'a pas donné l'alerte mais il a enterré le corps d'Oscar...

    Ces 24h dans l'esprit d'un adolescent sont ensuite parfaitement mises en scène en épousant le rythme nonchalant qui le caractérise - peut-être un peu conforté par la canicule. Léo se sent tellement en décalage, obligé de faire semblant et de jouer le jeu des vacances alors qu'il voudrait être ailleurs. Il voudrait être avec une fille, faire comme les autres mais en même temps ne veut pas... Tout ceci contribue à créer une atmosphère saisissante tandis que l'ombre d'Oscar plane sur les moindres mouvements du jeune homme.

    Le regard est très juste dans ce qu'il capte de la réalité d'un ado des années 2010 presque 20 : ceux qui se la jouent Tinder et vidéos pornos et débandent le moment venu, le règne des caïds et des dominants, le sexe devenu un tel enjeu d'image qu'ils en oublient de le vivre pleinement, la nécessité de grandir, s'affirmer, "être un homme" sous les yeux inquiets des parents dont les remarques deviennent autant d'injonctions.

    Écriture maîtrisée, sens de la dramaturgie, Victor Jestin est sans conteste une plume à suivre. Il vient d'ailleurs de recevoir le Prix littéraire de la vocation décerné chaque année par la fondation Bleustein-Blanchet pour la vocation à un jeune auteur de moins de 30 ans. Un bel encouragement à continuer. En attendant, on peut prévoir de se réchauffer avec La chaleur au cours des mois d'hiver qui pointent le bout de leur nez...

    (chronique publiée sur mon blog : motspourmots.fr)

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