Julien Gracq

Julien Gracq

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Avis (8)

  • Couverture du livre « Au château d'Argol » de Julien Gracq aux éditions Corti

    0.25

    David Vacher sur Au château d'Argol de Julien Gracq

    Sans doute mon livre favoris, malgré la multitude de romans de qualité dans notre littérature. Un style unique et poétique, un environnement envoûtant et marquant, une atmosphère si délectable et particulière: tout y est selon moi. J'ai trouvé dans ce livre tout ce que je cherche habituellement...
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    Sans doute mon livre favoris, malgré la multitude de romans de qualité dans notre littérature. Un style unique et poétique, un environnement envoûtant et marquant, une atmosphère si délectable et particulière: tout y est selon moi. J'ai trouvé dans ce livre tout ce que je cherche habituellement dans la littérature, et je ne cesse depuis de lire un chef d'oeuvre gracquien de temps en temps, histoire de ma rappeler pourquoi j'aime tant la lecture.
    C'est avec Au Château d'Argol que je découvrais la plume de Julien Gracq et, pour ainsi dire ... je trouve cela sublime! D'abord surpris par un style un peu mystérieux et envoûtant, l'oeuvre m'a totalement conquis comme les passions ont conquis nos trois personnages. On rentre de suite avec Herminien, Albert et Heide tout en gardant une certaine distance par le côté un peu surréaliste du roman. De ce fait, nous sommes balancés constamment entre le regard des personnages et celui de la nature même, qui occupe une place d'honneur dans l'oeuvre. En effet, le génie de Gracq a parfaitement réussi à faire ressentir aux lecteurs les sensations et les sentiments de notre trio rien que par les mouvements flous et parfois sombres de la nature environnant ce château si mystérieux et de son atmosphère parfois pesante.
    Puis ces mots... j'aime les écrivains chez qui l'on sent qu'ils savent et qu'ils aiment notre chère langue française, et Julien Gracq en est pour moi le plus évident des exemples. Que ce soit dans ses romans ou dans ses critiques, il y a toujours le mot juste, original mais juste, et qui est la cause d'une efficacité d'écriture redoutable. On pourrait parler des classiques, d'Hugo, de Zola, de Balzac ou atures, mais il n'y avait pas chez eux cette poésie, ce pouvoir de faire ressentir aux lecteurs ceux qu'il doit souvent ressentir lors de l'écriture. Et mêlé à l'atmosphère d'Au Chateau d'Argol, ca donne un résultat qui pour moi restera toujours et à jamais épatant.
    Bref, un chef d'oeuvre à découvrir sans hésitation!

  • Couverture du livre « En lisant, en écrivant » de Julien Gracq aux éditions Corti

    0.25

    VANILLE LN LECLERC sur En lisant, en écrivant de Julien Gracq

    Pertinent critique littéraire doublé d'un perspicace analyste, Julien Gracq a l'esprit éclatant de liberté, d'humour et de colère retenue. Avec une verve éblouissante, il nous offre des pages précieuses, denses et fournies, riches et variées. On retrouve avec joie sa respiration ample, le ton...
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    Pertinent critique littéraire doublé d'un perspicace analyste, Julien Gracq a l'esprit éclatant de liberté, d'humour et de colère retenue. Avec une verve éblouissante, il nous offre des pages précieuses, denses et fournies, riches et variées. On retrouve avec joie sa respiration ample, le ton intense et magique de ses romans, la richesse de sa plume exquise qui exige une attention soutenue au risque de passer à côté d'une formule jaillissante. Sans une réelle volonté d'agencement, en un simple regroupement thématique, Julien Gracq se promène tranquillement au fil des pages lues et écrites en voyageur attentif et curieux. Il lit, relit, étudie, commente, compare les époques, analyse les genres même s'il déteste les classifications. En de brefs chapitres il observe dans le détail les styles, les comportements, les tendances et les influences, faisant renaître des personnages inoubliables de la littérature. A la fois pertinent et lumineux, il donne humblement des "leçons" de lecture et d'écriture dans un climat de légèreté érudite propice à l'écoute. "Et si les manuels de la littérature qu'on enseigne dans les lycées prenaient désormais pour base des livres ou des pièces et non des auteurs ? Une histoire de la littérature, contrairement à l'Histoire tout court, ne devraient comporter que des noms de victoire puisque les défaites n'y sont une victoire pour personne." En pointant parfois des faiblesses, il ne cache pas son admiration pour Stendhal, Balzac, Flaubert, Zola, à qui il consacre de nombreuses réflexions. Il n'oublie pas d'évoquer Chateaubriand, Hugo, Céline, Radiguet, Gide, Valéry ; il souligne l'importance du mouvement littéraire allemand (en particulier Goethe), le rôle prépondérant du surréalisme d'André Breton et la nécessaire qualité de la langue qui s'appauvrit déjà (il écrivait cela en 1980...). Il fait un détour par les demeures et les oeuvres des poètes, Rimbaud, Baudelaire et Apollinaire, Nerval et Mallarmé, mais aussi de grands musiciens, Wagner surtout. "En lisant en écrivant" est une promenade littéraire, artistique, historique, humaine, un espace si vaste qu'on y vit en apprenant, avec un plaisir immense à y replonger souvent. Julien Gracq est sans aucun doute le plus moderne de nos écrivains intemporels. Il éclaire ici la littérature à travers les siècles, la peinture, la musique, le cinéma, l'histoire. Il pose un regard pur et amoureux sur les belles lettres avec une sincérité absolue qui touche le coeur car il sait prendre du recul et de la hauteur. Son esprit acerbe et raisonné, riche d'une culture immense, invite à la modestie et aux remerciements pour ce merveilleux voyage à sa suite, en lisant, en écrivant...

  • Couverture du livre « Manuscrits de guerre » de Julien Gracq aux éditions Corti

    0.25

    VANILLE LN LECLERC sur Manuscrits de guerre de Julien Gracq

    Parmi les manuscrits légués par Julien Gracq à la Bibliothèque Nationale de France se trouvent deux petits cahiers, un rouge, l'autre vert, frappés de l'image du Conquérant, deux petits cahiers d'écolier qui derrière leur apparente modestie constituent une véritable découverte et un trésor tant...
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    Parmi les manuscrits légués par Julien Gracq à la Bibliothèque Nationale de France se trouvent deux petits cahiers, un rouge, l'autre vert, frappés de l'image du Conquérant, deux petits cahiers d'écolier qui derrière leur apparente modestie constituent une véritable découverte et un trésor tant littéraire qu'historique.

    Ce sont d'abord des découvertes d'une autre facette jusqu'alors inconnue de l'auteur du Château d'Argol et du Rivage des Syrtes puisque ces Souvenirs et Récit nous dévoilent un écrivain autographe et deux écrits relatant des expériences vécues, ce qui jamais ne sera le cas dans le reste de son oeuvre. Ils sont tout aussi précieux sur le plan historique, le Lieutenant Louis Poirier qu'il était alors narrant au jour le jour les trois semaines de sa campagne (10 mai 1940 - 2 juin 1940), jusqu'à ce qu'il soit fait prisonnier par les Allemands dans ses Souvenirs et tentant de saisir l'expérience de la guerre par la fiction dans le Récit en ne retenant que deux jours emblématiques de la "drôle de guerre", les 23 et 24 mai 1940.

    Tout est fascinant dans ces écrits : pris dans la tourmente de la guerre, l'écrivain ne peut s'empêcher d'éprouver un prodigieux intérêt pour les événements et d'en tirer matière à l'observation, à l'analyse et à l'écriture, d'y trouver malgré tout une inspiration rare. "Même dans ces souvenirs si précisément rattachés au quotidien de la campagne, le réel à tout bout de champ fait preuve de sa prodigieuse aptitude à déraper dans l'absurde, à plonger dans la fantasmagorie et à dériver immanquablement vers l'imaginaire, montrant que l'écrivain aussi peut y trouver son bien". Lorsqu'il se retrouve au front, Gracq est encore un jeune homme, professeur d'Histoire-Géographie débutant, officier inexpérimenté et auteur d'un premier roman : "de ces trois voix, c'est celle du soldat qui parle le plus fort, celle de l'historien qui est la plus discrète alors que celle de l'écrivain se fait entendre en contrepoint."

    Et l'on retrouvera dans ses romans cette tension naissant entre une attente exaltée et la menace de l'événement comme si cette expérience ancrée en lui n'en finissait pas de resurgir sous sa plume en des formes différentes. Le point de vue adopté dans les Souvenirs, la forme retenue d'une sorte de carnet de bord nous plonge directement dans le quotidien vécu de la guerre "avec ses corvées, ses fatigues, ses terreurs et ses farces". D'aucuns seront surpris en effet de trouver dans cet écrit un certain humour, une ironie narquoise et corrosive. On remarque aussi une grande sobriété, voire parfois un peu de laconisme dans la présentation des faits, comme si la peur était sourde et les dangers irréels, comme si tout cela n'était qu'une grande et "vraie fantasmagorie", un "jeu de colin-maillard", une aventure intrigante : "curieux comme à ces heures qui devraient être en principe de tension grave et pesante, on vit légèrement - à fleur de peau. Sans penser à rien.", dans "un vague état d'hébétude".

    La "drôle de guerre" est bien là, une guerre où tout semble faux, un simulacre de guerre où chacun fait "comme si" : "rien d'authentique ne sera sorti de cette guerre que le grotesque aigu de singer jusqu'au détail 1870 et 1914". Et par moment, "la guerre s'envole, comme le cerceau de papier qu'on crève (...) et derrière, c'est comme partout."

    Mieux que personne, par sa langue précise et impeccable, par son sens aigu et intense de l'observation et de la formule, par sa lucidité sans concession, par son expérience vécue profondément, ressentie, intériorisée et exprimée, plutôt que de décrire la déroute de 1940, Louis/Julien nous la fait vivre, nous fait attendre, vibrer, frémir, espérer et désespérer, nous engager et nous replier. A travers ses yeux et son esprit, nous sommes nous aussi en campagne, embarquée dans cette "drôle d'aventure". Et avec lui, mains levées, nous crions :"Ne tirez pas, nous nous rendons."

    Le Récit, lui, est court et resserré, deux jours et deux nuits qui donne à la narration son cadre temporel mais pas sa mesure, puisque des digressions de la mémoire et de l'imagination transforme l'enfilade d'événements en "nébuleuse d'impressions et de faits". Les deux journées choisies sont celles où véritablement la guerre a été pour lui à proximité avec deux épisodes dramatiques, lourdement chargées d'émotion et de sens, dont la description frappe par la véhémence de l'expression, "comme si l'écrivain tentait d'imprimer aux mots la violence des sensations vécues". Et pourtant toujours, malgré la violence, malgré la tension, il y a toujours de l'absurde, de l'irréel, du fantasmagorique, tant "le peu de cohérence de toute cette affaire frappe d'étonnement" et laisse perplexe. La menace est là, latente mais impalpable. Mais "quand on a une bonne fois pris son parti de l'absurde, commencé à respirer dedans - personne ne peut savoir où cela va mener". Et même quand arrive le temps de l'affrontement, se produit "une drôle de collision - qui faisait dans l'esprit des étincelles peu ordinaires - entre la Débâcle du père Emile et les aventures des Pieds Nickelés"...

    On peut donc légitimement penser que c'est avant tout par sa part d'irréel et de fantasmatique que la guerre est devenue et a pu rester un tremplin pour l'écriture.

    Dans les Souvenirs comme dans le Récit, il est à remarquer que "l'écriture est étroitement ajustée à l'émotion immédiate. Pour une réaction à fleur de peau, la plume trouve spontanément le ton et l'expression juste." Et au-delà même de cet ajustement parfait, de cette adéquation fascinante entre le ressenti et l'exprimé, la plume parvient aussi à se faire poétique et métaphorique, incisive et implacable, magnifiquement littéraire et inspirée. Les mots deviennent capables de retenir le vécu en lui donnant une forme - et quelle forme !

    Et en plus du plaisir et du bonheur inattendus de la lecture de ces écrits jusqu'alors secrets, la présente édition les propose en fac-similé, ce qui permet d'observer l'écriture fine, serrée, régulière de l'écrivain, de constater que le texte a été écrit au fil des mots, avec peu de corrections, tout au plus quelques biffures, quelques suppressions de tel verbe, de telle répétition afin de désencombrer la phrase, de donner au texte l'allure incisive d'un journal de bord. On remarque davantage de ratures vers la fin du manuscrit, avec des phrases et passages entiers barrés, marquant la volonté affichée d'anéantir tout superflu, de resserrer l'expression.
    Julien Gracq n'avait jamais publié ni même mentionné les textes de ce volume. On ne peut qu'être heureux de voir enfin dévoilées et offertes à notre lecture ces pages précieuses, uniques et magnifiques.

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