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Annie Ernaux

Annie Ernaux
Annie Ernaux est l'auteur de seize livres aux Éditions Gallimard, parmi lesquels La place (prix
Renaudot 1984, collection Blanche, 1983, « Folio » n°1722), Passion simple (collection Blanche,
1991, « Folio » n°2545) et Les années (collection Blanche, 2008, « Folio » n°5000). Ses livres
ont été réuni... Voir plus
Annie Ernaux est l'auteur de seize livres aux Éditions Gallimard, parmi lesquels La place (prix
Renaudot 1984, collection Blanche, 1983, « Folio » n°1722), Passion simple (collection Blanche,
1991, « Folio » n°2545) et Les années (collection Blanche, 2008, « Folio » n°5000). Ses livres
ont été réunis dans un recueil intitulé Écrire la vie (« Quarto », 2011).

Articles en lien avec Annie Ernaux (3)

Avis sur cet auteur (87)

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    Couverture du livre « L'autre fille » de Annie Ernaux aux éditions Nil

    Passemoilelivre sur L'autre fille de Annie Ernaux

    Annie découvre par hasard en 1950, lorsqu'elle a dix ans, qu'elle a eu une soeur aînée décédée de la diphtérie avant sa naissance à l'âge de six ans. Ses parents ne lui en ont jamais parlé et soixante ans plus tard, elle s'épanche auprès de sa soeur défunte dans une lettre où elle évoque sa...
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    Annie découvre par hasard en 1950, lorsqu'elle a dix ans, qu'elle a eu une soeur aînée décédée de la diphtérie avant sa naissance à l'âge de six ans. Ses parents ne lui en ont jamais parlé et soixante ans plus tard, elle s'épanche auprès de sa soeur défunte dans une lettre où elle évoque sa découverte, son ressenti en regardant les quelques photos sépia qu'elle a conservé. Elle éprouve une grande frustration de ne pas avoir été informée de l'existence de cette soeur et a l'impression de n'avoir été conçue que pour compenser de façon imparfaite la perte de l'aînée et de n'avoir vécu que par procuration. L'auteure nous dévoile avec finesse le poids des nons-dits qui l'ont accompagnée toute sa vie.

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    Couverture du livre « Une femme » de Annie Ernaux aux éditions Gallimard

    Mumu Dans le Bocage sur Une femme de Annie Ernaux

    "Je n'entendrai plus sa voix. C'est elle, et ses paroles, ses mains, ses gestes, sa manière de rire et de marcher, qui unissaient la femme que je suis à l'enfant que j'ai été. J'ai perdu le dernier lien avec le monde dont je suis issue. (p106)"

    Après La place où Annie Ernaux évoquait le...
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    "Je n'entendrai plus sa voix. C'est elle, et ses paroles, ses mains, ses gestes, sa manière de rire et de marcher, qui unissaient la femme que je suis à l'enfant que j'ai été. J'ai perdu le dernier lien avec le monde dont je suis issue. (p106)"

    Après La place où Annie Ernaux évoquait le parcours de son père, son milieu et son humilité, je fais connaissance de sa mère, femme au tempérament différent, plus affirmé, plus volontaire et déterminé à vouloir sortir de sa condition pour elle mais également pour sa fille.  Avec une écriture toujours ciselée qui peut sembler froide et pourtant tellement chargée en émotions, elle trace le portrait d'une mère qu'elle vient de perdre mais qu'elle a déjà perdue depuis plusieurs années car atteinte d'une maladie lui effaçant la mémoire. Celle-ci ne peut plus se raconter alors c'est elle, sa  fille, qui prend la parole pour la raconter, elle l'enfant, la femme et la mère qu'elle fut mais également à travers le récit parler de la relation qui les liait et de ses propres sentiments vis-à-vis d'elle.

    Comme souvent entre mère et fille, les sentiments fluctuent et sont ambivalents : parfois tendres, complices, admiratifs mais aussi critiques, opposés ou agacés suivant l'âge, l'époque, les conditions de chacune, le temps finissant par la réduire à un inversement des rôles (et encore plus quand la maladie est présente) où la patience mais aussi l'exaspération non pas de la personne mais de ce qu'elle est devenue prend le dessus.

    Mais au-delà de retracer la vie de sa mère, Annie Ernaux évoque également la mort et l'absence qui s'en suit, la perte d'un élément fondateur de la femme qu'elle est, de ses racines, de ce qui l'a construit, de la douleur de perdre à jamais celle qui fut le pilier de la famille. On ne peut comprendre une personne qu'en jetant un regard sur son passé, les étapes qui ont fait ce qu'elle était mais également sur la fin de vie, la perte des repères, des souvenirs et jusqu'à un sentiment de vide créée par la perte. 

    Il y a tellement derrière chaque souvenir, chaque évocation, à la fois des questionnements, de la bienveillance mais également une vision assez lucide, sans enjolivement d'une réalité d'un milieu, avec parfois des relations pas toujours faciles entre elles teintées de fierté sur le parcours de l'enfant mais également d'incompréhension, d'éloignement puis de rapprochement au fil du temps.

    A travers cette évocation il y a également son travail d'écriture pour ce récit, la douleur rencontrée à retourner sur les lieux de ces derniers instants, de la prise de conscience de l'absence ou même de l'écriture en elle-même :

    "Au début, je croyais que j'écrirais vite. En fait je passe beaucoup de temps à m'interroger sur l'ordre des choses à dire, le choix et l'agencement des mots, comme s'il existait un ordre idéal, seul capable de rendre une vérité concernant ma mère - mais je ne sais pas en quoi elle consiste - et rien d'autre ne compte pour moi, au moment où j'écris, que la découverte de cet ordre-là. (p43-44)"

    Un roman testament personnel et intime, écrit dans l'urgence de parler de celle qu'elle vient de perdre un jour d'Avril 1986, pour la retrouver, pour fixer des instants de vie, ne cherchant ni à travestir une réalité brutale, une réalité qui l'envahit comme la vague invisible d'une présence qui ne laisse que l'absence, une page de sa vie liée le plus souvent aux souvenirs d'enfance et de construction mais également la fondatrice de la femme qu'elle est.

    J'ai beaucoup aimé parce qu'Annie Ernaux écrit sur elle et sur nous, avec simplicité, efficacité, sincérité et honnêteté. C'est le récit d'une vie dans une région, à une époque, dans un milieu. Elle ne cherche pas à travestir ni à idéaliser et à chaque fois j'en ressors bouleversée en me disant que son récit pourrait être l'histoire de chacun(e) mais écrire avec autant de poids dans l'épure demande beaucoup de talent.

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    Couverture du livre « La place » de Annie Ernaux aux éditions Gallimard

    Mumu Dans le Bocage sur La place de Annie Ernaux

    "J'écris peut-être parce qu'on n'avait plus rien à se dire. (p58)"

    Ce récit autobiographique commence par Mon père est mort (deux mois après qu'elle soit devenue professeure titulaire), comme si son père disparaissait une fois accomplit ce qu'il voulait pour elle et qu'elle prenait enfin...
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    "J'écris peut-être parce qu'on n'avait plus rien à se dire. (p58)"

    Ce récit autobiographique commence par Mon père est mort (deux mois après qu'elle soit devenue professeure titulaire), comme si son père disparaissait une fois accomplit ce qu'il voulait pour elle et qu'elle prenait enfin conscience de La place qu'il a tenue dans sa vie, malgré ses origines modestes, malgré le café-épicerie en Normandie qu'il tenait avec sa femme, malgré sa condition simple.

    "Peut-être sa plus grande fierté, ou même, la justification de son existence : que j'appartienne au monde qui l'avait dédaigné.(p77)"

    J'ai été très touchée par une émission d'Augustin Trapenard 21 cm consacrée à cette auteure où elle revenait, en autre, sur les traces de son enfance, face à cette maison où elle a grandi évoquant en partie ses souvenirs et comme elle le disait si justement : On ne tue pas la première femme

    "Le déchiffrement de ces détails s'impose à moi maintenant, avec d'autant plus de nécessité que je les ai refoulés, sûre de leur insignifiance. Seule une mémoire humiliée avait pu me les faire conserver. Je me suis pliée au désir du monde où je vis, qui s'efforce de vous faire oublier les souvenirs du monde d'en bas comme si c'était quelque chose de mauvais goût.(p50)"

    Dans ce court récit autobiographique, avec une écriture distanciée, à la manière de clichés, d'instantanés sur la petite fille qu'elle était, sur le milieu très simple de ses parents, sur son goût pour la littérature très petite et sur ses études en lettres modernes, qui l'ont emmenée loin de l'épice-café familiale à Y. (Yvetot), milieu social dont elle avait presque honte et qu'inconsciemment elle a cherché à fuir, mais qui avec le temps prend une autre dimension, qui sont ses racines et ses fondements.

    Une fois adulte, le temps et le deuil, elle prend conscience de l'importance de ce milieu, de ce qui l'a construit et évoque ses rapports avec un père taiseux, bienveillant mais silencieux, qui passait le moindre de ses moments de loisirs à jardiner ou construire des dépendances dans la cour quand ce n'était pas à rester près d'elle pendant ses devoirs, admirateur sans mots d'une fille qui s'échapperait peut-être de la condition sociale familiale.

    Malgré cette écriture que l'on pourrait trouver froide, pudique qui est le meilleur moyen, je pense, pour garder distance et justesse, j'ai beaucoup aimé parcourir avec elle les territoires qui l'ont construite, avouant parfois ses erreurs et jugements d'alors, resituant les contextes de l'époque, son envie de fuir ce trou du monde, sa honte parfois vis-à-vis de ses parents et en particulier de son père, lui qui avait pourtant des idées précises et avancées sur son commerce, prêt à tous les sacrifices pour elle.

    C'est un récit très touchant, vrai, fort sur une femme qui se penche sur l'enfant qu'elle était, sans se voiler la face, reconnaissant ses erreurs, sans tenter d'écrire dans une langue qui ne correspondrait pas au milieu dont elle est issue, mais qui est malgré tout chargé en émotions, en sentiments de toutes sortes et qui pousse à se plonger soi-même sur son enfance, sur les images qui remontent spontanément pendant la lecture, sur ce qui nous construit, nous forge et sur ceux qui comptèrent et firent de nous les humains que nous sommes.

    J'ai beaucoup aimé et je n'ai pas fini de la découvrir. J'avais lu il y a quelques temps Les années et son écriture ici très vraie, très précise, très épurée m'a conquise.

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    Couverture du livre « Les années » de Annie Ernaux aux éditions Gallimard

    Michel Giraud sur Les années de Annie Ernaux

    C'est une forme originale et étonnante d'autobiographie que nous propose Annie Ernaux.
    Sur la forme d'abord :
    - Une autobiographie où "elle", "on" et un "nous" impersonnel remplacent le "je". L'auteur se raconte comme elle conterait la vie d'une copine, ou d'un groupe de copains. On ne peut...
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    C'est une forme originale et étonnante d'autobiographie que nous propose Annie Ernaux.
    Sur la forme d'abord :
    - Une autobiographie où "elle", "on" et un "nous" impersonnel remplacent le "je". L'auteur se raconte comme elle conterait la vie d'une copine, ou d'un groupe de copains. On ne peut douter de la véracité du contenu, mais elle y met beaucoup de distance et de recul, qui cachent sans doute une grande pudeur.
    - Une autobiographie rythmée par des photos ou des extraits de film, prétextes à analyser l'évolution physique de l'auteurs et l'impact personnel et sociétal du vieillissement.
    - Une autobiographie continue, sans découpage en chapitres ou parties thématiques ou temporelles, qui se déroule inexorablement, comme le temps qui s'écoule.

    Sur le fond ensuite : l'auteure nous propose tout autant une réflexion sur le temps qui passe et l'évolution de la société des années 1940 au début du 21ème siècle qu'une véritable biographie. Quand on tourne la dernière page, on a le sentiment d'en savoir plus sur l'environnement familial, social et sociétal dans lequel elle a vécu que sur Annie Ernaux elle-même, un peu comme si elle se caractérisait plus au travers de ses interactions avec les autres que par elle-même...

    Le résultat est étonnant et intéressant, tant sur la forme que sur le regard porté sur la seconde moitié du 20ème siècle et le début de 21ème, même si on en apprend finalement assez peu sur ce qu'a fait l'auteure au cours de ces années.

    http://michelgiraud.fr/2020/08/31/les-annees-annie-ernaux-gallimardfolio-une-autobiographie-originale/